par Didyme » mar. 26 déc. 2023, 0:07
Bonjour Perlum Pimpum,
J'ai bien lu votre réponse qui je l'avoue n'est pas aisée à saisir.
Je vous concède de nombreuses maladresses d'expression de ma part. Je ne vais pas revenir sur tous les points mais j'aimerais juste m'arrêter sur quelques aspects sur lesquels j'ai longuement cogité.
Perlum Pimpum a écrit : ↑ven. 08 déc. 2023, 13:28
Vous usez de facilité ici. Je n'ai rien concédé pour le moment, j'ai plutôt sous-entendu que le sujet ne se limitait pas à a ou b, usant du conditionnel pour le faire comprendre (et je pense que vous l'avez compris)
1. Je ne pense pas avoir usé de facilité. Je voulais relever la contradiction à affirmer
« encore une fois il n'est pas question de dire que chaque personne de la Trinité ne s'aime pas elle-même », alors que votre pensée, plusieurs fois exprimée, est que l’amour est essentiellement dynamique, dynamisme excluant par principe que l’amour de soi puisse relever de l’amour :
« la question ne se pose pas car elle n'est simplement pas dans la "logique" de l'amour ». Si l’amour est essentiellement dynamique, si essentiellement dynamique que l’amour de soi est inconcevable car n’entrant pas dans la logique de l’amour, devient contradictoire de nier que la logique de l’amour exclut l’amour de soi.
Oui ce n'est pas faux. Disons qu'il y a une subtilité de langage ici .
Il y a "ne pas s'aimer" dans un sens négatif comme de la haine, une aversion, un rejet. Et il y a "ne pas s'aimer" dans un sens plus neutre, comme quelque chose qui n'entre simplement pas en compte. Comme quelque chose qu'on ne se donne pas à soi-même.
Perlum Pimpum a écrit :
Mais ce n'est pas vraiment en raison de l'altérité en soi que les personnes sont aimées, tel que s'apportant quelque chose qui manquerait à l'autre. Mais c'est surtout que l'amour est relationnel, échange (et amour de ce qui est aimable bien évidemment). Ce que justement l'opposition de corrélation permet.
10. Aïe. L’amour divin n’est pas une relation divine mais le fondement divin des relations divines. L’amour divin est d’ordre absolu, pas d’ordre relatif.
Je ne sais pas, n'est-ce pas comme se poser la question de ce qui de la poule ou de l'œuf est premier ? J'ai l'impression que l'un ne va pas sans l'autre.
La nature divine donc l'amour divin est-il essentiellement solitaire ou trinitaire ?
S'il est trinitaire n'est-il pas conséquemment relationnel ?
Il y a une chose qui me turlupine ici. Que l'amour divin soit absolu d'accord. Mais que les trois relatifs que sont les personnes divines ne le soient pas me paraît fortement douteux.
Comment pourrait-on dire que la personne de Dieu le Fils n'est pas un absolu (parce qu'un relatif) ?
Diriez-vous qu'en tant que le Fils est Dieu, il est un absolu mais qu'en tant qu'il est une personne, il ne l'est pas ?
Or, sa personne fait partie intégrante de la divinité, elle est fondée par l'amour et en tant que telle est un absolu.
Ce qui est fondé
en tant que créé n'est certes pas un absolu mais ce qui est fondé
en tant qu'incréé l'est certainement.
Comment donc ces relatifs, la dimension relationnelle de l'amour ne serait pas l'absolu de l'amour divin, n'en ferait pas partie intégrante ? L'absoluité de la divinité englobe tout ce qui a trait à la divinité.
Si donc l'amour divin est au fondement des relatifs divins alors l'absolu divin fait de la dimension trinitaire de l'amour divin entre les personnes divines un absolu.
Sans quoi, les personnes divines s'en retrouveraient "expulsées" de l'absolu divin, les personnes divines se retrouvant extérieures à la divinité !?
Ça n'est pas juste l'amour divin qui est absolu dans la divinité, tel une entité à part, tel un dieu des personnes "divines", un super-Dieu, une Déité suressentielle.
Mais ce qui me semble évident c'est que tout ce qui a trait à la divinité est forcément nécessaire.
La relation ne fait pas la divinité mais la divinité est relation. Ce n'est pas les trois personnes ou la relation qui produisent l'amour (tel trois dieux se rencontrant, entrant en relation et donnant naissance à l'amour) mais il s'agit plutôt de ce qu'est l'amour. L'amour "est" et il n'est pas rien. L'amour est trinitaire, est relation/échange.
La Trinité nous révèle la forme de l'amour.
L'amour divin, tout absolu qu'il soit,
est trinitaire.
