par Sursum Corda » jeu. 17 avr. 2008, 15:51
En réalité, pour Samson, il s'agit de Nazir. Les termes utilisés dans Amos et dans l'évangile de Matthieu ne correspondent pas. Les exégètes se sont arrachés les cheveux pour essayer d'expliquer cette phrase : "Il sera appelé Nazôréen." (Mt 2,23)
En araméen, Natsaraïa donne le même nombre que Nazir en hébreu biblique. Or c'est le nom de ceux qui font le voeu de naziréat ; et celui-ci, « mettant à part pour Yahvé », est par le fait même une consécration (Nb 6,1-5), parfois dès avant la naissance comme Samson parce qu'il doit « commencer à sauver Israël » (Jg 13,5), ou comme Jean-Baptiste. Consacré, cet enfant ou cet homme devient « nazir ou saint de Dieu » (Jg 13,7 Jg 16,17), et c'est pourquoi il doit se garder d'aliments impurs ou de boissons fermentées. Mais de par son Incarnation, Jésus est par excellence « appelé saint » (Lc 1,35 a ), et reconnu « le Saint de Dieu » (Lc 4,34 Jn 6,69). En outre, suivant l'équivalence: « Sancti, electi, dilecti » (Col 3,12), Nazir prend les sens connexes de : élu, couronné.
Nazaréen rappelle aussi Netzer, d'où le sens étymologique donné par Jérôme à Nazareth : « Le lieu où la terre a germé le Sauveur, où a levé le Germe juste, la fleur de la tige de Jessé, s'appelle Nazareth qui veut dire: Sainteté, Germe, Fleur, Rameau » (De nominibus hebraïcis; Pl 23,842). Par là Nazaréen peut renvoyer aussi à la prophétie d'Isaïe 11,1 sur le rameau issu de la tige de Jessé, comme à Zacharie 6,12 sur le Messie « Germe ».
Ex 29,6 et Ps 132,18 jouent d'un autre sens possible de nazer : diadème, couronne, mais en lien avons-nous dit avec nazir, consacré, saint. Ainsi la tiare d'Aaron est la sainteté qui doit couronner comme d'un diadème le Grand Prêtre.
La conclusion du psaume (messianique) 132,18 peut donc se traduire soit: « Sur Lui fleurira son diadème » (BJ — TOB), soit : « Sur Lui fleurira ma consécration » (LXX, Vg et Syr). Pour ne perdre ni le sens (de consécration) ni Y image (du diadème), il convient d'associer les deux mots, comme nous l'avons proposé dans le psautier chrétien (m, p. 419). Le « sur Lui », évoquant la grâce qui survient, se retrouve dans l'image du diadème dont Dieu couronne son Élu (Ps 5,13 Ps 21,4).
La Tradition joue admirablement de l'extrême richesse de sens et de l'abondance des rapprochements qu'offre ce nom de « Nazaréen » :
Rupert de Deutz : Sur Mt II (PL 168, 1345-1346) : Il vint habiter dans la ville appelée Nazareth ; et l’Évangéliste ajoute le pourquoi : pour que fût accompli ce qui a été dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen ...
