par Fée Violine » mar. 28 août 2018, 20:54
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- la communication orale (travail de la diction, de la gestuelle, etc. au théâtre, en lecture, en poésie, en exposés, en entretiens de motivation, en épreuves orales, lors d’une intervention radiophonique ou télévisée…). Dernier point de l’enseignement du français : il formera à l’utilisation des techniques d’utilité quotidienne, telles que la prise de notes et les écrits dits sociaux : lettre de motivation, lettre administrative, de réclamation, etc.)
Dans le domaine des disciplines sapientielles, celles qui se consacrent immédiatement à la réflexion sur le sens de l’homme et du monde, à savoir la philosophie et la théologie (que l’on peut certes persister à nommer « instruction religieuse », si l’on estime que mettre la Révélation à portée des jeunes intelligences n’est pas déjà de la théologie…), on considérera que les interrogations d’un préadolescent peuvent déjà le conduire à la réflexion philosophique et religieuse et par là à l’intérêt pour l’histoire de la philosophie, des idées, des mentalités et des sensibilités, dès lors que l’enseignant s’efforcera de mettre celle-ci à la portée des jeunes intelligences. L’enseignement de la philosophie mais aussi de l’histoire de la philosophie et des idées ne sera donc pas réservé à la dernière année de lycée, mais pourra commencer au moins dès quinze ans, voire plus tôt1. Elle sera conduite autant que possible en lien avec les programmes d’histoire, de français et de langues anciennes, puisque bien des idées et faits étudiés dans ces disciplines constituent autant de points de départ de la réflexion.
La remarque vaut également pour la théologie, qui aura tout à gagner à voir son programme harmonisé avec ceux d’histoire, de littérature, de langues anciennes et de philosophie, mais aussi de musique et d’arts plastiques : ainsi, étudier la représentation picturale ou sculptée de Dieu peut être mis en lien avec l’étude historique de l’iconoclasme, du judaïsme, de l’islam, et déboucher sur une réflexion philosophique et religieuse sur la représentation matérielle de Dieu, sur les implications de l’Incarnation, l’intérêt et les limites de l’image, de la métaphore, de la comparaison, etc. Bref, un grand principe de l’enseignement de la théologie dans notre établissement, par rapport à ce qui se fait actuellement trop souvent, sera la transdisciplinarité.
Un deuxième sera la progressivité. Trop souvent les programmes actuels d’instruction religieuse sont conçus sur le modèle universitaire, où un thème est traité seulement une année, pour ne plus l’être ensuite. C’est oublier qu’en collège et lycée, même si les interrogations fondamentales peuvent apparaître très tôt, on a encore affaire à des intelligences dont les capacités d’abstraction et d’approfondissement, parce que quasi enfantines au départ, évoluent incomparablement plus vite que chez des étudiants de faculté de théologie. Par conséquent on aura soin de reprendre chaque année les domaines et thèmes essentiels de la théologie, pour les revoir et les approfondir au rythme de la croissance des jeunes intelligences, à l’instar de ce que le bon sens pédagogique a imposé depuis des siècles dans toutes les autre disciplines, plutôt que de prétendre les traiter chacun une seule fois au cours de la scolarité.
Un quatrième et dernier groupe est constitué par les disciplines de l’apprentissage des gestes et du développement corporel. A notre époque la majeure partie de la population est urbanisée ; d’autre part les professions sollicitant largement le travail physique et l’habileté manuelle sont de moins en moins nombreuses et estimées ; enfin le progrès technique, en visant – très légitimement – à assurer à l’homme une existence moins précaire par une plus grande maîtrise de son environnement, l’affranchit des contraintes du concret, et risque ainsi actuellement de le couper quasi totalement de celui-ci : il abolit la nécessité de l’effort physique et réduit presque à rien le risque, le temps et l’espace, puisque sans autre effort que de presser une pédale de vitesse ou quelques touches, l’on voyage de plus en plus vite, l’on peut contacter immédiatement ceux qui sont éloignés, l’on a accès quasi immédiatement à des images, des sons et des informations qui demandaient autrefois de longs déplacements ; et le moindre Français jouit généralement d’un niveau de confort et de santé dont ne bénéficiait pas en son temps le roi Louis XIV. Il est donc indispensable de ne pas perdre le contact avec le réel concret et ses contraintes, qui contribuent à former humainement en confrontant à l’effort, à l’attente, au risque et en faisant acquérir la confiance en soi, toutes choses qui préparent à la prise de responsabilités.
