par Christian » sam. 04 juin 2005, 19:35
Falk Van Gaver
Le principal agent du mépris de la Création et de l'exploitation égoïste des ressources naturelles est une société déchristianisée, ayant perdu le respect des oeuvres de Dieu et l'espérance d'un salut cosmique englobant toutes les créatures." (p. 28)
Falk Van Gaver encore:
"Le monde n'est pas en notre possession, il s'agit d'un don (...) L'ascèse, la chasteté, la maîtrise de soi signifient que nous devons volontairement limiter notre production et notre consommation en faisant une distinction cruciale entre ce que nous désirons et ce dont nous avons besoin. Le sacrifice est la dimension qui manque à l'éthique moderne de l'environnement et à toute action écologique". (pp. 59-60)
Christian a écrit:
Je viens de faire un commentaire dans ma paroisse du très curieux évangile du ‘gérant malhonnête' (Lc, 16), qui ne m’a pas valu que des enthousiasmes, mais qui je crois réfute ce[s] affirmation[s] de Falk Van Gaver.
Christophe
Pouvez-vous préciser dans quelle mesure la parabole de l'intendant infidèle vous semble réfuter l'affirmation de Falk van Gaver ?
[align=justify]1 Jésus disait encore à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé parce qu'il gaspillait ses biens. 2 Il le convoqua et lui dit : 'Qu'est-ce que j'entends dire de toi ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires.' 3 Le gérant pensa : 'Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance ? Travailler la terre ? Je n'ai pas la force. Mendier ? J'aurais honte. 4 Je sais ce que je vais faire, pour qu'une fois renvoyé de ma gérance, je trouve des gens pour m'accueillir.'
5 Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : 'Combien dois-tu à mon maître ? - 6 Cent barils d'huile.' Le gérant lui dit : 'Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.' 7 Puis il demanda à un autre : 'Et toi, combien dois-tu ? - Cent sacs de blé.' Le gérant lui dit : 'Voici ton reçu, écris quatre-vingts.' 8 Ce gérant trompeur, le maître fit son éloge : effectivement, il s'était montré habile, car les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.
9 Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l'Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. 10 Celui qui est digne de confiance dans une toute petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est trompeur dans une petite affaire est trompeur aussi dans une grande. 11 Si vous n'avez pas été dignes de confiance avec l'Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? 12 Et si vous n'avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera ?
13 Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera le premier, et aimera le second ; ou bien il s'attachera au premier, et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent. » (Luc, 16)[/align]
Il est certain que Jésus ne se livre pas ici à une étude de cas pour école de commerce. J’ai lu bien des commentaires de cette parabole et aucun ne m’a satisfait. Mon interprétation (qui vaut ce qu’elle vaut) est celle-ci :
Le propriétaire est le Père (comme celui du Fils prodigue, comme le Maître de la vigne, l’Hôte du grand festin, l’Epoux qui vient tard le soir, comme tant de figures des paraboles). Et s’il est le Père, alors Son domaine donné en gérance est la création. La logique du Père n’est pas celle comptable des intérêts humains. Il n’attend pas de dividendes de son domaine. Sa création est là pour la félicité de ceux qu’Il y placés. La faute du gérant est de l’avoir oublié. Justement, il a cru que Dieu était âpre à exiger des comptes, à Se faire payer.
Mais non, Dieu ne demande rien pour Lui de Son domaine. Voilà pourquoi cette parabole torpille tout le discours constipé des écolos-cathos-gauchos, qui viennent cafter chez le propriétaire : «Il y en a un qui gaspille Tes biens, gnagnagna» ; tout le discours de ‘l’intendance’, celui de ces ‘fils de la lumière’, de blanc vêtus, qui ne mettent pas la main à la pâte et ne font pas juter le domaine alors que les endettés manquent d’huile et de froment, de ces peureux qui enfouissent le talent qu’on leur a donné pour le rendre bien intact, écologiquement propre, des rabat-joie et pense-petit qui prêchent ‘vivez dans la gêne’, ‘consommez moins’, ‘faites des sacrifices’, ‘Dieu (le radin) n’en a pas créé assez pour tout le monde’...