Si ça n'était pas le cas alors certainement pourrait-on penser que Dieu est Un mais Un en une personne, absolu en une personne, que seul le Père est Dieu.
L'Amour absolu en une seule personne, en une personne seule. Les personnes du Fils et de l'Esprit Saint n'étant pas alors de toute éternité car alors elles impliqueraient un relatif à l'absolu divin. Certainement devrait-on alors en déduire que le Fils et l'Esprit Saint ont été créé et non plus ont procédé.
Mais si la divinité Une est trois personnes
de toute éternité alors certainement la nature divine, l'Amour divin est pluriel, trine de toute éternité.
L'Amour est relation (car Dieu en trois individualités divines sans relation, isolées, ne seraient pas amour),
relation impliquée par la pluralité de la divinité. Mais relation parfaite qui a la forme de l'union.
La relation est incompatible avec l'absolu divin si c'est de l'ordre de l'accidentel mais pas si la relation est substantielle.
L'amour peut-il être amour sans être personnel et sans relation/union ?
Perlum Pimpum a écrit :Or, sans distinction, si Dieu était une seule personne, solitude de toute éternité alors comment l'amour pourrait-il circuler, être vivant ? Pourtant, dans cette idée de Dieu le Père qui aimerait Dieu le Père c'est un peu l'idée qu'on retrouve que cet amour solitaire.
L'amour du Dieu vivant peut-il vraiment être statique ? Là, je peine avec l'idée.
11. Si n’était qu’une seule personne divine, elle serait toujours divine, toujours d’essence divine, toujours réellement identique à la nature divine, donc toujours aimable d’une amabilité absolue réellement identique à l’acte d’amour de Dieu pour Dieu qu’est Dieu. Ce qui changerait, c’est que cet acte d’ordre absolu ne serait pas le fondement de trois relatifs corrélativement opposés.
Mais sachant que Dieu est trine de toute éternité et que le divin est absolu, convient-il vraiment de penser que cette Trinité serait comme "superflue", contingente, non incluse dans l'absolu divin, comme n'en faisant pas partie intégrante ?
Or, si tel est le cas alors le Fils et l'Esprit Saint ne sont
plus nécessairement Dieu et ne peuvent alors plus être intégrés à la divinité qui est d'ordre absolue et qui donc ne saurait étre mélangée à du "secondaire".
Qu'une seule personne divine manque à la divinité et la nature divine est-elle encore la nature divine ?
Parce que c'est ça l'amour absolu, il est trinitaire.
L'unité absolue est plurielle et ne peut être que plurielle. Comme si le Un solitaire n'avait simplement pas de sens, ne pouvait pas être, équivalait à rien, à zéro.
Pour qu'il y ait un, il faut qu'il y ait union parfaite de plusieurs. Le Un absolu, originel, est pluriel. Et ceci parce que Dieu est Amour.
S'il y avait un Un solitaire absolu au fondement des relatifs, c'est là où le Un se retrouverait divisé en plusieurs il me semble et c'est ici qu'on aboutirait à une divinité dans laquelle il y a séparation, plusieurs "dieux". Or, si Dieu est Un en trois personnes (relatifs) les trois personnes sont bien le Dieu unique.
Si Dieu le Père s'aimait infiniment (parce qu'infiniment aimable), cet amour étant inifini, il se suffirait à lui-même.
Il n’y aurait alors pas nécessité à engendrer. Or, si engendrer n'était pas
nécessairement en Dieu alors il ne serait pas en Dieu qui est absolu mais deviendrait un "acte" secondaire et en tant que telle n'appartiendrait pas à l'absolu divin. Les autres personnes divines seraient alors créées.
Or, l'absolu divin étant trine, il nous dit quelque chose de la nature de l'amour...
Mais quelque part, j'éprouve tout de même une difficulté avec l'utilisation du terme "fondement" quand vous dites par exemple que l'amour divin est au fondement des relatifs. Bien que d'un côté cela me semble correct, il y a que ce terme renvoie l'idée que la divinité, l'amour divin semble "être sans", "au-delà", semble pouvoir être l'amour divin sans les relatifs, sans les personnes divines.
Or, Les personnes, les relations sont immanentes à la divinité. Il y a unité, identité.
N'est-ce pas finalement à opposer absolu et relation comme lorsque vous dites " L’amour divin n’est pas un relatif mais un absolu, au fondement des relatifs" qu'on en vient finalement à intégrer du mélange dans la divinité ? L'impression que cette représentation introduit de l'accidentel en Dieu car non nécessaire. Or, en Dieu tout est substantiel.
