par Christian » lun. 15 oct. 2007, 16:30
Cher Christophe,
Il y a une anthropologie libérale (particulièrement pauvre, d'ailleurs), comme il y a une anthropologie chrétienne. Dans l'anthropologie chrétienne, l'être humain est une personne. Dans l'anthropologie libérale, l'être humain est un individu. Je crois que la différence de perspective est évidente. L'individu libéral est individualiste, a-social et rationnel.
Je vais pousser un mini coup de gueule parce que l’objet même de ce forum est en cause.
De quoi est-il question dans votre intervention ? Du libéralisme. Vous avez quelques libéraux actifs sur ce forum. Ils vous donnent une définition du libéralisme. Ils ne sont peut-être pas totalement ignorants du sujet. Alors quand vous discutez du libéralisme, ayez le bon sens de prendre en compte ce qu’ils vous disent. Réfutez leurs arguments si vous le pouvez ; rejetez-les, c’est votre droit ; mais ne les ignorez pas.
Il n’existe pas d’anthropologie du libéralisme. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas son propos. Le libéralisme est une théorie juridique. Ne l’ai pas répété 7X7 fois ici ?
Ju-ri-di-que. Plusieurs conceptions du monde conduisent indépendamment au libéralisme, celle de l’Eglise primitive pré-paulinienne, de diverses sectes protestantes et de Léon Tolstoï ; les théories du droit naturel, d’Aristote à Saint Thomas d’Aquin à Murray Rothbard ; l’utilitarisme de Mill ; l’objectivisme randien ; la pensée de Robert Nozick, etc. peu importe par où on y arrive, on débouche invariablement sur la propriété de soi et la prohibition de l’initiative de la violence, qui sont les fondements du libéralisme. Ne confondez pas, comme l’auteur de ChristNet auquel vous vous référez, le libéralisme et le capitalisme, qui, lui, a une anthropologie et postule un certain type d’individu motivé par le lucre. Mais tel n’est pas le cas du libéralisme.
On peut être libéral et moine franciscain, libéral et communiste, libéral et Chinois, Bantou ou Parisien, libéral et musulman, libéral et athée, etc. Il suffit au libéral que ces états ne fassent pas l’objet d’une coercition pour qu’il s’y reconnaisse.
Le libéralisme affirme que toutes les relations humaines, pour être légitimes, doivent se nouer sans violence et contrainte physiques (à l’exception d’un droit de légitime défense et une obligation de réparation pour les criminels). Le libéral condamne donc en bloc les mariages forcés, l’esclavage, l’interdiction de voyager et de commercer, la torture, le vol et le meurtre, l’impôt, la censure, le protectionnisme, la contrainte en religion et la persécution de celle-ci, etc.
Où est l’anthropologie ici ? Il ne s’agit nullement de professer cette ineptie que les êtres humains n’auraient aucune appartenance. Evidemment que nous sommes nés sexués, avec un patrimoine génétique, au sein d’une famille, d’un milieu social, d’une culture, qui informeront les décisions que nous aurons à prendre. Les
informeront, mais ne les détermineront pas. L’appartenance est un héritage, pas un destin. Chacun
a le droit de jouer les cartes que la vie lui a distribuées, voilà la prétention libérale. Certains le feront timidement, comme celui qui enterra son talent ; d’autres vont adopter des stratégies plus ou moins heureuses, toujours imprévisibles, qui sont notre façon humaine d’explorer le monde et d’enseigner autrui par notre exemple.
Vous écrivez, mon cher Christophe, et les bras m’en tombent, qu’en s'appuyant sur une vision libérale de l'être humain, « on s'interdit de réaliser une société qui lui soit proportionnée, et qui réalise l'amour, la justice et la paix dont l'homme a authentiquement besoin. » Parce que vous pensez que cette merveilleuse société va surgir à coup de décrets et d’interventions policières ? Vous pensez comme les pharisiens, les inquisiteurs, les marxistes et les islamistes que
l’apparence de la conversion vaut conversion ?
Je ne crois pas. Car il n’existe pas de moyen terme :
ou bien la collectivité, ou bien la personne humaine, est première, juridiquement. C’est la personne humaine qui prime, répondent les libéraux. C’est leur seule règle. N’est-elle pas juste ? N’est-elle pas chrétienne ? Le sabbat n’est-il pas fait pour l’homme, plutôt que l’homme pour le sabbat ? Une fois encore, où est l’anthropologie ici ?
Lorsqu’une femme musulmane, en Afghanistan ou ailleurs, rejette la condition à laquelle sa naissance la voue, le libéral l’accueille.
Il ne donne pas raison à son appartenance contre elle. Et si d’autres femmes, en revanche, choisissent l’Islam, il ne s’y oppose pas. D’aucuns sur ce forum approuveront.
Mais ils ne sont pas conséquents. Un coup, ils soutiennent le droit de la personne contre la collectivité, le coup d’après, ils retournent leur veste et ils applaudissent la persécution par la collectivité des sectateurs, des drogués, des pornographes, des contrebandiers, des déserteurs fiscaux, des négationnistes, des travailleurs au noir, et de tant d’autres innocents.
C’est en cela que ces inconséquents s’écartent des libéraux. Ils naviguent à vue, ils n’ont pas de principes. Les libéraux en ont.
J’ai choisi leur camp.
