par Panétius » mar. 30 nov. 2021, 1:18
Merci beaucoup, Anachorète, pour votre dernier message très précis. Je vous réponds un peu tardivement, j'ai mes bons et mauvais jours...
Anachorète moderne a écrit : ↑sam. 27 nov. 2021, 22:58
Si je comprends bien le sens de votre question, vous demandez si il faut être doué de talents spirituels pour offrir aux autres ? C'est cela ? Si on en a pas, on ne peut rien donner ?
Je parlais, en fait, de n'importe quelle chose qu'on peut posséder : ce peut-être les talents spirituels, comme des biens matériels (faire une aumône suppose qu'on ait de l'argent sur soi), ou de compétences relationnelles (comme l'empathie), etc.
D'un point de vue purement logique et causal, on ne peut pas donner ce qu'on n'a pas. La question rebondit ensuite : concernant les biens physiques, on peut potentiellement tous les acquérir ; mais qu'en est-il des "biens de l'âme" ? Il est, en effet, dans notre nature d'humain que certains biens ne peuvent s'acquérir sans qu'il y ait transmission et apprentissage : par exemple, on ne peut apprendre à écrire tout seul, ni à parler (voir les cas "d'enfants sauvages" qui passionnaient les penseurs du XVIIIème siècle). Je me demandais alors, dans ce cadre de pensée, si l'amour faisait partie de ces biens qui demandent une médiation éducative : si l'on n'a jamais été aimé, peut-on, par soi-même, être capable d'aimer ? Peut-on, quasiment en autodidacte, apprendre l'amour et aimer les gens ?
Je me pose cette question sérieusement car, de fait, je me sens "vide d'amour". J'ai certes, dans mon jeune âge, été amoureux de jeunes filles, j'ai aimé des activités (comme la musique), des disciplines (comme les sciences), etc. Mais tout cela n'est pas l'amour. Je n'en saurais donner aucune définition et, quand j'essaye, je ne vois que du vide.
Je pourrais cependant tenter de concevoir cette notion par contraste car je connais la haine : c'est la volonté de détruire l'autre. Je l'ai vécue de la part de mon père et il me l'a transmise. Ayant médité sur cette passion triste, je sais que ce qui nourrit la haine c'est principalement le manque de confiance en l'autre (qui n'est qu'une expression du manque de confiance en soi), voire la peur qu'il inspire : cet autre, d'une manière ou d'une autre nous le percevons comme nous mettant en danger (c'est "lui ou nous") et c'est ainsi que peut naître la haine.
Je pense que Dieu pourvoit en nous des talents... Pas également mais il donne toujours quelque chose. Le tout, c'est de le(s) faire fructifier. Finalement, c'est la charité qui fait la différence plus que certaines " aptitudes ".
Oui, vous avez écrit le mot qui d'une certaine manière me hante : la charité est ce que je cherche à éprouver. Et, pour cela, il faut avoir tout d'abord foi en soi-même car une image de soi harmonieuse et fidèle à la réalité permet justement de distinguer les gens qui ne nous veulent pas de mal et les autres (tandis que lorsqu'on a une mauvaise image de soi, on projette, et on pense que tout le monde cherche à nous détruire --, c'est ainsi qu'était mon père).
Pour ce qui est de " renoncer à soi "... Le christ n'est pas d'accord avec vous, on dirait : " Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses soeurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. " (Luc 14, 26)
Je vous avoue que j'ai beaucoup de mal à comprendre le Nouveau Testament. Bien plus que l'Ancien. Je poserai sans doute des questions dans les rubriques du forum consacrées à cela.
On peut également interpréter ce renoncement de la façon suivante : renonce à tous tes désirs fous de toute puissance : aimer son frère, son père, etc. de manière irraisonnée en les voulant éternels, en n'acceptant pas qu'ils soient voués à mourir, s'aimer soi-même jusqu'à refuser sa propre condition de mortel. Ce qui semble condamné dans ce verset, c'est, à travers le refus de la finitude humaine, l'amour des autres mais
pour soi : j'aime ma femme, mes frères, etc. parce que j'ai du plaisir à être avec elle/eux, je les aime davantage
pour moi que
pour eux --, et si je les aime
pour eux, alors j'accepterais mieux qu'il soient voués à la mort (je ne serais pas dépendant d'eux pour vivre).
Je viens de noter que vous êtes " agnostique ", personnellement je suis un chrétien convaincu, mais la foi aussi est une vertu théologale. Je pense que je peux participer pour vous aider à l'avoir, mais certainement pas avoir la touche décisive, celle là vient de Dieu lui-même.
Il est vrai que je n'ai pas la foi. Mais, bien que ma spiritualité chemine dans l'immanence, je considère les textes religieux comme des trésors de sagesse et de savoir sur ce qui est, au fond, la question essentielle pour tout humain : concrètement, comment s'y prend-on pour vivre ?
Voilà, voilà.
Merci encore pour votre précieuse réponse. (et merci également aux deux autres participants qui m'ont répondu)
Merci beaucoup, Anachorète, pour votre dernier message très précis. Je vous réponds un peu tardivement, j'ai mes bons et mauvais jours...
