Christophe a écrit :Je commence par quelques généralités...
D'une façon générale, la position de la FSSPX me semble intrinsèquement incohérente. Ou bien l'Église ne peut se tromper, et dans ce cas là les actes du concile œcuménique de Vatican II ne contiennent pas d'erreur. Ou bien elle peut se tromper - (simple hypothèse d'un raisonnement par l'absurde) -, et alors l'enseignement dit "traditionnel" n'est pas davantage infaillible que celui dit "conciliaire" (à supposer que l'un diffère de l'autre), et donc pas de raison
a priori de donner la préférence à l'un sur l'autre.
Vous remarquerez que pour les "traditionalistes" FSSPX, la sainte Tradition de l'Église s'arrête à Vatican II. Mais surtout que
tout ce qui est antérieur à Vatican II est "traditionnel". Pour synthétiser, la sainte Tradition, pour un traditionaliste version FSSPX, c'est "tout l'enseignement de l'Église antérieur à Vatican II". De même que pour les schismatiques de l'Union d'Utrecht, l'enseignement catholique authentique c'est "tout l'enseignement de l'Église antérieur à Vatican
I". Et que pour certains récalcitrants contemporains du concile de Trente, l'enseignement catholique authentique était "tout ce qui est antérieur au concile de Trente". Bref, à la source de toutes ces crises post-conciliaires, il y a - à mon humble avis - un problème de compréhension du concept de sainte Tradition. Prions pour que les prochains Souverains Pontifes sachent clarifier et expliquer - peut-être par une encyclique - cette notion difficile.
En effet, la lecture des actes romains ou pontificaux à travers les siècles met en évidence bon nombre de contradictions apparentes ou réelles. Il importe donc de savoir comment discerner (et qui est compétent pour effectuer ce discernement...) ce qui relève effectivement de la sainte Tradition, et de ce qui relève des erreurs bien humaines - aussi bien ancrées soient-elles - à apurer. Il faut également avoir une compréhension approfondie des deux dogmes de l'infaillibilité ecclésiale et de l'infaillibilité pontificale : conditions, domaine d'applications... Bref, ce n'est pas parce que le Pape Machin ou saint Bidule (exclusivement s'il est antérieur à Vatican II) a écrit ci ou ça, que cela est infaillible et/ou relève nécessairement de la sainte Tradition. Enfin, la distinction entre le Magistère ordinaire et universel, le Magistère extraordinaire et le Magistère simplement ordinaire permet d'y voir un peu plus clair... Néanmoins, le débat devient rapidement complexe et affaire de théologiens...
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Concernant la doctrine sur la liberté religieuse, vous écrivez qu'il y aurait "contradiction de Vatican II avec le magistère de l’Eglise". Je serai bien curieux de savoir précisément quel est le
Magistère de l'Église antérieur à Vatican II sur cette question...
Le
Syllabus errorum est - comme son nom l'indique - un
index ou une "compilation" d'erreurs. En lui-même, il ne contient rien d'autre que des renvois vers différentes encycliques de Pie IX qui traitent d'une manière plus approfondie les propositions condamnées. Certains prétendent que ce
Syllabus jouit du caractère de l'infaillibilité, notamment parce que l'avant propos de l'encyclique
Quanta cura - à laquelle est adjoint le Syllabus - semble répondre aux conditions de l'infaillibilité. Ce qui - si l'on suit cette interprétation - donnerait à l'œuvre quasi-exhaustive de Pie IX le caractère de l'infaillibilité. Il faut aussi remarquer que l'encyclique
Quanta cura a été publié avant que le premier Concile de Vatican ne définisse les conditions de l'infaillibilité pontificale. Personnellement, mon opinion est plutôt que si l'infaillibilité s'applique, elle ne s'applique qu'à l'encyclique
Quanta cura, et non pas au
Syllabus errorum qui en est une appendice mais n'en fait pas partie
stricto sensu.
En général, c'est la proposition n°XV du Syllabus qui est citée par les détracteurs de la liberté religieuse : "
Il est libre à chaque homme d'embrasser et de professer la religion qu'il aura réputée vraie d'après la lumière de la raison". Cette citation renvoie à la lettre apostolique
Multiplices inter du 10 juin 1851 et à l'allocution consistoriale
Maxima quidem du 9 Juin 1862 : deux documents qu'il est indispensable de consulter si l'on souhaite connaître exactement la position du bienheureux Pie IX sur cette question. Quoiqu'il en soit, il n'y a aucune raison de la considérer comme davantage "traditionnelle" que celle de Vatican II, sauf à prouver le contraire. NB : Un fil est ouvert sur le Syllabus :
http://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?t=150
Je considère, mais peut-être me trompes-je, qu'il n'y a pas contradiction entre l'enseignement de Vatican II et celui du "Pape de la Réaction". Je crois tout simplement qu'ils ne parlent pas, au fond, de la même chose et qu'ils se complètent naturellement. Je m'explique :
Dignitatis Humanae proclame
le droit naturel à la liberté civile en matière religieuse (qu'il appelle, par commodité et conformité à l'usage du siècle :
liberté religieuse) et affirme en même temps l'obligation morale pour tout homme de rechercher la vérité en matière religieuse et d'y adhérer lorsqu'il la connaît. Or c'est précisément cette obligation morale qui est niée par les hérétiques indifférentistes et latitudinaristes et qui est rappelée par le bienheureux Pie IX par la condamnation de son antithèse.
Bref, Pie XI parle d'obligation morale personnelle quand Vatican II parle de droit civil public (après avoir néanmoins rappelé l'obligation morale personnelle)...
Il faudrait apporter une petite précision : ce droit à la liberté civile en matière religieuse n'est pas la consécration positive d'un
pseudo droit moral "
d'embrasser et de professer la religion qu'il aura réputée vraie d'après la lumière de la raison", mais est l'expression du droit naturel de ne pas être contraint ou empêché en matière religieuse par une autorité humaine - l'ordre public juste étant sauf.
Pour conclure sur le sujet de la liberté religieuse, je crois que le plus important dans ce débat, ce ne sont pas les arguties avec les lefebvristes à coup de citations, mais le débat de fond et la recherche sincère de la vérité : César a-t-il le droit (avant même le devoir) de séparer le bon grain de l'ivraie ? Cela semble bien plus pertinent que le verbiage de certains "traditionalistes" lefebvristes qui mettent tous leurs efforts à discerner si l'avant-propos de
Quanta Cura remplit toutes les conditions de l'infaillibilité...
La position de Vatican II me semble bien plus conforme à la vérité et à l'Évangile que celle des traditionnalistes qui veulent embrigader sous leur bannière - et sans doute contre leur gré - tous les Papes avant Paul VI (alors que seuls deux ou trois grand maximum se sont brièvement exprimés sur le sujet, tous au XIXème siècle).
Concernant les théologiens "invités" au concile, je ne suis pas compétent pour vous répondre. Il y avait des progressistes et des conservateurs. Chacun a pu s'exprimer et s'en est trouvé satisfait puisque la recherche du consensus était de rigueur. Jusqu'à Monseigneur Lefebvre qui a - participé lors du Concile à la préparations de certains textes et qui les a signés. (Je n'ai aucune référence sur ce sujet). Que certains "progressistes" enthousiastes y aient vu une victoire de leurs idées est une position qui n'engage en aucun cas l'Église...
Christophe