A cette fin, le sport et l’apprentissage des techniques manuelles sortiront périodiquement l’élève de l’abri surprotecteur et facile offert par une technique élaborée produite selon des procédés hautement spécialisés et sophistiqués. En particulier on formera au bricolage (notions essentielles de menuiserie, de maçonnerie, de travail des métaux, de mécanique, de cartonnage, de couture, de modelage, d’électricité), au jardinage, à la cuisine, au secourisme, à la peinture, au dessin, à la maîtrise d’un instrument de musique, tout ceci par le biais de cours conduisant à des réalisations dans le cadre de manifestations festives et dans une certaine participation à l’entretien de l’établissement, ce qui développera le sens de la responsabilité et la saine valorisation de soi.
En particulier tous les élèves bénéficieront d’un apprentissage de la dactylographie, compétence de base pour la maîtrise de l’outil informatique, et néanmoins grande oubliée dans l’apprentissage des T.U.I.C.E. (technologies usuelles de l’informatique et de la communication électronique : dernière dénomination officielle en date de l’informatique, dans l’Education Nationale).
Ceci nous conduit à évoquer la place qui sera accordée à l’outil informatique. Certain pédagogue, en vue entre la fin des années 1990 et les années 2000, voyait caricaturalement dans l’internet ce qui allait enfin émanciper l’élève en renversant la figure néfaste (donc « médiévale », forcément !) du maître, unique détenteur du savoir et écran entre celui-ci et « l’apprenant » dans le cadre d’une pédagogie frontale2 ; désormais le professeur ne serait plus que l’accompagnateur de l’élève découvrant le savoir dispensé via l’internet (ce qui d’ailleurs ne faisait que transférer le caractère frontal, celui-ci étant désormais dévolu à l’écran électronique). Cet adorateur naïf du progrès technique (à moins qu’il n’ait été qu’un carriériste opportuniste soucieux de suivre la dernière mode idéologique) semblait oublier que les « maîtres » qui parlent et écrivent via l’internet sont souvent fort peu compétents ou fort peu désintéressés ; il faisait oublier d’autre part que lâcher un enfant devant une masse énorme et inorganisée d’informations, dans cette immense bibliothèque mondiale où le meilleur côtoie le pire, le plus fiable le plus douteux, le plus généreux le plus malhonnête, le plus accessible le plus abscons et spécialisé, ne saurait en soi rendre l’élève instruit ni intelligent, pas plus qu’en lui donnant libre accès à la Bibliothèque Nationale.
Savoir authentiquement utiliser l’internet ne saurait simplement passer par l’apprentissage de procédés techniques et de logiciels3 en évolution rapide et constante et d’ailleurs de plus en plus simples à utiliser (pour séduire un public d’acheteurs le plus large possible) ; du reste ils peuvent être appris en famille au même titre que l’utilisation des couverts de table, des boutonnières, des fermetures éclair, des lacets de chaussures, des poignées de porte, des interrupteurs, des téléphones et autres appareils électriques ou électroniques. Il est surtout indispensable de savoir relier, classer et trier les informations, d’évaluer le sérieux d’un site, la vraisemblance, la vérité et la valeur d’une information. Cela passe par un apprentissage très poussé de la compréhension des textes et des images et par un processus d’évaluation qui peut certes être rapidement formalisé et formulé de façon brève, générale et abstraite, mais qui n’est concrètement opérant qu’au prix de l’acquisition, durant nombre d’années, et de la maîtrise d’une certaine culture, laquelle permet de poser un regard critique et réfléchi sur les contenus de l’internet. Pour un jeune adolescent encore peu cultivé, l’accès non dirigé à celui-ci n’est donc pas toujours nuisible, mais tout simplement peu profitable.
