MOTU PROPRIO DE BENOÎT XVI: MGR RANJITH S'EXPRIME

Règles du forum
Forum de discussions entre chrétiens sur les questions liturgiques

Répondre


Cette question vous permet de vous prémunir contre les soumissions automatisées et intensives effectuées par des robots indésirables.
Émoticônes
:?: :!: :arrow: :nule: :coeur: :) ;) :( :mal: :D :-D :oops: :cool: :/ :oui: :> :diable: <: :s :hypocrite: :p :amoureux: :clown: :rire: :-[ :sonne: :ciao: :zut: :siffle: :saint: :roule: :incertain: :clap: :fleur: :-@ :non: :cry: :bomb: :exclamation: :dormir: :wow: :boxe: :furieux: :toast: :dance: :flash:
Plus d’émoticônes

Le BBCode est activé
La balise [img] est activée
La balise [url] est activée
Les émoticônes sont activées

Relecture du sujet
   

Agrandir Relecture du sujet : MOTU PROPRIO DE BENOÎT XVI: MGR RANJITH S'EXPRIME

Re: MOTU PROPRIO DE BENOÎT XVI: MGR RANJITH S'EXPRIME

par Sursum Corda » ven. 28 déc. 2007, 2:55

Autre intreview dans l'Osservatore Romano :

Soixante ans après la publication de l'Encyclique Mediator Dei par Pie XII, le débat sur la liturgie demeure ouvert et vif. La récente entrée en vigueur du Motu proprio Summorum pontificum par lequel Benoît XVI a concédé la possibilité de célébrer l'Eucharistie selon le missel de Trente sans avoir à demander l'autorisation à un évêque, a alimenté un débat qui, en réalité, n'a jamais cessé depuis Vatican II. Dans L'Osservatore Romano du 18 décembre, le P. Nicolas Bux, se référant à Mediator Dei, a redit combien il serait nécessaire d'ouvrir un vaste débat sur la liturgie qui soit mené sans idées préconçues et avec une grande charité, et bien entendu, qui soir aussi mené par la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements. C'est sur ce sujet que nous avons interrogé Mgr Albert Malcom Ranjith, Secrétaire de la Congrégation pour le Culte divin.

L'Osservatore Romano - Partons de Mediator Dei: est-il possible de résumer les principaux aspects de cette Encyclique?

Mgr Ranjith - Avec l'Encyclique Mediator Dei, Pie XII, en s'appuyant sur le Motu proprio Tra le sollecitudini de Pie X, présente assurément aux fidèles une synthèse théologique concernant les fondements de la liturgie. Elle est clairement définie comme étant l'action sacerdotale du Christ qui rend gloire et louange à Dieu et surtout qui, par son sacrifice, accomplit la volonté salvatrice du Père. Par conséquent, c'est le Christ qui est au centre de la prière et de la fonction sacerdotale de l'Église. Dans l'Encyclique, nous lisons que "le divin Rédempteur a voulu que la vie sacerdotale qu'il avait lui-même initiée à travers son humanité, sa prière et son sacrifice, ne cesse pas au cours des siècles à travers son Corps mystique qui est l'Église". En clair, l'Encyclique montre à l'évidence que le culte n'est pas notre affaire, mais est l'affaire du Christ dans lequel nous sommes intégrés. C'est là aussi la pensée de Benoît XVI, telle qu'il l'a exprimée dans les divers documents qu'il a publiés depuis son élection au pontificat suprême: ce n'est pas nous qui sommes les auteurs de la liturgie, mais nous sommes invités à conformer notre liturgie terrestre à la liturgie qui se célèbre dans les Cieux de toute éternité.

O.R.- L'Encyclique de Pie XII sur la sainte liturgie a été publiée 16 ans avant Sacrosanctum Concilium. Quels rapports pouvons-nous trouver entre ces deux documents? Sont-ils en continuité? Est-il vrai que, comme le dit le P. Bux, sans Mediator Dei, on ne peut pas vraiment comprendre la Constitution conciliaire?

