par MB » sam. 10 nov. 2007, 19:32
Avé
Je suis assez content que ma saillie ait provoqué tant d'interventions, qui en plus vont dans pas mal de sens à la fois.
Revenons sur un ou deux points. Naturellement, il y a beaucoup de gens qui votent à droite, et qui justifient leur choix pour des raisons liées à l'argent. "Si la gauche gagne, ils me prendront tout", ou alors : "Moi, je me suis fait, j'ai bossé, c'est pas pour que les br...rs de gauche touchent des allocs".
Tout ça existe. On peut dire que l'avarice est un défaut fréquent à droite ; ce qui ne veut pas dire qu'elle lui soit exclusivement réservée, et surtout que les électeurs de droite soient tous avares. A contrario, prenez le carriériste moyen des années 80 ; de quoi rêve-t-il ? il fait des pieds et des mains pour se rapprocher des cercles mitterrandiens. Pas très à droite, tout ça.
Evidemment, la discussion risque de tourner en rond. On trouvera des avares, des cupides, des carriéristes, dans tous les cercles, de droite comme de gauche, chrétiens ou pas chrétiens. C'est une question de personnes, forcément. Tous les exemples qui ont été cités par les intervenants sont vrais.
Néanmoins, dans la remarque "gauchiste" que j'ai pointée plus haut, il me semble qu'apparaissent beaucoup d'images, de fantasmes. Par exemple, on associe à la droite un certain carriérisme de yuppie ("ouah ! génial ! j'ai réussi ma présentation Power Point ! Je vais trouver des solutions pour le client, le boss a adoré"), et par extension, le monde de l'entreprise. Or, en regardant autour de moi, je me suis aperçu d'une chose étonnante, et qui fera beaucoup plaisir à Christian : les personnes que je connais comme étant les plus engagées dans l'entrepreneuriat sont tout sauf des carriéristes. En généralisant à outrance, ceux qui rêvent de monter leur boîte, de créer de nouvelles choses, ne pensent pas du tout à l'argent. Cela paraît étonnant, mais empiriquement, c'est ce que j'ai constaté. L'équivalent fonctionnel du rêve de l'entrepreneur, c'est le petit garçon qui rêve d'une chasse au trésor : ce qui l'intéresse, ce n'est pas le trésor, mais l'aventure qui permettra de l'atteindre (tant mieux si après, il pourra profiter du trésor). Eh bien, avec mes connaissances, c'était pareil. L'entreprise, pour celui qui la crée, ce n'est pas l'argent : c'est avant tout l'aventure.
A l'inverse, en y réfléchissant, je me suis rendu compte que les yuppies dont j'ai parlé, en fait, sont tout sauf des entrepreneurs. Ils cherchent à prendre des postes, à occuper des places que d'autres ont créées pour eux. Tout dépend des lieux, des époques : à Cuba, ils veulent "construire le socialisme" ; aujourd'hui, ils veulent diriger le département d'une multinationale ; à Paris en 1970, ce sont des énarques de choc ; en 1985, ils sont très potes de Jacques Attali.
On est au contraire frappé d'une espèce d'idéalisme qui marque l'esprit des plus grands entrepreneurs (le fondateur d'Ikea voulait vraiment rendre service au monde entier).
Mais ce discours sur l'aventure, l'initative, le dynamisme, ne passe pas, et surtout pas auprès des électeurs de gauche. Ils flairent l'arnaque, comme beaucoup de gens en France. Et puis, ils confondent ces deux types de personnages. Ce que voit le gars de gauche du type que j'ai pointé, c'est l'argent qui coule à flots ; c'est le pouvoir éventuel du bonhomme qui a réussi, ou plus exactement l'assurance de sa position. Peu importe que le milliardaire ait une belle collection d'art, rassemblée avec le meilleur goût, ou donne son argent par quantités énormes pour soutenir des initiatives charitables. L'homme de gauche ne peut pas imaginer que ces choses-là puissent être bonnes. Lui, ce qu'il voit, c'est l'argent.
Il en va souvent de même, d'ailleurs, avec les gens de gauche qui bouffent du curé : on leur montre une cathédrale, ils répondent : "avec l'argent qui a servi à la construire, on aurait pu faire des hôpitaux".
Et c'est là que je veux aller à l'essentiel de ce que voulais dire. En fait - comme dans le cas précédent - l'argent n'est qu'un prétexte. Ce qui rend l'homme de gauche hystérique - et là, je pèse mes mots à fond - c'est l'idée qu'un individu, ou qu'une initiative, puisse lui échapper. Au cours de conversations avec des idéologues de gauche, j'ai d'ailleurs souvent été frappé de cette omniprésence des cases à cocher pour savoir où se situe leur interlocuteur (l'un d'entre eux me l''avait d'ailleurs dit explicitement - c'était un trostkiste). Et ceux qui ne rentrent pas dans ces cases, qui ne correspondent pas à ce qu'ils ont prévu, sont ceux qu'ils détestent le plus. Ceux qui dépassent les autres, de quelque manière que ce soit (argent, beauté, pouvoir, élégance, etc.) ne sont guère aimés non plus.
Revenons à l'argent : pourquoi l'homme de gauche y pense-t-il tellement ? Car de tous les outils qui permettent de maîtriser les hommes, celui-ci est extrêmement puissant. L'homme de gauche est donc naturellement porté à le débusquer, à le trouver partout où il se trouve. Mais en plus, dans un monde où l'argent tient une place plus grande que jamais, où il se dissémine, où il s'accroît de partout, cette obsession devient encore plus forte.
