La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

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Re: La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

par Cinci » mer. 25 mai 2016, 4:12

Dans le vidéo de l'abbé Guillaume de Tanoüarn, il résume lui-même le problème du modernisme par la question : "Est-ce qu'on peut garder la foi des anciens jours dans une époque totalement rationaliste? "

Re: La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

par Cinci » mer. 25 mai 2016, 4:00

Suliko :
Je ne nie par ailleurs pas toute légitimité aux conversations savantes sur la crise de l'Eglise, mais il me semble qu'au fond, les réponses concrètes à la perte de la foi sont simples et qu'il suffirait de les mettre en oeuvre dès maintenant : une liturgie traditionnelle et digne, un catéchisme clair, le respect des sacrements. Or, je vois tout le contraire, y compris tout au sommet de la hiérarchie ecclésiastique : la confusion règne!
Un remède à la perte de la foi vers un retour dans une expression traditionnelle? vers une pratique de piété?

Sauf que le modernisme touchait des gens (des grands bourgeois, des penseurs, des notables) qui étaient animés par le besoin de sortir l'expression de la foi catholique d'une sorte de marginalité par rapport à la culture intellectuelle et savante du début du XXe siècle. C'est tout un problème! Rendre justement le discours de l'Église plus attractif, plus pertinent ou plus crédible pour des gens cultivés de l'ère scientiste ou rationaliste.

Comment se situer soi-même tant par rapport à la foi ancienne que par rapport à la critique du monde, aux avancées de la recherche chez les grands théologiens, philosophes, ethnologues, anthropologues, psychologues et cie. L'existence d'une société savante exerce une pression sur l'Église et qui fini par réclamer de cette dernière qu'elle s'adapte pour être en mesure de dialoguer avec les autres. On voit qu'il y a quand même un lien entre le phénoméne du modernisme de la fin du XIXe et le besoin d'un aggiornamento au temps du pape Jean XXIII. L'encyclique du pape Pie X de 1907 a beau condamner les erreurs du modernisme ou faire des mises en garde, il n'en restera pas moins qu'un monde savant continue d'exister à l'extérieur et donc le besoin d'y faire face.

C'est probablement vrai qu'une dynamique semblable à celle qui anime des intellectuels "modernistes" en 1900 doit se retrouver chez nombre de catholiques relativement influents de 1960.

Re: La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

par Cinci » mar. 24 mai 2016, 19:09

On pourrait rajouter un petit supplément protéiné pour les amateurs :

https://www.youtube.com/watch?v=hYCYQa862mo

C'est l'abbé Guillaume de Tanoüarn qui donne sa compréhension du modernisme.

Re: La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

par Héraclius » ven. 01 avr. 2016, 17:21

Bonjour,


Il est évident que l'exemple de Saint Thomas est extrêmement pertinent ici, précisémment en ce qu'il a en son temps été la cible de controverses extrêmement violentes. Les partisans de la tradition augustinienne (et par l'évêque d'Hippone, platonicienne) ont vu dans l'utilisation de la raison païenne comprise comme indépendante de la foi (servante de, mais aussi indépendante de) une vrai déviance. Ce n'est qu'avec le temps que le calme s,est imposé - et le triomphe du thomisme par la même occasion.

Le fait est que l'Eglise est passée par divers phases d'ouverture et de renfermement sur elle-même. Ce n'est pas parce qu'elle s'est ouverte à la nouveauté de l'héritage aristotélicien au 13ème siècle que la porte est restée ouverte ; est s'est refermée et réouverte à de nombreuses reprises. Il y a toujours une tension entre les deux implications de la foi dans le Christ-Logos : (1) le fait que le seule vrai et pur Logos est le Christ, à l'exclusion de toute autre et (2) que tout logos humain se trouve ordonné dans ce qu'il a de vrai au Logos Christique. Autre exemple, le fascinant texte de Saint Basile le Grand sur l'éducation païenne, faisant l'éloge de la vertu et de l'utilité des grands textes païens pour l'éducation morale des jeunes adultes, une proposition pour le moins provoquante !