En outre la formation de l’intelligence ne saurait se réduire à l’accession à un ensemble d’informations, ni à leur accumulation ou à leur détention par la mémoire, ni même à leur compilation, leur reformulation ou leur synthèse, toutes tâches résumables au simple recopiage mental, mais elle passe par l’élaboration d’une pensée propre à partir de ces informations, autrement dit par celle d’un discours intérieur qui ne sera pas la simple reprise ou synthèse de discours déjà existants : penser n’est pas simplement savoir, la tête bien faite n’est pas la tête bien pleine, même si elle a besoin de connaissances pour fonctionner.
Dans la pratique on ne s’interdira donc pas l’utilisation des immenses ressources offertes par l’internet, mais de façon guidée par l’enseignant, par l’utilisation de sites particulièrement intéressants, susceptibles de nourrir la culture et la réflexion. Au fur et à mesure que l’élève gagnera en maturité, au lycée, on le formera à l’approche critique des contenus de l’internet, ainsi qu’à une réflexion d’ordre épistémologique sur les avantages et les limites de cet outil ; en particulier celui-ci privilégie les textes brefs, donc accordant peu de place à la pensée approfondie et nuancée, et par le biais du lien hypertexte il favorise la lecture papillonnante, le feuilletage, mode de lecture qui a ses mérites propres (il stimule la curiosité et ouvre à l’approche transdisciplinaire d’un sujet), mais ne saurait être exclusivement pratiqué, car il n’apprend pas à s’enfoncer dans une lecture longue, à prêter attention à une pensée approfondie, car nuancée et développée.
Le même souci de tirer profit avec discernement des nouveautés sera appliqué envers les innovations pédagogiques : dans la mesure où, passé l’effet de mode, leur profit sera avéré après expérimentations rigoureusement évaluées, pourquoi s’en priver ? Il s’agit simplement de ne pas être aveuglé par les effets de mode intellectuelle, pédagogique ou médiatique, de garder son bon sens, d’être capable d’accueillir la nouveauté sans l’idolâtrer au point de vouer le passé aux gémonies. Ainsi, l’apport de la « nouvelle histoire » (de l’économie, de la démographie, des mentalités, comportements et sensibilités, lancée par l’école des Annales après la dernière guerre mondiale) est précieux, à condition qu’il ne conduise pas à rejeter comme dépassées l’histoire politique et événementielle et la mémorisation de repères chronologiques ; si elle ne conduit pas à délaisser l’étude de l’histoire littéraire et la réflexion sur le contenu d’un texte, son étude littéraire formelle, qui utilise intelligemment les outils éprouvés hérités de l’école formaliste et des « nouvelles critiques », est fort profitable dans la mesure où elle permet de saisir rigoureusement comment la forme littéraire est mise au service de la communication au lecteur d’un état d’esprit ; si elle ne s’accompagne pas d’une négligence de l’étude de l’orthographe et de la grammaire dite de phrase (celle pratiquée à travers l’analyse grammaticale et logique d’une phrase), l’apport de la linguistique récente est appréciable, dans la mesure où elle permet d’étudier comment le langage est régi également par des lois opérant à l’échelle du texte (grammaire de texte) ou explicables en fonction du contexte (grammaire de discours).
UN INTERNAT ?
Nécessairement, notre établissement sera un internat. Hélas.
Pourquoi ce regret ?
Parce que l’éducation globale (à la vie relationnelle, affective, sociale, au sens pratique, au sens du travail, aux vertus morales et théologales) n’est pas en droit du ressort d’un établissement scolaire, dont le rôle spécifique est l’éducation de l’intelligence. Un tel mode éducatif, objet d’une demande croissante des familles ces dernières années, aboutit à les déresponsabiliser en les désinvestissant de leur rôle propre, même si elles y consentent volontiers : payer est toujours une solution de facilité permettant de confier à autrui une tâche que, à tort ou à raison, l’on considère n’avoir ni le temps ni les capacités d’effectuer, et autorise au surplus à lui reprocher ensuite, éventuellement, de n’avoir pas réussi là où l’on aurait soi-même échoué.
