par Perplexe » sam. 13 mai 2023, 20:16
Incertain a écrit : ↑ven. 12 mai 2023, 4:14
En fait, cher Perplexe, je suis assez embarrassé par une critique que j'ai entendu d'un athée. En gros, il accusait le Dieu des monothéisme d'être très anthropomorphe, et reprenait le fameux argument freudien : "la relation que le croyant tisse avec Dieu vient de la relation du petit enfant avec son père. Dieu est une projection magnifiée du père terrestre." Je ne sais trop que penser de cet argument.
Si quelqu'un connaît des textes répondant à cet argument, cela m'intéresse.
Cher Incertain
Il est nécessaire de situer l'œuvre de Freud dans le contexte de sa formation de neuropsychiatre et de son penchant pour le rationalisme et l'athéisme. À partir de là, comme chez beaucoup de scientifiques, la question de la croyance en Dieu est considérée comme un obscurantisme qui s'oppose radicalement à la science qui est fondée sur l'établissement de la preuve.
Mais ce n'est pas parce que l'enfant tisse ses premiers rapports avec Dieu selon un premier modèle de relation par le père, en général, que cet enfant devra rester prisonnier de ce modèle.
À l'époque des découvertes de Freud, le behaviorisme était en vogue. C'est le modèle stimulus-réponse conditionnée qui marchait admirablement sur l'espèce canine. Puis, avec une psychologie qui est entrée dans les universités, l'on a pensé qu'il y avait une personnalité chez l'humain entre le stimulus et la réponse et qu'alors la réponse pouvait varier.
Cela n'empêche que dernièrement Cyrulnik, neuropsychiatre, a publié " Psychothérapie de Dieu " pour s'adonner très largement, sous l'autorité de cas cliniques et d'expériences en neurosciences (par l'imagerie médicale) à confirmer des circuits neuronaux où la croyance en Dieu répond à un besoin de sécurité et de plaisir à travers une image du père comme modèle de relation à Dieu.
Nous retombons encore une fois dans un behaviorisme (qui est à l'origine des neurosciences) où il s'agit de simplifier le rapport de l'humain à son environnement.
Si un croyant n'a pas un vécu personnel l'ayant conduit un peu plus loin que des repères culturels reçus et l'obligeant à puiser en lui d'autres ressources (comme la découverte de la foi, de l'espérance...), oubliant par l'accès à des convictions plus profondes que celles inculquées les notions de sécurité et de besoins, il est très probable qu'il ne pourra pas douter d'une psychologie simpliste et réductrice qui limite l'humain à un fonctionnement cognitif et affectif.
Comment se fait-il que des athées, parce qu'ils sont scientifiques, s'autorisent à s'immiscer dans la question de la religion et des croyances de chacun ? Cette campagne de désacralisation du religieux est aussi aux fondements de l'expansion des sciences humaines dans leur souci de conquête de territoires. Si nous analysons les discours de ces scientifiques, nous observerons une tendance à la pathologisation (explicite ou implicite), sans doute est-ce un procédé pour s'inventer du travail ?
Je reprends aussi, cher Incertain, votre passage sur cet "être-conscience-béatitude" qui est "conscience sans objet et sans intention dans un état d'extase". Donc, pour vous "pas de difficulté à supposer cet absolu impersonnel".
Je vais vous dire que ce discours m'apparait tout à fait exact. Cela ne dispense pas de s'occuper de son quotidien sauf si l'on a ouvert un ashram et qu'on délègue ses tâches aux autres.
Souvent des personnes cherchent ailleurs que dans leur culture dans laquelle ils n'ont pas trouvé suffisamment de sens, alors que c'est surtout un problème à résoudre dans leur for intérieur, une issue à leurs souffrances. Mais entre les problèmes de traductions trop littérales, la différence des structures psychiques entre l'oriental et l'occidental, entre aussi les attentes plutôt thérapeutiques et de bien-être attendues par les occidentaux face à une spiritualité qu'ils s'imaginent meilleure car venue d'ailleurs, il y a souvent de nombreuses déceptions qui concernent encore le for intérieur. Il peut même se produire par ces spiritualités mal véhiculées une déstructuration psychique sur des personnes déjà fragilisées.
Depuis que les spiritualités venues d'ailleurs sont arrivées chez nous, à combien de grands sages ont-elles donné naissance ?
L'extase est une expérience exceptionnellement formatrice mais l'on ne vit pas sa vie ainsi. De retour de l'extase le travail commence, il faut en semer les graines sans en faire son objet personnel. Ce n'est pas un aboutissement, c'est le début d'autre chose, d'un autre engagement face à Dieu... par exemple !