Or, on ne peut décidément pas dire que l'ère du "Monolithe Pian" et de l'Eglise-fortresse se retranchant dans son rationnalisme thomiste au début du 20ème était une période très ouverte. En s'ouvrant au logos moderne dans ce qu'il a de vrai, le Concile a permis de reconstituer une vrai dialogue avec la culture occidentale.

L'erreur moderniste, c'est finalement de substituer le logos humain (le leur, ou celui de leur temps) au Logos du Christ. C'est d'oublier que lorsque l'on cherche le vrai dans l'étude comparative des Logos, c'est le chrétien qui est l'étalon sur lequel on mesure une sagesse particulier (l'artistotélicisme/le kantisme/le confusianisme/le platonisme/le post-modernisme/l'Islam/la Phénoménologie/etc. ont (1) raison lorsqu'elles disent "Christ" et (2) tort lorsqu'elles disent "non-Christ").

Bref, si il y a bien un puissant néo-modernisme, qui accepte du Christianisme ce qui ne contredit pas la "raison" et la morale du monde contemporain, il est profondément incompatible avec la réthorique on ne peut plus traditionnelle d'un Concile qui refuse de refermer le Christianisme sur lui-même face à un logos moderne ultra-agressif tout en ré-affirmant la suprématie de l'unique Logos. On peut se demander d'ailleurs, si ce n'est pas le poid de la pesante censure "anti-moderniste" qui contient déjà le potentiel d'un mouvement de rebond. Plus une époque s'enfonce dans un sens, plus l'époque suivante se tourne vers l'inverse. Si il y a un "coupable" à l'émergence du néo-modernisme, c'est donc peut-être bien l'ultra-rigidité du 20ème. Mais bon, est-ce que la recherche des coupable a un vrai intérêt pour le catholicisme contemporain ?



Héraclius -

Re: La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

par prodigal » ven. 01 avr. 2016, 11:40

Bonjour Suliko
Suliko a écrit : Si comme vous le dites saint Thomas d'Aquin a dialogué avec Aristote, on voit mal l'utilité pour le dernier concile de prôner un dialogue qui existerait selon vous de fait depuis des siècles!
Vous ironisez, mais il n'y a pas matière à cela.
Le fait est que saint Thomas d'Aquin n'a pas rougi de s'instruire auprès du païen Aristote. Et il aurait bien ri, à moins qu'il ne se fût mis en colère, si vous lui aviez expliqué que l'ouverture d'esprit était le signe d'un manque de foi.
Et il n'est pas une exception. L'Eglise de toujours n'est pas sectaire (même si certains individus, pécheurs comme tout le monde, ont pu l'être). C'est pourquoi le traditionalisme ne saurait représenter l'Eglise de toujours.
Suliko a écrit :Je crois que le problème du modernisme, c'est essentiellement cela : la perte de la foi.
Il n'a pas dû vous échapper que j'ai dit à peu près la même chose. Je suis donc tout à fait d'accord avec vous, tel est bien le problème du modernisme. Et le problème du traditionaliste est qu'entre le modernisme et le sectarisme il ne voit rien, et donc il en vient à se flatter d'être sectaire, jusqu'à en faire, ce qui est un comble, un signe d'élection.
Suliko a écrit :Il me semble au fond que les réponses concrètes à la perte de la foi sont simples et qu'il suffirait de les mettre en oeuvre dès maintenant : une liturgie traditionnelle et digne, un catéchisme clair, le respect des sacrements. Or, je vois tout le contraire, y compris tout au sommet de la hiérarchie ecclésiastique : la confusion règne!
Je ferai trois remarques à ce sujet.
Tout d'abord, je persiste dans ma résolution de ne pas utiliser ce fil pour faire le bilan du concile. Je veux bien en discuter dans le cadre d'un autre sujet, il ne vous a pas échappé que j'étais favorable au dialogue :) , mais je ne veux pas mélanger les questions. Je maintiens que le concile Vatican II est un concile catholique, et non moderniste. Cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas le critiquer, ni avoir un avis sur les évolutions de l'Eglise depuis cinquante ans.
J'irai même plus loin. Vous parlez d'un trésor (la liturgie, le catéchisme, les sacrements) que l'Eglise a le devoir de transmettre. Je vous l'accorde sans réserve.
Mais comme je ne suis pas pape, ni même évêque, que je sois avec vous ou contre vous sur ce point fondamental n'a aucune importance. Que faire alors? J'espère que vous ne tiendrez pas ma proposition pour hérétique : je crois qu'il faut ouvrir son coeur à l'Esprit-Saint, qui est esprit de vérité et de charité. Je ne vois rien de plus utile. Mais il faut reconnaître que ce n'est pas facile.

