Liberté en Russie

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Re: Liberté en Russie

par Valentin » ven. 28 déc. 2018, 15:15

Cinci a écrit : ven. 28 déc. 2018, 8:11 Valentin,

Je trouve très bien votre exposé. C'est convaincant. Merci !
Merci à vous, Cinci. :ciao:

Il faut défendre les voix alternatives comme Sputnik et RT, face à l'hégémonie des média libéral-atlantistes. Il est d'ailleurs ironique de voir des personnes comme Bassmeg jouer les hérauts du pluralisme, alors qu'elle voudrait dénier à Sputnik toute légitimité médiatique. Or sans Sputnik, RT et quelques autres, il n'y aurait pas de pluralisme en France, puisque tous les grands média sont sur une même ligne euro-atlantiste et libérale.

Re: Liberté en Russie

par Valentin » ven. 28 déc. 2018, 14:52

Conclusion :

Face à vos accusations, Bassmeg, faites de clichés et de stéréotypes éculés (goulag etc.) je me suis contenté de nuancer un peu l'image que vous semblez avoir de la Russie. Ce pays n'est plus, comme au temps de Staline, soumis à un terrorisme d’État. Les citoyens ordinaires sont libres de donner leur opinion sur Internet. Pour ce qui est de personnes tenant des propos extrémistes, complotistes, ou menant des activités anti-russes (comme Khodorkovski avec son organe de propagande), il est clair que le pouvoir russe les réprime. Quoi de plus naturel ?

Maintenant, tout n'est pas rose en Russie, et je suis le premier à critiquer le système poutinien et la corruption scandaleuse qui gangrène ce pays. Mais il faut savoir faire la part des choses : ce n'est pas parce qu'on n'aime pas Poutine qu'il n'y a pas de liberté d'expression en Russie.

Et puis, pour ce qui est de la dénonciation d'abus envers la liberté de la presse, on aimerait voir un tel zèle de la part d'officines comme RSF dans la lutte contre de vraies dictatures, comme l'Arabie saoudite.

Or, quand je tape le mot-clef "Russie" dans le moteur de recherche du site de RSF, je trouve 665 résultats.
Quand je tape "Arabie saoudite" : 188 résultats.

Vous trouvez ça normal ? Il me semble que la situation des journalistes et opposants politiques est légèrement plus délicate en Arabie saoudite qu'en Russie... non ?

Ah mais j'oubliais : la Russie est ennemie des États-Unis (et donc de leurs caniches européens), alors que les Saoudiens sont de merveilleux alliés.

Re: Un retour de la crise financière attendu...

par Valentin » ven. 28 déc. 2018, 14:28

Bassmeg a écrit : jeu. 27 déc. 2018, 22:35 Bien Valentin. On a compris votre attachement à défendre l' idée que la Russi et le régime de Poutine sont une terre de liberté d' expression et de respect des droits de l' homme.
La liberté d'expression existe en Russie, dans le sens où les citoyens sont libres d'exprimer leurs opinions sur Internet, y compris politiques. La lettre de Reporters sans frontières que vous citez ne le nie pas d'ailleurs : elle reconnaît l'existence de média indépendants en Russie, tout en affirmant de façon quelque peu arbitraire que ceux-ci sont censurés dès lors qu'ils atteignent un auditoire significatif.
Ceci n'est pas conforme à la réalité : la lettre de RSF passe sous silence les chiffres d’Écho de Moscou, pour ne citer que cet exemple, qui est une radio écoutée par plus de 2 millions d'auditeurs réguliers. La chaîne YouTube de l'opposant Navalny comptabilise près de 450 millions de vues. Des chiffres peu significatifs donc...

Concernant l'Internet, RSF mentionne 4 (!) sites bloqués par le gouvernement, sur les milliers de sites et blogs indépendants que compte la Toile russophone. Il s'agit de Grani.ru, Kasparov.ru, EJ.ru et OpenRussia.

Or, RSF omet de préciser les raisons de ces fermetures. Mais en Russie, comme dans n'importe quel autre pays, il existe des lois auxquelles on est tenu de se conformer. En ce qui concerne la France, j'imagine que vous ne vous opposerez pas, sous prétexte de liberté d'expression, à la fermeture prochaine du site Démocratie participative ?