Mais si cet absolu, l'amour divin est personnel et donc relation alors il n'y a pas de mélange.
Sachant d'autant plus que l'enfer c'est l'absence de relation, lorsqu'on est seul avec soi-même...
Plutôt que de parler d'amour du Père pour lui-même, ne convient-il pas plutôt de parler de conscience de soi, de connaissance de soi ?
Par ailleurs, sa qualification de "Père" ne renvoie-t-elle pas en elle-même l'idée de don de soi, d'extériorisation de soi, amour gratuit, principe de la divinité ?
C'est compliqué car d'un côté je me dis "il a raison, l’amour divin est d’ordre absolu, pas d’ordre relatif. Ce qui est absolu ne peut pas être relatif". Et pourtant, j'en arrive à une autre conclusion.
Perlum Pimpum a écrit :Vous soulignez souvent que l'amour consiste à aimer ce qui est aimable et donc que chaque personne divine étant infiniment aimable alors elle s'aime infiniment. Mais il me semble que cet amour de soi infini car infiniment aimable met en branle la notion de sacrifice. Comment Dieu le Fils s'aimant infiniment pourrait-il alors faire don de sa vie ?
12. Qu’entendez-vous par « don de sa vie » ? Si vous voulez signifier le fait que sur la Croix le Christ s’est offert pour nous, c’est de sa vie humaine dont vous parlez. Si vous voulez signifiez qu’au Ciel il imprime sa Déité dans l’intellect des élus, cette impression n’implique aucun mouvement de la Déité, supposant seulement que Dieu présent à toute choses par sa présence active d’immensité surélève l’intellect patient de l’homme par la lumière de gloire afin que l’intellect puisse enfin voir Dieu. Ou serait-ce que vous sous-entendez ici la monstrueuse doctrine de la kénose intra-divine ? Au sens orthodoxe et paulinien du terme, la kénose ou dépouillement de soi consiste, pour le Fils, sans cesser d’être Dieu, à se faire homme pour mourir sur la Croix. Par le double voile de son incarnation et de sa passion, la personne du Fils s’est provisoirement dépouillée, en son humanité, des marques glorieuses induites par l’union hypostatique de son humanité à sa divinité. Au sens profondément malsain et blasphêmatoire, la kénose est intra-divine. La kénose intra-divine, c’est, poussée en ses ultimes conséquences, l’exinanition et l’exaltation de chaque personne divine en tant que divine : dans la vie intradivine d’amour, les personnes divines sont des relations mutuelles de désintéressement et de désappropriation d’elles-mêmes. Cette désappropriation de soi, de la déité qu’est la personne dont l’autre personne procède, est la forme extrême de la théologie du don : en donnant tout ce qu’elle est, la personne cesse d’être du fait même, pour n’avoir rien gardé pour soi, pas même l’être ou la déité qu’elle est. De sorte enfin que, pour éviter d’avoir à affirmer de but en blanc que le Père décède en engendrant le Fils, est excipé d’une prétendue dynamique de l’amour trinitaire en conséquence de quoi l’amour reçu est rendu, le mort est ressuscité, le Père rendu à la vie. Outre qu’alors le Père procède du Fils autant que le Fils procède du Père, ceci que la Déité est réduite au mistigri que les joueurs de carte se refilent à tout va : chaque personne divine, en son éternité assimilée à un perpétuel devenir, trépasse et ressuscite au gré des dons et contre-dons. Les hypostases ne sont divines que par intermittence, la déité clignote en chacune d’elles en un procès éternel dont l'éternité permet, contre toute logique, d’affirmer que même mortes les personnes divines sont vivantes, le contre-don annulant l’effet mortifère du don.
Rassurez-vous, il n'est pas question de ça. Je ne savais même pas qu'une telle conception existait.
Il est simplement question de la première interprétation que vous soulignez, de la croix. Ou simplement de Jean 15:13 " Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime."
"Pas de
plus grand amour" que le don de sa vie, le don total. Mais comme le don total
est la pleine expression de l'amour alors
l'amour qui se donne ne disparaît pas en se donnant mais est au contraire sublimé, glorifié.
À notre niveau, on pressent qu'il n'y a pas plus grande liberté que celle d'être libéré du "moi".
Et l'Amour est liberté.
Dieu ne se dépouille-t-il pas d'une certaine façon de lui-même en nous donnant son amour ?
Le Christ ne nous enseigne-t-il pas cette forme d'amour par l'incarnation, se dépouillant de sa divinité ?
Ne nous l'enseigne-t-il pas encore par la croix (Jean 15:13), si le
plus grand amour réside dans le don, le don de sa vie ? Et aussi par le "mourir à soi-même" pour entrer dans l'amour trinitaire ?