Re: La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

par Suliko » jeu. 31 mars 2016, 15:28

Bonjour prodigal,
Voici pourquoi je maintiens que le concile de Vatican II a très bien fait de prôner le dialogue (symbolisé par l'ouverture des fenêtres). En revanche, je ne me prononcerai pas sur la question de savoir s'il a réussi ou bien échoué.
Si comme vous le dites saint Thomas d'Aquin a dialogué avec Aristote, on voit mal l'utilité pour le dernier concile de prôner un dialogue qui existerait selon vous de fait depuis des siècles! La différence entre les réunions inter-religieuses modernes et saint Thomas, c'est que lui gardait la foi catholique, qu'il pensait qu'il y avait une religion vraie et d'autres fausses, que le Salut dépendait de l'adhésion à cette vérité religieuse catholique. Aujourd'hui, la plupart des catholiques donnent l'impression de ne plus vraiment avoir la foi en cela....Ils dialoguent avec d'autres religions tout en abandonnant peu à peu, et peut-être sans s'en apercevoir, la leur, la foi de leurs ancêtres...Je crois que le problème du modernisme, c'est essentiellement cela : la perte de la foi. Un catholique moderniste ou progressiste peut certes aller à la messe tous les dimanches, lire la Bible, se confesser, mais au fond, il ne croit pas que le catholicisme est la seule vraie religion, la seule qui permet le Salut, et donc que ne pas transmettre la foi est dramatique; il ne croit pas que certains actes très banals dans notre société demeurent pour Dieu des péchés mortels qui privent du Salut.

Je ne nie par ailleurs pas toute légitimité aux conversations savantes sur la crise de l'Eglise, mais il me semble qu'au fond, les réponses concrètes à la perte de la foi sont simples et qu'il suffirait de les mettre en oeuvre dès maintenant : une liturgie traditionnelle et digne, un catéchisme clair, le respect des sacrements. Or, je vois tout le contraire, y compris tout au sommet de la hiérarchie ecclésiastique : la confusion règne!

Suliko

Re: La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

par Fée Violine » dim. 27 mars 2016, 12:18

L'année 1890 constitue pour le monde catholique une véritable ligne de partage : le dominicain Marie-Joseph Lagrange fonda à Jérusalem une «École pratique d'études biblique»; deux ans plus tard, elle se dotait d'une revue qui réunissait quelques uns des meilleurs chercheurs et exégètes, la Revue Biblique. Presque en même temps que la revue de Lagrange apparut L'Enseignement biblique, publication qui rassemblait surtout des textes et des matériaux didactiques d'Alfred Loisy. Il n'est donc pas étonnant que sortira rapidement après, en 1893, l'encyclique déjà évoquée Providentissimus Deus, au moyen de laquelle Léon XIII cherchait à fixer les règles qui devaient guider les études bibliques.
Oui, voilà, et leurs chemins ont divergé. tandis que Loisy s'égarait, Lagrange est toujours resté fidèle à l'Église, bien qu'il ait fallu quelque temps pour que sa perspective sur l'étude la Bible soit admise. C'est pourquoi il est en cours de béatification.

Re: La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

par Cinci » dim. 27 mars 2016, 4:28

  • «... les méfiances du monde catholique étaient liées à des théories de certains chercheurs, des Allemands surtout, dans lesquelles il n'était pas facile de faire la différence entre les hypothèses scientifiques et les préjugés philosophiques et rationalistes. Les présupposés étaient bien différents de ceux d'où étaient partis des auteurs comme David Friedrisch Strauss et Ernest Renan qui avaient publié en 1835 et 1863 leurs ouvrages consacrés à la vie de Jésus, soulevant des clameurs pour avoir nié la divinité du Christ.