Mgr R. - On peut affirmer que la réforme liturgique qui a commencé avant le Concile a été une sorte d'ouverture donnant sur ce qu'allait être Vatican II. Au demeurant, le fait que Sacrosanctum Concilium ait été le premier document de cette assemblée œcuménique confirme non seulement l'importance primordiale de la liturgie pour la vie de l'Église, mais aussi que les pères conciliaires avaient déjà à l'évidence préparé les instruments qui allaient leur permettre de donner rapidement une définition de ce que devrait être la restauration de la liturgie. Il faut se souvenir que la plupart des experts qui avaient déjà travaillé au mouvement préconciliaire de restauration liturgique, ont été conviés à préparer Sacrosanctum Concilium. En somme, avec Vatican II, on a voulu faire passer dans la pratique ce qui avait déjà été réfléchi sur le plan théologique: Sacrosanctum Concilium - en plus de son souci pastoral de rendre la liturgie plus efficace et plus participative - exprime parfaitement le concept de la participation à la liturgie céleste. Cet aspect de la liturgie développé dans Mediator Dei conflue de façon toute naturelle avec Sacrosanctum Concilium. D'ailleurs, on trouve plus ou moins dans ces deux documents un schéma de composition identique. Il m'apparait donc très clairement que Sacrosanctum Concilium est dans le sillage de Mediator Dei, tout comme Mediator Dei est en continuité avec l'enseignement des pontifes, en particulier de Pie X.

O.R. - Pour ne pas avoir à tenir compte de cette continuité, on a souvent critiqué l'Eglise d'avant le Concile ainsi que Pie XII plus particulièrement.

Mgr R. - C'est exact. Du reste, le Cardinal Ratzinger a parlé de la distinction qu'il fallait faire entre une interprétation fidèle du Concile, et une interprétation plus aventureuse et irréelle, souvent présentée par des groupes de théologiens qui parlaient de "l'esprit du Concile" alors qu'en réalité il s'agissait plutôt d'un "anti-esprit", ou encore du Konzils-Ungeist. Cette distinction permet de comprendre ce qui est arrivé à la liturgie: diverses innovations introduites dans les célébrations permettent de voir une différence substantielle entre le texte de Sacrosanctum Concilium et ce qui a été fait au nom de la réforme liturgique. S'il est exact que les documents conciliaires laissent une place à une certaine interprétation et à la recherche, cela ne veut en aucun cas signifier qu'ils sont une invitation à transformer la liturgie en quelque chose qu'il faut sans cesse construire à partir d'éléments nouveaux. Au contraire, tout doit toujours s'inscrire pleinement dans la tradition de l'Église.

O.R. - Comme vous l'avez souligné, depuis Mediator Dei jusqu'aux textes conciliaires, la place centrale du Christ dans la liturgie a toujours été clairement et vigoureusement affirmée. L'Église qualifiée de "post-conciliaire" incarne-t-elle vraiment cette réalité?

Mgr R. - Avec cette question nous touchons à un point douloureux. En réalité, il s'agit d'un problème pratique: la valeur des normes et des indications contenues dans les livres liturgiques n'a pas encore été pleinement comprise par tous dans l'Église. Je donne un exemple. Ce qui doit se faire à l'autel est clairement expliqué dans les textes liturgiques; mais tout le monde ne prend pas ces indications au sérieux; dans les faits, il y a donc une certaine tendance à penser que la "créativité" est la règle qu'il faut suivre depuis la réforme post-conciliaire. Or ceci n'est pas permis par les normes. Voilà pourquoi en certains endroits la liturgie est davantage le reflet de l'humanisme et de l'immanentisme que le reflet du christocentrisme. La vérité est tout autre: un authentique anthropocentrisme doit être christocentrique. Ce qui se déroule sur l'autel est quelque chose qui ne vient pas de nous: c'est le Christ qui agit, et cette figure centrale du Christ soustrait la liturgie de notre façon arbitraire de faire. Nous sommes absorbés et nous nous laissons absorber par cet acte, au point qu'à la fin de la prière eucharistique, nous pouvons conclure par la doxologie: "par Lui, avec Lui, et en Lui". La créativité, comme cela vient d'être dit, n'est pas permise par les livres liturgiques. Elle sa source dans une interprétation erronée des textes, ou plutôt dans une connaissance insuffisante de ce qu'est la liturgie. Il faut rappeler qu'une des caractéristiques de la liturgie est d'être "conservatrice" - mais il ne faut pas donner une connotation négative à ce terme, comme le font certains aujourd'hui -. Des textes de l'Ancien Testament émerge la notion de fidélité aux rites; et Jésus lui-même se montre fidèle aux rites reçus de ses pères dans la foi. Par la suite, l'Eglise va poursuivre dans cette voie de la fidélité. Saint Paul lui-même affirme: "Je vais ai transmis ce que j'ai moi-même reçu." (1 Co 11, 23). Il ne dit pas: "Je vous transmet ce que j'ai inventé." Cela a une signification importante: nous sommes appelés à demeurer fidèles à quelque chose qui ne vient pas de nous, qui ne nous appartient pas, mais qui nous est donné; nous devons nous montrer fidèles au sérieux avec lequel nous avons à célébrer les sacrements. Pourquoi donc devrions-nous remplir des pages et des pages d'instructions, si chacun pouvait faire ce qu'il veut en liturgie?