Eh bien oui, en Russie aussi, on ferme des sites lorsqu'ils ne respectent pas la loi. OpenRussia par exemple, est considéré comme un organe de propagande étrangère (comprenez : atlantiste), au même titre que Radio Free Europe. OpenRussia appartient à Michel Khodorkovski, un homme d'affaires qui, lorsqu'il dirigeait le groupe pétrolier Ioukos dans les années 2000 (alors l'un des plus importants de Russie) avait le projet de vendre la majorité des parts de ce groupe aux Américains Exxon Mobil et Chevron Texaco, ce qui aurait eu pour conséquence de donner les clefs du secteur stratégique des hydrocarbures à une puissance étrangère hostile. Heureusement, Poutine a empêché cet acte de trahison, et Khodorkovski a été emprisonné.

Il est toujours délicieux, soit dit en passant, de voir les grands "démocrates" et autres "droits-de-l'hommistes" occidentaux prendre fait et cause pour des personnages pour le moins douteux, tels que Khodorkovski, accusé (entre autres) de corruption dans l'affaire de la réélection de Boris Eltsine en 1996. Quand il s'agit d'ennemis de l'Occident, ils font l'objet de tirs de barrage de la part de tous les grands média ; mais quand c'est un opposant à Poutine, pouf ! plus rien. Au contraire, on le porte aux nues.

Plus loin, l'article de RSF prétend que de plus en plus d'internautes sont jetés en prison pour leurs propos sur les réseaux sociaux, voire pour un simple "like". Un seul exemple est donné : le cas du blogueur complotiste Alexis Kourgounov.

Voici quelques extraits de l'article de blog qui lui a valu sa condamnation :
Je vais vous dire un terrible secret : sinon la totalité, du moins la plupart des organisations recrutant des militants pour l'EI (État islamique) en Russie opèrent sous le couvert du FSB [services de renseignement russes].

(...)

En général, il est à noter que nos concitoyens se représentent très mal ce qu'est « l'État islamique ». En attendant, le nom parle de lui-même : c’est un État, pas un réseau terroriste.

(...)

Il est clair que l'État islamique ne représente aucune menace pour la Fédération de Russie.

(...)

Les Israéliens bénéficient généralement de l'existence de l'EI, car il s'oppose au Hezbollah.
Ce monsieur qui semble défendre des idées pour le moins discutables a donc été condamné à deux ans de colonie pénitentiaire pour apologie du terrorisme. On peut trouver que c'est une peine disproportionnée, mais on ne peut pas passer sous silence, comme le fait RSF, les propos pour lesquels ce blogueur a été condamné, et qui ne sont pas innocents, vous en conviendrez.

Quant aux prétendues condamnations pour un simple "like", je croyais faire de l'humour dans mon message précédent. Je suis loin du compte, semble-t-il :rire:

Plus sérieusement, je n'ai trouvé aucune trace de condamnation pour un "like" en Russie. RSF ne donne pas de source, ne cite aucun exemple. Preuve supplémentaire du caractère orienté et idéologisé de cet article, qui du coup, en devient très peu crédible.

Re: Liberté en Russie

par Cinci » ven. 28 déc. 2018, 8:42

Bassmeg écrit :

On a compris votre attachement [Valentin] à défendre l' idée que la Russie et le régime de Poutine sont une terre de liberté d' expression et de respect des droits de l' homme.
Mais ...

Votre interlocuteur ci-haut vous aura écrit que Poutine a pu renforcer le réseau mafieux hérité d'Eltsine au lieu de le combattre. Vous avez la détestable manie de déformer la pensée des autres.

Contrairement à votre dernière allégation et soit celle que vous nous balancerez comme un fumigène en sortie de scène, pour vous évader côté jardin : il n'est rien dans le dire de Valentin qui devrait inciter le lecteur à croire que nous aurions affaire, ici, à un adorateur de Poutine, un membre de son fan club et rendu lui-même inaccessible à la nuance et à la critique.