Dans les faits on constate qu’en général les parents recourant à l’internat comme mode éducatif (et non simplement d’hébergement) avouent par là une situation d’échec éducatif, global (enfant ingérable) ou scolaire (enfant ne réussissant pas scolairement, pour des raisons très diverses : manque de motivation, paresse, inaptitude mentale, besoins pédagogiques spécifiques…). Or peut-on raisonnablement estimer qu’en rassemblant et en concentrant des enfants à problèmes dans un même établissement, on obtiendra une réussite scolaire et éducative autre que fort modeste ? Enseignants et surveillants ne peuvent assurer, auprès de chaque enfant, une présence aussi disponible que des parents : avec trente enseignants et cinq à dix surveillants pour plusieurs centaines d’élèves, on est loin du ratio d’encadrement familial. En outre le poids affectif et donc l’influence éducative des parents gardent un pouvoir sans commune mesure avec celui que peut avoir le personnel éducatif d’un internat, même si à l’adolescence la référence parentale s’estompe naturellement au profit d’un autre adulte (enseignant, surveillant) ; du reste cette situation, qui peut aboutir à une confusion des rôles et des types de relation (enseignant, éducateur, directeur spirituel, parent, confident, complice, ami… ?), n’est peut-être pas à rechercher.
Néanmoins les surveillants, surtout par la force des choses ceux d’internat, sont conduits à remplacer tant bien que mal les parents, ce qui pose la question de leur qualité humaine et donc de leur maturité : va-t-on confier ce rôle à des étudiants, encore pratiquement adolescents ? A des étudiants plus âgés engagés dans d’interminables études les confinant hors de la vie d’adulte et dans un célibat d’attente, dont les obligations de l’internat ne les aideront pas à sortir ? A des personnes mûres, mariées et parents, et de ce fait moins disponibles en soirée, la nuit et le matin ? A des parents ayant fini d’élever leurs enfants, donc plus disponibles mais dont les années ont peut-être un peu émoussé l’allant éducatif ? A une équipe panachant ces différents états de vie, en veillant pour chacun de ses membres à ce que la tâche d’éducateur ne nuise ni à ses études, ni à son accession à la vie d’adulte, ni à sa vie conjugale et familiale ? L’idéal serait une communauté de religieux éducateurs (mais laquelle ?) sous réserve que leurs compétences ne s’exercent que dans le domaine de l’internat et de la surveillance et ne les conduisent pas à dénaturer la pédagogie et l’enseignement constituant la spécificité de l’établissement.
Malgré toutes ces préventions envers l’internat, le nombre sans doute fort restreint de familles intéressées par le caractère original de notre établissement, leur dissémination à travers la France, conduisent nécessairement à prévoir, à côté de l’établissement d’enseignement, un internat d’hébergement et corollairement d’encadrement éducatif global des élèves. Cependant il serait mensonger de qualifier publicitairement son ambiance de familiale, même si l’on veillera à ce qu’il remplace le moins mal possible les familles pendant la semaine, voire les fins de semaines.
Par conséquent on veillera d’abord soigneusement à ce que la motivation d’inscription ne soit pas les difficultés éducatives rencontrées par les parents, mais le désir d’une vie intellectuelle et d’une formation chrétienne de l’intelligence. Elitisme ? Non : on recrutera sur la motivation plus que sur le niveau scolaire, même si celui-ci est en partie déterminé par celle-là.
D’autre part les méthodes éducatives pratiquées dans l’établissement viseront, sur le plan humain, à faire aimer le sens de la vérité, le courage et la maîtrise de soi et à les hiérarchiser, autrement dit à acquérir les vertus cardinales de sagesse, de force, de tempérance et de justice à peu près telles que les avait caractérisées Platon, à travers l’exercice de responsabilités : un adolescent est, étymologiquement, celui qui est en train de devenir adulte, et cela n’est pas donné soudainement et d’un coup la nuit des dix-huit ans, comme la Fée Bleue donne la vie à Pinocchio (du reste elle ne lui confèrera l’humanité qu’ensuite, après un temps de construction de soi à travers épreuves et tentations) : cela s’apprend sur le tas, par l’exercice de responsabilités authentiques et de plus en plus importantes avec l’âge.