O.R. - Depuis la publication du Motu proprio Summorum Pontificum on assiste à une confrontation entre les "traditionalistes" et les "novateurs". Faut-il voir là une opposition?

Mgr R. - Absolument pas. Ce n'est pas et ce ne sera pas une césure entre ce qu'il y avait avant et ce qu'il y a depuis. Au contraire, c'est une continuité. Au lieu de laisser chacun parler, retournons au texte. En ce qui concerne la messe tridentine, il y a eu une demande croissante au cours des années, peu à peu plus argumentée. Parallèlement, la fidélité aux normes de la célébration des sacrements a continué à s'évaporer. Plus cette fidélité a diminué et avec elle le sens de la beauté et du saisissement devant la liturgie, plus ont augmenté les demandes de messe tridentines. Mais en fait, qui a vraiment demandé ces messes tridentines? Pas uniquement quelques groupes de fidèles, mais aussi ceux qui ont déploré le peu de respect qu'on avait des normes liturgiques lorsqu'on célébrait selon le nouvel Ordo. Pendant des années, la liturgie a été victime d'abus que les évêque ont ignorés. Le pape Jean-Paul II avait fait un accord avec le Motu proprio Ecclesia Dei adflicta qui était déjà un appel - que certains n'ont pas entendu - à plus de sérieux dans la célébration de la liturgie. La même chose est advenue avec l'Instruction Redemptionis Sacramentum. En plus de cela, certains cercles de liturgistes ou certains organismes de liturgie ont critiqué ces documents. Le problème vient moins de la messe tridentine que des abus illimités introduits dans la liturgie pour lui faire perdre sa noblesse et sa dignité de célébration de l'Eucharistie. Devant ces faits, le Saint-Père ne pouvait pas garder le silence. Comme il l'a dit dans la Lettre qu'il a adressée aux évêques, il a accompli son devoir pastoral. Ce document est donc - en dehors du problème posé par la recherche de la communion avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X - un signe, une demande très forte à faire preuve de zèle que le Pasteur universel nous adresse.

O.R. - Faut-il aussi s'interroger au sujet de ceux qui sont chargé de la formation des prêtres?

Mgr R. - Je dirais oui. Du reste, à la source de l'arbitraire et du peu de sérieux qui s'est introduit dans la liturgie, se trouve l'enseignement donné dans certains séminaires. On ne peut pas aborder la liturgie avec un enseignement superficiel et trop peu scientifique. Et cette remarque vaut aussi bien pour ceux qui sont des partisans de la "créativité" que pour ceux qui pensent trop facilement qu'il faut stabiliser la liturgie telle qu'elle était à l'origine de l'Église. Il est nécessaire de faire de l'exégèse si l'on ne veut pas tomber dans des interprétations naïves. Dans certains milieux existe une tendance à sous-estimer l'action de l'Église durant le second millénaire. Parler d'un appauvrissement du rite est une conclusion trop banale et simpliste: au contraire, nous croyons que la tradition de l'Église s'est manifestée dans un développement continuel. Et l'on ne peut pas affirmer qu'une époque ait été meilleure qu'une autre: l'action de l'Esprit Saint s'accomplit dans un développement continuel malgré les vicissitudes de l'histoire. Nous devons donc être fidèles à la continuité de la tradition. La liturgie est le centre de la vie de l'Église: elle est lex orandi, lex credendi, et aussi lex vivendi. Si nous souhaitons ce renouvèlement de l'Église désiré aussi par le Concile, il est nécessaire de ne pas enfermer la liturgie dans des questions d'ordre académique, mais d'en faire une priorité pour la vie des Eglises locales. Voilà pourquoi il est important d'assurer une formation liturgique qui soit à la fois conforme à l'esprit de l'Église et en même temps adaptée aux mentalités locales. En fin de compte, la vie sacerdotale est étroitement liée à la célébration et à la façon de célébrer du prêtre. Par la célébration correcte de l'Eucharistie, le prêtre montre le lien qui l'unit à la vie du Christ. C'est de cette façon que la liturgie devient quelque chose d'essentiel pour la formation des prêtres. Et ceci est de la responsabilité des évêques: ce sont eux qui peuvent faire beaucoup pour le renouvèlement de l'Église.