Indépendamment de la Russie, mais ce que dit Valentin au sujet du fonctionnement des médias est parfaitement valable. Et c'était tout l'enjeu de la remarque ! Eh oui, il y a de la censure partout et de la propagande en même temps. On peut également trouver du vrai dans des médias russes. Le vrai et le faux ne dépendent pas de l'identité du rapporteur.

Re: Liberté en Russie

par Cinci » ven. 28 déc. 2018, 8:11

Valentin,

Je trouve très bien votre exposé. C'est convaincant. Merci !

Re: Un retour de la crise financière attendu...

par Bassmeg » jeu. 27 déc. 2018, 22:35

Bien Valentin. On a compris votre attachement à défendre l' idée que la Russi et le régime de Poutine sont une terre de liberté d' expression et de respect des droits de l' homme. Et pour ceux qui conservent un doute quant à la validité de vos idées, je les invite à consulter cette lettre faite par Reporter sans Frontière à Monsieur Poutine : https://rsf.org/fr/actualites/liberte-d ... ir-poutine
Chacun sera juge.

Revenons au sujet. On parle d' une crise financière majeure. Mais on sort à peine de la précédente, est-ce que je suis la seule à m'étonner? Des événements qui reviennent tous les dix ans, est-ce que ce sont encore des crises? Ou bien est-ce que le problème est cyclique et reviendra encore dans dix ans? Que peut on faire pour enrayer le phénomène?

Re: Un retour de la crise financière attendu...

par Valentin » jeu. 27 déc. 2018, 13:50

[...]
Bassmeg, vous écrivez :
Bassmeg a écrit : mer. 26 déc. 2018, 20:30 Valentin, je ne critique pas le fait que Sputnik et RT soient à la botte du régime de poutine. La bas, c' est comme çà, ils avaient la Pravda, bon, maintenant, ils ont ça. Ce que je critique, c' est le fait de mettre au même niveau ce genre de trucs avec la presse d' un pays libre comme la France.
Mais je vous ai dit pourquoi je pensais qu'il y avait une équivalence entre les deux. Sputnik ne critique pas Poutine, c'est un fait ; mais Le Figaro ne critique pas non plus le Groupe Dassault.

Alors expliquez-moi la différence ?
S' exprimer en toute liberté est permis en russie? On est sur de ça?


Écoutez, si ça vous fait plaisir, ou bien si c'est plus facile pour vous, je veux bien vous confirmer qu'en Russie, il est interdit de passer devant un portrait de Poutine sans se prosterner trois fois. Si on ne le fait pas, on est immédiatement déporté au goulag. Moi-même, quand je vivais là-bas, j'ai eu l'audace de "liker" sur le réseau social "VK" (équivalent russe de Facebook) une image montrant Vladimir Poutine torse nu, chevauchant un ours. Une demi-heure plus tard, le service de renseignement FSB était devant ma porte, et seule ma nationalité française m'a épargné une lourde peine de prison... :hypocrite:
Et la chaine LCP n' ouvre pas d' antenne locale en Russie pour faire passer sans le dire la propagande de Macron en Russie.
LCP, je ne sais pas. Mais France 24 et Euronews sont accessibles en Russie, et y diffusent de la propagande libérale, européiste et atlantiste. Sans compter la version russophone de la BBC, ainsi que les Américains de Radio Free Europe et ses succursales, radio qualifiée par la presse allemande de propagande au service de la CIA.
Contrairement à ce que vous disiez, Niézavissimaïa Gaziéta n' est pas indépendant.
Ah bon ? Eh bien, si vous le dites...
Permettez-moi quand même d'attirer votre attention sur quelques articles critiques parus récemment dans ce journal, accessibles en un clic : ici et .

Le premier article décrit, de façon très juste, la totale soumission du gouvernement russe à l'autorité du président (sixième paragraphe) :

Certes, les initiatives gouvernementales soutenues par le président ne se distinguent en réalité pas de celles du président lui-même. En fait, à l'exception de certains cas, le gouvernement en Russie n'est pas l'initiateur des réformes, mais seulement un exécuteur diligent de la volonté du président. Dans un tel système, le Premier ministre n’est plus un contre-poids à l'autorité [présidentielle]. Encore moins un concurrent potentiel du président. Au mieux, il agit en tant que coordinateur pour les autres acteurs ; au pire, il apparaît comme un secrétaire qui enregistrer les décisions.