Sur le plan chrétien, on visera à favoriser la croissance, chez le baptisé, des vertus de foi, d’espérance et d’amour de Dieu et du prochain, à travers la vie sacramentelle et la prière liturgique (initiation et
[spoiler]la communication orale (travail de la diction, de la gestuelle, etc. au théâtre, en lecture, en poésie, en exposés, en entretiens de motivation, en épreuves orales, lors d’une intervention radiophonique ou télévisée…). Dernier point de l’enseignement du français : il formera à l’utilisation des techniques d’utilité quotidienne, telles que la prise de notes et les écrits dits sociaux : lettre de motivation, lettre administrative, de réclamation, etc.)
Dans le domaine des disciplines sapientielles, celles qui se consacrent immédiatement à la réflexion sur le sens de l’homme et du monde, à savoir la philosophie et la théologie (que l’on peut certes persister à nommer « instruction religieuse », si l’on estime que mettre la Révélation à portée des jeunes intelligences n’est pas déjà de la théologie…), on considérera que les interrogations d’un préadolescent peuvent déjà le conduire à la réflexion philosophique et religieuse et par là à l’intérêt pour l’histoire de la philosophie, des idées, des mentalités et des sensibilités, dès lors que l’enseignant s’efforcera de mettre celle-ci à la portée des jeunes intelligences. L’enseignement de la philosophie mais aussi de l’histoire de la philosophie et des idées ne sera donc pas réservé à la dernière année de lycée, mais pourra commencer au moins dès quinze ans, voire plus tôt1. Elle sera conduite autant que possible en lien avec les programmes d’histoire, de français et de langues anciennes, puisque bien des idées et faits étudiés dans ces disciplines constituent autant de points de départ de la réflexion.
La remarque vaut également pour la théologie, qui aura tout à gagner à voir son programme harmonisé avec ceux d’histoire, de littérature, de langues anciennes et de philosophie, mais aussi de musique et d’arts plastiques : ainsi, étudier la représentation picturale ou sculptée de Dieu peut être mis en lien avec l’étude historique de l’iconoclasme, du judaïsme, de l’islam, et déboucher sur une réflexion philosophique et religieuse sur la représentation matérielle de Dieu, sur les implications de l’Incarnation, l’intérêt et les limites de l’image, de la métaphore, de la comparaison, etc. Bref, un grand principe de l’enseignement de la théologie dans notre établissement, par rapport à ce qui se fait actuellement trop souvent, sera la transdisciplinarité.
Un deuxième sera la progressivité. Trop souvent les programmes actuels d’instruction religieuse sont conçus sur le modèle universitaire, où un thème est traité seulement une année, pour ne plus l’être ensuite. C’est oublier qu’en collège et lycée, même si les interrogations fondamentales peuvent apparaître très tôt, on a encore affaire à des intelligences dont les capacités d’abstraction et d’approfondissement, parce que quasi enfantines au départ, évoluent incomparablement plus vite que chez des étudiants de faculté de théologie. Par conséquent on aura soin de reprendre chaque année les domaines et thèmes essentiels de la théologie, pour les revoir et les approfondir au rythme de la croissance des jeunes intelligences, à l’instar de ce que le bon sens pédagogique a imposé depuis des siècles dans toutes les autre disciplines, plutôt que de prétendre les traiter chacun une seule fois au cours de la scolarité.
Un quatrième et dernier groupe est constitué par les disciplines de l’apprentissage des gestes et du développement corporel. A notre époque la majeure partie de la population est urbanisée ; d’autre part les professions sollicitant largement le travail physique et l’habileté manuelle sont de moins en moins nombreuses et estimées ; enfin le progrès technique, en visant – très légitimement – à assurer à l’homme une existence moins précaire par une plus grande maîtrise de son environnement, l’affranchit des contraintes du concret, et risque ainsi actuellement de le couper quasi totalement de celui-ci : il abolit la nécessité de l’effort physique et réduit presque à rien le risque, le temps et l’espace, puisque sans autre effort que de presser une pédale de vitesse ou quelques touches, l’on voyage de plus en plus vite, l’on peut contacter immédiatement ceux qui sont éloignés, l’on a accès quasi immédiatement à des images, des sons et des informations qui demandaient autrefois de longs déplacements ; et le moindre Français jouit généralement d’un niveau de confort et de santé dont ne bénéficiait pas en son temps le roi Louis XIV. Il est donc indispensable de ne pas perdre le contact avec le réel concret et ses contraintes, qui contribuent à former humainement en confrontant à l’effort, à l’attente, au risque et en faisant acquérir la confiance en soi, toutes choses qui préparent à la prise de responsabilités.