O.R. - Une question qui n'est pas secondaire dans le débat sur la liturgie est celle de l'art sacré, à commencer par l'important chapitre sur la musique sacré. Lorsqu'Osservatore Romano entre autres, a abordé ce thème, il y a quelques temps, en reprenant les considérations de Mgr Valentin Miserachs Grau.

Mgr R. - La Congrégation pour le Culte divin est encore en train d'étudier le document concernant le nouvel antiphonaire, et nous avons consulté aussi l'Institut pontifical pour la Musique sacrée, en espérant arriver rapidement à une conclusion. Chanter, c'est prier deux fois, et cette adage vaut tout spécialement pour le chant grégorien, qui est un trésor inestimable. Dans Sacramentum Caritatis, le pape a clairement parlé de la nécessité d'enseigner le chant grégorien et le latin aux séminaristes: nous devons conserver et valoriser cet immense patrimoine de l'Église catholique, et aussi l'utiliser pour chanter les louanges du Seigneur. Il est nécessaire de travailler encore sur cet aspect de la question. Il y a aussi des chants qui ne se réfèrent pas à la tradition grégorienne: il est important de vérifier s'ils contribuent à l'édification de la foi, s'ils nourrissent spirituellement ceux qui participent à la liturgie, et s'ils disposent réellement les cœurs des fidèles à accueillir la Parole du Seigneur. Le contenu de ces chants doit être examiné par les évêques afin d'éviter l'introduction des thèmes que l'on trouve, par exemple, dans le New Age. A ceci se rapporte aussi la question de l'emploi de certains instruments de musique, lesquels doivent se montrer discrets: il faut que tout puisse contribuer à l'édification de la foi.

O.R. - Au sujet de l'architecture sacrée, le dialogue avec les spécialistes semble plus délicat; inversement, il semble plus facile avec les artistes figuratifs. Si certains grands artistes se sont impliqués dans l'interprétation des thèmes religieux, ils restent cependant peu nombreux à s'être plus précisément intéressés aux lieux de culte. Est-il nécessaire de donner, dans ce domaine, un nouvel élan au dialogue souhaité par Paul VI?

Mgr R. - En consacrant un chapitre entier à l'art sacré, le Concile a montré l'importance du lien entre la foi et l'art. Le dialogue est fondamental. Chaque artiste possède un style dont il est fier. Il est nécessaire de savoir pénétrer le cœur de l'artiste avec la dimension de la foi. C'est difficile, mais l'Eglise doit trouver le moyen d'un dialogue plus profond. Le 1er décembre, ce thème sera abordé au cours d'une journée d'étude organisée par la Congrégation pour le Culte divin. Il faut espérer qu'elle sera l'occasion d'un nouvel élan pour ce dialogue et pour la promotion de l'art sacré.

MOTU PROPRIO DE BENOÎT XVI: MGR RANJITH S'EXPRIME

par Boris » lun. 26 nov. 2007, 11:33

L'Agence "Fides" a posé des questions au sujet du Motu proprio Summorum pontificum à S. Exc. Mgr Albert Malcolm Ranjith, Secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin et la discipline des Sacrements.

