par Métazét » mar. 06 nov. 2007, 15:46
Bonjour,
Comme je l'indiquais dans le fil consacré à Harry Potter, il y a deux façons d'aborder les "miracles" et autres "phénomènes surnaturels" qui me paraissent fautives d'un point de vue logique et épistémologique :
- celle d'un certain nombre d'athées matérialistes "sceptiques" ;
- celle qui caractérise, entre autres, l'Eglise catholique romaine (mais aussi, par exemple, dans une moindre mesure, l'ensemble de ce qu'on appelle la "parapsychologie scientifique" ou la "recherche psychique").
Ces deux façons de procéder ont une logique commune :
1°) Il s'agit d'abord, pour toute affirmation de nature paranormale, surnaturelle, miraculeuse, etc. de vérifier s'il existe une interprétation scientifique et naturaliste possible et probable.
2°) a) Si oui, il en est conclu que l'affirmation en question renvoit à un phénomène purement naturel, normal, matériel...
b) Si non, il en est conclu au caractère paranormal (cas de la "recherche psychique") ou même surnaturel (cas de l'Eglise) du phénomène sur lequel porte l'affirmation en question.
Ma critique porte sur les deux étapes de ce processus :
1°) Comment vérifier s'il existe une interprétation scientifique et naturaliste possible et probable ?
Concrètement, l'Eglise tend à faire comme si "il n'existe pas d'explication scientifique possible et probable" équivalait à "personne, jusque maintenant, n'a réussi à fournir une explication possible et probable". Or tel n'est pas le cas. Que des scientifiques de pointes butent pendant plusieurs années sur tel ou tel cas n'implique pas logiquement qu'ils (ou d'autres) buteront toujours sur ce cas, et encore moins qu'il est rigoureusement impossible de trouver une explication scientifique plausible à ce cas.
Les "chercheurs psi" sont, à mon avis, plus prudents. Lorsqu'ils butent sur un cas, ils disent, non pas que ce cas est inexplicable par la science, mais qu'il est inexplicable par la science actuelle et imaginent qu'un jour, de nouveaux concepts, de nouvelles théories, de nouvelles techniques voire un nouveau paradigme scientifique viendra peut-être à bout de ces mystères et que, même si ce n'est pas le cas, on n'a pas nécessairement à recourir à des hypothèses surnaturelles : peut-être la matière ou le cerveau humain possèdent-ils des capacités inconnues qui sont à l'origine de ces phénomènes ? Même si rien ne permet de l'affirmer, cela reste envisageable. Qui peut prétendre tout connaître de Dame Nature et même affirmer dogmatiquement qu'il est possible de tout en connaître ? Toutefois, l'impossibilité à trouver une explication scientifique peut aussi avoir pour origine une défaillance dans les informations disponibles sur le cas problématique que l'on souhaite étudier. Si les informations sont parcellaires, qu'est-ce qui nous dit que la clef de l'énigme ne se trouve pas dans les données manquantes ?
C'est là la position des athées matérialistes qui, sur ce point, sont à mon humble avis encore plus prudents.
Toutefois, ils ne font pas mieux que les autres lorsqu'il s'agit d'aborder la 2ème étape.
2°) Pourquoi ce qui ne serait pas naturel serait forcément surnaturel et inversement ? C'est une manière dichotomique et à mon avis simpliste de voir les choses. De même, pourquoi ce qui est naturel ne serait pas en même temps surnaturel et inversement ? Naturel du point de vue scientifique, surnaturel du point de vue métaphysique. A mon avis, les deux types d'explications n'entrent pas en concurence car elles ne se situent pas au même niveau.