    Désormais les démarches se voulaient scientifiques, et les conséquences dans certains cas étaient analogues [...] A partir des années 1880, la contribution majeure est venue de Julius Wellhausen dont les théories devaient avoir une influence positive sur les développements ultérieurs tout en apparaissant quelque peu viciées par le préjugé rationaliste. C'est ainsi que s'est développé l'école de l'Histoire des religions avec des chercheurs ayant une solide formation historico-critique, comme Gunkel, Wrede, Eichorn [...] avec Weiss et plus tard Schweitzer. Leurs contributions semblaient exclure la possibilité du surnaturel dans l'histoire, en considérant le Christ comme un personnage extraordinaire, un esprit doué d'une très haute conscience religieuse, mais certainement pas disposé à donner vie à une Église. Ce sont précisément ces présupposés idéologiques que les catholiques ne pouvaient pas accepter, qui finiront par faire apparaître risquées leurs théories exégétiques.

    Le contexte immédiat

    L'année 1890 constitue pour le monde catholique une véritable ligne de partage : le dominicain Marie-Joseph Lagrange fonda à Jérusalem une «École pratique d'études biblique»; deux ans plus tard, elle se dotait d'une revue qui réunissait quelques uns des meilleurs chercheurs et exégètes, la Revue Biblique. Presque en même temps que la revue de Lagrange apparut L'Enseignement biblique, publication qui rassemblait surtout des textes et des matériaux didactiques d'Alfred Loisy. Il n'est donc pas étonnant que sortira rapidement après, en 1893, l'encyclique déjà évoquée Providentissimus Deus, au moyen de laquelle Léon XIII cherchait à fixer les règles qui devaient guider les études bibliques.

    Dans ces mêmes années, de nombreux chercheurs catholiques se rencontrèrent au cours de congrès ou lors de journées d'études consacrés le plus souvent à des thèmes bibliques. [...] Au Congrès de Bruxelles de 1894 par exemple un conférencier mit en garde les catholiques contre la tentation de minimiser, comme d'exagérer, les exigences des dogmes; il insista sur la nécessité de ne pas exaspérer les divisions entre catholiques, dénonçant les inquisiteurs sans mandat, prêt à jeter la suspicion et à accuser de rationalisme dès que quelqu'un ne partageait pas leurs vues étroites.

    En 1897, les exégètes revinrent explicitement sur les thèmes bibliques au Congrès de Fribourg : Lagrange et le baron von Hügel émirent clairement des doutes sur le mosaïsme du Pentateuque, entraînant de fortes polémiques.

    [...]

    Le modernisme britannique

    Newman, von Hügel, Tyrrell : sans rien enlever à d'autres auteurs [...] ces trois noms reviennent constamment dès lors que l'on parle de modernisme en Grande-Bretagne.

    Von Hügel s'occupait lui aussi de problèmes théologiques et exégétiques. [...] Il était surtout un spécialiste estimé de l'histoire de la spiritualité, comme en témoigne un de ses ouvrages les plus significatifs consacré à sainte Catherine de Gênes, un travail jugé comme l'oeuvre théologique la plus importante écrite en anglais au cours de ce dernier demi-siècle. Dans les années de la fin du XIXe et et des débuts du XXe siècle, von Hügel joua un rôle essentiel pour établir des relations entre les chercheurs. Apprécié dans les cercles les plus divers, suffisamment érudit pour pouvoir dialoguer avec les personnalités de cultures différentes, convaincu de la nécessité de nourrir la recherche et d"encourager les chercheurs tout en restant attaché fortement au catholicisme historique, le baron von Hügel devint l'un des points de référence pour des milieux très différents, bien qu'il fut considéré comme plus hétérodoxe qu'il ne le méritait, à cause de l'épithète d'«évêque laïque du modernisme» qu'on lui a attribué.

