par VexillumRegis » jeu. 14 sept. 2017, 17:29
Explication de la miniature :
"A droite de la croix, on voit le centurion, la Vierge, le bon larron, enfin l'Église assise sur une monture à quatre têtes où l'on peut reconnaître chacun des animaux évangéliques [1]. A gauche, on voit le porte-éponge, saint Jean, le mauvais larron, enfin la Synagogue montée sur l'âne, la bête entêtée qui, lorsqu'il faut avancer, recule [2]. Le voile déchiré du Temple, placé dans le haut de la composition, en donne le sens général et montre bien qu'il s'agit de la substitution de la Nouvelle Loi à l'Ancienne." - Émile Mâle, L'art religieux du XIIIe siècle en France [3].
[1] L'Église, couronnée, et portant haut une bannière cruciforme, recueille le précieux sang mêlé d'eau (Jn XIX, 34) : c'est la grâce des sacrements dont elle est la gardienne et la dispensatrice. Traditionnellement, à partir d'un passage de l'Apocalypse (IV, 7-8), les quatre évangélistes sont symbolisés par quatre animaux (Tétramorphe) : le lion (Marc), l'homme (Matthieu), l'aigle (Jean) et le taureau (Marc). La représentation du Tétramorphe entourant le Christ en majesté est fréquente sur les grands tympans romans (par exemple
ici à
Saint-Trophime en Arles ou
ici à
Saint-Pierre de Moissac).
[2] Le voile du temple s'est déchiré, pour marquer l'obsolescence de la Loi ancienne et le passage à la Loi nouvelle du Christ. Cependant, ce voile demeure dans le cœur des Juifs, qui refusent le Messie, et l'on prie Dieu dans l'oraison traditionnelle du Vendredi Saint qu'il leur ôte ce voile (
áuferat velámen de córdibus eórum) pour qu'ils puissent connaître la lumière de la vérité, qui est le Christ. C'est pour cette raison que nos grandes cathédrales gothiques représentent face à l'Église triomphante la Synagogue aveuglée, par exemple à
Notre-Dame de Strasbourg (
ici) ou à
Notre-Dame de Paris (
ici).
[3] A ces explications d'Émile Mâle, il faut ajouter la représentation du soleil et de la lune de part et d'autre du sommet de la croix, ce qui fait référence aux ténèbres qui couvrirent la terre au moment où expirait le Sauveur (Mt XXVII, 45), mais aussi au caractère cosmique du salut apporté par la Croix (ce n'est pas seulement l'homme qui est rédimé, mais toute la création). Cette symbolique cosmique, très présente dans l'iconographie byzantine (par exemple
ici en
Cappadoce), tendra à se perdre en Occident (bien qu'on la trouve encore
ici chez
Giusto de Menabuoi, à Padoue, dans le dernier tiers du XIVe siècle).
Au premier plan, des ressuscités sortent de leur cercueil, conformément au récit évangélique (Mt XXVII, 52-53). Au pied de la croix, un squelette dans un cercueil représente Adam, celui qui précipita l'humanité dans la ruine, dont seul le sacrifice du nouvel Adam pouvait la relever. La représentation d'Adam dans la scène de la crucifixion se maintiendra longtemps dans l'art, souvent symbolisée par un crâne baignant dans le sang rédempteur du sacrifice (par exemple
ici à Florence chez
Pesellino, au XVe siècle).