Par exemple :
- On peut estimer que Dieu a créer le monde (explication surnaturelle), mais cela ne nous renseigne pas sur la façon dont il s'y est pris concrètement ! Si on dit que Dieu a voulu créer le monde puis que le monde est apparu sous l'effet de cette volonté, on reste dans l'explication surnaturelle car cela n'est pas empiriquement vérifiable. Par contre, on pourrait dire aussi que Dieu a fait en sorte que se produisent des mutations génétiques pour façonner différentes espèces et a utilisé la sélection naturelle pour faire du tri et garder celles qu'il voulait. On concilie ainsi une explication surnaturelle (Dieu a créé le monde) avec une explication naturelle (le néodarwinisme) empiriquement vérifiable.
- Dans les guérisons de Lourdes, pour changer de sujet, procéder par éliminations d'hypothèses scientifiques ne prouve pas l'action de Dieu, pour les raisons que j'ai évoquées précedemment. Mais inversement, pourquoi ne pas voir l'action de Dieu dans toutes les guérisons qui s'y produisent, qu'elles soient ou non explicables autrement par ailleurs ?
- Peut-être que les expériences mystiques sont dûes, d'un point de vue scientifique, à des déséquilibres électro-chimiques du cerveau, ainsi que le pensent certains neurobiologistes, mais peut-être que Dieu utilise justement à dessein ces perturbations électro-chimiques du cerveau pour se révéler aux mystiques... Après tout, le phénomène de la perception du monde extérieur repose également sur des processus électro-chimiques dans le cerveau, ce qui ne veut pas dire qu'ils s'y réduisent, sinon tout ce que l'on croit percevoir serait en fait une hallucination...
- Peut-être que des démons peuvent posséder qqn en causant chez lui des troubles psychiques tout à fait identifiables et explicables scientifiquement. Donc : il n'y a pas forcément opposition entre psychiatrie et interprétation démonologique.
Si Dieu est l'auteur des Lois de la Nature, n'est-il pas logique qu'il choisisse lui-même de se servir de ces Lois qu'il a institué pour agir et étrange (d'un certain point de vue) qu'il décide d'y déroger ?
Bien cordialement,
Mikaël
Bonjour,
Comme je l'indiquais dans le fil consacré à Harry Potter, il y a deux façons d'aborder les "miracles" et autres "phénomènes surnaturels" qui me paraissent fautives d'un point de vue logique et épistémologique :
- celle d'un certain nombre d'athées matérialistes "sceptiques" ;
- celle qui caractérise, entre autres, l'Eglise catholique romaine (mais aussi, par exemple, dans une moindre mesure, l'ensemble de ce qu'on appelle la "parapsychologie scientifique" ou la "recherche psychique").
[u]Ces deux façons de procéder ont une logique commune :[/u]
[b]1°)[/b] Il s'agit d'abord, pour toute affirmation de nature paranormale, surnaturelle, miraculeuse, etc. de vérifier s'il existe une interprétation scientifique et naturaliste possible et probable.
[b]2°)[/b] a) Si oui, il en est conclu que l'affirmation en question renvoit à un phénomène purement naturel, normal, matériel...
b) Si non, il en est conclu au caractère paranormal (cas de la "recherche psychique") ou même surnaturel (cas de l'Eglise) du phénomène sur lequel porte l'affirmation en question.
[u]Ma critique porte sur les deux étapes de ce processus :[/u]
[b]1°)[/b] Comment vérifier s'il existe une interprétation scientifique et naturaliste possible et probable ?
Concrètement, l'Eglise tend à faire comme si "il n'existe pas d'explication scientifique possible et probable" équivalait à "personne, jusque maintenant, n'a réussi à fournir une explication possible et probable". Or tel n'est pas le cas. Que des scientifiques de pointes butent pendant plusieurs années sur tel ou tel cas n'implique pas logiquement qu'ils (ou d'autres) buteront toujours sur ce cas, et encore moins qu'il est rigoureusement impossible de trouver une explication scientifique plausible à ce cas.
