par Cinci » jeu. 03 nov. 2016, 18:48
Sur Maurice Barrès ...
L'écrivain Paul Léautaud, qui le connaissait bien, commentera :
« Peut-on se plaire aux idées dont Barrès s’est fait le champion, dont il s’est fait, pour parler plus justement, un tremplin, ces dernières années ? La leçon des morts, l’enseignement des morts, l’obéissance aux morts, la terre et les morts, la petite patrie, etc. Idées inintelligentes, philosophie d’esclave. L’enseignement des morts ! N’est-ce pas assez de les subir en soi forcément, sans encore se plier volontairement à eux ? Je pense au mot de Goethe : « En avant, par-delà les tombeaux. » Véritable cri d’un homme qui voulait être et savait être un homme. Mes morts à moi-même ne m’intéressent déjà pas. Je veux dire celui que j’étais hier, que j’ai été auparavant. Ce n’est pas pour retourner et me soumettre aux morts réels. Je doute de l’intelligence d’un homme, d’inventer des niaiseries pareilles. Ou il me fait l’effet d’un auteur qui a cherché ce qu’il pourrait bien inventer pour se faire une spécialité littéraire. »
— Paul Léautaud, Journal littéraire, Gallimard (Folio), 1968, 16 janvier 1907, p. 190.
En 1902, dans
Scènes et doctrines du nationalisme, Barrès affirme et définit sa doctrine politique. Il plaide pour
un fédéralisme, plus conforme à la tradition française. La nation est considérée comme une multiplicité de familles : « Familles d'individus, voilà les communes ; familles de communes, voilà la région ; familles de régions, voilà la nation ; une famille de nations, citoyens socialistes, voilà l'humanité fédérale où nous tendons en maintenant la patrie française et par l'impulsion de 178917. » Ainsi la « nationalité » a un sens aussi bien local (nationalité lorraine) que national (nationalité française) : « La nationalité française, selon nous, est faite des nationalités provinciales. Si l'une de celles-ci fait défaut, le caractère français perd un de ses éléments18. » L'individualisme des débuts laisse la place à la théorie organique du lien social : « l'Individu n'est rien, la société est tout19. »
En 1903, dans
Amori et
Dolori Sacrum, Maurice Barrès retrace son évolution personnelle dans son texte «
Le 2 novembre en Lorraine ». Dans ce texte, véritable « point d'orgue » de sa pensée, Barrès développe l'idée que notre « Moi » n'est que « l'éphémère produit de la société », et en vient, à nouveau, à la conclusion que « notre raison nous oblige à placer nos pas sur les pas de nos prédécesseurs » :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Barr%C3%A8s
Maurice Barrès fut un auteur qui aura fasciné passablement l'abbé Lionel Groulx (1878-1967) qui fut sacré historien national du Canada français, premier détenteur de la chaire d'histoire de l'université de Montréal et laquelle fut crée pour lui peu après la 1ère Guerre mondiale.
L'abbé Groulx fut un intellectuel qui aura joué un rôle important dans le développement du nationalisme québécois d'aujourd'hui; réorientant le nationalisme traditionnel pan-canadien et plus religieux vers un nationalisme moderne, axé sur le territoire du Québec (berceau de la Nouvelle-France) et la nécessité de développer tous les aspects d'une vie nationale (économie, culture, science, etc.)
Le fameux slogan de la
Révolution tranquille au Québec "
Maître chez nous" , celui que Jean Lesage avait adopté en 1962 lors de la campagne pour la nationalisation de l'électricité (en clair, racheter les compagnies d'électricité anglo-américaines, bouter dehors les capitalistes anglo-saxons; placer désormais des Québécois aux postes de direction, engager des Québécois parmi le personnel cadre, comme ingénieurs, etc; faire que tout se déroule en français dans les réunions du conseil ...), - que ce fameux slogan, dis-je bien - , fut emprunté à Lionel Groulx, tiré d'un des ses ouvrages "Notre maître, le passé" (un titre parfaitement barrésien). L'abbé Groulx aura désavoué le duplessisme des années 1940-1950 et appuyé la nationalisation de l'électricité au Québec en 1962. Pour un abbé, il fallait le faire, à une époque où les nationalisations de compagnies privées (mesure socialiste) étaient encore perçues comme du communisme littéralement.
[...]
Un "charivari médiatique"se sera élevé vers la fin des années 1990 au Québec, suscité par des Anglais de Montréal et des milieux juifs anglophones, au sujet de la mémoire de Lionel Groulx justement, accusant ce dernier
a posteriori d'avoir été un raciste, un antisémite et aussi du crime de philo-fascisme. Des lobbyistes juifs du B'naï B'rith allant même jusqu'à exiger "vertement" que le gouvernement du Québec débaptisât la station de métro Lionel Groulx à Montréal, etc.
Sur Maurice Barrès ...