Le deuxième article est consacré à une initiative de l'opposant politique Alexis Navalny. Je vous invite à le copier dans une machine de traduction automatique, si vous ne lisez pas le russe.

Quant à l’Écho de Moscou, un simple coup d’œil sur leur site vous confirmera qu'il s'agit d'une radio de tendance libérale, pro-occidentale et anti-Poutine. Je vous invite là encore, à traduire les intitulés des émissions, voire à écouter la radio si vous comprenez le russe. À défaut, si vous ne me croyez pas, demandez à une personne russophone (n'importe laquelle) de quelle tendance est cette radio, demandez-lui si elle est sur une ligne pro-Poutine. Vous verrez bien.
Novaia gazeta? Yep, ils sont un peu plus indépendants. SIX journalistes tués pour avoir cru qu' ils pouvaient s' exprimer... Ça a calmés les journalistes survivants, je pense. https://fr.wikipedia.org/wiki/Novaïa_Gazeta
Nous y voilà. Donc, selon vous, c'est Poutine qui a ordonné ces assassinats ?
Au risque de vous décevoir, ce n'est pas ce que pensent la plupart des analystes. En réalité, comme le mentionne d'ailleurs l'article Wikipédia que vous citez, ces six journalistes enquêtaient sur la Tchétchénie, une région autonome du Caucase dirigée par un certain Ramzan Kadyrov.

Tous les indices, pour chacun de ces meurtres, pointent vers la Tchétchénie. Il faut également y ajouter le cas de l'opposant Boris Niemtsov, assassiné en 2015.
Alors pourquoi n'a-t-on pas arrêté les commanditaires, me direz-vous ? Les seuls à être en prison sont des petites mains, de petits poissons.

Parce que le commanditaire, vraisemblablement M. Kadyrov lui-même, est quelqu'un qui a amassé un pouvoir considérable en Tchétchénie. Installé par Poutine pour mettre un terme à la guerre, tout en maintenant officiellement la région dans le giron russe, la Tchétchénie est en réalité quasi-indépendante. Kadyrov dispose d'une armée personnelle, et il a habilement su jouer son rôle de rempart face aux terroristes indépendantistes, tombés dans le fondamentalisme wahhabite, et responsables de plusieurs attentats sanglants dans les années 2000 (prises d'otages de la Doubrovka et de Beslan). L'islam tchétchène appartient en effet au courant soufi, ennemi du wahhabisme, ce que Kadyrov n'a pas manqué d'exploiter à son avantage.

Arrêter Kadyrov pour le juger ne pourrait se faire qu'à un prix démesuré, entraînant potentiellement une nouvelle guerre, dont Poutine n'a absolument pas besoin ni envie.
Ils ont même déporté un journaliste, comme au bon vieux temps du goulag.
Vous avez lu un peu vite, je crois. Le journaliste en question, de nationalité ouzbek, n'a pas été déporté au goulag ( :D ), mais condamné à être déporté de Russie, vers son pays, l'Ouzbékistan. Pourquoi ? Tout simplement parce que ce monsieur ne détenait pas de passeport, et n'avait donc pas de titre de séjour valide. C'était donc un clandestin.
Du reste, ce jugement a été cassé par la Cour suprême, qui l'a autorisé à quitter la Russie pour l'Allemagne, où il vit aujourd'hui.

En conclusion, Bassmeg :

1) Comme je l'ai déjà dit plus haut, Sputnik n'est pas indépendant de son financier, pas plus que France 24 ou Le Monde ne sont indépendants des leurs.
2) Il existe une presse d'opposition en Russie, qui est tout à fait libre de critiquer le gouvernement.
3) Il existe des média occidentaux en Russie, qui diffusent de la propagande pro-occidentale.
4) Les citoyens russes bénéficient d'une totale liberté de parole sur Internet (réseaux sociaux, journaux en ligne, YouTube, etc.)
5) Le cas des journalistes assassinés est relié au problème tchétchène ; il ne nous renseigne pas sur la liberté de la presse en Russie même.