Fides - Excellence, quel est votre avis sur la signification profonde du Motu Proprio Summorum Pontificum?
Mgr Ranjith - Je vois dans cette décision non seulement la sollicitude du Saint-Père d'ouvrir la voie du retour dans la pleine communion de l'Eglise aux fidèles de Mgr Lefebvre, mais aussi un signe pour l'Eglise tout entière sur certains aspects théologiques et disciplinaires à sauvegarder pour un renouveau profond, si désiré par le Concile.
Il me semble que le Pape désire fortement corriger ces tentations visibles dans certains milieux qui considèrent le Concile comme un moment de rupture avec le passé et d'un commencement nouveau. Il suffit de se rappeler son discours à la Curie Romaine le 22 décembre 2005. D'ailleurs, le Concile n'a pas non plus pensé, en soi, dans ces termes. Dans ses choix doctrinaux et dans ses choix liturgiques, mais aussi dans les choix juridiques et pastoraux, le Concile a été un autre moment d'approfondissement et de mise à jour du riche héritage théologique et spirituel de l'Eglise dans son histoire bimillénaire. Avec le Motu Proprio, le Pape veut affirmer clairement que toute tentation de mépriser ces traditions vénérables est hors de question. Le message est clair: progrès, oui, mais pas au détriment de l'histoire ou sans elle. La réforme liturgique elle aussi doit être fidèle à tout ce qui s'est passé depuis le début jusqu'à nos jours, sans rien exclure.
D'autre part, nous ne devons jamais oublier que, pour l'Eglise catholique, la Révélation divine n'est pas quelque chose qui provient seulement de l'Ecriture Sainte, mais aussi de la Tradition vivante de l'Eglise. Cette foi nous distingue nettement d'autres manifestations de la foi chrétienne. La vérité, pour nous, est ce qui ressort, pour ainsi dire, de ces deux pôles, c'est-à-dire, Ecriture Sainte et Tradition. Cette position, pour moi, est beaucoup plus riche que d'autres visions, parce qu'elle respecte la liberté du Seigneur pour nous guider vers une compréhension plus adéquate de la Vérité révélée, même pour ce qui se passera dans l'avenir. Naturellement, le processus de discernement de ce qui ressort sera fait par le Magistère de l'Eglise. Mais ce que nous devons retenir est l'importance attribuée à la Tradition. La Constitution Dogmatique Dei Verbum a affirmé cette vérité de manière claire.
L'Eglise, en outre, est une réalité qui dépasse les niveaux d'une pure invention humaine. Elle est le Corps mystique du Christ, la Jérusalem céleste et la Race élue de Dieu. C'est pourquoi elle dépasse les frontières terrestres et toute limite de temps, et est une réalité qui transcende de beaucoup sa manifestation terrestre et hiérarchique. C'est pourquoi, ce qui est reçu en elle, devra être transmis fidèlement. Nous ne sommes ni des inventeurs de la vérité, ni ses patrons, mais seulement ceux qui la reçoivent et ont la charge de la protéger et de la transmettre aux autres. Comme le déclarait Saint Paul en parlant de l'Eucharistie: "J'ai reçu en effet du Seigneur ce que, à mon tour, je vous ai transmis". Le respect de la Tradition n'est pas un choix libre de notre part dans la recherche de la vérité, mais sa base qui doit être acceptée. Dans l'Eglise, la fidélité à la Tradition est donc une attitude essentielle de l'Eglise elle-même. Le Motu Proprio, à mon avis, doit être compris dans ce sens. Il est un élément possible en vue d'une correction nécessaire d'orientation. En effet, dans certains choix de la réforme liturgique réalisée après le Concile, on a adopté des orientations qui ont estompé certains aspects de la liturgie, qui se reflétait mieux dans la pratique précédente, parce que, pour certains, le renouveau liturgique a été compris comme quelque chose à réaliser "ex novo". Mais, nous savons bien que ce ne fut pas l'intention du document Sacrosanctum Concilium, qui déclarait: "les formes nouvelles, d'une certaine manière, naissent de manière organique de celles qui existent déjà" (S.C. 23).