Quoi donc ? Si le Christ n'avait pas grandi dans la ville qui s'appelle Nazareth, n'aurait-il pas été nazaréen, c'est-à-dire consacré à Dieu? Certes! Nazaréen, pleinement nazaréen, c'est-à-dire consacré à Dieu, c'est-à-dire saint; mais on ne l'aurait pas appelé ainsi. Or, il fallait qu'il fût appelé ainsi, parce que c'est ainsi que l'Esprit Saint, par les prophètes, avait annoncé qu'il serait saint, qu'il serait le Saint des saints. Par exemple : « Malheur, dit Isaïe, à la nation pécheresse, au peuple plein d'iniquité, à l'engeance mauvaise, aux fils criminels! Ils ont abandonné le Seigneur, ils ont blasphémé le Saint d'Israël, ils sont retournés en arrière » (Is 1,4). Et encore : « Mais eux, ils ont irrité et affligé son Esprit Saint » (Is 63,10). Et l'ange dit à Daniel: «... pour que soit consommée la prévarication et que le péché prenne fin, que l'iniquité soit effacée, que vienne la justice éternelle, que s'accomplisse la vision et la prophétie, et que le Saint des saints reçoive Vonction » (Da 9,24). Ce mot hébraïque lui-même, « nazaréen », ce sont les prophètes et les prophéties qui nous l'ont gardé. Jacob, patriarche et prophète, a dit: « Les bénédictions de ton père sont confirmées par les bénédictions de ses pères, jusqu'à ce que vienne le Désir des collines éternelles » (Gn 49,26). Ce Désir, sans nul doute c'est le Christ, « Désir des anges » (1P 1,12) et de tous les saints, Lui que les anges désirent contempler, et de qui le Joseph antique portait le type, parce qu'il fut vendu comme esclave (Ps 105), et après les angoisses de la prison devint seigneur et prince de la terre d'Egypte. Aussitôt après, Jacob ajoute : « Que ces bénédictions descendent sur la tête de Joseph, sur le front du Nazaréen parmi ses frères » (Gn 49,26). Nous pouvons ajouter qu'il est écrit en Isaïe, selon la vérité hébraïque : « Un rameau sortira de la racine de Jessé, et un nazaréen montera de sa racine » (Is 11,1). Et quand Moïse écrit la loi du nazaréen, disant entre autres choses : « Alors, le nazaréen rasera devant la porte du tabernacle la chevelure de sa consécration » (Nb 6,18), puis : « Après cela, le nazaréen peut boire du vin », à quoi tend tout cela, sinon au Christ ? Quelle serait l'utilité de ces paroles, si elles ne se rapportaient aux sacrements spirituels de ce vrai « consacré », de ce vrai « saint » ?
Il fallait, disions-nous, que le Christ fût appelé ainsi, parce que c'est ainsi que l'Esprit Saint l'avait annoncé par les prophètes. Et pourquoi l'avoir annoncé sous ce nom? Parce qu'il est nécessaire au salut éternel, que tout croyant sache et confesse que seul est Saint Celui qui n'a pas fait de péché (Is 53,9); et qu'ail est saint et sans péché au point d'enlever même le péché du monde. Donc, pour donner matière à un si grand nom, et pour que le Christ fût appelé ce qu'il était, à savoir Nazaréen ou Nazarénien, c'est-à-dire consacré et saint, il convenait parfaitement qu'« averti en songe, Joseph se retirât dans la région de la Galilée, et habitât dans la ville qui s'appelle Nazareth ». Ce fut l'occasion pour Pilate — ou plutôt, l'Esprit de Dieu qui sait user même des mauvais pour réaliser un bien, fut à l'oeuvre dans cet acte — d'écrire au-dessus de la Croix du Christ, en hébreu, en grec et en latin, ce titre admirable et célébré : « Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs » (Jn 19). Et c’est encore par l'opération et la providence de l'Esprit Saint que ce titre ne fut pas falsifié par les pontifes juifs, quand ils dirent à Pilate : « N'écris pas Roi des Juifs, mais que lui-même a dit: Je suis le Roi des Juifs ». Car qui donc, sinon l'Esprit de Dieu, lui fit répondre avec décision : « Ce qui est écrit est écrit »?...
Les autres Évangélistes ont passé sous silence le mot de Nazaréen dans ce titre; mais Jean, de son oeil d'aigle, vit qu'il était essentiel à l'identité du Crucifié non seulement d'être Sauveur (Jésus) et d'être Roi — titre qui lui était reproché comme un crime — mais d'être vraiment le Saint, ce que veut dire nazarenus ; et il nous transcrivit le titre entier: "Jésus Nazarenus, Rex Judoeorum".
... Toute langue l'appelle donc Nazaréen : celles des hommes et des anges, des bons et des impies. Et les premiers à l'appeler ainsi [dans l'Évangile] sont les mauvais anges ou malins esprits, torturés par sa présence : « Qu'y a-t-il entre nous et toi, Jésus le Nazaréen ? Es-tu venu avant le temps pour nous perdre ? » (Mc 1,24). Quant aux bons anges, n'ont-ils pas déclaré solennellement, dans la joie de la Résurrection : « Ne craignez pas ! Vous cherchez Jésus le Nazaréen, le Crucifié? Il est ressuscité, il n'est pas ici » (Mc 16,6). Et les impies, non seulement Pilate mais ceux même qui se saisirent de Jésus, confessèrent son nom, et en ressentirent aussitôt la puissance ; car interrogés par lui : « Qui cherchez-vous ? », ils lui répondirent par deux fois : « Jésus le Nazarénien ». Et quand il dit: « C'est moi », ils reculèrent, et tombèrent à terre.
