par Christian » lun. 03 oct. 2005, 15:07
Bonjour Franck, bonjour Christophe,
Franck
il est plus que jamais temps de réclamer une juste et saine séparation de l'Éducation et de l'État afin d'être pleinement libre de choisir ce qui est le mieux pour nos enfants,
[....]
Une telle proposition soulève certaines questions majeures, comme l'accès à l'Éducation pour les plus démunis,
Christophe
La liberté d'enseignement est une liberté publique fondamentale à laquelle la communauté catholique est - très légitimement - tout particulièrement attachée. Cette liberté doit continuer à être défendu car l'Etat athée tend naturellement à brider l'enseignement confessionnel catholique
Bonne idée, Franck, de relancer ce débat fondamental sur le rôle des hommes de l’Etat dans l’éducation de nos enfants. Un début de réponse à la question que Christophe et vous posez sur la liberté de l’enseignement est apporté par le chèque-éducation (une initiative nullement libérale, comme je le montrerai plus bas, mais qui constitue quand même un pas bienvenu pour s’éloigner de l’étatisme).
L’idée du chèque-éducation est fondée sur le principe (discutable) que l’Etat doit à sa jeunesse les moyens d’une instruction aussi poussée que possible aux noms de l’égalité des chances, la justice sociale et la prospérité nationale, mais qu’il n’en découle pas que l’Etat doive fournir lui-même cette instruction. L’Etat fournirait plutôt à chaque famille un chèque annuel à dépenser par les parents dans l’établissement de leur choix.
Les partisans de cette solution y voient 3 avantages :

D’abord, la privatisation de l’EN. Non pas qu’elle cède la place à une ‘école des riches’, puisque chaque enfant recevra les moyens de suivre l’enseignement que lui ouvrent ses capacités, mais plutôt à une école au
service du public, pas de son personnel, comme c’est la pratique aujourd’hui de tout ‘service public’.

Car, et c’est le second avantage, le chèque-éducation responsabilise tous les acteurs, parents, enfants, enseignants. Avec 14,940,000 élèves et étudiants, le coût global de notre ‘chère’ Education Nationale s’élève à 103,6 milliards d’euros, soit 6.930 euros par élève et étudiant. Les parents de 2 enfants qui auront entre les mains un chèque de près de 14.000 euros penseront à tous ces petits bonheurs qu’ils pourraient s’offrir, les dettes remboursées, les fins de mois assurées, et la plupart se montreront beaucoup plus exigeants à l’égard des bénéficiaires de cette manne, à la fois les enseignants et leurs enfants. Absentéisme des profs, grèves, école buissonnière, devoirs bâclés, rencontreront beaucoup moins d’indulgence.

Enfin, chaque enfant se verra offrir un enseignement adapté à ses besoins. Pour capter les chèques-éducation, les enseignants organisés en entreprises privées, coopératives, associations, avec ou sans but lucratif, devront se spécialiser. Les uns proposeront une pédagogie très libérale, convenant à des tempéraments créatifs, facilement motivés, les autres une discipline stricte ; certains établissements développeront des méthodes pour écoliers en retard, d’autres pour des brillants sujets, d’autres encore offriront un enseignement bilingue ou trilingue, etc.
Nous devrons également étudier les répercussions sociales de cette mesure, afin de nous assurer qu'elle ne crée pas d'avantage de ghettos éducatifs mais permette au contraire une plus grande mixité sociale et à terme une cohésion nouvelle au sein de la société française,
La république laïque et relativiste a fait du multiculturalisme - c'est-à-dire finalement de l'hétérogénéité culturelle et du manque de cohésion sociale - la seule caractèristique objective de la population de la France. Dès lors, une pleine séparation de l'Education et de l'Etat aurait peut-être pour conséquence d'aggraver encore le communautarisme naissant.