A cette fin, le sport et l’apprentissage des techniques manuelles sortiront périodiquement l’élève de l’abri surprotecteur et facile offert par une technique élaborée produite selon des procédés hautement spécialisés et sophistiqués. En particulier on formera au bricolage (notions essentielles de menuiserie, de maçonnerie, de travail des métaux, de mécanique, de cartonnage, de couture, de modelage, d’électricité), au jardinage, à la cuisine, au secourisme, à la peinture, au dessin, à la maîtrise d’un instrument de musique, tout ceci par le biais de cours conduisant à des réalisations dans le cadre de manifestations festives et dans une certaine participation à l’entretien de l’établissement, ce qui développera le sens de la responsabilité et la saine valorisation de soi.
En particulier tous les élèves bénéficieront d’un apprentissage de la dactylographie, compétence de base pour la maîtrise de l’outil informatique, et néanmoins grande oubliée dans l’apprentissage des T.U.I.C.E. (technologies usuelles de l’informatique et de la communication électronique : dernière dénomination officielle en date de l’informatique, dans l’Education Nationale).
Ceci nous conduit à évoquer la place qui sera accordée à l’outil informatique. Certain pédagogue, en vue entre la fin des années 1990 et les années 2000, voyait caricaturalement dans l’internet ce qui allait enfin émanciper l’élève en renversant la figure néfaste (donc « médiévale », forcément !) du maître, unique détenteur du savoir et écran entre celui-ci et « l’apprenant » dans le cadre d’une pédagogie frontale2 ; désormais le professeur ne serait plus que l’accompagnateur de l’élève découvrant le savoir dispensé via l’internet (ce qui d’ailleurs ne faisait que transférer le caractère frontal, celui-ci étant désormais dévolu à l’écran électronique). Cet adorateur naïf du progrès technique (à moins qu’il n’ait été qu’un carriériste opportuniste soucieux de suivre la dernière mode idéologique) semblait oublier que les « maîtres » qui parlent et écrivent via l’internet sont souvent fort peu compétents ou fort peu désintéressés ; il faisait oublier d’autre part que lâcher un enfant devant une masse énorme et inorganisée d’informations, dans cette immense bibliothèque mondiale où le meilleur côtoie le pire, le plus fiable le plus douteux, le plus généreux le plus malhonnête, le plus accessible le plus abscons et spécialisé, ne saurait en soi rendre l’élève instruit ni intelligent, pas plus qu’en lui donnant libre accès à la Bibliothèque Nationale.
Savoir authentiquement utiliser l’internet ne saurait simplement passer par l’apprentissage de procédés techniques et de logiciels3 en évolution rapide et constante et d’ailleurs de plus en plus simples à utiliser (pour séduire un public d’acheteurs le plus large possible) ; du reste ils peuvent être appris en famille au même titre que l’utilisation des couverts de table, des boutonnières, des fermetures éclair, des lacets de chaussures, des poignées de porte, des interrupteurs, des téléphones et autres appareils électriques ou électroniques. Il est surtout indispensable de savoir relier, classer et trier les informations, d’évaluer le sérieux d’un site, la vraisemblance, la vérité et la valeur d’une information. Cela passe par un apprentissage très poussé de la compréhension des textes et des images et par un processus d’évaluation qui peut certes être rapidement formalisé et formulé de façon brève, générale et abstraite, mais qui n’est concrètement opérant qu’au prix de l’acquisition, durant nombre d’années, et de la maîtrise d’une certaine culture, laquelle permet de poser un regard critique et réfléchi sur les contenus de l’internet. Pour un jeune adolescent encore peu cultivé, l’accès non dirigé à celui-ci n’est donc pas toujours nuisible, mais tout simplement peu profitable.
