par Christophe » dim. 20 juil. 2008, 18:14
Sur le sujet, voici un extrait d'un entretien du Cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga (Archevêque de la capitale hondurienne) avec le journaliste Eric Valmir et publiée dans un livre d'entretiens intitulé
De la difficulté d'évoquer Dieu dans un monde qui pense ne pas en avoir besoin (2008) :
Cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga a écrit :De nombreuses affaires pédophiles ont terni l'image de l'Église ces dernières années.
La pédophilie est une maladie mentale que j'ai étudiée en psychologie clinique. Les sentiments que l'on doit éprouver pour un enfant sont le respect, la tendresse et la bonté ; le désir sexuel s'apparente ici à une pathologie psychiatrique qui frappe aussi bien les laïcs que les religieux.
Souvent les agresseurs sont d'anciennes victimes qui reproduisent les sévices subis.
Encore une fois, le manque d'éducation sexuelle porte sa part de responsabilité. Dans les familles, le sexe est souvent un sujet tabou ; les jeunes l'apprennent dans la rue ou seuls dans l'obscurité. Aujourd'hui, comble de l'ironie, les films porno sont utilisés comme une notice qui montre comment faire.
Mes parents m'avaient alertés en amont sur ce que pouvaient être le corps et ses désirs.
La pédophilie en tant que maladie affecte les hommes en général. Ce n'est pas une pathologie spécifique au monde ecclésial. Au contraire, en termes de pourcentage global, les cas relevés dans l'Église représentent une infirme minorité. Mais je suis d'accord pour dire que cette minorité ne doit pas être négligée.
A titre d'exemple, le petit séminaire, que je n'ai jamais fréquenté du fait de l'opposition paternelle, était complètement incompétent voire irresponsable sur la question sexuelle à l'époque. Quand les jeunes garçons se retrouvaient entre onze et dix-huit ans confrontés à l'éveil sexuel de leur corps, ils ne comprenaient rien. D'autant qu'ils n'avaient reçu aucune information à ce sujet.
Il sont grandi dans une frustration qui dans certains cas s'est muée au fil des mois en une terrible oppression.
Alors, il y a parfois des actes d'agression sur un compagnon, en général plus faible, plus jeune.
Aujourd'hui, par chance, c'est différent.
Hommes et femmes, laïcs et religieux, travaillent ensemble au séminaire.
Mais la matière manque encore cruellement dans le plan d'étude : une vrai éducation sexuelle ne doit pas être seulement une information.
Vous dîtes : "Aujourd'hui, c'est différent." Pourtant, on n'a jamais eu autant d'affaires pédophiles que de nos jours...
Les victimes parlent, elles ne proféraient pas un mot auparavant.
Encore une fois, c'est une maladie que l'on peut prévenir par l'éducation et la parole. L'Église doit suivre une ligne stricte à l'égard des coupables et de ceux susceptibles de le devenir.
Comment les déceler ?
Les prêtres ont toujours un directeur spirituel qui recueille les confessions. La sincérité révèle les éléments intimes les plus troublants.
Vraiment ?
J'ai déjà reçu ce type de confession. Au prêtre qui avouait sa tendance à la pédophilie, j'ai répondu qu'il devait nous quitter pour se soigner.
- Va hors du ministère, et l'Église te soutiendra.
- Comment ?
- Un accompagnement psychologique qui pourra t'aider ou non, comme un complément aux soins psychiatriques auxquels tu dois te soumettre.
Faut-il excommunier les prêtres pédophiles ?
Plus que cette peine qui appartient au droit canonique, il faut d'abord les éloigner de leur ministère pour les empêcher d'agir parce qu'ils représentent un danger et, ensuite, les accompagner dans une structure psychiatrique.
La presse italienne évoque un millier de dossiers sur des abus sexuels présumés déposés entre 2001 et 2007 auprès de la Congrégation pour la doctrine de la foi qui est chargée d'instruire les plaintes. Mais seulement une dizaine de procès auraient été ordonnés. Et aujourd'hui les prêtre suspectés de pédophilie seraient, toujours à en croire les journaux italiens, simplement déplacés d'une paroisse à une autre.
Je ne sais rien des plaintes et des procès, mais le recours au déménagement ne résout rien. Muter ailleurs le prêtre pédophile ne ferait que déplacer le problème qui se répèterait un jour ou l'autre. Pour avoir étudié la psychologie clinique, je suis bien placé pour affirmer qu'il s'agit d'une maladie mentale. Encore une fois, ces individus en grande difficulté psychique doivent être accompagnés sérieusement en psychiatrie mais dans le cadre d'une amitié spirituelle. Ils doivent retrouver l'estime d'eux-mêmes et la confiance. Évidemment, il est important qu'ils soient tenus éloignés d'une responsabilité pastorale.
A l'avenir, il faut bannir un système dans lequel le prêtre vit seul. Au Honduras, nous n'encourageons pas la vie isolée des hommes d'Église. Au contraire, la règle établie fixe deux prélats au minimum dans une maison avec une intimité respectée pour chacun d'entre eux. Cette vie communautaire instaure une communication, une solidarité dans la difficulté. Vivre le quotidien ensemble équivaut à partager les expériences de la vie ; cette dimension s'applique pour tout un chacun.
D'une manière générale, le manque de communication et le manque d'éducation sont les grands obstacles de la vocation pastorale.
Un prêtre marié serait alors une solution.
Je ne le crois pas De la même façon, voir dans le célibat des prêtres une des causes essentielles de la crise des vocations est un faux problème.