Voilà une bonne formulation de l’objection principale à la privatisation de l’enseignement. Mais ce que nous réclamons pour nous-mêmes, des écoles chrétiennes porteuses de valeurs fortes, nous ne pouvons légitimement le refuser à d’autres. Je préfère encore des établissements affichant clairement la couleur, musulman, humaniste, scientologue, protestant, catholique…, à une propagande invisible et insidieuse. De toutes façons, nous attachons beaucoup trop d’importance à l’enseignement, ou, ce qui revient au même, nous ne créditons pas les jeunes de suffisamment d’esprit critique. Confrontés à la réalité, ils démasquent très vite le boniment. Lorsque j’habitais Moscou dans les années 1990, tous les Russes n’avaient connu que la vulgate marxiste à l’école, à l’uni, dans tous les livres, tous les medias, chez les Pionniers, etc., et on n’en trouvait pas un qui crût au marxisme.
Si l'accès pour tous à l'école libre signifie la gratuité de l'inscription et le financement de l'école libre par l'Etat, je serai assez peiné de financer par mes impôts des écoles hostiles à ce en quoi je crois - par exemple des écoles islamiques ou, comme aujourd'hui, des écoles athéistes
Tout à fait d’accord, et c’est mon objection libérale au chèque-éducation. En bonne justice, chaque famille doit payer pour l’éducation de ses enfants. Mais, cher Christophe, cette objection à payer pour des services que notre conscience réprouve,
vaut pour toute la fiscalité. Car l’impôt n’est rien d’autre que le moyen utilisé par les plus puissants ou les plus nombreux (en démocratie) pour faire payer par d’autres les avantages dont ils veulent jouir : courrier, électricité, transports, santé, routes, activités culturelles, prix agricoles, police, garantie de l’emploi, la liste est ridiculement longue. Voilà une autre question que les contemporains du Christ lui ont posée : « Est-il moralement obligatoire de payer l’impôt ? », et dont les chrétiens ont oublié la réponse : Non.
Fraternellement
Christian
Bonjour Franck, bonjour Christophe, :) :)
[quote][b]Franck[/b]
il est plus que jamais temps de réclamer une juste et saine séparation de l'Éducation et de l'État afin d'être pleinement libre de choisir ce qui est le mieux pour nos enfants,
[....]
Une telle proposition soulève certaines questions majeures, comme l'accès à l'Éducation pour les plus démunis,
[b]Christophe[/b]
La liberté d'enseignement est une liberté publique fondamentale à laquelle la communauté catholique est - très légitimement - tout particulièrement attachée. Cette liberté doit continuer à être défendu car l'Etat athée tend naturellement à brider l'enseignement confessionnel catholique[/quote]
Bonne idée, Franck, de relancer ce débat fondamental sur le rôle des hommes de l’Etat dans l’éducation de nos enfants. Un début de réponse à la question que Christophe et vous posez sur la liberté de l’enseignement est apporté par le chèque-éducation (une initiative nullement libérale, comme je le montrerai plus bas, mais qui constitue quand même un pas bienvenu pour s’éloigner de l’étatisme).
L’idée du chèque-éducation est fondée sur le principe (discutable) que l’Etat doit à sa jeunesse les moyens d’une instruction aussi poussée que possible aux noms de l’égalité des chances, la justice sociale et la prospérité nationale, mais qu’il n’en découle pas que l’Etat doive fournir lui-même cette instruction. L’Etat fournirait plutôt à chaque famille un chèque annuel à dépenser par les parents dans l’établissement de leur choix.
Les partisans de cette solution y voient 3 avantages :
:arrow: D’abord, la privatisation de l’EN. Non pas qu’elle cède la place à une ‘école des riches’, puisque chaque enfant recevra les moyens de suivre l’enseignement que lui ouvrent ses capacités, mais plutôt à une école au [i]service [u][b]du[/b][/u] public,[/i] pas de son personnel, comme c’est la pratique aujourd’hui de tout ‘service public’.