Cordialement, comme toujours
Christian
Cher Christophe,
:)
[quote]Il y a une anthropologie libérale (particulièrement pauvre, d'ailleurs), comme il y a une anthropologie chrétienne. Dans l'anthropologie chrétienne, l'être humain est une personne. Dans l'anthropologie libérale, l'être humain est un individu. Je crois que la différence de perspective est évidente. L'individu libéral est individualiste, a-social et rationnel.[/quote]
Je vais pousser un mini coup de gueule parce que l’objet même de ce forum est en cause.
De quoi est-il question dans votre intervention ? Du libéralisme. Vous avez quelques libéraux actifs sur ce forum. Ils vous donnent une définition du libéralisme. Ils ne sont peut-être pas totalement ignorants du sujet. Alors quand vous discutez du libéralisme, ayez le bon sens de prendre en compte ce qu’ils vous disent. Réfutez leurs arguments si vous le pouvez ; rejetez-les, c’est votre droit ; mais ne les ignorez pas.
Il n’existe pas d’anthropologie du libéralisme. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas son propos. Le libéralisme est une théorie juridique. Ne l’ai pas répété 7X7 fois ici ? [b]Ju-ri-di-que[/b]. Plusieurs conceptions du monde conduisent indépendamment au libéralisme, celle de l’Eglise primitive pré-paulinienne, de diverses sectes protestantes et de Léon Tolstoï ; les théories du droit naturel, d’Aristote à Saint Thomas d’Aquin à Murray Rothbard ; l’utilitarisme de Mill ; l’objectivisme randien ; la pensée de Robert Nozick, etc. peu importe par où on y arrive, on débouche invariablement sur la propriété de soi et la prohibition de l’initiative de la violence, qui sont les fondements du libéralisme. Ne confondez pas, comme l’auteur de ChristNet auquel vous vous référez, le libéralisme et le capitalisme, qui, lui, a une anthropologie et postule un certain type d’individu motivé par le lucre. Mais tel n’est pas le cas du libéralisme. [b]On peut être libéral et moine franciscain, libéral et communiste, libéral et Chinois, Bantou ou Parisien, libéral et musulman, libéral et athée,[/b] etc. Il suffit au libéral que ces états ne fassent pas l’objet d’une coercition pour qu’il s’y reconnaisse.
Le libéralisme affirme que toutes les relations humaines, pour être légitimes, doivent se nouer sans violence et contrainte physiques (à l’exception d’un droit de légitime défense et une obligation de réparation pour les criminels). Le libéral condamne donc en bloc les mariages forcés, l’esclavage, l’interdiction de voyager et de commercer, la torture, le vol et le meurtre, l’impôt, la censure, le protectionnisme, la contrainte en religion et la persécution de celle-ci, etc.
Où est l’anthropologie ici ? Il ne s’agit nullement de professer cette ineptie que les êtres humains n’auraient aucune appartenance. Evidemment que nous sommes nés sexués, avec un patrimoine génétique, au sein d’une famille, d’un milieu social, d’une culture, qui informeront les décisions que nous aurons à prendre. Les [i]informeront[/i], mais ne les détermineront pas. L’appartenance est un héritage, pas un destin. Chacun [u][b]a le droit [/b][/u]de jouer les cartes que la vie lui a distribuées, voilà la prétention libérale. Certains le feront timidement, comme celui qui enterra son talent ; d’autres vont adopter des stratégies plus ou moins heureuses, toujours imprévisibles, qui sont notre façon humaine d’explorer le monde et d’enseigner autrui par notre exemple.
Vous écrivez, mon cher Christophe, et les bras m’en tombent, qu’en s'appuyant sur une vision libérale de l'être humain, « on s'interdit de réaliser une société qui lui soit proportionnée, et qui réalise l'amour, la justice et la paix dont l'homme a authentiquement besoin. » Parce que vous pensez que cette merveilleuse société va surgir à coup de décrets et d’interventions policières ? Vous pensez comme les pharisiens, les inquisiteurs, les marxistes et les islamistes que [i]l’apparence de la conversion [/i]vaut conversion ?
Je ne crois pas. Car il n’existe pas de moyen terme : [b]ou bien la collectivité, ou bien la personne humaine, est première, [u]juridiquement[/u][/b]. C’est la personne humaine qui prime, répondent les libéraux. C’est leur seule règle. N’est-elle pas juste ? N’est-elle pas chrétienne ? Le sabbat n’est-il pas fait pour l’homme, plutôt que l’homme pour le sabbat ? Une fois encore, où est l’anthropologie ici ?
Lorsqu’une femme musulmane, en Afghanistan ou ailleurs, rejette la condition à laquelle sa naissance la voue, le libéral l’accueille. [i]Il ne donne pas raison à son appartenance contre elle[/i]. Et si d’autres femmes, en revanche, choisissent l’Islam, il ne s’y oppose pas. D’aucuns sur ce forum approuveront. [u][b]Mais ils ne sont pas conséquents[/b][/u]. Un coup, ils soutiennent le droit de la personne contre la collectivité, le coup d’après, ils retournent leur veste et ils applaudissent la persécution par la collectivité des sectateurs, des drogués, des pornographes, des contrebandiers, des déserteurs fiscaux, des négationnistes, des travailleurs au noir, et de tant d’autres innocents.
C’est en cela que ces inconséquents s’écartent des libéraux. Ils naviguent à vue, ils n’ont pas de principes. Les libéraux en ont.
J’ai choisi leur camp.
Cordialement, comme toujours
:)
Christian