    Esprit ouvert et tolérant, fruit de l'éducation reçue d'un père autrichien et d'une mère écossaise, polyglotte et donc capable de cultiver des amitiés renforcés par ses nombreux voyages à travers l'Europe [...] convaincu que l'Église avait de grandes ressources spirituelles mais peu d'amour pour la recherche et l'étude, von Hügel pensait qu'il pouvait aider à conforter certaines orientations spirituelles, mais aussi à rendre l'Église «intellectuellement habitable».

    [...]

    C'est von Hügel qui a compris les potentialités présentes dans la pensée de Newman*, au point de la considérer comme un élément important pour un dialogue entre le catholicisme et le monde moderne. C'est pour cette raison qu'il s'était occupé de la faire connaître à Loisy et à Tyrrell; ce dernier pensa trouver chez le cardinal anglais les suggestions utiles pour voir dans le christianisme non pas un ensemble de concepts monolithiques établis une fois pour toutes, mais une série de principes qui s'adaptent continuellement au contexte dans lequel ils sont forgés.

    Il a élaboré les éléments essentiels de sa doctrine en 1902-1903; il l'a présenta dans quelques brefs écrits publiés anonymement. L'un d'entre eux, The Church and the Future, publié sous le pseudonyme d'Hilaire Bourdon, allait être défini comme le petit livre gris du modernisme, comme les petits livre rouges de Loisy l'étaient pour le modernisme biblique.

    * Newman pouvait donc être considéré comme le trait d'union entre le catholicisme et la pensée moderne, notamment grâce à sa théorie sur l'évolution du dogme exposée dans un livre célèbre qui porte précisément ce titre, Le Développement du dogme chrétien.

    Source : Maurilio Guasco, Le modernisme. Les faits, les idées, les hommes, Paris, Desclée de Brouwer, 2007, p.74

Re: La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

par Cinci » sam. 26 mars 2016, 19:42

Fée Violine,
Pascendi n'est pas un monument. La preuve c'est que je l'ai lue, et j'ai trouvé ça très intéressant et pas du tout difficile à lire. Et c'est un critère, parce que moi quand c'est ennuyeux je ne lis pas.  
... c'est en fonction de ce que j'avais pu lire jusqu'ici au sujet de l'encyclique, sans avoir examiné moi-même la chose d'un peu plus près. Mais j'ai commencé à le lire et en effet ce n'est pas si aride que ça, pas si technique, non pas au point d'en être décourageant pour le simple quidam.

Le modernisme n'est pas synonyme d'irréligion. Les modernistes pensaient sincèrement être catholiques, je suppose.
 
Oui.
Si vous ne savez pas ce qu'est le modernisme, il vous est difficile d'en discuter.
Je pars toujours de l'idée que des échanges sont utiles pour en apprendre davantage, sous toutes sortes de plans. Je sais qu'il y a un infinité de choses que j'ignore encore. Le fait de me pencher sur la crise moderniste m'aide aussi à mieux comprendre nos «Mgr Williamson» de l'Église catholique. Une relative ignorance des choses ne constitue jamais un empêchement à la discussion sur un forum, à mon avis.



En gros l'idée [le modernisme], c'est de suivre la mode, d'où le mot "modernisme". Le modernisme considère la religion comme un phénomène culturel. La "rupture avec la dogmatique" que vous évoquez est la conséquence du refus du surnaturel. Il est évident que si Dieu est une création humaine, l'incarnation, la Trinité et la rédemption n'ont pas beaucoup de sens.
C'est juste ici que je comprend mal votre choix d'expression. La question du surnaturel pour moi représente facteur indépendant de la question des dogmes de l'Église. Un protestant par exemple fera rupture avec le dogme de la présence réelle dans l'Eucharistie. Pour autant, ça ne veut pas dire que le protestant refuse le surnaturel en soi (cf.(l'existence de Dieu, un certain mode d'intervention, etc.).

