par François-Xavier » ven. 29 mai 2009, 15:45
Raistlin a écrit :
Mouais, si chaque exégète qui ose inetrroger le coran doit craindre pour sa vie, on n'est pas rendu...
Ceci dit, je ne me suis toujours pas fait tuer, ni même "casser la gueule". ce n'est pas faute d'essayer, peut être, m'enfin....
Pentecôte sur le canal
« Avec le consentement (un peu dubitatif) du conseil paroissial, nous avions décidé de lancer un point d’apostolat sur la place de la bataille Stalingrad. À cet endroit se trouvait une sortie du métro Jaurès ainsi qu’une écluse donnant vers le canal Saint-Martin. Un lieu de rendez-vous parfait. Notre nef en plein air suivait le tracé d’une piste cyclable, à l’emplacement des anciens murs des fermiers généraux. Avant la Révolution, on devait acquitter ici un péage avant d’entrer dans la capitale. De l’Ancien Régime, il ne restait aucune trace sinon la rotonde de la Villette érigée par Ledoux et qui avait servi
un temps de grenier à sel. Aujourd’hui, il s’agissait d’une grande zone ouverte et branchée depuis l’installation d’un cinéma MK2 sur le quai de la Loire. Un lieu de passage
choisi par les Témoins de Jéhovah pour distribuer leur camelote.
Pour le lancement, nous avions rameuté le banc et l’arrière banc de nos connaissances. Les Témoins de Jéhovah, présents sur la place, regardaient d’un drôle d’oeil nos panneaux catholiques. La rue appartenait à tout le monde et nous avions en prime l’autorisation de la République. Lorsque nous avions commencé à prier, les Témoins
avaient subitement battu en retraite. Volatilisés comme des moineaux. Avant même d’ouvrir la bouche, j’avais pu constater la force de la prière. Malgré la fatigue et le trac, je me lançais en louant les merveilles de notre Seigneur. Lui qui était venu jusqu’à nous, jusqu’à Bethléem, jusqu’à Rome et Lutèce. Nous étions les successeurs de saint Denis. Petite pincée de sel jetée dans le bouillon païen de la capitale.
Un homme originaire d’Afrique du Nord s’était approché de moi tout de suite. Il avait l’air pressé d’intervenir. Quelques paroissiens disséminés dans la foule redoutaient le pire. Le Seigneur venait de faire un miracle avec les Témoins de Jéhovah, allait-il en accorder un second ? Devant les badauds étonnés, l’homme d’âge mûr s’était mis à nous féliciter chaleureusement : « Bravo de parler de Dieu dans la rue ! Vous, les chrétiens, vous avez un si beau message ! » Cette déclaration avait de quoi réchauffer les cathos les plus réfrigérés. Cela tombait à pic.
Avec la grâce de Dieu, nous avons continué à ramer en face du bassin de la Villette. Mois après mois, saison après saison. En ce jour de décembre, la place de la bataille de Stalingrad portait bien son nom. Ses pavés ruisselants étaient le théâtre d’un combat invisible, lointain écho du choc entre les nazis et les communistes. De l’extérieur, le champ de bataille semblait plutôt minable. Une vieille caisse, quelques tracts en forme de papier mâché et et des thermos (…) Mitraillés par une pluie diluvienne, nous cherchions le contact avec les passants. Mais eux filaient à toute allure entre la bouche du métro et le canal Saint-Martin, comme s’ils voulaient échapper à un fléau. Devant le passage piéton, une dame hésitait et titubait, un sapin de Noël sous le bras. C’était la fête de l’Immaculée conception. Pas besoin d’un institut de sondage pour mesurer le gouffre sémantique qui séparait notre calendrier de celui de nos clients virtuels. Immaculée conception, ce titre étrange survenait comme une pucelle de roman de chevalerie dans un magasin de grande distribution.
Au rayon fruits et légumes. Je m’accrochais pourtant à cette expression de foi qui avait fait la réputation – universelle – de Lourdes ! Il y a cent cinquante ans, la Vierge était apparue à Bernadette s’adressant à elle dans le patois des Pyrénées. L’événement avait fait plusieurs fois le tour de la planète. Et les Français incrédules ont pu voir le pape Benoît XVI se recueillir en septembre 2008 devant la grotte. Patois ou chinois, c’était du pareil au
même pour les citoyens qui défilaient au pas de course devant notre maigre stand.
Perché sur ma caisse en bois, j’observais les déplacements de mes frères en humanité.