Perlum Pimpum a écrit :Comment une personne s'aimant infiniment (parce qu'infiniment aimable) pourrait-elle donner tout simplement ? Je crois que le plus gros problème ici est dans cet infini de cet amour de soi. Comme un effondrement infini sur soi qui ne laisserait échapper aucune ouverture. Si encore il y avait une limite dans cet amour mais ici il n'y a pas de limite qui permette une sortie. Comment resolvez-vous cela ?
13. La donation n’est pas un mouvement mais la déité immuable référée à la personne dans sa corrélation à la personne qui lui est logiquement conséquente selon l’ordre d’origine (cf. 8. et 9.). La donation n’étant que la déité envisagée en la personne logiquement antécédente, cette personne étant réellement identique à son fondement, s’en suit que le même amour essentiel, la deité, fondement commun aux trois relatifs consubstantiels, pourra être dit statique ou dynamique selon qu’on l’envisage : ou en la personne dont il est le fondement ; ou en cette personne dont il est le fondement en tant que cette personne est corrélative aux autres. L’amour comme don, l’amour d’autrui, l’amour d’une personne divine pour une autre, ne s’oppose donc pas à l’amour de soi, à l’amour d’une personne divine pour elle même : c’est le même amour (cf. 2.) !!! Ainsi selon que vous envisagiez la relation substantielle qu’est le Père comme réellement identique à sa substance ou comme relation substantielle consubstantielle aux deux corrélatifs consubstantiels auxquels il s’oppose, vous envisagerez sa déité comme amour statique ou dynamique.
D'accord, je comprends mieux. Mais le "je m'aime" me laisse tout de même perplexe. "Je suis amour" me paraît plus adéquat. Et d'autant plus en le qualifiant de statique car parler de "s'aimer" renvoie déjà un aspect dynamique.
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Après je comptais me raviser suite à vos remarques quant aux termes de "don", "réception", "partage", etc.
Mais quelque part Dieu n'est-il pas éternel échange d’amour, ce qui fait que l'amour est,
que l'amour est vivant ? Cet échange qui fait le caractère trinitaire de l'amour, de l'absolu divin.
Chaque personne divine étant cet amour car chaque personne divine participant parfaitement de cet amour parfait.
221 S. Jean va encore plus loin lorsqu’il atteste : " Dieu est Amour " (1 Jn 4, 8. 16) : l’Être même de Dieu est Amour. En envoyant dans la plénitude des temps son Fils unique et l’Esprit d’Amour, Dieu révèle son secret le plus intime (cf. 1 Co 2, 7-16 ; Ep 3, 9-12) : Il est Lui-même éternellement échange d’amour : Père, Fils et Esprit Saint, et Il nous a destinés à y avoir part.
Dans l'échange, il n'y a pas de "perte" de divinité qui serait ensuite rendu. Mais l'échange est la plénitude de l'amour, la divinité,
la vie divine.
Je ne sais pas, dans cette conception que vous m'exposez, on a l'impression que l'amour est tel une force qui fonderait des personnes qui adorerait cette force. L'amour n'étant plus l'échange vivant entre personnes mais tel une force que des personnes aimerait. Que la divinité dans ces conditions soit une personne, deux personnes, trois personnes ou même plus n'a effectivement pas de sens ni de valeur en soi puisque cet amour n'est pas un échange nécessaire entre personnes mais une substance que l'on peut aimer individuellement.
Bien que vous fassiez du Père celui qui constitue la déité, on a au final une impression de quelque chose comme d'un panenthéisme. Le Fils aime cette substance en Lui, aime cette substance chez le Père.
Mais l'amour me semble plutôt davantage être une relation vivante entre êtres. Ne dit-on pas de l'Esprit Saint qu'il procède de l'amour du Père et du Fils ?
Est-ce au fond l'amour qui fonde les personnes ou l'amour est simplement l'être de Dieu ?
L'amour ne fonde pas l'être mais il est l'être. Différence subtile mais qui plutôt que de se retrouver à exclure les personnes divines de l'absolu par la distinction opérée par le terme "fondement", uni le tout.
Bon rassurez-vous, je conçois tout à fait la possibilité d'être complètement à côté de la plaque au final

Tout autant que d'avoir mal saisi votre position ou d'avoir encore utilisé d'autres termes maladroits.
Bonjour Perlum Pimpum,
J'ai bien lu votre réponse qui je l'avoue n'est pas aisée à saisir.
Je vous concède de nombreuses maladresses d'expression de ma part. Je ne vais pas revenir sur tous les points mais j'aimerais juste m'arrêter sur quelques aspects sur lesquels j'ai longuement cogité.