Le dissident refuse la définition intellectuelle qui sera celle que l'Église pourrait lui apporter. Un moderniste envoie promener le thomise qu'un pape Léon XIII aurait bien voulu ramener à l'avant-plan. Mais il n'est pas besoin de thomisme non plus pour donner dans l'illuminisme pentecôtiste ou autre. Un refus de se plier à l'autorité de l'Église ne découle pas du fait d'avoir voulu préalablement rejeter le surnaturel. Il me semble que le péché d"orgueil serait bien suffisant, juste le fait de penser mieux savoir.

Re: La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

par Cinci » sam. 26 mars 2016, 18:17

Prodigal,
Pour donner un exemple-type de ce que serait une prise de position moderniste quant à la doctrine, j'ose en faire une sorte de parodie, et l'écrire en italiques. Voici donc ce qui dirait un moderniste, au sens où l'Eglise a défini ce courant en le condamnant.

Jésus-Christ est mort sur la croix mais demeure vivant en nos coeurs. Ses disciples effondrés à sa mort ont gardé l'espérance de son retour, et ils l'ont exprimée en croyant en sa résurrection, conformément aux formes culturelles de l'époque telles qu'on les retrouve en maintes civilisations. C'est pourquoi ils sont pour nous l'exemple que nous devons suivre.

A ma connaissance, aucun texte conciliaire ne dit quelque chose d'approchant.
Oui, cette parodie convient bien. Et même que j'hésiterais à parler de parodie ici tellement il me sera déjà arrivé aussi de pouvoir lire quasiment - oui, à la lettre - une prise de position identique de la part de théologiens universitaires, dans les journaux, des grands articles complets, en pleine période de Pâque.
;)

Re: La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

par Fée Violine » sam. 26 mars 2016, 16:47

Cinci a écrit : C'est un problème pour les croyants dans le sens que l'usage des méthodes de travail avec mise en avant des critères se voulant scientifiques/objectifs amène le chrétien à devoir se scinder en deux.
(...)
Quand l'homme d'église revêt son chapeau d'homme intelligent et critique il annule le discours de l'Église, revêtant sa chasuble le lendemain pour dire la messe il lui faut replonger dans l'irrationalité, l'adhésion vitale et sans motif réel à l'Église que nous connaissons.
Quand je pense que le Père Lagrange, fondateur de l'École Biblique de Jérusalem, travaillait à la même époque que Loisy (ou juste après)! On retient les divagations de Loisy et on oublie la méthode scientifique employée par Lagrange, qui n'est jamais tombé dans la dichotomie que vous évoquez ! Il faut avoir bien peu de confiance en Dieu pour s'imaginer que les découvertes scientifiques puissent aller contre la foi !

Re: La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

par Fée Violine » sam. 26 mars 2016, 16:38

Cinci a écrit :Bonjour Fée Violine,

Alors vous associez le modernisme avec avec l'irreligion? le matérialisme?

Je ne l'aurais pas compris de cette façon. J'aurais pensé que le modernisme opérait surtout une rupture avec la dogmatique de l'Église pour commencer, avec le traditionalisme. Je ne sais pas si ce serait plus clair dans la fameuse lettre encyclique Pascendi. J'avoue que je n'ai pas eu l'audace encore de m'attaquer à ce monument. En attendant, Je ne comprend pas trop pourquoi vous semblez exclure totalement le surnaturel de l'expérience moderniste.
Pascendi n'est pas un monument. La preuve c'est que je l'ai lue, et j'ai trouvé ça très intéressant et pas du tout difficile à lire. Et c'est un critère, parce que moi quand c'est ennuyeux je ne lis pas. :dormir:

Le modernisme n'est pas synonyme d'irréligion. Les modernistes pensaient sincèrement être catholiques, je suppose. Matérialistes, peut-être un peu - au sens de "rationalistes", pas au sens de "consommateurs" bien sûr.
Si vous ne savez pas ce qu'est le modernisme, il vous est difficile d'en discuter.
En gros l'idée, c'est de suivre la mode, d'où le mot "modernisme". Le modernisme considère la religion comme un phénomène culturel.
La "rupture avec la dogmatique" que vous évoquez est la conséquence du refus du surnaturel. Il est évident que si Dieu est une création humaine, l'incarnation, la Trinité et la rédemption n'ont pas beaucoup de sens.

