par Pneumatis » mar. 02 juin 2009, 10:49
Etrigan a écrit :Non, vous ne comprenez pas. Les textes ont été écrits en Hébreu, en Hébreu ! Parce que l'Hébreu est la langue des scribes. Et cela a pu être démontré par le principe de la rétroversion : on utilise le vocabulaire de la Septante qui est une traduction littérale de l'Hébreu en Grec et on découvre que des parties des Evangiles qui semblaient incompréhensibles en Grec deviennent limpides en Hébreu. De plus, on peut appliquer à ces textes rétroversés des principes de la Kabbale juive qui tombent, comme par hasard, juste ! De là, il semble indubitable que ces textes furent écrits en Hébreu à l'origine, d'où l'importance de revenir au texte primitif -ou en tout cas d'essayer- afin de coller au plus près au sens réel des paroles du Christ.
Mais je n'ai jamais dit que la source des textes n'était pas hébraïque. L'araméen, langue vernaculaire dans laquelle enseignait Jésus est un dérivé de l'hébreu, comme le français du latin, et faisait appel à nombre de citations des saintes écritures, peut-être même dans l'hébreu d'origine. Lesquelles parties des écritures étaient explicitées par Jésus lui-même, de toute façon, dans la langue parlée alors.
Bref, la question de l'écrit des évangiles est de toute façon parfaitement superficielle : il s'agissaient d'enseignements oraux, en araméens. Les apôtres ont d'abord enseigné en araméen (peut-être avec quelques citations directement en hébreu, comme on citerait nous aujourd'hui du latin par exemple), puis rapidement en grec sous l'impulsion d'Etienne et des six autres qu'on a appelé les premiers diacres. Leur vocation étant de traduire, sous l'inspiration de l'esprit saint, les enseignements araméens des apôtres dans la langue grec.
Les versions écrites sont venues bien plus tard mais ne sont que de simples mises par écrit de ces enseignements oraux. J'aime beaucoup le travail de Tresmontant, mais sur ce point, il faut s'accorder sur ce de quoi on parle. Dire que les textes ont été
écrits en hébreu supposerait
- soit qu'il y avait une culture hébraïque de l'écrit : ce qui est totalement absurde au regard de la tradition du temps de Jésus. La seule culture de l'écrit du temps de Jésus venait du monde grec (et peut-être romain également)
- soit que Jésus eut lui-même enseigné en hébreu : ce qui est également absurde car personne ne parlait hébreu, comme aujourd'hui personne ne parle plus latin, sinon pour citer les écritures. A Jerusalem, on parlait le grec et l'araméen (langue hébraïque toutefois). Ce serait comme si Jésus revenait aujourd'hui et qu'il se mettait à prêcher en latin !!! A la limite, étant donné la configuration géopolitique du moyen orient du temps de Jésus, il aurait été plus probable qu'il enseigne en grec qu'en hébreu.
Après je ne nie en rien qu'il faille une très bonne connaissance des écritures en hébreu pour s'imprégner des enseignements de Jésus et des apôtres, au contraire, je suis à 200% d'accord avec ça : c'était la nourriture des apôtres, leur pain quotidien. Jésus n'a eu de cesse, après sa résurrection, de leur ouvrir l'esprit à l'intelligence des écritures. Personne ne niait alors, et personne ne nie encore aujourd'hui, que ce bagage des apôtres fut hébreu, comme nos docteurs de la foi ont aujourd'hui une grande maitrise du latin (normalement). Cela ne veut pas dire que les évangélistes, une fois que tous les enseignements oraux furent composés définitivement, aient
écrit en hébreu. Enfin même, cela n'aurait strictement aucun sens : ils étaient parlant grec et ils enseignaient au monde grec !!! Si quelque chose a pu justifier qu'ils écrivent, ce ne pouvait être encore que la culture helléniste à laquelle ils voulaient absolument s'ouvrir, une culture de l'écrit contrairement à la culture hébraïque. Quant à l'araméen, c'était une langue parlée : il est donc très peu probable que nous ayons eu des évangiles
écrits en araméen (mais parlés araméens, oui sans aucun doute).
Cela n'enlève rien au fait que, par exemple, on ne comprendra pas le sens de "
Je suis l'Alpha et l'Omega" dans l'Apocalypse si on ne transpose pas en hébreu (un exemple que j'affectionne particulièrement). Pourtant le texte est incontestablement d'origine grecque, mais son auteur connait aussi bien le grec que l'hébreu, et quand il écrit l'Alpha et l'Oméga, il sous-entend en hébreu ALEPH-VAV-TAV, qui signifie "le Signe". C'est ainsi que dans tout le nouveau testament, les textes doivent être pensés en hébreu, mais ils ont pourtant bel et bien été écrits en grec, comme étant la transcription d'enseignements oraux d'une langue vernaculaire (l'araméen) dans une autre (le grec) permettant ainsi l'ouverture de l'évangile à l'universel.
Si ce sujet vous intéresse voyez les travaux de Pierre Perrier qu'on a souvent cité ici, et qui a produit des avancées considérable dans la compréhension de la formation des évangiles. En effet, l'archéologie ne doit pas se concentrer uniquement sur la langue, mais sur toute la culture qui l'accompagne pour la comprendre, et sur une bonne dose de bon sens. Mais là-dessus, il est vrai que Tresmontant a largement contribué, à sa manière, à cette avancée. Mais on ne réforme pas totalement une pensée si ancrée que la notre dans la culture de l'écrit, du jour au lendemain.