[quote="Perlum Pimpum" post_id=462441 time=1702034893 user_id=17983]
[quote]Vous usez de facilité ici. Je n'ai rien concédé pour le moment, j'ai plutôt sous-entendu que le sujet ne se limitait pas à a ou b, usant du conditionnel pour le faire comprendre (et je pense que vous l'avez compris)[/quote]
1. Je ne pense pas avoir usé de facilité. Je voulais relever la contradiction à affirmer [i]« encore une fois il n'est pas question de dire que chaque personne de la Trinité ne s'aime pas elle-même »[/i], alors que votre pensée, plusieurs fois exprimée, est que l’amour est essentiellement dynamique, dynamisme excluant par principe que l’amour de soi puisse relever de l’amour : [i]« la question ne se pose pas car elle n'est simplement pas dans la "logique" de l'amour ».[/i] Si l’amour est essentiellement dynamique, si essentiellement dynamique que l’amour de soi est inconcevable car n’entrant pas dans la logique de l’amour, devient contradictoire de nier que la logique de l’amour exclut l’amour de soi.[/quote]
Oui ce n'est pas faux. Disons qu'il y a une subtilité de langage ici .
Il y a "ne pas s'aimer" dans un sens négatif comme de la haine, une aversion, un rejet. Et il y a "ne pas s'aimer" dans un sens plus neutre, comme quelque chose qui n'entre simplement pas en compte. Comme quelque chose qu'on ne se donne pas à soi-même.
[quote="Perlum Pimpum"]
[quote]Mais ce n'est pas vraiment en raison de l'altérité [b]en soi[/b] que les personnes sont aimées, tel que s'apportant quelque chose qui manquerait à l'autre. Mais c'est surtout que l'amour est relationnel, échange (et amour de ce qui est aimable bien évidemment). Ce que justement l'opposition de corrélation permet.[/quote]
10. Aïe. L’amour divin n’est pas une relation divine mais le fondement divin des relations divines. L’amour divin est d’ordre absolu, pas d’ordre relatif. [/quote]
Je ne sais pas, n'est-ce pas comme se poser la question de ce qui de la poule ou de l'œuf est premier ? J'ai l'impression que l'un ne va pas sans l'autre.
La nature divine donc l'amour divin est-il essentiellement solitaire ou trinitaire ?
S'il est trinitaire n'est-il pas conséquemment relationnel ?
Il y a une chose qui me turlupine ici. Que l'amour divin soit absolu d'accord. Mais que les trois relatifs que sont les personnes divines ne le soient pas me paraît fortement douteux.
Comment pourrait-on dire que la personne de Dieu le Fils n'est pas un absolu (parce qu'un relatif) ?
Diriez-vous qu'en tant que le Fils est Dieu, il est un absolu mais qu'en tant qu'il est une personne, il ne l'est pas ?
Or, sa personne fait partie intégrante de la divinité, elle est fondée par l'amour et en tant que telle est un absolu.
Ce qui est fondé [b]en tant que créé[/b] n'est certes pas un absolu mais ce qui est fondé [b]en tant qu'incréé[/b] l'est certainement.
Comment donc ces relatifs, la dimension relationnelle de l'amour ne serait pas l'absolu de l'amour divin, n'en ferait pas partie intégrante ? L'absoluité de la divinité englobe tout ce qui a trait à la divinité.
Si donc l'amour divin est au fondement des relatifs divins alors l'absolu divin fait de la dimension trinitaire de l'amour divin entre les personnes divines un absolu.
Sans quoi, les personnes divines s'en retrouveraient "expulsées" de l'absolu divin, les personnes divines se retrouvant extérieures à la divinité !?
Ça n'est pas juste l'amour divin qui est absolu dans la divinité, tel une entité à part, tel un dieu des personnes "divines", un super-Dieu, une Déité suressentielle.
Mais ce qui me semble évident c'est que tout ce qui a trait à la divinité est forcément nécessaire.
La relation ne fait pas la divinité mais la divinité est relation. Ce n'est pas les trois personnes ou la relation qui produisent l'amour (tel trois dieux se rencontrant, entrant en relation et donnant naissance à l'amour) mais il s'agit plutôt de ce qu'est l'amour. L'amour "est" et il n'est pas rien. L'amour est trinitaire, est relation/échange.
La Trinité nous révèle la forme de l'amour.
[b]L'amour divin[/b], tout absolu qu'il soit, [b]est trinitaire[/b].
Si ça n'était pas le cas alors certainement pourrait-on penser que Dieu est Un mais Un en une personne, absolu en une personne, que seul le Père est Dieu.