Re: La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

par prodigal » sam. 26 mars 2016, 15:13

Cher Cinci,
la phrase qui dit qu'il y autant de modernismes que de modernistes est sans doute vraie en soi, mais elle n'est pas vraie du modernisme en tant que ce mot désigne un courant condamné par l'Eglise. Par exemple, on peut juger que le pape François est fait sur un modèle beaucoup plus compatible avec le XXI e siècle qu'avec le XIXe, et donc le trouver, pourquoi pas, trop "moderne", ou trop enclin à faire bouger les lignes. Mais ce serait une calomnie que de l'accuser de modernisme. Il ne tombe sous le coup d'aucune condamnation.
Pour donner un exemple-type de ce que serait une prise de position moderniste quant à la doctrine, j'ose en faire une sorte de parodie, et l'écrire en italiques. Voici donc ce qui dirait un moderniste, au sens où l'Eglise a défini ce courant en le condamnant.
Jésus-Christ est mort sur la croix mais demeure vivant en nos coeurs. Ses disciples effondrés à sa mort ont gardé l'espérance de son retour, et ils l'ont exprimée en croyant en sa résurrection, conformément aux formes culturelles de l'époque telles qu'on les retrouve en maintes civilisations. C'est pourquoi ils sont pour nous l'exemple que nous devons suivre.
A ma connaissance, aucun texte conciliaire ne dit quelque chose d'approchant.

Re: La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

par Cinci » sam. 26 mars 2016, 14:47

Bonjour Prodigal,

Merci. Oui, il y a le mot de Émile Poulat en effet.

Je comprenais qu'il pouvait évoquer pour nous une laïcité qui néglige le surnaturel, qui l'ignore, qui le repousse par principe. Le terme «absence de surnaturel» vaudrait alors pour une certaine modernité, comme pour les scientistes. Ainsi, je comprenais que la crise moderniste serait née de la rencontre violente entre cette modernité «sans Dieu» et la foi traditionnelle de l'Église.

Sauf des «modernistes» comme Tyrrell en Angleterre, La Berthonnière en France, un Édouard Le Roy, même l'abbé Marcel Hébert, si on songe à ces hommes qui auront dû être des acteurs de premier plan engagés dans la crise, et comme agents du modernisme, eux-mêmes, ne se définissaient jamais comme des incroyants, des personnes voulant faire table rase de tout surnaturel. Les modernistes ne sont pas des athées.

Dans la préface du livre de Guasco (qui fait mention d'Émile Poulat) :
  • «Le modernisme fut avant tout un véritable bouillonnement intellectuel au sein de l'Église catholique, dont la préoccupation principale était de réduire le décalage perceptible entre la foi et la société contemporaine, et de mettre au service de la foi et de l'Église , les avancées des méthodes scientifiques dans tous les domaines, non sans bousculer habitudes et et convictions bien ancrées, et non sans imprudence. La démarche était pleine d'audace, mais risquée. Elle était aussi très individuelle. C'est pourquoi Henri Brémond, lui-même inquiété par les autorités romaines pour ses écrits et pour ses amitiés, disait qu'il y avait autant de modernismes que de modernistes.» (p.6)
En somme, Guasco peut faire remarquer que le terme modernisme renvoie à une réalité complexe. La chose serait malaisée à définir, attendu que le modernisme n'aura jamais consisté en une école, en une théorie ou un enseignement bien précis, qu'il ne s'agissait ni d'un complot ni d'une ligue organisée. Les modernistes eux-mêmes ne s'entendraient pas entre-eux. Ils peuvent se contredire. C'est pourquoi je dirais qu'on ne peut pas écarter tout surnaturel du processus de pensée de l'un ou de l'autre. Il dépend de la personnalité de chacun.