[quote="Etrigan"]Non, vous ne comprenez pas. Les textes ont été écrits en Hébreu, en Hébreu ! Parce que l'Hébreu est la langue des scribes. Et cela a pu être démontré par le principe de la rétroversion : on utilise le vocabulaire de la Septante qui est une traduction littérale de l'Hébreu en Grec et on découvre que des parties des Evangiles qui semblaient incompréhensibles en Grec deviennent limpides en Hébreu. De plus, on peut appliquer à ces textes rétroversés des principes de la Kabbale juive qui tombent, comme par hasard, juste ! De là, il semble indubitable que ces textes furent écrits en Hébreu à l'origine, d'où l'importance de revenir au texte primitif -ou en tout cas d'essayer- afin de coller au plus près au sens réel des paroles du Christ.[/quote]
Mais je n'ai jamais dit que la source des textes n'était pas hébraïque. L'araméen, langue vernaculaire dans laquelle enseignait Jésus est un dérivé de l'hébreu, comme le français du latin, et faisait appel à nombre de citations des saintes écritures, peut-être même dans l'hébreu d'origine. Lesquelles parties des écritures étaient explicitées par Jésus lui-même, de toute façon, dans la langue parlée alors.
Bref, la question de l'écrit des évangiles est de toute façon parfaitement superficielle : il s'agissaient d'enseignements oraux, en araméens. Les apôtres ont d'abord enseigné en araméen (peut-être avec quelques citations directement en hébreu, comme on citerait nous aujourd'hui du latin par exemple), puis rapidement en grec sous l'impulsion d'Etienne et des six autres qu'on a appelé les premiers diacres. Leur vocation étant de traduire, sous l'inspiration de l'esprit saint, les enseignements araméens des apôtres dans la langue grec.
Les versions écrites sont venues bien plus tard mais ne sont que de simples mises par écrit de ces enseignements oraux. J'aime beaucoup le travail de Tresmontant, mais sur ce point, il faut s'accorder sur ce de quoi on parle. Dire que les textes ont été [u]écrits[/u] en hébreu supposerait
- soit qu'il y avait une culture hébraïque de l'écrit : ce qui est totalement absurde au regard de la tradition du temps de Jésus. La seule culture de l'écrit du temps de Jésus venait du monde grec (et peut-être romain également)
- soit que Jésus eut lui-même enseigné en hébreu : ce qui est également absurde car personne ne parlait hébreu, comme aujourd'hui personne ne parle plus latin, sinon pour citer les écritures. A Jerusalem, on parlait le grec et l'araméen (langue hébraïque toutefois). Ce serait comme si Jésus revenait aujourd'hui et qu'il se mettait à prêcher en latin !!! A la limite, étant donné la configuration géopolitique du moyen orient du temps de Jésus, il aurait été plus probable qu'il enseigne en grec qu'en hébreu.
Après je ne nie en rien qu'il faille une très bonne connaissance des écritures en hébreu pour s'imprégner des enseignements de Jésus et des apôtres, au contraire, je suis à 200% d'accord avec ça : c'était la nourriture des apôtres, leur pain quotidien. Jésus n'a eu de cesse, après sa résurrection, de leur ouvrir l'esprit à l'intelligence des écritures. Personne ne niait alors, et personne ne nie encore aujourd'hui, que ce bagage des apôtres fut hébreu, comme nos docteurs de la foi ont aujourd'hui une grande maitrise du latin (normalement). Cela ne veut pas dire que les évangélistes, une fois que tous les enseignements oraux furent composés définitivement, aient [u]écrit[/u] en hébreu. Enfin même, cela n'aurait strictement aucun sens : ils étaient parlant grec et ils enseignaient au monde grec !!! Si quelque chose a pu justifier qu'ils écrivent, ce ne pouvait être encore que la culture helléniste à laquelle ils voulaient absolument s'ouvrir, une culture de l'écrit contrairement à la culture hébraïque. Quant à l'araméen, c'était une langue parlée : il est donc très peu probable que nous ayons eu des évangiles [u]écrits[/u] en araméen (mais parlés araméens, oui sans aucun doute).
Cela n'enlève rien au fait que, par exemple, on ne comprendra pas le sens de "[i]Je suis l'Alpha et l'Omega[/i]" dans l'Apocalypse si on ne transpose pas en hébreu (un exemple que j'affectionne particulièrement). Pourtant le texte est incontestablement d'origine grecque, mais son auteur connait aussi bien le grec que l'hébreu, et quand il écrit l'Alpha et l'Oméga, il sous-entend en hébreu ALEPH-VAV-TAV, qui signifie "le Signe". C'est ainsi que dans tout le nouveau testament, les textes doivent être pensés en hébreu, mais ils ont pourtant bel et bien été écrits en grec, comme étant la transcription d'enseignements oraux d'une langue vernaculaire (l'araméen) dans une autre (le grec) permettant ainsi l'ouverture de l'évangile à l'universel.
Si ce sujet vous intéresse voyez les travaux de Pierre Perrier qu'on a souvent cité ici, et qui a produit des avancées considérable dans la compréhension de la formation des évangiles. En effet, l'archéologie ne doit pas se concentrer uniquement sur la langue, mais sur toute la culture qui l'accompagne pour la comprendre, et sur une bonne dose de bon sens. Mais là-dessus, il est vrai que Tresmontant a largement contribué, à sa manière, à cette avancée. Mais on ne réforme pas totalement une pensée si ancrée que la notre dans la culture de l'écrit, du jour au lendemain.