par Perplexe » lun. 01 mai 2023, 16:59
Didyme
Merci d'avoir réagi à mon contenu. Vous proposez "est-il question de perdre un chemin ou plutôt de se perdre soi-même ?"
Il se trouve que je peux présenter mon expérience intime en guise d'esquisse de réponse :
Du chemin que je dois prendre je ressens une attraction intérieure à le suivre. Il me donne la sensation claire que c'est sans effort et dès que je m'en écarte, je ressens que j'ai beaucoup plus d'efforts à fournir et que cela m'est désagréable.
Je comprends depuis m'être suffisamment purifié dans les épreuves que celui qui est dans la souffrance ne sait pas où il est, ni ce qu'il recherche. Les deux choses m'apparaissent consubstantielles. Alors cet état disons pathologique sera instable et cherchera son chemin mais comme il ne sait le reconnaître, même s'il l'a trouvé il ne le sait pas et se laisse entraîner ailleurs par son inconstance épuisante. Cet état de souffrance laisse dans l'insatisfaction permanente et la répétition aliénante.
Je ne peux donc aucunement séparer mon chemin de qui je suis car l'un sans l'autre rien n'existerait. C'est-à-dire savoir quel est mon chemin et qui je suis en puissance se révélera sur ce chemin.
Je ne perçois pas (je fais beaucoup reposer mon discours sur mon vécu sans pour autant l'avoir parfaitement compris) qu'"il y aurait une mesure en soi de référence", "notre moi authentique fondamental que le péché 'déforme' ".
Je me souviens avoir rédigé dans mon journal qu'il y a un caractère ascensionnel dans ces choses. Par exemple, la norme de ce qui est sain(t) ou malsain pour moi change dès que je gagne en vertu.
Il m'est difficile alors de répondre à ce qu'est notre moi authentique dans le sens où il s'agit d'un moi qui est une interface entre mes pulsions et le réel, selon la psychanalyse. Le moi est donc une sorte de prototype avec des versions qui se succèdent.
J'associe volontiers le moi à l'orgueil car il représente le gestionnaire de nos pulsions et qu'il peine à ne point demeurer dans l'égocentrisme. Le soi serait ce point de dépassement qui embrasse une vision d'ensemble et capable de se sacrifier pour le bien commun. C'est sans doute le moi qui est soi, et non le moi qui veut être avant tout les autres.
"Notre histoire, expériences et trauma... font-ils qui je suis ?" D'emblée je vous dirais qu'il n'y a à mon sens un puits d'égocentrisme dans cette interrogation traditionnelle pourtant ! Ne serait-ce pas la question de celui qui se cherche ? La réponse pour moi, comme vous le savez, est inséparable du chemin. Je préfère me poser la question qui n'est pas sans être réflexive : "Qui suis-Je ?" Et qui tourne, par la majuscule, mon interrogation vers Dieu.
Notre histoire de vie est à mes yeux un leurre en tant qu'évènements à comprendre pour mieux se connaître. Ce serait encore être auto-centré sans voir que ce qui nous définit serait plutôt ce que nous en faisons en termes de possibilités à en retirer des vertus à exercer notre faculté à voir Dieu. Ce matin d'ailleurs j'écrivais : une épreuve c'est faire l'expérience que Dieu est incontournable pour ne pas sombrer.
Le problème que je veux souligner à propos de ce leurre est que vouloir se connaître pour espérer moins souffrir me semble, selon mon vécu, être un détour par soi qui néglige l'appel vers Dieu. J'en reviens à Job. Et personnellement je vous dirais que le chemin de chacun ne se trouve pas en se tournant vers soi mais vers les autres. C'est difficile et même peut-être très dur à entendre pour ceux qui souffrent mais pourtant, pour avoir souffert, ce n'est absolument pas par la thérapie ou chercher à savoir qui je suis que j'ai trouvé mon chemin de quiétude (acceptation). C'est l'amour et la purification que cela implique qui m'a "soigné" de mon histoire sans m'en préoccuper. Les valeurs les plus fondamentales de l'Église suffisent pour s'acquitter de soi, de ce fardeau. Bien sûr je ne peux pas réduire les problèmes humains au seul fait de ne plus m'embarrasser d'une souffrance qui n'avait aucune raison d'être, sauf celle de me rendre moi-même intéressant à mes yeux, par une sorte de dramaturgie pendant que d'autres souffrent plus que moi.
Les expériences effectivement nous changent et pour ma part, je ne recherche pas le changement car je suis occupé à faire selon ce qui m'a été donné. Si mon œuvre me change c'est bien, sinon ce n'est pas mon but. Mon but résolument humain est de transmettre le vécu spirituel qui m'a été donné de vivre.
Sans le vouloir, je raconte que je ne me préoccupe pas de mon moi, de mon identité (qui est un construct) mais de ce qui me dépasse : des valeurs traversant des choses à réaliser et à transmettre.
Cela dit l'ambiguïté que vous soulignez dans l'Église entre auto-détermination et déterminisme, ne m'apparait pas comme un conflit interne mais plutôt comme un conflit résolu dans le sens où des épreuves m'ont forgé et ont tracé le sillon de ma voie à suivre. Ce que je perçois de déterminé c'est la direction à prendre, à suivre avec constance. Et ce qui est de l'auto-détermination est comment je marche sur mon chemin qui m'a été révélé par mes épreuves. L'engagement ne permet plus le changement et oblige à assumer sans démissionner. Cela peut susciter une tendance à rester dans l'indécision et donc dans l'ambiguïté que vous abordez.
Peut-être qu'il me faudra relire votre dernier message pour mieux me préparer à y apporter mon avis.