Sur le sujet, voici un extrait d'un entretien du Cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga (Archevêque de la capitale hondurienne) avec le journaliste Eric Valmir et publiée dans un livre d'entretiens intitulé [i]De la difficulté d'évoquer Dieu dans un monde qui pense ne pas en avoir besoin[/i] (2008) :
[quote="Cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga"][b][i]De nombreuses affaires pédophiles ont terni l'image de l'Église ces dernières années.[/i][/b]
La pédophilie est une maladie mentale que j'ai étudiée en psychologie clinique. Les sentiments que l'on doit éprouver pour un enfant sont le respect, la tendresse et la bonté ; le désir sexuel s'apparente ici à une pathologie psychiatrique qui frappe aussi bien les laïcs que les religieux.
Souvent les agresseurs sont d'anciennes victimes qui reproduisent les sévices subis.
Encore une fois, le manque d'éducation sexuelle porte sa part de responsabilité. Dans les familles, le sexe est souvent un sujet tabou ; les jeunes l'apprennent dans la rue ou seuls dans l'obscurité. Aujourd'hui, comble de l'ironie, les films porno sont utilisés comme une notice qui montre comment faire.
Mes parents m'avaient alertés en amont sur ce que pouvaient être le corps et ses désirs.
La pédophilie en tant que maladie affecte les hommes en général. Ce n'est pas une pathologie spécifique au monde ecclésial. Au contraire, en termes de pourcentage global, les cas relevés dans l'Église représentent une infirme minorité. Mais je suis d'accord pour dire que cette minorité ne doit pas être négligée.
A titre d'exemple, le petit séminaire, que je n'ai jamais fréquenté du fait de l'opposition paternelle, était complètement incompétent voire irresponsable sur la question sexuelle à l'époque. Quand les jeunes garçons se retrouvaient entre onze et dix-huit ans confrontés à l'éveil sexuel de leur corps, ils ne comprenaient rien. D'autant qu'ils n'avaient reçu aucune information à ce sujet.
Il sont grandi dans une frustration qui dans certains cas s'est muée au fil des mois en une terrible oppression.
Alors, il y a parfois des actes d'agression sur un compagnon, en général plus faible, plus jeune.
Aujourd'hui, par chance, c'est différent.
Hommes et femmes, laïcs et religieux, travaillent ensemble au séminaire.
Mais la matière manque encore cruellement dans le plan d'étude : une vrai éducation sexuelle ne doit pas être seulement une information.
[b][i]Vous dîtes : "Aujourd'hui, c'est différent." Pourtant, on n'a jamais eu autant d'affaires pédophiles que de nos jours...[/i][/b]
Les victimes parlent, elles ne proféraient pas un mot auparavant.
Encore une fois, c'est une maladie que l'on peut prévenir par l'éducation et la parole. L'Église doit suivre une ligne stricte à l'égard des coupables et de ceux susceptibles de le devenir.
[b][i]Comment les déceler ?[/i][/b]
Les prêtres ont toujours un directeur spirituel qui recueille les confessions. La sincérité révèle les éléments intimes les plus troublants.
[b][i]Vraiment ?[/i][/b]
J'ai déjà reçu ce type de confession. Au prêtre qui avouait sa tendance à la pédophilie, j'ai répondu qu'il devait nous quitter pour se soigner.
- Va hors du ministère, et l'Église te soutiendra.
- Comment ?
- Un accompagnement psychologique qui pourra t'aider ou non, comme un complément aux soins psychiatriques auxquels tu dois te soumettre.
[b][i]Faut-il excommunier les prêtres pédophiles ?[/i][/b]
Plus que cette peine qui appartient au droit canonique, il faut d'abord les éloigner de leur ministère pour les empêcher d'agir parce qu'ils représentent un danger et, ensuite, les accompagner dans une structure psychiatrique.
[b][i]La presse italienne évoque un millier de dossiers sur des abus sexuels présumés déposés entre 2001 et 2007 auprès de la Congrégation pour la doctrine de la foi qui est chargée d'instruire les plaintes. Mais seulement une dizaine de procès auraient été ordonnés. Et aujourd'hui les prêtre suspectés de pédophilie seraient, toujours à en croire les journaux italiens, simplement déplacés d'une paroisse à une autre.[/i][/b]
Je ne sais rien des plaintes et des procès, mais le recours au déménagement ne résout rien. Muter ailleurs le prêtre pédophile ne ferait que déplacer le problème qui se répèterait un jour ou l'autre. Pour avoir étudié la psychologie clinique, je suis bien placé pour affirmer qu'il s'agit d'une maladie mentale. Encore une fois, ces individus en grande difficulté psychique doivent être accompagnés sérieusement en psychiatrie mais dans le cadre d'une amitié spirituelle. Ils doivent retrouver l'estime d'eux-mêmes et la confiance. Évidemment, il est important qu'ils soient tenus éloignés d'une responsabilité pastorale.
A l'avenir, il faut bannir un système dans lequel le prêtre vit seul. Au Honduras, nous n'encourageons pas la vie isolée des hommes d'Église. Au contraire, la règle établie fixe deux prélats au minimum dans une maison avec une intimité respectée pour chacun d'entre eux. Cette vie communautaire instaure une communication, une solidarité dans la difficulté. Vivre le quotidien ensemble équivaut à partager les expériences de la vie ; cette dimension s'applique pour tout un chacun.
D'une manière générale, le manque de communication et le manque d'éducation sont les grands obstacles de la vocation pastorale.
[b][i]Un prêtre marié serait alors une solution.[/i][/b]
Je ne le crois pas De la même façon, voir dans le célibat des prêtres une des causes essentielles de la crise des vocations est un faux problème.[/quote]