Bonjour,
M'intéressant particulièrement à l'art chrétien surtout ancien et médiéval, aux icones mais aussi aux représentations occidentales, je vais essayer de vous répondre.
Oui ils existent de nombreuses représentations du Père. Elles se sont généralisées après la Renaissance. Généralement il est représenté en vieillard surplombant les scènes qu’il bénit. Cette image du vieillard à la barbe blanche (l’Ancien des Jours) trouve son origine dans le livre de Daniel. Voici la description du prophète (chap 7) : « Son vêtement était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête étaient comme de la laine pure; son trône était comme des flammes de feu, et les roues comme un feu ardent. »
Il faut néanmoins savoir que ces représentations présentent de graves problèmes. En effet, l’art chrétien trouve sa justification dans l’Incarnation. Dans l’évangile selon St Jean (prologue, chapitre 1) nous trouvons cette phrase :
« Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire comme celle qu’un fils unique tient de son Père tout plein de grâce et de vérité ».
Puisque que le Verbe, devenu Jésus-Christ, a été vu par ses disciples, on a le droit de le représenter. C’est l’argumentation de St Jean Damascène dans son « Discours sur les images ». Déjà l’Ancien Testament (Deutérome IV, 15-19) le sous entendait : "Puisque vous n'avez vu aucune figure le jour où Yahweh vous parla du milieu du feu en Horeb, prenez bien garde à vos âmes, de peur que vous ne vous fassiez une image taillée, figure de quelque idole, image d'homme ou de femme ». En conclusion, puisque le Verbe a été vu, faire une image de lui est légitime et est même encouragé comme une affirmation de la foi en l’Incarnation (cf : Théologie de l’icône).
Bien sur, l’image n’est pas vénérée pour elle-même mais n’est qu’un médium, une « fenêtre ouverte sur le ciel ».
Malheureusement, Dieu (le Père) nul ne l’a jamais vu : « Dieu, personne ne le vit jamais : le Fils unique, qui est dans le sein du Père c’est lui qui l’a fait connaître » (prologue de Jean). Les hommes du Moyen Age l’avaient très bien compris.
Ainsi quand ils voulaient représenter des actions de la bible plutôt associé au Père (même si la Trinité travaille toujours de concert) comme la création, ce n’était pas le Père qu’ils représentaient mais bien le Fils. Pourquoi ?
- Parce que le Père n’est pas représentable
- Parce que le Père a tout fait par sa Parole, son Verbe
C’est également le Christ qui parle à Moise dans le buisson ardent, c’est lui qui bénit les
prophètes ou qui envoi l’Esprit Saint sur eux …
Vers la fin du Moyen Age, on a commencé à vouloir représenter le Père et la Trinité dans toutes les actions de l’Ancien Testament. Au début, le Père était une sorte de deuxième Christ parce que « Qui m’a vu a vu le Père » a dit Jésus.
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Puis on s’est souvenu du Livre de Daniel. Dans ce livre, on parle de l’ « Ancien des Jours » auprès de qui est amené un « fils d’homme » (Dn 7 :13). Il me semble que les Pères les plus anciens y ont vu l’image de l’incarnation. L’ancien des jours, très âgé, représente la nature divine du Christ tandis le fils d’homme est sa nature humaine. A la fin du Moyen Age (y’a-t-il un spécialiste de St Thomas d’Aquin pour nous renseigner ???), l’interprétation a changée. On a reconnu dans l’homme âgé le Père et dans le plus jeune le Fils. C’est de là que vient cette image du Père en vieillard à la barbe blanche. De plus, le gout de l’Antiquité à la Renaissance a rajouté une couche : ces images rappellent celle de Zeus et des dieux grecs comme Poséidon.
Les papes par la suite n’ont jamais condamné cette image, mais elle est limite. Je ne sais pas si on peut dire que cela est conforme à la Tradition. La représentation du Père seul, nous l’avons vu, est plutôt condamnable. D’un autre côté, les représentations de la Trinité avec le Père tenant dans ses bras la croix du Christ ou siègeant à côté de lui sont déjà anciennes, vénérables et accepté par toute l’Eglise. La question semble épineuse en fait.