Liberté en Russie...

par SergeA » jeu. 27 déc. 2018, 10:14

Dans cette vidéo un peu en marge du fil conducteur,
une bonne description de ce que sont les médias en France et comment ils sont instrumentalisés.
Et on peut alors se demander si la situation de ces médias est si différente de celle de ceux qui existent en Russie ou en Coré du Nord.

Liberté en Russie

par Carhaix » jeu. 27 déc. 2018, 2:51

Valentin a écrit : jeu. 27 déc. 2018, 0:36 Bonsoir, Carhaix.
Carhaix a écrit : mer. 26 déc. 2018, 23:30 Pour apporter une petite nuance, le régime de Poutine est libéral.
Vous avez raison, bien sûr. La Russie poutinienne repose sur des fondements fragiles, car contradictoires.

Le libéralisme russe, c'est la liberté de léser le peuple ; c'est la déprédation de l'argent public et des ressources naturelles. C'est le privilège octroyé par Poutine à ses chiens, à ses vassaux : serment d'allégeance contre liberté de piller. Tel est le libéralisme en Russie, État suprêmement capitaliste, et donc suprêmement mafieux.
(La France, elle, a la chance de n'être qu'imparfaitement capitaliste ; elle n'est donc qu'incomplètement mafieuse.)

Quand j'ai parlé d'illibéralisme poutinien, je voulais dire que l'autre visage de ce régime rejoint le courant traditionnel slavophile. La devise de ce mouvement, énoncée par le comte Ouvarov, était « Autocratie, Orthodoxie, Ethnicité » (ce dernier terme, narodnost', étant difficilement traduisible en français ; le mot anglais folklore, au sens étymologique de tradition populaire, conviendrait peut-être davantage).

Cet illibéralisme, ce traditionalisme moral est un marqueur très fort de la Russie contemporaine. Le petit peuple vit et respire par lui.
D'où l'attachement viscéral du Russe à sa terre, à ses ancêtres, à sa religion (même si elle est aujourd'hui peu pratiquée).
D'où sa méfiance, aussi, de l'Occident et de son libéralisme.

Les Russes, dans l'ensemble, ne sont pas décadents. Tout comme 70 ans de communisme n'ont pas suffi à extirper le christianisme de Russie, l'abrutissement et l'ensauvagement organisé des trente dernières années n'ont pas entamé la vigueur spirituelle du peuple russe. Pas encore. Il y a encore chez eux des caractères durs et forts, de cette grandeur inimaginable en Occident, pauvre Occident asphyxié de ses supermarchés et anesthésié par la présence réconfortante du parapluie nucléaire américain.

Vladimir Poutine incarne personnellement cette dialectique, cette lutte que se livrent en Russie le désordre libéral mondialiste et l'Ordre traditionnel. Nous voyons bien que Poutine n'a nullement combattu la féodalité mafieuse héritée de Eltsine : au contraire, il l'a renforcée. C'est en quoi Poutine est haïssable.

Mais en même temps, et contrairement à Eltsine, il a ressuscité les valeurs traditionnelles, défendu la morale antique, le christianisme, bref : le mouvement slavophile. C'est ce courant - chrétien, contre-révolutionnaire, illibéral - qui s'exprime dans le pouvoir et les média russes, allant jusqu'à irriguer la société russe tout entière. Et c'est en quoi Poutine est aimable.
Bonsoir Valentin.
Narod veut dire "peuple". Narodnyï, "populaire" ou bien "national". Narodnost, c'est le "caractère national", propre au peuple russe. Je reprends l'expression de mon dictionnaire. Ça peut aussi vouloir dire, simplement, "nationalité".
Les Russes se considèrent comme un continent à part, et trouvent bizarre que l'on veuille faire aller l'Europe jusqu'à l'Oural. Pour eux, l'Oural ne sépare rien. La séparation, elle est plutôt entre l'Europe et la Russie. Deux mondes différents.
Les tsars russes se considéraient comme les héritiers des byzantins. Autrement dit, ils perpétuent l'Empire romain d'Orient. La Russie contemporaine est parfaitement dans cette continuité. La frontière entre les deux Empires correspondait d'ailleurs à celle qui séparait l'Europe de l'Ouest et l'Europe de l'Est pendant la Guerre froide.
Mais il y a eu le communisme, et le communisme, paradoxalement, a perpétué la soumission des peuples. Les Russes n'ont donc pas pu bâtir ce capitalisme démocratique avec contre-pouvoirs syndicaux et de la société civile qui s'est progressivement construit en Europe, et même en Amérique. La Russie des tsars était d'ailleurs encore féodale.

