par etienne lorant » sam. 01 nov. 2008, 18:38
Après cela, j'ai vu une foule immense,
que nul ne pouvait dénombrer,
une foule de toutes nations, races, peuples et langues.
Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l'Agneau,
en vêtements blancs,
avec des palmes à la main.
(Ap 7, 2-4.9-14)
Cette vision est extraordinaire ... et cependant, chaque année, la messe de la Toussaint est plus courte qu'autrefois et le nombre de fidèles plus réduit. Ce samedi, il fallait se rendre à telle chapelle, à trois kilomètres, et je savais, avant même de me mettre en route, que je m'y sentirais comme écrasé par le ciel de novembre. C'est le Doyen principal qui a prononcé l'homélie et a évoqué le grand renouveau de l'église diocésaine par l'engagement des laïques.... quel rapport ? J'ai tourné la tête et j'ai vu que nous n'étions plus qu'une quinzaine de fidèles, tous ayant dépassé la cinquantaine. Mais lorsqu'on parle pour entendre le son de sa voix, comment remarquer ces choses-là...
Tout doucement, je me suis mis à rêvasser. J'imaginais les absents de la Toussaint, je veux dire : nos chers disparus, qui occupaient en habits de lumière les places laissées vides par les fidèles "de chair et d'os". Ma rêverie m'a transporté dans le passé, le jour des funérailles de ma tante Thérèse qui m'avait légué mon premier chapelet la veille de son départ... Après la messe, je m'étais adressé à plusieurs des membres de l'assistance et j'avais dit: "Vous avez remarqué ? il y avait une chaise libre devant nous, et moi durant toute la messe, je n''ai pas cessé de penser que Thérèse était là, avec nous"... mais les autres m'ont affirmé que non, je me trompais sûrement, car tous les sièges avaient été occupés.
Ce matin, c'est toute une foule de "vêtements blancs" que je me suis représentée et tous brillaient dans l'assemblée. J'ai communié sur cette pensée réconfortante et je suis reparti. Cela ne vaudrait même pas la peine d'être raconté si, dans l'après-midi, je n'avais pas repris ma lecture du Journal de Julien Green. Et dans un de ces cinq volumes que je possède, je n'ai guère qu'à-moitié surpris de lire ce passage, écrit par l'auteur une veille de Toussaint et que j'ai décidé de partager:
"Nous étions assis tous les cinq autour de la table dans la salle à manger. Un feu de bois brûlait dans la cheminée et il faisait si sombre que nous avions dû allumer les lampes, bien qu'il ne fut pas 2 heures de l'après-midi. Nous étions cinq et nous riions, et j'ai senti tout d'un coup que nous étions beaucoup plus nombreux, que notre gaieté avait attiré ceux qui manquent, mon père, ma mère et les deux soeurs que j'ai perdues; ils se sont assis près de nous et nous ont tenu compagnie jusqu'à la fin du repas, riant avec nous tous. J'ai eu un moment de grand bonheur, un sentiment de sécurité profonde, mais je n'ai pas osé en dire un mot." (28 octobre 1935)
Demain, c'est "le jour des morts"... Pourquoi dit-on le jour des morts, si c'est celui des vivants ?
Après cela, j'ai vu une foule immense,
que nul ne pouvait dénombrer,
une foule de toutes nations, races, peuples et langues.
Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l'Agneau,
en vêtements blancs,
avec des palmes à la main.
(Ap 7, 2-4.9-14)
Cette vision est extraordinaire ... et cependant, chaque année, la messe de la Toussaint est plus courte qu'autrefois et le nombre de fidèles plus réduit. Ce samedi, il fallait se rendre à telle chapelle, à trois kilomètres, et je savais, avant même de me mettre en route, que je m'y sentirais comme écrasé par le ciel de novembre. C'est le Doyen principal qui a prononcé l'homélie et a évoqué le grand renouveau de l'église diocésaine par l'engagement des laïques.... quel rapport ? J'ai tourné la tête et j'ai vu que nous n'étions plus qu'une quinzaine de fidèles, tous ayant dépassé la cinquantaine. Mais lorsqu'on parle pour entendre le son de sa voix, comment remarquer ces choses-là...
Tout doucement, je me suis mis à rêvasser. J'imaginais les absents de la Toussaint, je veux dire : nos chers disparus, qui occupaient en habits de lumière les places laissées vides par les fidèles "de chair et d'os". Ma rêverie m'a transporté dans le passé, le jour des funérailles de ma tante Thérèse qui m'avait légué mon premier chapelet la veille de son départ... Après la messe, je m'étais adressé à plusieurs des membres de l'assistance et j'avais dit: "Vous avez remarqué ? il y avait une chaise libre devant nous, et moi durant toute la messe, je n''ai pas cessé de penser que Thérèse était là, avec nous"... mais les autres m'ont affirmé que non, je me trompais sûrement, car tous les sièges avaient été occupés.
Ce matin, c'est toute une foule de "vêtements blancs" que je me suis représentée et tous brillaient dans l'assemblée. J'ai communié sur cette pensée réconfortante et je suis reparti. Cela ne vaudrait même pas la peine d'être raconté si, dans l'après-midi, je n'avais pas repris ma lecture du Journal de Julien Green. Et dans un de ces cinq volumes que je possède, je n'ai guère qu'à-moitié surpris de lire ce passage, écrit par l'auteur une veille de Toussaint et que j'ai décidé de partager:
"Nous étions assis tous les cinq autour de la table dans la salle à manger. Un feu de bois brûlait dans la cheminée et il faisait si sombre que nous avions dû allumer les lampes, bien qu'il ne fut pas 2 heures de l'après-midi. Nous étions cinq et nous riions, et j'ai senti tout d'un coup que nous étions beaucoup plus nombreux, que notre gaieté avait attiré ceux qui manquent, mon père, ma mère et les deux soeurs que j'ai perdues; ils se sont assis près de nous et nous ont tenu compagnie jusqu'à la fin du repas, riant avec nous tous. J'ai eu un moment de grand bonheur, un sentiment de sécurité profonde, mais je n'ai pas osé en dire un mot." (28 octobre 1935)
Demain, c'est "le jour des morts"... Pourquoi dit-on le jour des morts, si c'est celui des vivants ?