L'Amour absolu en une seule personne, en une personne seule. Les personnes du Fils et de l'Esprit Saint n'étant pas alors de toute éternité car alors elles impliqueraient un relatif à l'absolu divin. Certainement devrait-on alors en déduire que le Fils et l'Esprit Saint ont été créé et non plus ont procédé.
Mais si la divinité Une est trois personnes [b]de toute éternité[/b] alors certainement la nature divine, l'Amour divin est pluriel, trine de toute éternité.
L'Amour est relation (car Dieu en trois individualités divines sans relation, isolées, ne seraient pas amour), [b]relation [u]impliquée[/u] par la pluralité de la divinité[/b]. Mais relation parfaite qui a la forme de l'union.
La relation est incompatible avec l'absolu divin si c'est de l'ordre de l'accidentel mais pas si la relation est substantielle.
L'amour peut-il être amour sans être personnel et sans relation/union ?
[quote="Perlum Pimpum"][quote]Or, sans distinction, si Dieu était une seule personne, solitude de toute éternité alors comment l'amour pourrait-il circuler, être vivant ? Pourtant, dans cette idée de Dieu le Père qui aimerait Dieu le Père c'est un peu l'idée qu'on retrouve que cet amour solitaire.
L'amour du Dieu vivant peut-il vraiment être statique ? Là, je peine avec l'idée. [/quote]
11. Si n’était qu’une seule personne divine, elle serait toujours divine, toujours d’essence divine, toujours réellement identique à la nature divine, donc toujours aimable d’une amabilité absolue réellement identique à l’acte d’amour de Dieu pour Dieu qu’est Dieu. Ce qui changerait, c’est que cet acte d’ordre absolu ne serait pas le fondement de trois relatifs corrélativement opposés. [/quote]
Mais sachant que Dieu est trine de toute éternité et que le divin est absolu, convient-il vraiment de penser que cette Trinité serait comme "superflue", contingente, non incluse dans l'absolu divin, comme n'en faisant pas partie intégrante ?
Or, si tel est le cas alors le Fils et l'Esprit Saint ne sont [b][u]plus nécessairement[/u][/b] Dieu et ne peuvent alors plus être intégrés à la divinité qui est d'ordre absolue et qui donc ne saurait étre mélangée à du "secondaire".
Qu'une seule personne divine manque à la divinité et la nature divine est-elle encore la nature divine ?
Parce que c'est ça l'amour absolu, il est trinitaire.
L'unité absolue est plurielle et ne peut être que plurielle. Comme si le Un solitaire n'avait simplement pas de sens, ne pouvait pas être, équivalait à rien, à zéro.
Pour qu'il y ait un, il faut qu'il y ait union parfaite de plusieurs. Le Un absolu, originel, est pluriel. Et ceci parce que Dieu est Amour.
S'il y avait un Un solitaire absolu au fondement des relatifs, c'est là où le Un se retrouverait divisé en plusieurs il me semble et c'est ici qu'on aboutirait à une divinité dans laquelle il y a séparation, plusieurs "dieux". Or, si Dieu est Un en trois personnes (relatifs) les trois personnes sont bien le Dieu unique.
Si Dieu le Père s'aimait infiniment (parce qu'infiniment aimable), cet amour étant inifini, il se suffirait à lui-même. [b]Il n’y aurait alors pas nécessité à engendrer[/b]. Or, si engendrer n'était pas [u]nécessairement[/u] en Dieu alors il ne serait pas en Dieu qui est absolu mais deviendrait un "acte" secondaire et en tant que telle n'appartiendrait pas à l'absolu divin. Les autres personnes divines seraient alors créées.
Or, l'absolu divin étant trine, il nous dit quelque chose de la nature de l'amour...
Mais quelque part, j'éprouve tout de même une difficulté avec l'utilisation du terme "fondement" quand vous dites par exemple que l'amour divin est au fondement des relatifs. Bien que d'un côté cela me semble correct, il y a que ce terme renvoie l'idée que la divinité, l'amour divin semble "être sans", "au-delà", semble pouvoir être l'amour divin sans les relatifs, sans les personnes divines.
Or, Les personnes, les relations sont immanentes à la divinité. Il y a unité, identité.
N'est-ce pas finalement à opposer absolu et relation comme lorsque vous dites " L’amour divin n’est pas un relatif mais un absolu, au fondement des relatifs" qu'on en vient finalement à intégrer du mélange dans la divinité ? L'impression que cette représentation introduit de l'accidentel en Dieu car non nécessaire. Or, en Dieu tout est substantiel.
Mais si cet absolu, l'amour divin est personnel et donc relation alors il n'y a pas de mélange.