Fides - Une caractéristique du Pontificat du Pape Benoît XVI semble être l'insistance sur une herméneutique correcte du Concile Vatican II. D'après vous, le Motu Proprio Summorum Pontificum va-t-il dans cette direction, et si oui, dans quel sens?
Mgr Ranjith - Quant il était Cardinal, le Pape, dans ses écrits, avait rejeté un certain esprit d'exubérance visible dans certains cercles théologiques poussés par un soi-disant "esprit du Concile", qui fut pour lui en réalité un "anti-esprit" ou un "Konzils-Ungeist". Je cite textuellement cet écrit où le Pape déclare: "Il faut résolument s'opposer ce schématisme d'un avant et d'un après, dans l'histoire de l'Eglise, tout à fait injustifié pour les documents mêmes de Vatican II qui ne font que réaffirmer la continuité du Catholicisme". Or, cette erreur d'interprétation du Concile et du chemin historique et théologique de l'Eglise, a influé sur tous les secteurs ecclésiaux, y compris la liturgie. Une certaine attitude, de rejet facile des développements ecclésiologiques et théologiques, mais aussi des développements liturgiques du dernier millénaire d'une part, et une "idolisation" de ce qu'aurait la "mens" de la soi-disant Eglise des premiers chrétiens de l'autre, a eu une influence de grande importance sur la réforme liturgique et théologique de l'ère postconciliaire.
Le rejet catégorique de la Messe préconciliaire, comme reste d'une époque désormais "dépassée", a été le résultat de cette mentalité. Beaucoup ont vu les choses de cette manière, mais pas tous, grâce à Dieu. La Constitution Sacrosanctum Concilium, la Constitution Conciliaire sur la Liturgie, n'apporte aucune justification à une telle attitude. Dans ses principes généraux et dans les normes proposées, le Document est sobre et fidèle à ce que signifie la vie liturgique de l'Eglise. Il suffit de lire le numéro 23 de ce Document, pour être convaincu de cet esprit de sobriété.
Plusieurs de ces réformes ont abandonné des éléments importants de la Liturgie, avec les considérations théologiques qui s'y rapportent: à présent, il est nécessaire et important de récupérer ces éléments. Le Pape considère le rite de Saint Pie V revu par le Bienheureux Jean XXIII comme une voie de récupération de ces éléments estompés par la réforme, et aura certainement réfléchi beaucoup sur son choix; nous savons qu'il a consulté différents secteurs de l'Eglise sur cette question et, malgré des positions contraires, il a décidé de permettre la libre célébration de ce rite. Cette décision n'est pas, comme le disent certains, un retour au passé, mais le besoin de rééquilibrer de manière intègre les aspects éternels, transcendants et célestes avec les aspects terrestres et communautaires de la liturgie. Elle aidera à établir éventuellement un équilibre aussi entre le sens du sacré et le sens du mystère d'un côté, et le sens des gestes extérieurs et des attitudes et engagements sociaux et culturels découlant de la liturgie
Quand il était encore Cardinal, le Cardinal Ratzinger insistait beaucoup sur la nécessité de lire le Concile Vatican II à partir de son premier Document, Sacrosanctum Concilium. Pourquoi, d'après vous, les Pères Conciliaires ont-ils voulu se consacrer tout d'abord à la Liturgie? Avant tout, derrière ce choix, il y avait certainement la conscience de l'importance vitale de la Liturgie pour l'Eglise. La Liturgie, si l'on peut dire, est l'oeil du cyclone, parce que ce que l'on célèbre, c'est ce en quoi l'on croit et ce qui se vit: le célèbre axiome "Lex orandi, Lex credendi". C'est pourquoi toute vraie réforme de l'Eglise passe par la Liturgie. Les Pères étaient conscients de cette importance. D'ailleurs, la réforme liturgique était un processus déjà en cours, bien même avant le Concile, à partir du Motu Proprio Tra le Sollecitudini de Saint Pie X et Mediator Dei de Pie XII.
C'est Saint Pie X qui attribua à la Liturgie l'expression "première source" de l'esprit chrétien authentique. Peut-être que l'existence même des structures et de l'expérience de ceux qui s'engageaient dans l'étude et dans l'introduction de certaines réformes liturgiques, invitaient les Pères Conciliaires à choisir la Liturgie comme matière à étudier en premier dans les séances du Concile. Le Pape Paul VI reflétait la "mens" des Pères Conciliaires sur la question, quand il déclarait: "Nous reconnaissons votre respect de l'échelle des valeurs et des devoirs: Dieu à la Première Place; la prière avant notre obligation; la liturgie, première source de la vie divine qui nous est communiquées, première école de notre vie spirituelle, premier don que nous pouvons faire au peuple chrétien..." (Paul VI, Discours de clôture de la 2° Session du Concile, 4 décembre 1963).