En réalité, pour Samson, il s'agit de Nazir. Les termes utilisés dans Amos et dans l'évangile de Matthieu ne correspondent pas. Les exégètes se sont arrachés les cheveux pour essayer d'expliquer cette phrase : "Il sera appelé Nazôréen." (Mt 2,23)
En araméen, Natsaraïa donne le même nombre que Nazir en hébreu biblique. Or c'est le nom de ceux qui font le voeu de naziréat ; et celui-ci, « mettant à part pour Yahvé », est par le fait même une consécration (Nb 6,1-5), parfois dès avant la naissance comme Samson parce qu'il doit « commencer à sauver Israël » (Jg 13,5), ou comme Jean-Baptiste. Consacré, cet enfant ou cet homme devient « nazir ou saint de Dieu » (Jg 13,7 Jg 16,17), et c'est pourquoi il doit se garder d'aliments impurs ou de boissons fermentées. Mais de par son Incarnation, Jésus est par excellence « appelé saint » (Lc 1,35 a ), et reconnu « le Saint de Dieu » (Lc 4,34 Jn 6,69). En outre, suivant l'équivalence: « Sancti, electi, dilecti » (Col 3,12), Nazir prend les sens connexes de : élu, couronné.
Nazaréen rappelle aussi Netzer, d'où le sens étymologique donné par Jérôme à Nazareth : « Le lieu où la terre a germé le Sauveur, où a levé le Germe juste, la fleur de la tige de Jessé, s'appelle Nazareth qui veut dire: Sainteté, Germe, Fleur, Rameau » (De nominibus hebraïcis; Pl 23,842). Par là Nazaréen peut renvoyer aussi à la prophétie d'Isaïe 11,1 sur le rameau issu de la tige de Jessé, comme à Zacharie 6,12 sur le Messie « Germe ».
Ex 29,6 et Ps 132,18 jouent d'un autre sens possible de nazer : diadème, couronne, mais en lien avons-nous dit avec nazir, consacré, saint. Ainsi la tiare d'Aaron est la sainteté qui doit couronner comme d'un diadème le Grand Prêtre.
La conclusion du psaume (messianique) 132,18 peut donc se traduire soit: « Sur Lui fleurira son diadème » (BJ — TOB), soit : « Sur Lui fleurira ma consécration » (LXX, Vg et Syr). Pour ne perdre ni le sens (de consécration) ni Y image (du diadème), il convient d'associer les deux mots, comme nous l'avons proposé dans le psautier chrétien (m, p. 419). Le « sur Lui », évoquant la grâce qui survient, se retrouve dans l'image du diadème dont Dieu couronne son Élu (Ps 5,13 Ps 21,4).
La Tradition joue admirablement de l'extrême richesse de sens et de l'abondance des rapprochements qu'offre ce nom de « Nazaréen » :
Rupert de Deutz : Sur Mt II (PL 168, 1345-1346) : Il vint habiter dans la ville appelée Nazareth ; et l’Évangéliste ajoute le pourquoi : pour que fût accompli ce qui a été dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen ...