Le gérant a vite fait de réparer son erreur. « Je n’avais pas compris que le critère de gestion, celui sur lequel je serai jugé, c’est l’abondance ». Et de remettre une partie des dettes dues à son maître. Il ne s’agit pas de se ‘servir au tas’, ce qui serait irresponsable, ni que la remise de dette soit égale pour tout le monde (50% pour l’un, 20% pour l’autre), ce qui ne tient pas compte des personnes, mais que chacun ait le maximum de ce qu'il peut faire produire à la création.
Se mettre au service d’autrui, totalement dépendant de son bon vouloir, est l’humilité que le marché réclame de chacun de ses acteurs. Nous ne pouvons plus, pris dans sa discipline, nous attacher à la terre, au domaine, à l’argent, à la matière, mais seulement à leur finalité, qui est le peuple humain. Nous ne devons plus être comme ces paysans, amoureux de leur lopin, mais comme ces producteurs, conscients d’avoir à nourrir le maximum d’êtres humains. Nous ne devons plus être comme ces artisans et ces ingénieurs, amoureux de leur belle ouvrage, mais comme ces entrepreneurs, qui regardent d’abord quel problème humain l’ouvrage doit résoudre, belle ou pas.
Ainsi, nous ne serons pas trompés par la séduction de la matière. Ainsi nous aurons porté la création jusqu'à l'abondance, et nous l'aurons offerte, à grandes mesures débordantes aux êtres humains, qui nous accueilleront un jour dans les demeures éternelles.
Voilà la trame de l’argument que j’ai développé dans une communauté ultra progressiste de Londres. Je ne sais pas dans quelle demeure ils m’accueilleront, ces braves gens, mais sûrement plus chez eux :lol:
Bien à vous tous
Christian[align=justify][/align]
[quote][b]Falk Van Gaver[/b]
Le principal agent du mépris de la Création et de l'exploitation égoïste des ressources naturelles est une société déchristianisée, ayant perdu le respect des oeuvres de Dieu et l'espérance d'un salut cosmique englobant toutes les créatures." (p. 28)
[b]Falk Van Gaver encore:[/b]
"Le monde n'est pas en notre possession, il s'agit d'un don (...) L'ascèse, la chasteté, la maîtrise de soi signifient que nous devons volontairement limiter notre production et notre consommation en faisant une distinction cruciale entre ce que nous désirons et ce dont nous avons besoin. Le sacrifice est la dimension qui manque à l'éthique moderne de l'environnement et à toute action écologique". (pp. 59-60)
[b]Christian a écrit:[/b]
Je viens de faire un commentaire dans ma paroisse du très curieux évangile du ‘gérant malhonnête' (Lc, 16), qui ne m’a pas valu que des enthousiasmes, mais qui je crois réfute ce[s] affirmation[s] de Falk Van Gaver.
[b]Christophe[/b]
Pouvez-vous préciser dans quelle mesure la parabole de l'intendant infidèle vous semble réfuter l'affirmation de Falk van Gaver ?[/quote]
[color=darkblue][align=justify]1 Jésus disait encore à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé parce qu'il gaspillait ses biens. 2 Il le convoqua et lui dit : 'Qu'est-ce que j'entends dire de toi ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires.' 3 Le gérant pensa : 'Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance ? Travailler la terre ? Je n'ai pas la force. Mendier ? J'aurais honte. 4 Je sais ce que je vais faire, pour qu'une fois renvoyé de ma gérance, je trouve des gens pour m'accueillir.'
5 Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : 'Combien dois-tu à mon maître ? - 6 Cent barils d'huile.' Le gérant lui dit : 'Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.' 7 Puis il demanda à un autre : 'Et toi, combien dois-tu ? - Cent sacs de blé.' Le gérant lui dit : 'Voici ton reçu, écris quatre-vingts.' 8 Ce gérant trompeur, le maître fit son éloge : effectivement, il s'était montré habile, car les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.