Fides - Beaucoup ont lu la publication du Motu Proprio Summorum Pontificum comme une volonté du Pontife de rapprocher l'Eglise des schismatiques lefévristes. En est-il ainsi pour vous? Le Motu Proprio va-t-il aussi dans ce sens?
Mgr Ranjith - Oui, mais pas seulement. Le Saint-Père, en expliquant les raisons de sa décision, dans le Motu Proprio et dans la Lettre de présentation écrite aux Evêques, énumère aussi d'autres raisons intéressantes. Naturellement, il aura tenu compte de la demande toujours plus croissante faite par différents groupes, et surtout par la Société de Saint Pie X et par la Fraternité Sacerdotale de Saint Pierre, mais aussi par des Associations de Laïcs, en faveur de la libéralisation de la Messe de Saint Pie V. Assurer l'intégration totale des Lefévristes était importante aussi par le fait que, souvent, dans le passé, on a commis des erreurs de jugement en entraînant des divisions inutiles dans l'Eglise, divisions qui sont devenues à présent presque insurmontables. Le Pape parle de ce danger possible dans la Lettre de présentation du Document écrite aux Evêques.

Fides - Quels sont à votre avis les problèmes les plus urgents pour une juste célébration de la Sainte Liturgie? Quels sont les exigences sur lesquels in faut le plus insister?
Mgr Ranjith - Je crois que dans la demande croissante en faveur de la libéralisation de la Messe de Saint Pie V, le Pape a vu des signes d'un certain vide spirituel causé par la manière avec laquelle les cérémonies liturgiques sont célébrées maintenant dans l'Eglise. Cette difficulté provient autant de certaines orientations de la réforme liturgique postconciliaire, qui tendaient à réduire, ou, pour le dire mieux encore, à confondre des aspects essentiels de la foi, que d'attitudes aventureuses et peu fidèles à la discipline liturgique de cette même réforme; ce que l'on peut constater partout.
Je crois que l'un des causes de l'abandon de certains éléments importants du rite tridentin, dans la réalisation de la réforme postconciliaire de la part de certains secteurs liturgiques, est le résultat d'un abandon ou d'une sous-évaluation de ce qui serait arrivé dans le deuxième millénaire de l'histoire de la Liturgie. Certains théologiens voyaient les développements de cette période de manière plutôt négative. Ce jugement est erroné, parce que lorsque l'on parle de la Tradition vivante de l'Eglise, on ne peut choisir de ci de là ce qui concorde avec nos idées préconçues. La Tradition, considérée en un sens général, y compris dans les domaines de la science, de la philosophie ou de la théologie, est toujours quelque chose de vivant qui continue à évoluer et à progresser y compris dans les hauts et les bas de l'histoire. Pour l'Eglise, la Tradition vivante est unes sources de la Révélation Divine, et est le fruit d'un processus d'évolution continue. Cela est vrai aussi dans la tradition liturgique, avec le "t" minuscule. Les développements de la liturgie dans le deuxième millénaire ont leur valeur. La Constitution Sacrosanctum Concilium ne parle pas d'un nouveau rite, ou d'un moment de rupture, mais d'une réforme qui émerge organiquement de ce qui existe déjà. C'est pour cela que le Pape déclare: "Dans l'histoire de la liturgie, il y a croissance et progrès, mais aucune rupture. Ce qui était sacré pour les générations antérieures, reste sacré et grand pour nous aussi, et ne peut être interdit tout à coup ou, même être considéré comme dangereux". Idolâtrer ce qui s'est passé durant le premier millénaire, aux dépens de millénaire suivant est donc une attitude peu scientifique. Les Pères conciliaires n'ont pas manifesté une telle attitude.
Un deuxième problème serait celui d'une crise d'obéissance envers le Saint-Père que l'on note dans certains milieux. Si cette attitude d'autonomie est visible chez certains ecclésiastiques, et même dans les rangs les plus élevés de l'Eglise, cela ne profite certes pas à la noble mission que le Christ a confiée à son Vicaire.
On entend dire que, dans certaines Nations ou dans certains diocèses, des évêques ont promulgué des règles qui annulent pratiquement ou déforment l'intention du Pape. Cette attitude n'est pas conforme à la dignité et à la noblesse de la vocation d'un Pasteur de l'Eglise. Je ne dis pas que tous sont ainsi. La majorité des Evêques et des ecclésiastiques a accepté, avec le sens normal de révérence et d'obéissance, la volonté du Pape. Cela est véritablement louable. Malheureusement, il y a eu des voix de protestation de la part de certains.
