par MB » mer. 22 août 2007, 20:57
Bonsoir !
Votre raisonnement est extrêmement fin et j'ai pris un grand plaisir à le lire.
Si vous le voulez bien, on pourrait développer l'un de ses aspects, en allant un peu plus loin. Je veux dire, le rapport entre monde de la communication (pub, marketing, graphisme, com') et l'art contemporain en général. Précision : par "art contemporain", je n'entends pas "l'art qui se fait de nos jours", mais ce que Charles, notamment, dénonce à juste titre à travers les installations, les happenings, les vidéastes, l'art brut, l'art conceptuel ou minimaliste, etc. (bref ce qu'on pourrait appeler les daubes post-modernes).
A priori, le rapport entre les deux domaines n'est pas évident. Les "créateurs" s'emploient le plus souvent à dénoncer la société de consommation, l'Occident, Bush, Sarkozy, le pape, les hétéros, etc., tandis que les "créatifs", eux, n'ont pas spécialement intérêt à dénoncer quoi que ce soit, à moins que ce soit pour vendre. Le monde de la pub est précisément ce que dénoncent le plus les installateurs en tout genre.
Pourtant, quand on y regarde de près, on s'aperçoit que les procédés employés sont exactement les mêmes. Observez le jeu sur l'image incongrue, sur le décalage entre texte et image, l'association ou le traitement bizarre de divers objets, etc. Observez aussi le jeu sur les traitements divers de l'image corporelle (corps parfait, voire machinal, contre, à l'inverse, insistance sur les imperfections, boutons, pustules etc.). Le raisonnement du spectateur marche de la même manière : il est provoqué de manière épidermique par une image superficielle, ou un rapprochement entre plusieurs éléments qui a priori n'avaient rien à voir ; ou encore, l'image est faite de sorte à devenir la plus "parlante" possible, le message qu'elle délivre est gros comme une maison, pour être lisible immédiatement.
Tous ces procédés sont ceux avec lesquels fonctionne la publicité. Sauf qu'une affiche publicitaire mélange toujours plusieurs procédés à la fois ; à l'inverse, l'installation d'un "artiste contemporain" est presque toujours la plus pure, la plus dépouillée possible, elle se concentre sur un procédé, sur un concept (on aura remarqué que ce mot est aussi fréquent en art contemporain qu'en publicité ou en marketing). Bref, l'art contemporain donne les idées et les procédés bruts ; le monde de la communication les recycle et les retravaille.
Je pose donc l'hypothèse suivante : le rapport entre monde de la communication et art contemporain est exactement le même qu'entre le prêt-à-porter, qui vend des vêtements faits pour être portés, et les défilés de haute-couture, qui eux montrent des concepts de vêtements ; ou, autre comparaison possible, ce rapport est le même qu'entre les concepts-cars des designers automobiles, qui donnent des idées aux constructeurs, et les voitures de tous les jours.
Bref, l'art contemporain est l'une des deux faces de la société du spectacle, l'autre étant la pub. Il prétend dénoncer la société de consommation ; en fait, il en est à la fine pointe, il est à l'avant-garde de celle-ci.
L'imposture, finalement, n'est donc pas le principe de l'existence de l"'art contemporain". En un sens, celui-ci a une utilité économique et sociale. L'imposture réside plutôt dans l'idée que ce serait de l'art... de la même manière que c'est une imposture qui fait désigner les publicitaires comme des "créatifs", alors que c'est précisément ce qu'ils ne sont pas, puisqu'ils se contentent de faire des collages avec ce que d'autres ont créé avant eux.
Que pensez-vous de ces hypothèses ?
A bientôt
MB
Bonsoir !
Votre raisonnement est extrêmement fin et j'ai pris un grand plaisir à le lire.
Si vous le voulez bien, on pourrait développer l'un de ses aspects, en allant un peu plus loin. Je veux dire, le rapport entre monde de la communication (pub, marketing, graphisme, com') et l'art contemporain en général. Précision : par "art contemporain", je n'entends pas "l'art qui se fait de nos jours", mais ce que Charles, notamment, dénonce à juste titre à travers les installations, les happenings, les vidéastes, l'art brut, l'art conceptuel ou minimaliste, etc. (bref ce qu'on pourrait appeler les daubes post-modernes).
A priori, le rapport entre les deux domaines n'est pas évident. Les "créateurs" s'emploient le plus souvent à dénoncer la société de consommation, l'Occident, Bush, Sarkozy, le pape, les hétéros, etc., tandis que les "créatifs", eux, n'ont pas spécialement intérêt à dénoncer quoi que ce soit, à moins que ce soit pour vendre. Le monde de la pub est précisément ce que dénoncent le plus les installateurs en tout genre.
Pourtant, quand on y regarde de près, on s'aperçoit que les procédés employés sont exactement les mêmes. Observez le jeu sur l'image incongrue, sur le décalage entre texte et image, l'association ou le traitement bizarre de divers objets, etc. Observez aussi le jeu sur les traitements divers de l'image corporelle (corps parfait, voire machinal, contre, à l'inverse, insistance sur les imperfections, boutons, pustules etc.). Le raisonnement du spectateur marche de la même manière : il est provoqué de manière épidermique par une image superficielle, ou un rapprochement entre plusieurs éléments qui a priori n'avaient rien à voir ; ou encore, l'image est faite de sorte à devenir la plus "parlante" possible, le message qu'elle délivre est gros comme une maison, pour être lisible immédiatement.
Tous ces procédés sont ceux avec lesquels fonctionne la publicité. Sauf qu'une affiche publicitaire mélange toujours plusieurs procédés à la fois ; à l'inverse, l'installation d'un "artiste contemporain" est presque toujours la plus pure, la plus dépouillée possible, elle se concentre sur un procédé, sur un concept (on aura remarqué que ce mot est aussi fréquent en art contemporain qu'en publicité ou en marketing). Bref, l'art contemporain donne les idées et les procédés bruts ; le monde de la communication les recycle et les retravaille.
Je pose donc l'hypothèse suivante : le rapport entre monde de la communication et art contemporain est exactement le même qu'entre le prêt-à-porter, qui vend des vêtements faits pour être portés, et les défilés de haute-couture, qui eux montrent des concepts de vêtements ; ou, autre comparaison possible, ce rapport est le même qu'entre les concepts-cars des designers automobiles, qui donnent des idées aux constructeurs, et les voitures de tous les jours.
Bref, l'art contemporain est l'une des deux faces de la société du spectacle, l'autre étant la pub. Il prétend dénoncer la société de consommation ; en fait, il en est à la fine pointe, il est à l'avant-garde de celle-ci.
L'imposture, finalement, n'est donc pas le principe de l'existence de l"'art contemporain". En un sens, celui-ci a une utilité économique et sociale. L'imposture réside plutôt dans l'idée que ce serait de l'art... de la même manière que c'est une imposture qui fait désigner les publicitaires comme des "créatifs", alors que c'est précisément ce qu'ils ne sont pas, puisqu'ils se contentent de faire des collages avec ce que d'autres ont créé avant eux.
Que pensez-vous de ces hypothèses ?
A bientôt
MB