par coeurderoy » lun. 23 mars 2009, 18:34
Merci pour Saint-Bertin ! oui dans ces sites malmenés par l'Histoire, c'est très réconfortant de réaliser que nous sommes véritablement "les pierres vivantes" de la Jérusalem céleste (à notre petit niveau) sans doute.
Concernant ce que vous évoquiez dans votre présentation sur les traces usées, humbles des pèlerins de Saint-Jacques, il m'est arrivé de faire la méditation suivante en considérant l'état de certaines cathédrales (Soissons, Reims, Noyon) au lendemain de la Première Guerre Mondiale : la structure de l'édifice a "tenu le coup" parce que les fondations et les principales structures organiques étaient vraiment solides. Les éléments décoratifs (qui flattent notre amour de l'Art, notre curiosité aussi), vitraux, sculptures, fleurons...ces pierres mises en lumière, admirées, ont parfois totalement disparu. Fort belles, elles étaient un luxe "de surcroît".
Les pierres les plus humbles, touchant le sol, massives, humides, ignorées ont assuré la stabilité de ces monuments martyrisés. Je regrette pour ma part, telle restauration de Reims qui fit disparaître, au niveau de la Grande Rose, des trace de l'incendie de 1914 : le calcaire blond de Champagne était devenu rouge...sang par endroits. Passée à l'épreuve du feu, Notre-Dame-des-Anges avait vraiment des allures de martyre. Certaines rides sont plus éloquentes que des visages trop lisses. Ma méditation pour vous dire que les éléments de l'Eglise humaine qui font tenir l'édifice sont, à mon humble avis, souvent ignorés, cachés : certains curés applaudis des médias, parce que "décoratifs" ou..."tranquillisants" seront un jour totalement oubliés !
Puisque vous êtes "jacquaire" camino, j'ai reçu un jour une "pèlerine" dans une ancienne abbaye où je travaillais (la Sauve Majeure, Entre-Deux-Mers, fondée par saint-Gérard de Corbie, un Picard).
Nous avions reçu un coup de fil la veille : la demoiselle pensait que l'abbaye était toujours "en service"... Nous lui répondîmes que nous pouvions l'héberger chez nous : en arrivant elle découvrit que la Sauve-Majeure (grande étape des pèlerins avant la traversée des Landes insalubres) n'était plus qu'un squelette de pierre, à ciel ouvert, avec de merveilleux chapiteaux intacts cependant.
C'est dans ces années 92-93 que je vis passer le journaliste Jean-Paul Kaufmann, récemment libéré du Liban, grave, méditatif. Le voir assis dans l'abbatiale sous le chapiteau représentant "Daniel dans la fosse aux lions" fut à la fois douloureux et édifiant si l'on songe à ce qu'un chrétien ex-otage prisonnier pouvait ressentir en ce lieu particulièrement paisible...
Bonne fin de journée à vous et merci aux maitres inconnus qui nous permettent de conserver émerveillement et enthousiasme devant la Beauté du monde...
Ci-dessous: ruines de la Grande Sauve (Silva Major, Gironde, commune de La Sauve), fondée en 1079 par Gérard de Corbie. Eglise de 1130-40, clocher et vestiges des bâtiments monastiques XIIIème s.)
- Pièces jointes
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[justifier]Merci pour Saint-Bertin ! oui dans ces sites malmenés par l'Histoire, c'est très réconfortant de réaliser que nous sommes véritablement "les pierres vivantes" de la Jérusalem céleste (à notre petit niveau) sans doute.
Concernant ce que vous évoquiez dans votre présentation sur les traces usées, humbles des pèlerins de Saint-Jacques, il m'est arrivé de faire la méditation suivante en considérant l'état de certaines cathédrales (Soissons, Reims, Noyon) au lendemain de la Première Guerre Mondiale : la structure de l'édifice a "tenu le coup" parce que les fondations et les principales structures organiques étaient vraiment solides. Les éléments décoratifs (qui flattent notre amour de l'Art, notre curiosité aussi), vitraux, sculptures, fleurons...ces pierres mises en lumière, admirées, ont parfois totalement disparu. Fort belles, elles étaient un luxe "de surcroît".
Les pierres les plus humbles, touchant le sol, massives, humides, ignorées ont assuré la stabilité de ces monuments martyrisés. Je regrette pour ma part, telle restauration de Reims qui fit disparaître, au niveau de la Grande Rose, des trace de l'incendie de 1914 : le calcaire blond de Champagne était devenu rouge...sang par endroits. Passée à l'épreuve du feu, Notre-Dame-des-Anges avait vraiment des allures de martyre. Certaines rides sont plus éloquentes que des visages trop lisses. Ma méditation pour vous dire que les éléments de l'Eglise humaine qui font tenir l'édifice sont, à mon humble avis, souvent ignorés, cachés : certains curés applaudis des médias, parce que "décoratifs" ou..."tranquillisants" seront un jour totalement oubliés !
Puisque vous êtes "jacquaire" camino, j'ai reçu un jour une "pèlerine" dans une ancienne abbaye où je travaillais (la Sauve Majeure, Entre-Deux-Mers, fondée par saint-Gérard de Corbie, un Picard).
Nous avions reçu un coup de fil la veille : la demoiselle pensait que l'abbaye était toujours "en service"... Nous lui répondîmes que nous pouvions l'héberger chez nous : en arrivant elle découvrit que la Sauve-Majeure (grande étape des pèlerins avant la traversée des Landes insalubres) n'était plus qu'un squelette de pierre, à ciel ouvert, avec de merveilleux chapiteaux intacts cependant.
C'est dans ces années 92-93 que je vis passer le journaliste Jean-Paul Kaufmann, récemment libéré du Liban, grave, méditatif. Le voir assis dans l'abbatiale sous le chapiteau représentant "Daniel dans la fosse aux lions" fut à la fois douloureux et édifiant si l'on songe à ce qu'un chrétien ex-otage prisonnier pouvait ressentir en ce lieu particulièrement paisible...
Bonne fin de journée à vous et merci aux maitres inconnus qui nous permettent de conserver émerveillement et enthousiasme devant la Beauté du monde...[/justifier]
Ci-dessous: ruines de la Grande Sauve (Silva Major, Gironde, commune de La Sauve), fondée en 1079 par Gérard de Corbie. Eglise de 1130-40, clocher et vestiges des bâtiments monastiques XIIIème s.)