Sachant d'autant plus que l'enfer c'est l'absence de relation, lorsqu'on est seul avec soi-même...
Plutôt que de parler d'amour du Père pour lui-même, ne convient-il pas plutôt de parler de conscience de soi, de connaissance de soi ?
Par ailleurs, sa qualification de "Père" ne renvoie-t-elle pas en elle-même l'idée de don de soi, d'extériorisation de soi, amour gratuit, principe de la divinité ?
C'est compliqué car d'un côté je me dis "il a raison, l’amour divin est d’ordre absolu, pas d’ordre relatif. Ce qui est absolu ne peut pas être relatif". Et pourtant, j'en arrive à une autre conclusion. :?:
[quote="Perlum Pimpum"][quote]Vous soulignez souvent que l'amour consiste à aimer ce qui est aimable et donc que chaque personne divine étant infiniment aimable alors elle s'aime infiniment. Mais il me semble que cet amour de soi infini car infiniment aimable met en branle la notion de sacrifice. Comment Dieu le Fils s'aimant infiniment pourrait-il alors faire don de sa vie ?[/quote]
12. Qu’entendez-vous par « don de sa vie » ? Si vous voulez signifier le fait que sur la Croix le Christ s’est offert pour nous, c’est de sa vie humaine dont vous parlez. Si vous voulez signifiez qu’au Ciel il imprime sa Déité dans l’intellect des élus, cette impression n’implique aucun mouvement de la Déité, supposant seulement que Dieu présent à toute choses par sa présence active d’immensité surélève l’intellect patient de l’homme par la lumière de gloire afin que l’intellect puisse enfin voir Dieu. Ou serait-ce que vous sous-entendez ici la monstrueuse doctrine de la kénose intra-divine ? Au sens orthodoxe et paulinien du terme, la kénose ou dépouillement de soi consiste, pour le Fils, sans cesser d’être Dieu, à se faire homme pour mourir sur la Croix. Par le double voile de son incarnation et de sa passion, la personne du Fils s’est provisoirement dépouillée, en son humanité, des marques glorieuses induites par l’union hypostatique de son humanité à sa divinité. Au sens profondément malsain et blasphêmatoire, la kénose est intra-divine. La kénose intra-divine, c’est, poussée en ses ultimes conséquences, l’exinanition et l’exaltation de chaque personne divine en tant que divine : dans la vie intradivine d’amour, les personnes divines sont des relations mutuelles de désintéressement et de désappropriation d’elles-mêmes. Cette désappropriation de soi, de la déité qu’est la personne dont l’autre personne procède, est la forme extrême de la théologie du don : en donnant tout ce qu’elle est, la personne cesse d’être du fait même, pour n’avoir rien gardé pour soi, pas même l’être ou la déité qu’elle est. De sorte enfin que, pour éviter d’avoir à affirmer de but en blanc que le Père décède en engendrant le Fils, est excipé d’une prétendue dynamique de l’amour trinitaire en conséquence de quoi l’amour reçu est rendu, le mort est ressuscité, le Père rendu à la vie. Outre qu’alors le Père procède du Fils autant que le Fils procède du Père, ceci que la Déité est réduite au mistigri que les joueurs de carte se refilent à tout va : chaque personne divine, en son éternité assimilée à un perpétuel devenir, trépasse et ressuscite au gré des dons et contre-dons. Les hypostases ne sont divines que par intermittence, la déité clignote en chacune d’elles en un procès éternel dont l'éternité permet, contre toute logique, d’affirmer que même mortes les personnes divines sont vivantes, le contre-don annulant l’effet mortifère du don. [/quote]
Rassurez-vous, il n'est pas question de ça. Je ne savais même pas qu'une telle conception existait.
Il est simplement question de la première interprétation que vous soulignez, de la croix. Ou simplement de Jean 15:13 " Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime."
"Pas de [u]plus grand[/u] amour" que le don de sa vie, le don total. Mais comme le don total [b]est[/b] la pleine expression de l'amour alors [b]l'amour qui se donne [u]ne disparaît pas[/u] en se donnant mais est au contraire [u]sublimé, glorifié[/u][/b].
À notre niveau, on pressent qu'il n'y a pas plus grande liberté que celle d'être libéré du "moi".
Et l'Amour est liberté.
Dieu ne se dépouille-t-il pas d'une certaine façon de lui-même en nous donnant son amour ?
Le Christ ne nous enseigne-t-il pas cette forme d'amour par l'incarnation, se dépouillant de sa divinité ?