Didyme
Merci d'avoir réagi à mon contenu. Vous proposez "est-il question de perdre un chemin ou plutôt de se perdre soi-même ?"
Il se trouve que je peux présenter mon expérience intime en guise d'esquisse de réponse :
Du chemin que je dois prendre je ressens une attraction intérieure à le suivre. Il me donne la sensation claire que c'est sans effort et dès que je m'en écarte, je ressens que j'ai beaucoup plus d'efforts à fournir et que cela m'est désagréable.
Je comprends depuis m'être suffisamment purifié dans les épreuves que celui qui est dans la souffrance ne sait pas où il est, ni ce qu'il recherche. Les deux choses m'apparaissent consubstantielles. Alors cet état disons pathologique sera instable et cherchera son chemin mais comme il ne sait le reconnaître, même s'il l'a trouvé il ne le sait pas et se laisse entraîner ailleurs par son inconstance épuisante. Cet état de souffrance laisse dans l'insatisfaction permanente et la répétition aliénante.
Je ne peux donc aucunement séparer mon chemin de qui je suis car l'un sans l'autre rien n'existerait. C'est-à-dire savoir quel est mon chemin et qui je suis en puissance se révélera sur ce chemin.
Je ne perçois pas (je fais beaucoup reposer mon discours sur mon vécu sans pour autant l'avoir parfaitement compris) qu'"il y aurait une mesure en soi de référence", "notre moi authentique fondamental que le péché 'déforme' ".
Je me souviens avoir rédigé dans mon journal qu'il y a un caractère ascensionnel dans ces choses. Par exemple, la norme de ce qui est sain(t) ou malsain pour moi change dès que je gagne en vertu.
Il m'est difficile alors de répondre à ce qu'est notre moi authentique dans le sens où il s'agit d'un moi qui est une interface entre mes pulsions et le réel, selon la psychanalyse. Le moi est donc une sorte de prototype avec des versions qui se succèdent.
J'associe volontiers le moi à l'orgueil car il représente le gestionnaire de nos pulsions et qu'il peine à ne point demeurer dans l'égocentrisme. Le soi serait ce point de dépassement qui embrasse une vision d'ensemble et capable de se sacrifier pour le bien commun. C'est sans doute le moi qui est soi, et non le moi qui veut être avant tout les autres.
"Notre histoire, expériences et trauma... font-ils qui je suis ?" D'emblée je vous dirais qu'il n'y a à mon sens un puits d'égocentrisme dans cette interrogation traditionnelle pourtant ! Ne serait-ce pas la question de celui qui se cherche ? La réponse pour moi, comme vous le savez, est inséparable du chemin. Je préfère me poser la question qui n'est pas sans être réflexive : "Qui suis-Je ?" Et qui tourne, par la majuscule, mon interrogation vers Dieu.
Notre histoire de vie est à mes yeux un leurre en tant qu'évènements à comprendre pour mieux se connaître. Ce serait encore être auto-centré sans voir que ce qui nous définit serait plutôt ce que nous en faisons en termes de possibilités à en retirer des vertus à exercer notre faculté à voir Dieu. Ce matin d'ailleurs j'écrivais : une épreuve c'est faire l'expérience que Dieu est incontournable pour ne pas sombrer.
Le problème que je veux souligner à propos de ce leurre est que vouloir se connaître pour espérer moins souffrir me semble, selon mon vécu, être un détour par soi qui néglige l'appel vers Dieu. J'en reviens à Job. Et personnellement je vous dirais que le chemin de chacun ne se trouve pas en se tournant vers soi mais vers les autres. C'est difficile et même peut-être très dur à entendre pour ceux qui souffrent mais pourtant, pour avoir souffert, ce n'est absolument pas par la thérapie ou chercher à savoir qui je suis que j'ai trouvé mon chemin de quiétude (acceptation). C'est l'amour et la purification que cela implique qui m'a "soigné" de mon histoire sans m'en préoccuper. Les valeurs les plus fondamentales de l'Église suffisent pour s'acquitter de soi, de ce fardeau. Bien sûr je ne peux pas réduire les problèmes humains au seul fait de ne plus m'embarrasser d'une souffrance qui n'avait aucune raison d'être, sauf celle de me rendre moi-même intéressant à mes yeux, par une sorte de dramaturgie pendant que d'autres souffrent plus que moi.
Les expériences effectivement nous changent et pour ma part, je ne recherche pas le changement car je suis occupé à faire selon ce qui m'a été donné. Si mon œuvre me change c'est bien, sinon ce n'est pas mon but. Mon but résolument humain est de transmettre le vécu spirituel qui m'a été donné de vivre.
Sans le vouloir, je raconte que je ne me préoccupe pas de mon moi, de mon identité (qui est un construct) mais de ce qui me dépasse : des valeurs traversant des choses à réaliser et à transmettre.
Cela dit l'ambiguïté que vous soulignez dans l'Église entre auto-détermination et déterminisme, ne m'apparait pas comme un conflit interne mais plutôt comme un conflit résolu dans le sens où des épreuves m'ont forgé et ont tracé le sillon de ma voie à suivre. Ce que je perçois de déterminé c'est la direction à prendre, à suivre avec constance. Et ce qui est de l'auto-détermination est comment je marche sur mon chemin qui m'a été révélé par mes épreuves. L'engagement ne permet plus le changement et oblige à assumer sans démissionner. Cela peut susciter une tendance à rester dans l'indécision et donc dans l'ambiguïté que vous abordez.
Peut-être qu'il me faudra relire votre dernier message pour mieux me préparer à y apporter mon avis.