Quoi donc ? Si le Christ n'avait pas grandi dans la ville qui s'appelle Nazareth, n'aurait-il pas été nazaréen, c'est-à-dire consacré à Dieu? Certes! Nazaréen, pleinement nazaréen, c'est-à-dire consacré à Dieu, c'est-à-dire saint; mais on ne l'aurait pas appelé ainsi. Or, il fallait qu'il fût appelé ainsi, parce que c'est ainsi que l'Esprit Saint, par les prophètes, avait annoncé qu'il serait saint, qu'il serait le Saint des saints. Par exemple : « Malheur, dit Isaïe, à la nation pécheresse, au peuple plein d'iniquité, à l'engeance mauvaise, aux fils criminels! Ils ont abandonné le Seigneur, ils ont blasphémé le Saint d'Israël, ils sont retournés en arrière » (Is 1,4). Et encore : « Mais eux, ils ont irrité et affligé son Esprit Saint » (Is 63,10). Et l'ange dit à Daniel: «... pour que soit consommée la prévarication et que le péché prenne fin, que l'iniquité soit effacée, que vienne la justice éternelle, que s'accomplisse la vision et la prophétie, et que le Saint des saints reçoive Vonction » (Da 9,24). Ce mot hébraïque lui-même, « nazaréen », ce sont les prophètes et les prophéties qui nous l'ont gardé. Jacob, patriarche et prophète, a dit: « Les bénédictions de ton père sont confirmées par les bénédictions de ses pères, jusqu'à ce que vienne le Désir des collines éternelles » (Gn 49,26). Ce Désir, sans nul doute c'est le Christ, « Désir des anges » (1P 1,12) et de tous les saints, Lui que les anges désirent contempler, et de qui le Joseph antique portait le type, parce qu'il fut vendu comme esclave (Ps 105), et après les angoisses de la prison devint seigneur et prince de la terre d'Egypte. Aussitôt après, Jacob ajoute : « Que ces bénédictions descendent sur la tête de Joseph, sur le front du Nazaréen parmi ses frères » (Gn 49,26). Nous pouvons ajouter qu'il est écrit en Isaïe, selon la vérité hébraïque : « Un rameau sortira de la racine de Jessé, et un nazaréen montera de sa racine » (Is 11,1). Et quand Moïse écrit la loi du nazaréen, disant entre autres choses : « Alors, le nazaréen rasera devant la porte du tabernacle la chevelure de sa consécration » (Nb 6,18), puis : « Après cela, le nazaréen peut boire du vin », à quoi tend tout cela, sinon au Christ ? Quelle serait l'utilité de ces paroles, si elles ne se rapportaient aux sacrements spirituels de ce vrai « consacré », de ce vrai « saint » ?
Il fallait, disions-nous, que le Christ fût appelé ainsi, parce que c'est ainsi que l'Esprit Saint l'avait annoncé par les prophètes. Et pourquoi l'avoir annoncé sous ce nom? Parce qu'il est nécessaire au salut éternel, que tout croyant sache et confesse que seul est Saint Celui qui n'a pas fait de péché (Is 53,9); et qu'ail est saint et sans péché au point d'enlever même le péché du monde. Donc, pour donner matière à un si grand nom, et pour que le Christ fût appelé ce qu'il était, à savoir Nazaréen ou Nazarénien, c'est-à-dire consacré et saint, il convenait parfaitement qu'« averti en songe, Joseph se retirât dans la région de la Galilée, et habitât dans la ville qui s'appelle Nazareth ». Ce fut l'occasion pour Pilate — ou plutôt, l'Esprit de Dieu qui sait user même des mauvais pour réaliser un bien, fut à l'oeuvre dans cet acte — d'écrire au-dessus de la Croix du Christ, en hébreu, en grec et en latin, ce titre admirable et célébré : « Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs » (Jn 19). Et c’est encore par l'opération et la providence de l'Esprit Saint que ce titre ne fut pas falsifié par les pontifes juifs, quand ils dirent à Pilate : « N'écris pas Roi des Juifs, mais que lui-même a dit: Je suis le Roi des Juifs ». Car qui donc, sinon l'Esprit de Dieu, lui fit répondre avec décision : « Ce qui est écrit est écrit »?...
Les autres Évangélistes ont passé sous silence le mot de Nazaréen dans ce titre; mais Jean, de son oeil d'aigle, vit qu'il était essentiel à l'identité du Crucifié non seulement d'être Sauveur (Jésus) et d'être Roi — titre qui lui était reproché comme un crime — mais d'être vraiment le Saint, ce que veut dire nazarenus ; et il nous transcrivit le titre entier: "Jésus Nazarenus, Rex Judoeorum".
... Toute langue l'appelle donc Nazaréen : celles des hommes et des anges, des bons et des impies. Et les premiers à l'appeler ainsi [dans l'Évangile] sont les mauvais anges ou malins esprits, torturés par sa présence : « Qu'y a-t-il entre nous et toi, Jésus le Nazaréen ? Es-tu venu avant le temps pour nous perdre ? » (Mc 1,24). Quant aux bons anges, n'ont-ils pas déclaré solennellement, dans la joie de la Résurrection : « Ne craignez pas ! Vous cherchez Jésus le Nazaréen, le Crucifié? Il est ressuscité, il n'est pas ici » (Mc 16,6). Et les impies, non seulement Pilate mais ceux même qui se saisirent de Jésus, confessèrent son nom, et en ressentirent aussitôt la puissance ; car interrogés par lui : « Qui cherchez-vous ? », ils lui répondirent par deux fois : « Jésus le Nazarénien ». Et quand il dit: « C'est moi », ils reculèrent, et tombèrent à terre.