Ne nous l'enseigne-t-il pas encore par la croix (Jean 15:13), si le [u]plus grand[/u] amour réside dans le don, le don de sa vie ? Et aussi par le "mourir à soi-même" pour entrer dans l'amour trinitaire ?
[quote="Perlum Pimpum"][quote]Comment une personne s'aimant [b]infiniment[/b] (parce qu'infiniment aimable) pourrait-elle donner tout simplement ? Je crois que le plus gros problème ici est dans cet infini de cet amour de soi. Comme un effondrement infini sur soi qui ne laisserait échapper aucune ouverture. Si encore il y avait une limite dans cet amour mais ici il n'y a pas de limite qui permette une sortie. Comment resolvez-vous cela ?[/quote]
13. La donation n’est pas un mouvement mais la déité immuable référée à la personne dans sa corrélation à la personne qui lui est logiquement conséquente selon l’ordre d’origine (cf. 8. et 9.). La donation n’étant que la déité envisagée en la personne logiquement antécédente, cette personne étant réellement identique à son fondement, s’en suit que le même amour essentiel, la deité, fondement commun aux trois relatifs consubstantiels, pourra être dit statique ou dynamique selon qu’on l’envisage : ou en la personne dont il est le fondement ; ou en cette personne dont il est le fondement en tant que cette personne est corrélative aux autres. L’amour comme don, l’amour d’autrui, l’amour d’une personne divine pour une autre, ne s’oppose donc pas à l’amour de soi, à l’amour d’une personne divine pour elle même : c’est le même amour (cf. 2.) !!! Ainsi selon que vous envisagiez la relation substantielle qu’est le Père comme réellement identique à sa substance ou comme relation substantielle consubstantielle aux deux corrélatifs consubstantiels auxquels il s’oppose, vous envisagerez sa déité comme amour statique ou dynamique. [/quote]
D'accord, je comprends mieux. Mais le "je m'aime" me laisse tout de même perplexe. "Je suis amour" me paraît plus adéquat. Et d'autant plus en le qualifiant de statique car parler de "s'aimer" renvoie déjà un aspect dynamique.
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Après je comptais me raviser suite à vos remarques quant aux termes de "don", "réception", "partage", etc.
Mais quelque part Dieu n'est-il pas éternel échange d’amour, ce qui fait que l'amour est, [b]que l'amour est [u]vivant[/u][/b] ? Cet échange qui fait le caractère trinitaire de l'amour, de l'absolu divin.
Chaque personne divine étant cet amour car chaque personne divine participant parfaitement de cet amour parfait.
[color=blue]221 S. Jean va encore plus loin lorsqu’il atteste : " Dieu est Amour " (1 Jn 4, 8. 16) : [b]l’Être même de Dieu est Amour[/b]. En envoyant dans la plénitude des temps son Fils unique et l’Esprit d’Amour, Dieu révèle son secret le plus intime (cf. 1 Co 2, 7-16 ; Ep 3, 9-12) : [b]Il est Lui-même éternellement [u]échange d’amour[/u][/b] : Père, Fils et Esprit Saint, et Il nous a destinés à y avoir part.[/color]
Dans l'échange, il n'y a pas de "perte" de divinité qui serait ensuite rendu. Mais l'échange est la plénitude de l'amour, la divinité, [b]la vie divine[/b].
Je ne sais pas, dans cette conception que vous m'exposez, on a l'impression que l'amour est tel une force qui fonderait des personnes qui adorerait cette force. L'amour n'étant plus l'échange vivant entre personnes mais tel une force que des personnes aimerait. Que la divinité dans ces conditions soit une personne, deux personnes, trois personnes ou même plus n'a effectivement pas de sens ni de valeur en soi puisque cet amour n'est pas un échange nécessaire entre personnes mais une substance que l'on peut aimer individuellement.
Bien que vous fassiez du Père celui qui constitue la déité, on a au final une impression de quelque chose comme d'un panenthéisme. Le Fils aime cette substance en Lui, aime cette substance chez le Père.
Mais l'amour me semble plutôt davantage être une relation vivante entre êtres. Ne dit-on pas de l'Esprit Saint qu'il procède de l'amour du Père et du Fils ?
Est-ce au fond l'amour qui fonde les personnes ou l'amour est simplement l'être de Dieu ?
L'amour ne fonde pas l'être mais il est l'être. Différence subtile mais qui plutôt que de se retrouver à exclure les personnes divines de l'absolu par la distinction opérée par le terme "fondement", uni le tout.
Bon rassurez-vous, je conçois tout à fait la possibilité d'être complètement à côté de la plaque au final :-D
Tout autant que d'avoir mal saisi votre position ou d'avoir encore utilisé d'autres termes maladroits.