En outre la formation de l’intelligence ne saurait se réduire à l’accession à un ensemble d’informations, ni à leur accumulation ou à leur détention par la mémoire, ni même à leur compilation, leur reformulation ou leur synthèse, toutes tâches résumables au simple recopiage mental, mais elle passe par l’élaboration d’une pensée propre à partir de ces informations, autrement dit par celle d’un discours intérieur qui ne sera pas la simple reprise ou synthèse de discours déjà existants : penser n’est pas simplement savoir, la tête bien faite n’est pas la tête bien pleine, même si elle a besoin de connaissances pour fonctionner.
Dans la pratique on ne s’interdira donc pas l’utilisation des immenses ressources offertes par l’internet, mais de façon guidée par l’enseignant, par l’utilisation de sites particulièrement intéressants, susceptibles de nourrir la culture et la réflexion. Au fur et à mesure que l’élève gagnera en maturité, au lycée, on le formera à l’approche critique des contenus de l’internet, ainsi qu’à une réflexion d’ordre épistémologique sur les avantages et les limites de cet outil ; en particulier celui-ci privilégie les textes brefs, donc accordant peu de place à la pensée approfondie et nuancée, et par le biais du lien hypertexte il favorise la lecture papillonnante, le feuilletage, mode de lecture qui a ses mérites propres (il stimule la curiosité et ouvre à l’approche transdisciplinaire d’un sujet), mais ne saurait être exclusivement pratiqué, car il n’apprend pas à s’enfoncer dans une lecture longue, à prêter attention à une pensée approfondie, car nuancée et développée.
Le même souci de tirer profit avec discernement des nouveautés sera appliqué envers les innovations pédagogiques : dans la mesure où, passé l’effet de mode, leur profit sera avéré après expérimentations rigoureusement évaluées, pourquoi s’en priver ? Il s’agit simplement de ne pas être aveuglé par les effets de mode intellectuelle, pédagogique ou médiatique, de garder son bon sens, d’être capable d’accueillir la nouveauté sans l’idolâtrer au point de vouer le passé aux gémonies. Ainsi, l’apport de la « nouvelle histoire » (de l’économie, de la démographie, des mentalités, comportements et sensibilités, lancée par l’école des Annales après la dernière guerre mondiale) est précieux, à condition qu’il ne conduise pas à rejeter comme dépassées l’histoire politique et événementielle et la mémorisation de repères chronologiques ; si elle ne conduit pas à délaisser l’étude de l’histoire littéraire et la réflexion sur le contenu d’un texte, son étude littéraire formelle, qui utilise intelligemment les outils éprouvés hérités de l’école formaliste et des « nouvelles critiques », est fort profitable dans la mesure où elle permet de saisir rigoureusement comment la forme littéraire est mise au service de la communication au lecteur d’un état d’esprit ; si elle ne s’accompagne pas d’une négligence de l’étude de l’orthographe et de la grammaire dite de phrase (celle pratiquée à travers l’analyse grammaticale et logique d’une phrase), l’apport de la linguistique récente est appréciable, dans la mesure où elle permet d’étudier comment le langage est régi également par des lois opérant à l’échelle du texte (grammaire de texte) ou explicables en fonction du contexte (grammaire de discours).
UN INTERNAT ?
Nécessairement, notre établissement sera un internat. Hélas.
Pourquoi ce regret ?
Parce que l’éducation globale (à la vie relationnelle, affective, sociale, au sens pratique, au sens du travail, aux vertus morales et théologales) n’est pas en droit du ressort d’un établissement scolaire, dont le rôle spécifique est l’éducation de l’intelligence. Un tel mode éducatif, objet d’une demande croissante des familles ces dernières années, aboutit à les déresponsabiliser en les désinvestissant de leur rôle propre, même si elles y consentent volontiers : payer est toujours une solution de facilité permettant de confier à autrui une tâche que, à tort ou à raison, l’on considère n’avoir ni le temps ni les capacités d’effectuer, et autorise au surplus à lui reprocher ensuite, éventuellement, de n’avoir pas réussi là où l’on aurait soi-même échoué.