Dans le même temps, on ne peut ignorer que cette décision soit nécessaire, parce que, comme le dit le Pape, la Sainte Messe "en certains endroits n'était pas célébrée de manière fidèle aux prescriptions du nouveau Missel, mais il était même compris comme une autorisation voire même comme une obligation de créativité qui conduit souvent à des déformations de la liturgie, à la limite du supportable". "Je parle par expérience", continue le Pape, "parce que j'ai vécu moi aussi cette période avec toutes ses attentes et ses confusions, et j'ai vu combien ont été profondément blessées par les déformations arbitraires de la liturgie, des personnes qui étaient totalement enracinées dans la foi de l'Eglise" (Lettre aux Evêques). Le résultat de ces abus fut un esprit croissant de nostalgie pour la Messe de Saint Pie V. En outre, un sens de désintérêt général à lire et à respecter les documents exposant les règles émanées du Saint-Siège, ainsi que les Instructions même et les présentations des livres liturgiques, aggrava encore la situation. La liturgie ne semble pas encore figurer suffisamment dans la liste des priorités pour les cours de formation permanente des ecclésiastiques.
Distinguons bien. La réforme postconciliaire n'est pas entièrement négative; au contraire, il y a même de nombreux aspects positifs dans ce qui fut réalisé. Mais il y a aussi des changements introduits abusivement, qui continuent et se poursuivent, malgré leurs effets nocifs sur la foi et sur la vie liturgique de l'Eglise. Je parle ici par exemple, d'un changement effectué dans la réforme, qui ne fut proposé ni par les Pères ni par la Constitution Sacrosanctum Concilium, je veux parler de la Communion dans la main. Cela a contribué d'une certaine manière à une baisse sensible de la foi en la Présence Réelle du Christ dans l'Eucharistie. Cette pratique, et l'abolition des balustrades dans le Sanctuaire, des agenouilloirs dans les églises, et l'introduction de pratiques qui obligent les fidèles à rester assis ou debout pendant l'Elévation du Très Saint Sacrement, diminuent la signification authentique de l'Eucharistie, et le sens de la profonde adoration que l'Eglise doit adresser au Seigneur, le Fils Unique de Dieu. En outre, l'église est utilisée en certains endroits comme une salle pour des rencontres fraternelles, des concerts ou des célébrations interreligieuses. Dans certaines églises, le Saint Sacrement est presque caché et abandonné dans une petite chapelle invisible et peu décorée. Tout cela éclipse la foi aussi centrale de l'Eglise, dans la Présence Réelle du Christ. Pour nous, Catholiques, l'église est essentiellement la demeure de l'Eternel.
Une autre erreur sérieuse consiste à confondre les rôles spécifiques du prêtre et des laïcs à l'autel, en faisant du Sanctuaire un lieu qui entraîne à la perturbation, où il y a trop de mouvement, et non pas certes "l'endroit" où le chrétien parvient à saisir le sens d'émerveillement et de splendeur devant la présence et l'action salvifique du Seigneur. L'usage de danses, d'instruments musicaux et de chants qui n'ont rien ou presque de liturgique, ne conviennent nullement au milieu sacré de l'église et de la liturgie; j'ajoute aussi certaines homélies à caractère politique et social, souvent peu préparées. Tout cela dénature la célébration de la Sainte Messe, et en fait une chorégraphie et une manifestation théâtrale, mais pas une manifestation de foi.
Il y a aussi d'autres aspects qui sont peu cohérents avec la beauté et l'émerveillement de ce qui se célèbre sur l'autel. Tout n'est pas mal dans "Novus Ordo", mais beaucoup de choses doivent encore être mises en ordre en évitant d'autres dommages pour la vie de l'Eglise. Je crois que notre attitude envers le Pape, envers ses décisions et l'expression de sa sollicitude pour le bien de l'Eglise, doit être seulement celle que Saint Paul recommande aux Corinthiens: "Que tout se passe de manière à édifier" (1 Corinthiens, 14, 26).

Source: "Eucharistie sacrement de la Miséricorde".

Haut