C'est pour cela que je me garderais de rendre Poutine responsable d'une situation qui est l'héritage des derniers siècles.

À part cela, il y a quand même une forme de décadence à l'occidentale. Les petits commerces sont morts dans les années 90-2000. Ils ont été remplacés par des supermarchés qui fonctionnent 24h/24 7j/7. Le capitalisme a parfaitement atteint ses buts dans le modèle de société, but qui n'est pas encore atteint chez nous. D'une certaine façon, la Russie est en avance sur nous, pour cet aspect-là du capitalisme.

Liberté en Russie

par Valentin » jeu. 27 déc. 2018, 0:36

Bonsoir, Carhaix.
Carhaix a écrit : mer. 26 déc. 2018, 23:30 Pour apporter une petite nuance, le régime de Poutine est libéral.
Vous avez raison, bien sûr. La Russie poutinienne repose sur des fondements fragiles, car contradictoires.

Le libéralisme russe, c'est la liberté de léser le peuple ; c'est la déprédation de l'argent public et des ressources naturelles. C'est le privilège octroyé par Poutine à ses chiens, à ses vassaux : serment d'allégeance contre liberté de piller. Tel est le libéralisme en Russie, État suprêmement capitaliste, et donc suprêmement mafieux.
(La France, elle, a la chance de n'être qu'imparfaitement capitaliste ; elle n'est donc qu'incomplètement mafieuse.)

Quand j'ai parlé d'illibéralisme poutinien, je voulais dire que l'autre visage de ce régime rejoint le courant traditionnel slavophile. La devise de ce mouvement, énoncée par le comte Ouvarov, était « Autocratie, Orthodoxie, Ethnicité » (ce dernier terme, narodnost', étant difficilement traduisible en français ; le mot anglais folklore, au sens étymologique de tradition populaire, conviendrait peut-être davantage).

Cet illibéralisme, ce traditionalisme moral est un marqueur très fort de la Russie contemporaine. Le petit peuple vit et respire par lui.
D'où l'attachement viscéral du Russe à sa terre, à ses ancêtres, à sa religion (même si elle est aujourd'hui peu pratiquée).
D'où sa méfiance, aussi, de l'Occident et de son libéralisme.

Les Russes, dans l'ensemble, ne sont pas décadents. Tout comme 70 ans de communisme n'ont pas suffi à extirper le christianisme de Russie, l'abrutissement et l'ensauvagement organisé des trente dernières années n'ont pas entamé la vigueur spirituelle du peuple russe. Pas encore. Il y a encore chez eux des caractères durs et forts, de cette grandeur inimaginable en Occident, pauvre Occident asphyxié de ses supermarchés et anesthésié par la présence réconfortante du parapluie nucléaire américain.

Vladimir Poutine incarne personnellement cette dialectique, cette lutte que se livrent en Russie le désordre libéral mondialiste et l'Ordre traditionnel. Nous voyons bien que Poutine n'a nullement combattu la féodalité mafieuse héritée de Eltsine : au contraire, il l'a renforcée. C'est en quoi Poutine est haïssable.

Mais en même temps, et contrairement à Eltsine, il a ressuscité les valeurs traditionnelles, défendu la morale antique, le christianisme, bref : le mouvement slavophile. C'est ce courant - chrétien, contre-révolutionnaire, illibéral - qui s'exprime dans le pouvoir et les média russes, allant jusqu'à irriguer la société russe tout entière. Et c'est en quoi Poutine est aimable.

Re: Un retour de la crise financière attendu...

par Carhaix » mer. 26 déc. 2018, 23:30

Valentin a écrit : mer. 26 déc. 2018, 20:08 Je ne comprends pas bien.