Re: La crise moderniste n'était qu'un rhume des foins …

par Cinci » sam. 26 mars 2016, 13:24

Salut Paxetbonum,

Merci pour l'intérêt et les commentaires.
Oui le modernisme est l'application de la déliquescence du monde à l'Eglise.
Le rejet de l'autorité, du sacré, de la Vérité intangible.
Tout remettre en question.
J'ai trouvé cette page :
  • «Ainsi Émile Boutroux écrivait-il en analysant les dangers qui menaçaient l'Église :

    Ce dangers sont de deux sortes. Il y a d'abord le danger externe. La société civile, en certains États, prétend se séparer totalement de l'Église, en sorte que, dans aucune partie de son existence, elle ne tiendrait plus aucun compte des prescriptions, des enseignements , des conditions d'existence de la religion. Il y a en second lieu le danger interne. Au sein même de l'Église, des membres, non seulement laïques, mais ecclésiastiques, protestant de leur fidélité et de leur obéissance, refusent de tenir la loi divine pour seule souveraine, et cherchent à procurer une adaptation mutuelle entre la parole de Dieu et les opinions des hommes, entre la foi et la science, entre l'Église et une démocratie sans Dieu. La synthèse de toutes ces hérésies est le modernisme, doctrine qui distinguant dans la religion le fond et la forme et agrandissant indéfiniment la part de celle-ci au détriment de celui-là, admet que tout ce qui est forme est justiciable des tendances et des opinions contingentes des sociétés humaines. En sorte que ce que ces chrétiens accommodants consentent à maintenir comme absolu et immuable se réduit de plus en plus à quelques subtiles et insaisissables abstractions, De ces deux dangers, le second est le pire, puisqu'il vient d'une corruption qui se produit au sein de l'Église même.»

    [...]

    A écouter Boutroux, nous nous trouverions donc face à des formes de perversion absolue : le diable avait trouvé son nouveau cheval de Troie pour pénétrer le camp de l'ennemi. Mais dans ce cheval, on ne trouvait pas ses alliés habituels, libre penseurs,rationalistes, anticléricaux; on y trouvait des hommes qui, emportés par leur orgueil, avaient suivi en tout l'exemple de Satan, en se transformant d'anges de lumière en esprit des ténèbres.

    Source : Mauricio Guasco, Le modernisme. Les faits, les idées, les hommes, Desclée de Brouwer, 2007, p.27

    Note infra: la citation de E, Boutroux est placée en exergue de l'article de F. Mourret dans la Revue Apologétiques 25, 1922, p.5

Et Guasco rajoute auparavant des informations intéressantes :
  • «… l'un des historiens de l'époque [Renaissance, XVIe siècle], Fernand Mourret, rappelait que c'était précisément Luther qui parmi les premiers utilisa le mot modernisme pour désigner les philosophes nominalistes.

    Rousseau lui aussi utilisa le terme dans une lettre de 1769 comme synonyme de matérialiste et d'épicurien.

    Ce fut cependant au cours du XIXe siècle qu'agirent et écrivirent ceux qui devaient être considérés un jour comme les initiateurs d'une réforme hétérodoxe de l'Église, de Hermes à Günther et Froschammer, et avant encore, de Lammenais à Gioberti. Selon Mourret encore, le véritable fondateur, le «grand ancêtre» du modernisme, était le théologien allemand Ignaz von Döllinger qui était convaincu que la science théologique coïncidait avec la science critique, et que cette dernière à son tour ne dépendait que de critères à caractère national et historique, et non d'autres autorités. » (p.24)

Pour Fée Violine :

«… historiquement datée, cette hérésie, ou mieux cette mentalité semble pourtant s'être insinuée parmi les croyants : à plusieurs reprises et encore très récemment, on a parlé de néomodernisme, de retour du modernisme. Ceux qui le font croient pouvoir se justifier par le fait qu'un grand patriarche de la pensée chrétienne au XXe siècle qui se définissait comme un paysan de la Garonne, Jacques Maritain, évoquait dans un livre qui relève plus de la nostalgie que de l'analyse «la fièvre néomoderniste fort contagieuse, du moins dans les cercles intellectuels, auprès de laquelle le modernisme du temps de Pie X n'était qu'un modeste rhume des foins» ( J. Maritain, Le paysan de la Garonne, Paris, Desclée de Brouwer, 1966, p. 16)

Mauricio Guasco nous donne au moins la page du livre de Maritain, à défaut nous livrer le texte.

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