[quote=Incertain post_id=458053 time=1683857689 user_id=16311]
En fait, cher Perplexe, je suis assez embarrassé par une critique que j'ai entendu d'un athée. En gros, il accusait le Dieu des monothéisme d'être très anthropomorphe, et reprenait le fameux argument freudien : "la relation que le croyant tisse avec Dieu vient de la relation du petit enfant avec son père. Dieu est une projection magnifiée du père terrestre." Je ne sais trop que penser de cet argument.
Si quelqu'un connaît des textes répondant à cet argument, cela m'intéresse.
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Cher Incertain
Il est nécessaire de situer l'œuvre de Freud dans le contexte de sa formation de neuropsychiatre et de son penchant pour le rationalisme et l'athéisme. À partir de là, comme chez beaucoup de scientifiques, la question de la croyance en Dieu est considérée comme un obscurantisme qui s'oppose radicalement à la science qui est fondée sur l'établissement de la preuve.
Mais ce n'est pas parce que l'enfant tisse ses premiers rapports avec Dieu selon un premier modèle de relation par le père, en général, que cet enfant devra rester prisonnier de ce modèle.
À l'époque des découvertes de Freud, le behaviorisme était en vogue. C'est le modèle stimulus-réponse conditionnée qui marchait admirablement sur l'espèce canine. Puis, avec une psychologie qui est entrée dans les universités, l'on a pensé qu'il y avait une personnalité chez l'humain entre le stimulus et la réponse et qu'alors la réponse pouvait varier.
Cela n'empêche que dernièrement Cyrulnik, neuropsychiatre, a publié " Psychothérapie de Dieu " pour s'adonner très largement, sous l'autorité de cas cliniques et d'expériences en neurosciences (par l'imagerie médicale) à confirmer des circuits neuronaux où la croyance en Dieu répond à un besoin de sécurité et de plaisir à travers une image du père comme modèle de relation à Dieu.
Nous retombons encore une fois dans un behaviorisme (qui est à l'origine des neurosciences) où il s'agit de simplifier le rapport de l'humain à son environnement.
Si un croyant n'a pas un vécu personnel l'ayant conduit un peu plus loin que des repères culturels reçus et l'obligeant à puiser en lui d'autres ressources (comme la découverte de la foi, de l'espérance...), oubliant par l'accès à des convictions plus profondes que celles inculquées les notions de sécurité et de besoins, il est très probable qu'il ne pourra pas douter d'une psychologie simpliste et réductrice qui limite l'humain à un fonctionnement cognitif et affectif.
Comment se fait-il que des athées, parce qu'ils sont scientifiques, s'autorisent à s'immiscer dans la question de la religion et des croyances de chacun ? Cette campagne de désacralisation du religieux est aussi aux fondements de l'expansion des sciences humaines dans leur souci de conquête de territoires. Si nous analysons les discours de ces scientifiques, nous observerons une tendance à la pathologisation (explicite ou implicite), sans doute est-ce un procédé pour s'inventer du travail ?
Je reprends aussi, cher Incertain, votre passage sur cet "être-conscience-béatitude" qui est "conscience sans objet et sans intention dans un état d'extase". Donc, pour vous "pas de difficulté à supposer cet absolu impersonnel".
Je vais vous dire que ce discours m'apparait tout à fait exact. Cela ne dispense pas de s'occuper de son quotidien sauf si l'on a ouvert un ashram et qu'on délègue ses tâches aux autres.
Souvent des personnes cherchent ailleurs que dans leur culture dans laquelle ils n'ont pas trouvé suffisamment de sens, alors que c'est surtout un problème à résoudre dans leur for intérieur, une issue à leurs souffrances. Mais entre les problèmes de traductions trop littérales, la différence des structures psychiques entre l'oriental et l'occidental, entre aussi les attentes plutôt thérapeutiques et de bien-être attendues par les occidentaux face à une spiritualité qu'ils s'imaginent meilleure car venue d'ailleurs, il y a souvent de nombreuses déceptions qui concernent encore le for intérieur. Il peut même se produire par ces spiritualités mal véhiculées une déstructuration psychique sur des personnes déjà fragilisées.
Depuis que les spiritualités venues d'ailleurs sont arrivées chez nous, à combien de grands sages ont-elles donné naissance ?
L'extase est une expérience exceptionnellement formatrice mais l'on ne vit pas sa vie ainsi. De retour de l'extase le travail commence, il faut en semer les graines sans en faire son objet personnel. Ce n'est pas un aboutissement, c'est le début d'autre chose, d'un autre engagement face à Dieu... par exemple !