Mouillé pour mouillé, j’avais ôté mon couvre chef. Un seul endroit résistait encore à l’humidité, c’était les pieds, grâce aux chaussettes en laine tricotées par la grand-mère. Une petite voix me disait que j’allais attraper la crève ; une autre me suggérait de persévérer. C’était bizarre, mon coeur s’échauffait au-dedans, refusant d’être englouti par ce déluge glacé qui nous absorbait inexorablement. Il s’allumait, chantait et s’enflammait comme un petit oiseau dans sa cage. Dans les mains, je brandissais un trophée de circonstance apportée par une complice : une statue de Notre-Dame de Fatima. Élancée,
couronnée, toute drapée de blanc, cette belle dame paraissait surgir d’un ancien carton de
Walt Disney. Mais son côté kitch n’était pas made in USA. Il nous venait tout droit du
Portugal, de Fatima, un autre centre névralgique de la dévotion mariale. La statuette, longue d’au moins 50 centimètres, ne passait pas inaperçue avec son diadème doré qui menaçait à tout instant de chavirer dans cette tempête.
A peine monté sur la caisse, trois petites Chinoises m’avaient fait l’honneur de leur présence. Je cherchais en vain les parents du regard. La semaine précédente, un tremblement de terre avait ravagé le Sichuan provoquant des dizaines de milliers de morts (notamment dans les écoles qui s’étaient transformées en macabres mille-feuilles). Elles écoutaient avec un vif intérêt mon baratin sur la mise au tombeau du Christ. Me servant de
cette bonne vieille caisse je tentais de mimer la scène. « C’était comme une momie ? » avait demandé l’une d’entre-elles. Comme elles ne se lassaient pas, je racontais la rencontre entre Marie-Madeleine et Jésus au matin de Pâques. Je montais et descendais pour appuyer ma démonstration. Un homme au visage abîmé, sans doute frappé d’un handicap, traversait la place comme une flèche. Le regard noir, il avait lancé une insulte en guise de salutation. L’occasion était trop belle, juste au moment où j’essayais d’expliquer à mes petites chinoises l’amour des ennemis. Plus je l’assurais de ma bénédiction et plus
il redoublait de rage. Il avait disparu dans mon dos, en direction du canal. Sans doute avions-nous réveillé un esprit mauvais. » ■
Venez vous faire "casser la gueule avec nous"... 1 fois par mois, place Stalingrad.
Pièces jointes
article_FXP.pdf
Exégèse du Coran à travers deux Sourates (Revue Résurrection) (100 Kio) Téléchargé 80 fois
[quote="Raistlin"] Mouais, si chaque exégète qui ose inetrroger le coran doit craindre pour sa vie, on n'est pas rendu... :/[/quote] Ceci dit, je ne me suis toujours pas fait tuer, ni même "casser la gueule". ce n'est pas faute d'essayer, peut être, m'enfin.... [img]http://www.anuncioblog.com/public/AK/Samuel_Pruvot_10_Anuncioblo.jpg[/img] [quote][b]Pentecôte sur le canal[/b] « Avec le consentement (un peu dubitatif) du conseil paroissial, nous avions décidé de lancer un point d’apostolat sur la place de la bataille Stalingrad. À cet endroit se trouvait une sortie du métro Jaurès ainsi qu’une écluse donnant vers le canal Saint-Martin. Un lieu de rendez-vous parfait. Notre nef en plein air suivait le tracé d’une piste cyclable, à l’emplacement des anciens murs des fermiers généraux. Avant la Révolution, on devait acquitter ici un péage avant d’entrer dans la capitale. De l’Ancien Régime, il ne restait aucune trace sinon la rotonde de la Villette érigée par Ledoux et qui avait servi un temps de grenier à sel. Aujourd’hui, il s’agissait d’une grande zone ouverte et branchée depuis l’installation d’un cinéma MK2 sur le quai de la Loire. Un lieu de passage choisi par les Témoins de Jéhovah pour distribuer leur camelote. Pour le lancement, nous avions rameuté le banc et l’arrière banc de nos connaissances. Les Témoins de Jéhovah, présents sur la place, regardaient d’un drôle d’oeil nos panneaux catholiques. La rue appartenait à tout le monde et nous avions en prime l’autorisation de la République. Lorsque nous avions commencé à prier, les Témoins avaient subitement battu en retraite. Volatilisés comme des moineaux. Avant même d’ouvrir la bouche, j’avais pu constater la force de la prière. Malgré la fatigue et le trac, je me lançais en louant les merveilles de notre Seigneur. Lui qui était venu jusqu’à nous, jusqu’à Bethléem, jusqu’à Rome et Lutèce. Nous étions les successeurs de saint Denis. Petite pincée de sel jetée dans le bouillon païen de la capitale. [b]Un homme originaire d’Afrique du Nord s’était approché de moi tout de suite. Il avait l’air pressé d’intervenir. Quelques paroissiens disséminés dans la foule redoutaient le pire. Le Seigneur venait de faire un miracle avec les Témoins de Jéhovah, allait-il en accorder un second ? Devant les badauds étonnés, l’homme d’âge mûr s’était mis à nous féliciter chaleureusement : « Bravo de parler de Dieu dans la rue ! Vous, les chrétiens, vous avez un si beau message ! » Cette déclaration avait de quoi réchauffer les cathos les plus réfrigérés. Cela tombait à pic.