par VexillumRegis » jeu. 05 mai 2005, 9:26
Sur cette question de l'obéissance, voyons ce qu'en dit S. Thomas :
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Comme nous l’avons dit, celui qui obéit est mis en mouvement sur l’ordre de celui qui commande, par une certaine nécessité de justice, comme un être naturel est mis en mouvement par l’être qui l’actionne, par une nécessité de nature. Que ce mouvement ne se produise pas, cela peut tenir à deux causes. D’abord à cause d’un empêchement qui provient de la puissance supérieure d’un autre moteur; c’est ainsi que du bois ne brûle pas si trop d’humidité l’empêche de s’enflammer. Ou bien par un manque de relation entre le mobile et le moteur, parce que le mobile est bien soumis à l’action du moteur sur un point, mais non sur tout. Par exemple l’humidité est parfois soumise à l’action de la chaleur de façon à être réchauffée, sans pouvoir être desséchée ou absorbée.
De même il peut arriver pour deux motifs que le sujet ne soit pas tenu à obéir en tout à son supérieur.
1°- A cause de l’ordre d’un supérieur plus puissant. Sur le texte (Rm 13, 2) : “ Ceux qui résistent attirent sur eux-mêmes la condamnation ”, la Glose commente : “ Si le commissaire donne un ordre, devras-tu l’exécuter si le proconsul ordonne le contraire? Et si le proconsul donne un ordre, et l’empereur un autre, n’est-il pas évident qu’en méprisant le premier, tu dois obéir au second? Donc si l’empereur donne un ordre, et Dieu un autre, tu devras mépriser celui-là et obéir à Dieu. ”
2°- L’inférieur n’est pas tenu d’obéir à son supérieur si celui-ci donne un ordre auquel il n’a pas à se soumettre. Car Sénèque écrit : “ On se trompe si l’on croit que la servitude s’impose à l’homme tout entier. La meilleure partie de lui-même y échappe. C’est le corps qui est soumis et engagé envers les maîtres; l’âme est indépendante. ” C’est pourquoi, en ce qui concerne le mouvement intérieur de la volonté on n’est pas tenu d’obéir aux hommes, mais à Dieu seul.
On est tenu d’obéir aux hommes dans les actes extérieurs du corps. Cependant, même là, selon ce qui relève de la nature du corps, on n’est pas tenu d’obéir aux hommes, mais seulement à Dieu, parce que tous les hommes sont naturellement égaux, par exemple en ce qui concerne la nourriture et la génération. Donc les serviteurs ne sont pas obligés d’obéir à leurs maîtres, ni les enfants à leurs parents, pour contracter mariage ou pour garder la virginité, etc.
Mais en ce qui concerne l’organisation de son activité et des affaires humaines, le sujet est tenu d’obéir à son supérieur dans les limites de leur autorité; ainsi le soldat au chef de l’armée en ce qui concerne la guerre ; le serviteur à son maître en ce qui concerne le service à exécuter; le fils à son père en ce qui concerne la conduite de sa vie et l’organisation domestique, et ainsi du reste.
Somme Théologique, II, II, q. 104, a. 5.
On n’est tenu d’obéir aux princes séculiers que dans la mesure requise par un ordre fondé en justice. Et c’est pourquoi, si les chefs ont une autorité usurpée, donc injuste, ou si leurs préceptes sont injustes, leurs sujets ne sont pas tenus de leur obéir, sinon peut-être par accident, pour éviter un scandale ou un danger.
Somme Théologique, II, II, q. 104, a. 6.
Références trouvées dans : Saint Thomas d'Aquin,
Petite somme politique, anthologie de textes politiques traduits et présentés par Denis Sureau, Téqui, 1997, pp. 185-186.[/align]
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Sur cette question de l'obéissance, voyons ce qu'en dit S. Thomas :
[align=justify][color=darkblue]Comme nous l’avons dit, celui qui obéit est mis en mouvement sur l’ordre de celui qui commande, par une certaine nécessité de justice, comme un être naturel est mis en mouvement par l’être qui l’actionne, par une nécessité de nature. Que ce mouvement ne se produise pas, cela peut tenir à deux causes. D’abord à cause d’un empêchement qui provient de la puissance supérieure d’un autre moteur; c’est ainsi que du bois ne brûle pas si trop d’humidité l’empêche de s’enflammer. Ou bien par un manque de relation entre le mobile et le moteur, parce que le mobile est bien soumis à l’action du moteur sur un point, mais non sur tout. Par exemple l’humidité est parfois soumise à l’action de la chaleur de façon à être réchauffée, sans pouvoir être desséchée ou absorbée.
De même il peut arriver pour deux motifs que le sujet ne soit pas tenu à obéir en tout à son supérieur.
[b]1°[/b]- A cause de l’ordre d’un supérieur plus puissant. Sur le texte (Rm 13, 2) : “ Ceux qui résistent attirent sur eux-mêmes la condamnation ”, la Glose commente : “ Si le commissaire donne un ordre, devras-tu l’exécuter si le proconsul ordonne le contraire? Et si le proconsul donne un ordre, et l’empereur un autre, n’est-il pas évident qu’en méprisant le premier, tu dois obéir au second? Donc [b]si l’empereur donne un ordre, et Dieu un autre, tu devras mépriser celui-là et obéir à Dieu[/b]. ”
[b]2°[/b]- L’inférieur n’est pas tenu d’obéir à son supérieur si celui-ci donne un ordre auquel il n’a pas à se soumettre. Car Sénèque écrit : “ On se trompe si l’on croit que la servitude s’impose à l’homme tout entier. La meilleure partie de lui-même y échappe. C’est le corps qui est soumis et engagé envers les maîtres; l’âme est indépendante. ” [b]C’est pourquoi, en ce qui concerne le mouvement intérieur de la volonté on n’est pas tenu d’obéir aux hommes, mais à Dieu seul[/b].
On est tenu d’obéir aux hommes dans les actes extérieurs du corps. Cependant, même là, selon ce qui relève de la nature du corps, on n’est pas tenu d’obéir aux hommes, mais seulement à Dieu, parce que tous les hommes sont naturellement égaux, par exemple en ce qui concerne la nourriture et la génération. Donc les serviteurs ne sont pas obligés d’obéir à leurs maîtres, ni les enfants à leurs parents, pour contracter mariage ou pour garder la virginité, etc.
Mais en ce qui concerne l’organisation de son activité et des affaires humaines, le sujet est tenu d’obéir à son supérieur [b]dans les limites de leur autorité[/b]; ainsi le soldat au chef de l’armée en ce qui concerne la guerre ; le serviteur à son maître en ce qui concerne le service à exécuter; le fils à son père en ce qui concerne la conduite de sa vie et l’organisation domestique, et ainsi du reste[/color].
:arrow: [i]Somme Théologique[/i], II, II, q. 104, a. 5.
[color=darkblue][b]On n’est tenu d’obéir aux princes séculiers que dans la mesure requise par un ordre fondé en justice[/b]. Et c’est pourquoi, si les chefs ont une autorité usurpée, donc injuste, ou si leurs préceptes sont injustes, leurs sujets ne sont pas tenus de leur obéir, sinon peut-être par accident, pour éviter un scandale ou un danger[/color].
:arrow: [i]Somme Théologique[/i], II, II, q. 104, a. 6.
Références trouvées dans : Saint Thomas d'Aquin, [i]Petite somme politique[/i], anthologie de textes politiques traduits et présentés par Denis Sureau, Téqui, 1997, pp. 185-186.[/align]
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