Vous avez critiqué le fait que Sputnik ne soit pas hostile au gouvernement russe, qui finance cette agence de presse.
Je vous ai répondu qu'on peut adresser le même reproche à France 24, financée par l’État français, ainsi qu'au Monde et au Figaro, entre autres, et qui se gardent bien de médire de leurs propriétaires respectifs.
Les choses me semblent ici on ne peut plus claires. Qu'est-ce qui vous gêne dans ce raisonnement ?

Vous effleurez par ailleurs la question du pluralisme et de la liberté de la presse. Peut-être voulez-vous insinuer que la presse russe parle d'une seule voix et qu'elle est unanimement favorable à Poutine.

C'est bien mal connaître la situation de ce pays. Mais cela se comprend si votre seule source d'information est Le Monde, Le Figaro, etc. journaux notoirement antirusses et pro-américains.

Les média occidentaux, je le répète, sont des organes de propagande libérale - en cela, ils sont les parfaits miroirs de Sputnik et RT, qui diffusent quant à eux des idées différentes, illibérales. Mais dans les deux cas, il s'agit bel et bien de propagande au sens de propagation de certaines opinions publiques ou sociales.

Il existe en Russie de nombreux média tout à fait indépendants, et libres de critiquer Poutine. Les plus connus sont la radio Écho de Moscou et les journaux de tendance pro-occidentale et libérale Niézavissimaïa gaziéta et Novaïa gaziéta.

Quant à l'Internet, il est absolument libre et dénué de censure. Tous les citoyens russes, journalistes hostiles au régime et opposants politiques compris, peuvent s'y exprimer en toute liberté, notamment sur les réseaux sociaux et sur les journaux en ligne tels que Gazeta.ru. Voyez ici la chaîne YouTube d'Alexis Navalny, principal opposant politique à Vladimir Poutine, comptant près de 2,5 millions d'abonnés et plus de 460 millions de vues.
Pour apporter une petite nuance, le régime de Poutine est libéral. Il n'est pas très différent du régime de Macron, ou de Trump. La seule différence est qu'il n'est pas atlantiste, et qu'il défend les intérêts de la Russie, au lieu d'abdiquer sa souveraineté, et de se ranger sous la bannière de Washington. Mais mis à part ce point précis, économiquement, Poutine est centriste et libéral. Il a d'ailleurs une extrême-droite assez puissante contre lui. Et sur sa gauche, les communistes, très forts électoralement aussi.

Re: Un retour de la crise financière attendu...

par Carhaix » mer. 26 déc. 2018, 23:26

Bassmeg a écrit : mer. 26 déc. 2018, 16:40 Ces situations ne sont pas comparables Valentin. D' un coté, des médias d' état, visant la propagande. De l' autre des médias privés, pluriels et différents entre eux ayant droit à la liberté de la presse.

Ce n' est pas parce que vous trouvez un point commun entre deux choses que ces deux choses sont identiques, Valentin. Le Monde Diplo n'est pas vraiment indépendant, étant donné qu' il contient des encarts pub. Vous cherchez un média indépendant en France? Le Canard Enchainé.
Vous oubliez de préciser que de nos jours, les médias ne peuvent pas vivre sans subvention extérieure, puisqu'ils ne sont plus rentables. Donc, nécessairement, il y a un commanditaire. Qu'il soit privé ou public. Et souvent, c'est les deux ensemble, puisque les grands quotidiens reçoivent à la fois des subventions publiques, et appartiennent à des groupes privés. Cela ne fait aucune différence avec les autres médias que vous incriminez. Sauf que vous, vous penchez politiquement pour le libéralisme libertaire, et donc vous critiquez un média qui ne correspond pas à vos idées. Votre pensée ne va guère plus loin.

Re: Un retour de la crise financière attendu...

par Bassmeg » mer. 26 déc. 2018, 20:30

Valentin, je ne critique pas le fait que Sputnik et RT soient à la botte du régime de poutine. La bas, c' est comme çà, ils avaient la Pravda, bon, maintenant, ils ont ça. Ce que je critique, c' est le fait de mettre au même niveau ce genre de trucs avec la presse d' un pays libre comme la France.