[color=#800000][size=130][b]Explication de la miniature :[/b][/size][/color]
[size=120]"A droite de la croix, on voit le centurion, la Vierge, le bon larron, enfin l'Église assise sur une monture à quatre têtes où l'on peut reconnaître chacun des animaux évangéliques [1]. A gauche, on voit le porte-éponge, saint Jean, le mauvais larron, enfin la Synagogue montée sur l'âne, la bête entêtée qui, lorsqu'il faut avancer, recule [2]. Le voile déchiré du Temple, placé dans le haut de la composition, en donne le sens général et montre bien qu'il s'agit de la substitution de la Nouvelle Loi à l'Ancienne." - [b]Émile Mâle[/b], [i]L'art religieux du XIIIe siècle en France[/i] [3].[/size]
[1] L'Église, couronnée, et portant haut une bannière cruciforme, recueille le précieux sang mêlé d'eau (Jn XIX, 34) : c'est la grâce des sacrements dont elle est la gardienne et la dispensatrice. Traditionnellement, à partir d'un passage de l'Apocalypse (IV, 7-8), les quatre évangélistes sont symbolisés par quatre animaux (Tétramorphe) : le lion (Marc), l'homme (Matthieu), l'aigle (Jean) et le taureau (Marc). La représentation du Tétramorphe entourant le Christ en majesté est fréquente sur les grands tympans romans (par exemple [url=https://rolpoup.files.wordpress.com/2008/04/st-trophime.jpg][b]ici[/b][/url] à [color=#0040FF][b]Saint-Trophime en Arles[/b][/color] ou [url=https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/72/Abadia_de_Saint-Pierre_de_Moissac_-_Portalada_Sud_de_Moissac.JPG/1280px-Abadia_de_Saint-Pierre_de_Moissac_-_Portalada_Sud_de_Moissac.JPG][b]ici[/b][/url] à [color=#0040FF][b]Saint-Pierre de Moissac[/b][/color]).
[2] Le voile du temple s'est déchiré, pour marquer l'obsolescence de la Loi ancienne et le passage à la Loi nouvelle du Christ. Cependant, ce voile demeure dans le cœur des Juifs, qui refusent le Messie, et l'on prie Dieu dans l'oraison traditionnelle du Vendredi Saint qu'il leur ôte ce voile ([i]áuferat velámen de córdibus eórum[/i]) pour qu'ils puissent connaître la lumière de la vérité, qui est le Christ. C'est pour cette raison que nos grandes cathédrales gothiques représentent face à l'Église triomphante la Synagogue aveuglée, par exemple à [color=#0040FF][b]Notre-Dame de Strasbourg[/b][/color] ([url=https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/23/Statues_%27L%27%C3%89glise%27_et_%27La_Synagogue%27_de_la_Cath%C3%A9drale_de_Strasbourg%2C_original_gothique_conserv%C3%A9_au_Mus%C3%A9e_de_l%27Oeuvre_Notre-Dame.JPG][b]ici[/b][/url]) ou à [color=#0040FF][b]Notre-Dame de Paris[/b][/color] ([url=https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d3/Paris_Notre-Dame_cathedral_west_facade_scuptures_-_Synagoga_01.jpg][b]ici[/b][/url]).
[3] A ces explications d'Émile Mâle, il faut ajouter la représentation du soleil et de la lune de part et d'autre du sommet de la croix, ce qui fait référence aux ténèbres qui couvrirent la terre au moment où expirait le Sauveur (Mt XXVII, 45), mais aussi au caractère cosmique du salut apporté par la Croix (ce n'est pas seulement l'homme qui est rédimé, mais toute la création). Cette symbolique cosmique, très présente dans l'iconographie byzantine (par exemple [url=http://www.casimages.com/i/170914052902396092.jpg.html][b]ici[/b][/url] en [color=#0040FF][b]Cappadoce[/b][/color]), tendra à se perdre en Occident (bien qu'on la trouve encore [url= http://www.casimages.com/i/17091405314229443.jpg.html][b]ici[/b][/url] chez [color=#0040FF][b]Giusto de Menabuoi[/b][/color], à Padoue, dans le dernier tiers du XIVe siècle).
Au premier plan, des ressuscités sortent de leur cercueil, conformément au récit évangélique (Mt XXVII, 52-53). Au pied de la croix, un squelette dans un cercueil représente Adam, celui qui précipita l'humanité dans la ruine, dont seul le sacrifice du nouvel Adam pouvait la relever. La représentation d'Adam dans la scène de la crucifixion se maintiendra longtemps dans l'art, souvent symbolisée par un crâne baignant dans le sang rédempteur du sacrifice (par exemple [url=http://www.casimages.com/i/170914054900642846.jpg.html][b]ici[/b][/url] à Florence chez [color=#0040FF][b]Pesellino[/b][/color], au XVe siècle).