A bientôt
MB
Avé
Je suis assez content que ma saillie ait provoqué tant d'interventions, qui en plus vont dans pas mal de sens à la fois.
Revenons sur un ou deux points. Naturellement, il y a beaucoup de gens qui votent à droite, et qui justifient leur choix pour des raisons liées à l'argent. "Si la gauche gagne, ils me prendront tout", ou alors : "Moi, je me suis fait, j'ai bossé, c'est pas pour que les br...rs de gauche touchent des allocs".
Tout ça existe. On peut dire que l'avarice est un défaut fréquent à droite ; ce qui ne veut pas dire qu'elle lui soit exclusivement réservée, et surtout que les électeurs de droite soient tous avares. A contrario, prenez le carriériste moyen des années 80 ; de quoi rêve-t-il ? il fait des pieds et des mains pour se rapprocher des cercles mitterrandiens. Pas très à droite, tout ça.
Evidemment, la discussion risque de tourner en rond. On trouvera des avares, des cupides, des carriéristes, dans tous les cercles, de droite comme de gauche, chrétiens ou pas chrétiens. C'est une question de personnes, forcément. Tous les exemples qui ont été cités par les intervenants sont vrais.
Néanmoins, dans la remarque "gauchiste" que j'ai pointée plus haut, il me semble qu'apparaissent beaucoup d'images, de fantasmes. Par exemple, on associe à la droite un certain carriérisme de yuppie ("ouah ! génial ! j'ai réussi ma présentation Power Point ! Je vais trouver des solutions pour le client, le boss a adoré"), et par extension, le monde de l'entreprise. Or, en regardant autour de moi, je me suis aperçu d'une chose étonnante, et qui fera beaucoup plaisir à Christian : les personnes que je connais comme étant les plus engagées dans l'entrepreneuriat sont tout sauf des carriéristes. En généralisant à outrance, ceux qui rêvent de monter leur boîte, de créer de nouvelles choses, ne pensent pas du tout à l'argent. Cela paraît étonnant, mais empiriquement, c'est ce que j'ai constaté. L'équivalent fonctionnel du rêve de l'entrepreneur, c'est le petit garçon qui rêve d'une chasse au trésor : ce qui l'intéresse, ce n'est pas le trésor, mais l'aventure qui permettra de l'atteindre (tant mieux si après, il pourra profiter du trésor). Eh bien, avec mes connaissances, c'était pareil. L'entreprise, pour celui qui la crée, ce n'est pas l'argent : c'est avant tout l'aventure.
A l'inverse, en y réfléchissant, je me suis rendu compte que les yuppies dont j'ai parlé, en fait, sont tout sauf des entrepreneurs. Ils cherchent à prendre des postes, à occuper des places que d'autres ont créées pour eux. Tout dépend des lieux, des époques : à Cuba, ils veulent "construire le socialisme" ; aujourd'hui, ils veulent diriger le département d'une multinationale ; à Paris en 1970, ce sont des énarques de choc ; en 1985, ils sont très potes de Jacques Attali.
On est au contraire frappé d'une espèce d'idéalisme qui marque l'esprit des plus grands entrepreneurs (le fondateur d'Ikea voulait vraiment rendre service au monde entier).
Mais ce discours sur l'aventure, l'initative, le dynamisme, ne passe pas, et surtout pas auprès des électeurs de gauche. Ils flairent l'arnaque, comme beaucoup de gens en France. Et puis, ils confondent ces deux types de personnages. Ce que voit le gars de gauche du type que j'ai pointé, c'est l'argent qui coule à flots ; c'est le pouvoir éventuel du bonhomme qui a réussi, ou plus exactement l'assurance de sa position. Peu importe que le milliardaire ait une belle collection d'art, rassemblée avec le meilleur goût, ou donne son argent par quantités énormes pour soutenir des initiatives charitables. L'homme de gauche ne peut pas imaginer que ces choses-là puissent être bonnes. Lui, ce qu'il voit, c'est l'argent.
Il en va souvent de même, d'ailleurs, avec les gens de gauche qui bouffent du curé : on leur montre une cathédrale, ils répondent : "avec l'argent qui a servi à la construire, on aurait pu faire des hôpitaux".
Et c'est là que je veux aller à l'essentiel de ce que voulais dire. En fait - comme dans le cas précédent - l'argent n'est qu'un prétexte. [i]Ce qui rend l'homme de gauche hystérique [/i]- et là, je pèse mes mots à fond - [i][b]c'est l'idée qu'un individu, ou qu'une initiative, puisse lui échapper[/b][/i]. Au cours de conversations avec des idéologues de gauche, j'ai d'ailleurs souvent été frappé de cette omniprésence des cases à cocher pour savoir où se situe leur interlocuteur (l'un d'entre eux me l''avait d'ailleurs dit explicitement - c'était un trostkiste). Et ceux qui ne rentrent pas dans ces cases, qui ne correspondent pas à ce qu'ils ont prévu, sont ceux qu'ils détestent le plus. Ceux qui dépassent les autres, de quelque manière que ce soit (argent, beauté, pouvoir, élégance, etc.) ne sont guère aimés non plus.
Revenons à l'argent : pourquoi l'homme de gauche y pense-t-il tellement ? Car de tous les outils qui permettent de maîtriser les hommes, celui-ci est extrêmement puissant. L'homme de gauche est donc naturellement porté à le débusquer, à le trouver partout où il se trouve. Mais en plus, dans un monde où l'argent tient une place plus grande que jamais, où il se dissémine, où il s'accroît de partout, cette obsession devient encore plus forte.
A bientôt
MB