[quote]
L'écrivain Paul Léautaud, qui le connaissait bien, commentera :
« Peut-on se plaire aux idées dont Barrès s’est fait le champion, dont il s’est fait, pour parler plus justement, un tremplin, ces dernières années ? La leçon des morts, l’enseignement des morts, l’obéissance aux morts, la terre et les morts, la petite patrie, etc. Idées inintelligentes, philosophie d’esclave. L’enseignement des morts ! N’est-ce pas assez de les subir en soi forcément, sans encore se plier volontairement à eux ? Je pense au mot de Goethe : « En avant, par-delà les tombeaux. » Véritable cri d’un homme qui voulait être et savait être un homme. Mes morts à moi-même ne m’intéressent déjà pas. Je veux dire celui que j’étais hier, que j’ai été auparavant. Ce n’est pas pour retourner et me soumettre aux morts réels. Je doute de l’intelligence d’un homme, d’inventer des niaiseries pareilles. Ou il me fait l’effet d’un auteur qui a cherché ce qu’il pourrait bien inventer pour se faire une spécialité littéraire. »
— Paul Léautaud, Journal littéraire, Gallimard (Folio), 1968, 16 janvier 1907, p. 190.
En 1902, dans [i]Scènes et doctrines du nationalisme[/i], Barrès affirme et définit sa doctrine politique. Il plaide pour [u]un fédéralisme[/u], plus conforme à la tradition française. La nation est considérée comme une multiplicité de familles : « Familles d'individus, voilà les communes ; familles de communes, voilà la région ; familles de régions, voilà la nation ; une famille de nations, citoyens socialistes, voilà l'humanité fédérale où nous tendons en maintenant la patrie française et par l'impulsion de 178917. » Ainsi la « nationalité » a un sens aussi bien local (nationalité lorraine) que national (nationalité française) : « La nationalité française, selon nous, est faite des nationalités provinciales. Si l'une de celles-ci fait défaut, le caractère français perd un de ses éléments18. » L'individualisme des débuts laisse la place à la théorie organique du lien social : « l'Individu n'est rien, la société est tout19. »
En 1903, dans [i]Amori[/i] et [i]Dolori Sacrum[/i], Maurice Barrès retrace son évolution personnelle dans son texte « [b]Le 2 novembre en Lorraine[/b] ». Dans ce texte, véritable « point d'orgue » de sa pensée, Barrès développe l'idée que notre « Moi » n'est que « l'éphémère produit de la société », et en vient, à nouveau, à la conclusion que « notre raison nous oblige à placer nos pas sur les pas de nos prédécesseurs » :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Barr%C3%A8s
[/quote]
Maurice Barrès fut un auteur qui aura fasciné passablement l'abbé Lionel Groulx (1878-1967) qui fut sacré historien national du Canada français, premier détenteur de la chaire d'histoire de l'université de Montréal et laquelle fut crée pour lui peu après la 1ère Guerre mondiale.
L'abbé Groulx fut un intellectuel qui aura joué un rôle important dans le développement du nationalisme québécois d'aujourd'hui; réorientant le nationalisme traditionnel pan-canadien et plus religieux vers un nationalisme moderne, axé sur le territoire du Québec (berceau de la Nouvelle-France) et la nécessité de développer tous les aspects d'une vie nationale (économie, culture, science, etc.)
Le fameux slogan de la [i]Révolution tranquille[/i] au Québec "[b]Maître chez nous[/b]" , celui que Jean Lesage avait adopté en 1962 lors de la campagne pour la nationalisation de l'électricité (en clair, racheter les compagnies d'électricité anglo-américaines, bouter dehors les capitalistes anglo-saxons; placer désormais des Québécois aux postes de direction, engager des Québécois parmi le personnel cadre, comme ingénieurs, etc; faire que tout se déroule en français dans les réunions du conseil ...), - que ce fameux slogan, dis-je bien - , fut emprunté à Lionel Groulx, tiré d'un des ses ouvrages "Notre maître, le passé" (un titre parfaitement barrésien). L'abbé Groulx aura désavoué le duplessisme des années 1940-1950 et appuyé la nationalisation de l'électricité au Québec en 1962. Pour un abbé, il fallait le faire, à une époque où les nationalisations de compagnies privées (mesure socialiste) étaient encore perçues comme du communisme littéralement.
[...]
Un "charivari médiatique"se sera élevé vers la fin des années 1990 au Québec, suscité par des Anglais de Montréal et des milieux juifs anglophones, au sujet de la mémoire de Lionel Groulx justement, accusant ce dernier [i]a posteriori[/i] d'avoir été un raciste, un antisémite et aussi du crime de philo-fascisme. Des lobbyistes juifs du B'naï B'rith allant même jusqu'à exiger "vertement" que le gouvernement du Québec débaptisât la station de métro Lionel Groulx à Montréal, etc.