[quote="Anachorète moderne" post_id=443192 time=1638046688]
Si je comprends bien le sens de votre question, vous demandez si il faut être doué de talents spirituels pour offrir aux autres ? C'est cela ? Si on en a pas, on ne peut rien donner ?
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Je parlais, en fait, de n'importe quelle chose qu'on peut posséder : ce peut-être les talents spirituels, comme des biens matériels (faire une aumône suppose qu'on ait de l'argent sur soi), ou de compétences relationnelles (comme l'empathie), etc.
D'un point de vue purement logique et causal, on ne peut pas donner ce qu'on n'a pas. La question rebondit ensuite : concernant les biens physiques, on peut potentiellement tous les acquérir ; mais qu'en est-il des "biens de l'âme" ? Il est, en effet, dans notre nature d'humain que certains biens ne peuvent s'acquérir sans qu'il y ait transmission et apprentissage : par exemple, on ne peut apprendre à écrire tout seul, ni à parler (voir les cas "d'enfants sauvages" qui passionnaient les penseurs du XVIIIème siècle). Je me demandais alors, dans ce cadre de pensée, si l'amour faisait partie de ces biens qui demandent une médiation éducative : si l'on n'a jamais été aimé, peut-on, par soi-même, être capable d'aimer ? Peut-on, quasiment en autodidacte, apprendre l'amour et aimer les gens ?
Je me pose cette question sérieusement car, de fait, je me sens "vide d'amour". J'ai certes, dans mon jeune âge, été amoureux de jeunes filles, j'ai aimé des activités (comme la musique), des disciplines (comme les sciences), etc. Mais tout cela n'est pas l'amour. Je n'en saurais donner aucune définition et, quand j'essaye, je ne vois que du vide.
Je pourrais cependant tenter de concevoir cette notion par contraste car je connais la haine : c'est la volonté de détruire l'autre. Je l'ai vécue de la part de mon père et il me l'a transmise. Ayant médité sur cette passion triste, je sais que ce qui nourrit la haine c'est principalement le manque de confiance en l'autre (qui n'est qu'une expression du manque de confiance en soi), voire la peur qu'il inspire : cet autre, d'une manière ou d'une autre nous le percevons comme nous mettant en danger (c'est "lui ou nous") et c'est ainsi que peut naître la haine.
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Je pense que Dieu pourvoit en nous des talents... Pas également mais il donne toujours quelque chose. Le tout, c'est de le(s) faire fructifier. Finalement, c'est la charité qui fait la différence plus que certaines " aptitudes ". [/quote]
Oui, vous avez écrit le mot qui d'une certaine manière me hante : la charité est ce que je cherche à éprouver. Et, pour cela, il faut avoir tout d'abord foi en soi-même car une image de soi harmonieuse et fidèle à la réalité permet justement de distinguer les gens qui ne nous veulent pas de mal et les autres (tandis que lorsqu'on a une mauvaise image de soi, on projette, et on pense que tout le monde cherche à nous détruire --, c'est ainsi qu'était mon père).
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Pour ce qui est de " renoncer à soi "... Le christ n'est pas d'accord avec vous, on dirait : " Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses soeurs, [b]et même sa propre vie[/b], il ne peut être mon disciple. " (Luc 14, 26)
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Je vous avoue que j'ai beaucoup de mal à comprendre le Nouveau Testament. Bien plus que l'Ancien. Je poserai sans doute des questions dans les rubriques du forum consacrées à cela.
On peut également interpréter ce renoncement de la façon suivante : renonce à tous tes désirs fous de toute puissance : aimer son frère, son père, etc. de manière irraisonnée en les voulant éternels, en n'acceptant pas qu'ils soient voués à mourir, s'aimer soi-même jusqu'à refuser sa propre condition de mortel. Ce qui semble condamné dans ce verset, c'est, à travers le refus de la finitude humaine, l'amour des autres mais [i]pour soi[/i] : j'aime ma femme, mes frères, etc. parce que j'ai du plaisir à être avec elle/eux, je les aime davantage [i]pour moi[/i] que [i]pour eux[/i] --, et si je les aime [i]pour eux[/i], alors j'accepterais mieux qu'il soient voués à la mort (je ne serais pas dépendant d'eux pour vivre).
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Je viens de noter que vous êtes " agnostique ", personnellement je suis un chrétien convaincu, mais la foi aussi est une vertu théologale. Je pense que je peux participer pour vous aider à l'avoir, mais certainement pas avoir la touche décisive, celle là vient de Dieu lui-même.
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Il est vrai que je n'ai pas la foi. Mais, bien que ma spiritualité chemine dans l'immanence, je considère les textes religieux comme des trésors de sagesse et de savoir sur ce qui est, au fond, la question essentielle pour tout humain : concrètement, comment s'y prend-on pour vivre ?
Voilà, voilà.
Merci encore pour votre précieuse réponse. (et merci également aux deux autres participants qui m'ont répondu)