Les "chercheurs psi" sont, à mon avis, plus prudents. Lorsqu'ils butent sur un cas, ils disent, non pas que ce cas est inexplicable par la science, mais qu'il est inexplicable par la science [b]actuelle[/b] et imaginent qu'un jour, de nouveaux concepts, de nouvelles théories, de nouvelles techniques voire un nouveau paradigme scientifique viendra peut-être à bout de ces mystères et que, même si ce n'est pas le cas, on n'a pas nécessairement à recourir à des hypothèses surnaturelles : peut-être la matière ou le cerveau humain possèdent-ils des capacités inconnues qui sont à l'origine de ces phénomènes ? Même si rien ne permet de l'affirmer, cela reste envisageable. Qui peut prétendre tout connaître de Dame Nature et même affirmer dogmatiquement qu'il est possible de tout en connaître ? Toutefois, l'impossibilité à trouver une explication scientifique peut aussi avoir pour origine une défaillance dans les informations disponibles sur le cas problématique que l'on souhaite étudier. Si les informations sont parcellaires, qu'est-ce qui nous dit que la clef de l'énigme ne se trouve pas dans les données manquantes ?
C'est là la position des athées matérialistes qui, sur ce point, sont à mon humble avis encore plus prudents.
Toutefois, ils ne font pas mieux que les autres lorsqu'il s'agit d'aborder la 2ème étape.
[b]2°)[/b] Pourquoi ce qui ne serait pas naturel serait forcément surnaturel et inversement ? C'est une manière dichotomique et à mon avis simpliste de voir les choses. De même, pourquoi ce qui est naturel ne serait pas [b]en même temps[/b] surnaturel et inversement ? Naturel du point de vue scientifique, surnaturel du point de vue métaphysique. A mon avis, les deux types d'explications n'entrent pas en concurence car elles ne se situent pas au même niveau.
Par exemple :
- On peut estimer que Dieu a créer le monde (explication surnaturelle), mais cela ne nous renseigne pas sur la façon dont il s'y est pris concrètement ! Si on dit que Dieu a voulu créer le monde puis que le monde est apparu sous l'effet de cette volonté, on reste dans l'explication surnaturelle car cela n'est pas empiriquement vérifiable. Par contre, on pourrait dire aussi que Dieu a fait en sorte que se produisent des mutations génétiques pour façonner différentes espèces et a utilisé la sélection naturelle pour faire du tri et garder celles qu'il voulait. On concilie ainsi une explication surnaturelle (Dieu a créé le monde) avec une explication naturelle (le néodarwinisme) empiriquement vérifiable.
- Dans les guérisons de Lourdes, pour changer de sujet, procéder par éliminations d'hypothèses scientifiques ne prouve pas l'action de Dieu, pour les raisons que j'ai évoquées précedemment. Mais inversement, pourquoi ne pas voir l'action de Dieu dans toutes les guérisons qui s'y produisent, qu'elles soient ou non explicables autrement par ailleurs ?
- Peut-être que les expériences mystiques sont dûes, d'un point de vue scientifique, à des déséquilibres électro-chimiques du cerveau, ainsi que le pensent certains neurobiologistes, mais peut-être que Dieu utilise justement à dessein ces perturbations électro-chimiques du cerveau pour se révéler aux mystiques... Après tout, le phénomène de la perception du monde extérieur repose également sur des processus électro-chimiques dans le cerveau, ce qui ne veut pas dire qu'ils s'y réduisent, sinon tout ce que l'on croit percevoir serait en fait une hallucination...
- Peut-être que des démons peuvent posséder qqn en causant chez lui des troubles psychiques tout à fait identifiables et explicables scientifiquement. Donc : il n'y a pas forcément opposition entre psychiatrie et interprétation démonologique.
Si Dieu est l'auteur des Lois de la Nature, n'est-il pas logique qu'il choisisse lui-même de se servir de ces Lois qu'il a institué pour agir et étrange (d'un certain point de vue) qu'il décide d'y déroger ?
Bien cordialement,
Mikaël