S' exprimer en toute liberté est permis en russie? On est sur de ça? J' en doute. En tout cas, cela ne dure jamais longtemps...
On n' est pas mis en prison, quand on critique le gouvernement, en France. On est pas non plus retrouvé suicidé dans des circonstances bizarres, ni abattu en pleine rue. Ce n' est pas la même chose, quoi que vous en disiez. Et la chaine LCP n' ouvre pas d' antenne locale en Russie pour faire passer sans le dire la propagande de Macron en Russie.

Au fait, qu' entendez vous par libérale? Le mot illibérale n' existe pas en français, ne devrait on pas dire à la place dictatorial?

Complément: Contrairement à ce que vous disiez, Niézavissimaïa Gaziéta n' est pas indépendant. Il a été vendu pour une bouchée de pain à l'adjoint du ministre du développement économique, qui le possède et le dirige d' une main de fer. L'Écho de Moscou appartient au deux tiers à Gazprom, société dirigée par un ancien du gouvernement Poutine… Novaia gazeta? Yep, ils sont un peu plus indépendants. SIX journalistes tués pour avoir cru qu' ils pouvaient s' exprimer... Ça a calmés les journalistes survivants, je pense. https://fr.wikipedia.org/wiki/Novaïa_Gazeta Ils ont même déporté un journaliste, comme au bon vieux temps du goulag.

Alors bon, question indépendance et liberté de la presse, je crois pas que RT et Sputnik puissent le faire croire à qui que ce soit.

PS : Dans le Canard Enchainé d' aujourd'hui, un bel article sur RT. Je vous le recommande, vous aurez un aperçu du fonctionnement interne de RTFrance.

Re: Un retour de la crise financière attendu...

par Valentin » mer. 26 déc. 2018, 20:08

Je ne comprends pas bien.

Vous avez critiqué le fait que Sputnik ne soit pas hostile au gouvernement russe, qui finance cette agence de presse.
Je vous ai répondu qu'on peut adresser le même reproche à France 24, financée par l’État français, ainsi qu'au Monde et au Figaro, entre autres, et qui se gardent bien de médire de leurs propriétaires respectifs.
Les choses me semblent ici on ne peut plus claires. Qu'est-ce qui vous gêne dans ce raisonnement ?

Vous effleurez par ailleurs la question du pluralisme et de la liberté de la presse. Peut-être voulez-vous insinuer que la presse russe parle d'une seule voix et qu'elle est unanimement favorable à Poutine.

C'est bien mal connaître la situation de ce pays. Mais cela se comprend si votre seule source d'information est Le Monde, Le Figaro, etc. journaux notoirement antirusses et pro-américains.

Les média occidentaux, je le répète, sont des organes de propagande libérale - en cela, ils sont les parfaits miroirs de Sputnik et RT, qui diffusent quant à eux des idées différentes, illibérales. Mais dans les deux cas, il s'agit bel et bien de propagande au sens de propagation de certaines opinions publiques ou sociales.

Il existe en Russie de nombreux média tout à fait indépendants, et libres de critiquer Poutine. Les plus connus sont la radio Écho de Moscou et les journaux de tendance pro-occidentale et libérale Niézavissimaïa gaziéta et Novaïa gaziéta.

Quant à l'Internet, il est absolument libre et dénué de censure. Tous les citoyens russes, journalistes hostiles au régime et opposants politiques compris, peuvent s'y exprimer en toute liberté, notamment sur les réseaux sociaux et sur les journaux en ligne tels que Gazeta.ru. Voyez ici la chaîne YouTube d'Alexis Navalny, principal opposant politique à Vladimir Poutine, comptant près de 2,5 millions d'abonnés et plus de 460 millions de vues.

Liberté des médias en Russie

par Bassmeg » mer. 26 déc. 2018, 16:40

Ces situations ne sont pas comparables Valentin. D' un coté, des médias d' état, visant la propagande. De l' autre des médias privés, pluriels et différents entre eux ayant droit à la liberté de la presse.

Ce n' est pas parce que vous trouvez un point commun entre deux choses que ces deux choses sont identiques, Valentin. Le Monde Diplo n'est pas vraiment indépendant, étant donné qu' il contient des encarts pub. Vous cherchez un média indépendant en France? Le Canard Enchainé.

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