Dans les faits on constate qu’en général les parents recourant à l’internat comme mode éducatif (et non simplement d’hébergement) avouent par là une situation d’échec éducatif, global (enfant ingérable) ou scolaire (enfant ne réussissant pas scolairement, pour des raisons très diverses : manque de motivation, paresse, inaptitude mentale, besoins pédagogiques spécifiques…). Or peut-on raisonnablement estimer qu’en rassemblant et en concentrant des enfants à problèmes dans un même établissement, on obtiendra une réussite scolaire et éducative autre que fort modeste ? Enseignants et surveillants ne peuvent assurer, auprès de chaque enfant, une présence aussi disponible que des parents : avec trente enseignants et cinq à dix surveillants pour plusieurs centaines d’élèves, on est loin du ratio d’encadrement familial. En outre le poids affectif et donc l’influence éducative des parents gardent un pouvoir sans commune mesure avec celui que peut avoir le personnel éducatif d’un internat, même si à l’adolescence la référence parentale s’estompe naturellement au profit d’un autre adulte (enseignant, surveillant) ; du reste cette situation, qui peut aboutir à une confusion des rôles et des types de relation (enseignant, éducateur, directeur spirituel, parent, confident, complice, ami… ?), n’est peut-être pas à rechercher.
Néanmoins les surveillants, surtout par la force des choses ceux d’internat, sont conduits à remplacer tant bien que mal les parents, ce qui pose la question de leur qualité humaine et donc de leur maturité : va-t-on confier ce rôle à des étudiants, encore pratiquement adolescents ? A des étudiants plus âgés engagés dans d’interminables études les confinant hors de la vie d’adulte et dans un célibat d’attente, dont les obligations de l’internat ne les aideront pas à sortir ? A des personnes mûres, mariées et parents, et de ce fait moins disponibles en soirée, la nuit et le matin ? A des parents ayant fini d’élever leurs enfants, donc plus disponibles mais dont les années ont peut-être un peu émoussé l’allant éducatif ? A une équipe panachant ces différents états de vie, en veillant pour chacun de ses membres à ce que la tâche d’éducateur ne nuise ni à ses études, ni à son accession à la vie d’adulte, ni à sa vie conjugale et familiale ? L’idéal serait une communauté de religieux éducateurs (mais laquelle ?) sous réserve que leurs compétences ne s’exercent que dans le domaine de l’internat et de la surveillance et ne les conduisent pas à dénaturer la pédagogie et l’enseignement constituant la spécificité de l’établissement.
Malgré toutes ces préventions envers l’internat, le nombre sans doute fort restreint de familles intéressées par le caractère original de notre établissement, leur dissémination à travers la France, conduisent nécessairement à prévoir, à côté de l’établissement d’enseignement, un internat d’hébergement et corollairement d’encadrement éducatif global des élèves. Cependant il serait mensonger de qualifier publicitairement son ambiance de familiale, même si l’on veillera à ce qu’il remplace le moins mal possible les familles pendant la semaine, voire les fins de semaines.
Par conséquent on veillera d’abord soigneusement à ce que la motivation d’inscription ne soit pas les difficultés éducatives rencontrées par les parents, mais le désir d’une vie intellectuelle et d’une formation chrétienne de l’intelligence. Elitisme ? Non : on recrutera sur la motivation plus que sur le niveau scolaire, même si celui-ci est en partie déterminé par celle-là.
D’autre part les méthodes éducatives pratiquées dans l’établissement viseront, sur le plan humain, à faire aimer le sens de la vérité, le courage et la maîtrise de soi et à les hiérarchiser, autrement dit à acquérir les vertus cardinales de sagesse, de force, de tempérance et de justice à peu près telles que les avait caractérisées Platon, à travers l’exercice de responsabilités : un adolescent est, étymologiquement, celui qui est en train de devenir adulte, et cela n’est pas donné soudainement et d’un coup la nuit des dix-huit ans, comme la Fée Bleue donne la vie à Pinocchio (du reste elle ne lui confèrera l’humanité qu’ensuite, après un temps de construction de soi à travers épreuves et tentations) : cela s’apprend sur le tas, par l’exercice de responsabilités authentiques et de plus en plus importantes avec l’âge.
Sur le plan chrétien, on visera à favoriser la croissance, chez le baptisé, des vertus de foi, d’espérance et d’amour de Dieu et du prochain, à travers la vie sacramentelle et la prière liturgique (initiation et[/spoiler]