:arrow: Car, et c’est le second avantage, le chèque-éducation responsabilise tous les acteurs, parents, enfants, enseignants. Avec 14,940,000 élèves et étudiants, le coût global de notre ‘chère’ Education Nationale s’élève à 103,6 milliards d’euros, soit 6.930 euros par élève et étudiant. Les parents de 2 enfants qui auront entre les mains un chèque de près de 14.000 euros penseront à tous ces petits bonheurs qu’ils pourraient s’offrir, les dettes remboursées, les fins de mois assurées, et la plupart se montreront beaucoup plus exigeants à l’égard des bénéficiaires de cette manne, à la fois les enseignants et leurs enfants. Absentéisme des profs, grèves, école buissonnière, devoirs bâclés, rencontreront beaucoup moins d’indulgence.
:arrow: Enfin, chaque enfant se verra offrir un enseignement adapté à ses besoins. Pour capter les chèques-éducation, les enseignants organisés en entreprises privées, coopératives, associations, avec ou sans but lucratif, devront se spécialiser. Les uns proposeront une pédagogie très libérale, convenant à des tempéraments créatifs, facilement motivés, les autres une discipline stricte ; certains établissements développeront des méthodes pour écoliers en retard, d’autres pour des brillants sujets, d’autres encore offriront un enseignement bilingue ou trilingue, etc.
[quote]Nous devrons également étudier les répercussions sociales de cette mesure, afin de nous assurer qu'elle ne crée pas d'avantage de ghettos éducatifs mais permette au contraire une plus grande mixité sociale et à terme une cohésion nouvelle au sein de la société française,
La république laïque et relativiste a fait du multiculturalisme - c'est-à-dire finalement de l'hétérogénéité culturelle et du manque de cohésion sociale - la seule caractèristique objective de la population de la France. Dès lors, une pleine séparation de l'Education et de l'Etat aurait peut-être pour conséquence d'aggraver encore le communautarisme naissant. [/quote]
Voilà une bonne formulation de l’objection principale à la privatisation de l’enseignement. Mais ce que nous réclamons pour nous-mêmes, des écoles chrétiennes porteuses de valeurs fortes, nous ne pouvons légitimement le refuser à d’autres. Je préfère encore des établissements affichant clairement la couleur, musulman, humaniste, scientologue, protestant, catholique…, à une propagande invisible et insidieuse. De toutes façons, nous attachons beaucoup trop d’importance à l’enseignement, ou, ce qui revient au même, nous ne créditons pas les jeunes de suffisamment d’esprit critique. Confrontés à la réalité, ils démasquent très vite le boniment. Lorsque j’habitais Moscou dans les années 1990, tous les Russes n’avaient connu que la vulgate marxiste à l’école, à l’uni, dans tous les livres, tous les medias, chez les Pionniers, etc., et on n’en trouvait pas un qui crût au marxisme.
[quote]Si l'accès pour tous à l'école libre signifie la gratuité de l'inscription et le financement de l'école libre par l'Etat, je serai assez peiné de financer par mes impôts des écoles hostiles à ce en quoi je crois - par exemple des écoles islamiques ou, comme aujourd'hui, des écoles athéistes[/quote]
Tout à fait d’accord, et c’est mon objection libérale au chèque-éducation. En bonne justice, chaque famille doit payer pour l’éducation de ses enfants. Mais, cher Christophe, cette objection à payer pour des services que notre conscience réprouve, [u]vaut pour toute la fiscalité[/u]. Car l’impôt n’est rien d’autre que le moyen utilisé par les plus puissants ou les plus nombreux (en démocratie) pour faire payer par d’autres les avantages dont ils veulent jouir : courrier, électricité, transports, santé, routes, activités culturelles, prix agricoles, police, garantie de l’emploi, la liste est ridiculement longue. Voilà une autre question que les contemporains du Christ lui ont posée : « Est-il moralement obligatoire de payer l’impôt ? », et dont les chrétiens ont oublié la réponse : Non.
Fraternellement
Christian