9 Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l'Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. 10 Celui qui est digne de confiance dans une toute petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est trompeur dans une petite affaire est trompeur aussi dans une grande. 11 Si vous n'avez pas été dignes de confiance avec l'Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? 12 Et si vous n'avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera ?
13 Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera le premier, et aimera le second ; ou bien il s'attachera au premier, et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent. » (Luc, 16)[/align][/color]
Il est certain que Jésus ne se livre pas ici à une étude de cas pour école de commerce. J’ai lu bien des commentaires de cette parabole et aucun ne m’a satisfait. Mon interprétation (qui vaut ce qu’elle vaut) est celle-ci :
Le propriétaire est le Père (comme celui du Fils prodigue, comme le Maître de la vigne, l’Hôte du grand festin, l’Epoux qui vient tard le soir, comme tant de figures des paraboles). Et s’il est le Père, alors Son domaine donné en gérance est la création. La logique du Père n’est pas celle comptable des intérêts humains. Il n’attend pas de dividendes de son domaine. Sa création est là pour la félicité de ceux qu’Il y placés. La faute du gérant est de l’avoir oublié. Justement, il a cru que Dieu était âpre à exiger des comptes, à Se faire payer.
Mais non, Dieu ne demande rien pour Lui de Son domaine. Voilà pourquoi cette parabole torpille tout le discours constipé des écolos-cathos-gauchos, qui viennent cafter chez le propriétaire : «Il y en a un qui gaspille Tes biens, gnagnagna» ; tout le discours de ‘l’intendance’, celui de ces ‘fils de la lumière’, de blanc vêtus, qui ne mettent pas la main à la pâte et ne font pas juter le domaine alors que les endettés manquent d’huile et de froment, de ces peureux qui enfouissent le talent qu’on leur a donné pour le rendre bien intact, écologiquement propre, des rabat-joie et pense-petit qui prêchent ‘vivez dans la gêne’, ‘consommez moins’, ‘faites des sacrifices’, ‘Dieu (le radin) n’en a pas créé assez pour tout le monde’...
Le gérant a vite fait de réparer son erreur. « Je n’avais pas compris que le critère de gestion, celui sur lequel je serai jugé, c’est l’abondance ». Et de remettre une partie des dettes dues à son maître. Il ne s’agit pas de se ‘servir au tas’, ce qui serait irresponsable, ni que la remise de dette soit égale pour tout le monde (50% pour l’un, 20% pour l’autre), ce qui ne tient pas compte des personnes, mais que chacun ait le maximum de ce qu'il peut faire produire à la création.
Se mettre au service d’autrui, totalement dépendant de son bon vouloir, est l’humilité que le marché réclame de chacun de ses acteurs. Nous ne pouvons plus, pris dans sa discipline, nous attacher à la terre, au domaine, à l’argent, à la matière, mais seulement à leur finalité, qui est le peuple humain. Nous ne devons plus être comme ces paysans, amoureux de leur lopin, mais comme ces producteurs, conscients d’avoir à nourrir le maximum d’êtres humains. Nous ne devons plus être comme ces artisans et ces ingénieurs, amoureux de leur belle ouvrage, mais comme ces entrepreneurs, qui regardent d’abord quel problème humain l’ouvrage doit résoudre, belle ou pas.
Ainsi, nous ne serons pas trompés par la séduction de la matière. Ainsi nous aurons porté la création jusqu'à l'abondance, et nous l'aurons offerte, à grandes mesures débordantes aux êtres humains, qui nous accueilleront un jour dans les demeures éternelles.
Voilà la trame de l’argument que j’ai développé dans une communauté ultra progressiste de Londres. Je ne sais pas dans quelle demeure ils m’accueilleront, ces braves gens, mais sûrement plus chez eux :lol:
Bien à vous tous
Christian[align=justify][/align]