[/b] Avec la grâce de Dieu, nous avons continué à ramer en face du bassin de la Villette. Mois après mois, saison après saison. En ce jour de décembre, la place de la bataille de Stalingrad portait bien son nom. Ses pavés ruisselants étaient le théâtre d’un combat invisible, lointain écho du choc entre les nazis et les communistes. De l’extérieur, le champ de bataille semblait plutôt minable. Une vieille caisse, quelques tracts en forme de papier mâché et et des thermos (…) Mitraillés par une pluie diluvienne, nous cherchions le contact avec les passants. Mais eux filaient à toute allure entre la bouche du métro et le canal Saint-Martin, comme s’ils voulaient échapper à un fléau. Devant le passage piéton, une dame hésitait et titubait, un sapin de Noël sous le bras. C’était la fête de l’Immaculée conception. Pas besoin d’un institut de sondage pour mesurer le gouffre sémantique qui séparait notre calendrier de celui de nos clients virtuels. Immaculée conception, ce titre étrange survenait comme une pucelle de roman de chevalerie dans un magasin de grande distribution. Au rayon fruits et légumes. Je m’accrochais pourtant à cette expression de foi qui avait fait la réputation – universelle – de Lourdes ! Il y a cent cinquante ans, la Vierge était apparue à Bernadette s’adressant à elle dans le patois des Pyrénées. L’événement avait fait plusieurs fois le tour de la planète. Et les Français incrédules ont pu voir le pape Benoît XVI se recueillir en septembre 2008 devant la grotte. Patois ou chinois, c’était du pareil au même pour les citoyens qui défilaient au pas de course devant notre maigre stand. Perché sur ma caisse en bois, j’observais les déplacements de mes frères en humanité. Mouillé pour mouillé, j’avais ôté mon couvre chef. Un seul endroit résistait encore à l’humidité, c’était les pieds, grâce aux chaussettes en laine tricotées par la grand-mère. Une petite voix me disait que j’allais attraper la crève ; une autre me suggérait de persévérer. C’était bizarre, mon coeur s’échauffait au-dedans, refusant d’être englouti par ce déluge glacé qui nous absorbait inexorablement. Il s’allumait, chantait et s’enflammait comme un petit oiseau dans sa cage. Dans les mains, je brandissais un trophée de circonstance apportée par une complice : une statue de Notre-Dame de Fatima. Élancée, couronnée, toute drapée de blanc, cette belle dame paraissait surgir d’un ancien carton de Walt Disney. Mais son côté kitch n’était pas made in USA. Il nous venait tout droit du Portugal, de Fatima, un autre centre névralgique de la dévotion mariale. La statuette, longue d’au moins 50 centimètres, ne passait pas inaperçue avec son diadème doré qui menaçait à tout instant de chavirer dans cette tempête. A peine monté sur la caisse, trois petites Chinoises m’avaient fait l’honneur de leur présence. Je cherchais en vain les parents du regard. La semaine précédente, un tremblement de terre avait ravagé le Sichuan provoquant des dizaines de milliers de morts (notamment dans les écoles qui s’étaient transformées en macabres mille-feuilles). Elles écoutaient avec un vif intérêt mon baratin sur la mise au tombeau du Christ. Me servant de cette bonne vieille caisse je tentais de mimer la scène. « C’était comme une momie ? » avait demandé l’une d’entre-elles. Comme elles ne se lassaient pas, je racontais la rencontre entre Marie-Madeleine et Jésus au matin de Pâques. Je montais et descendais pour appuyer ma démonstration. Un homme au visage abîmé, sans doute frappé d’un handicap, traversait la place comme une flèche. Le regard noir, il avait lancé une insulte en guise de salutation. L’occasion était trop belle, juste au moment où j’essayais d’expliquer à mes petites chinoises l’amour des ennemis. Plus je l’assurais de ma bénédiction et plus il redoublait de rage. Il avait disparu dans mon dos, en direction du canal. Sans doute avions-nous réveillé un esprit mauvais. » ■[/quote] [dailymotion]x8r4r8_samuel-pruvot_webcam[/dailymotion] Venez vous faire "casser la gueule avec nous"... 1 fois par mois, place Stalingrad.