par papillon » dim. 04 oct. 2009, 4:11
etienne lorant a écrit :Donc, en définitive, c'est "Je t'aime" mais je prends mes précautions. Je t'aime, mais je ne suis pas comme Dieu, qui se livre entièrement. Je t'aime, mais certes pas pour le pire, bien sûr et donc: je ne t'aime pas.
Ces quelques petites lignes me sont rentré dedans , ça on peut le dire. Vous aimez parler d'amour Etienne, et bien soit, parlons-en.
J'ai toujours travaillé. Quand mon conjoint a eu son accident, il y a onze ans, j'étais aussi bien nantie que lui financièrement. Nous étions ensemble depuis moins d'un an seulement, et en union libre. Devant l'énormité de ce qui s'annonçait (avez-vous la moindre idée de ce qu'est un traumatisme crânien grave?) , j'avais l'option de prendre mes cliques et mes claques et chercher mon avenir ailleurs. Cette tragédie semblait en effet sonner le glas de notre vie a deux. Les membres de sa famille, y compris ses deux filles, s'attendaient naturellement à ce que je parte et ont été les premiers surpris de me voir rester. Je suis restée parce que je l'aimais et ne pouvais accepter le sort qui l'attendait si je m'en allais.
Je suis restée encore quand , quelques temps plus tard, un de ses confrères de travail m'a fait parvenir ses bagages (l'accident a eu lieu sur un chantier très loin de chez moi lors d'un contrat de travail). Dans sa trousse d'hygiène, parmi le dentifrice , la lotion après-rasage et tout le reste, il y avait un assortiment de condoms, alors que nous n'en utilisions jamais. Dans son attaché-case, la note affectueuse d'une 'chérie', tellement désolée d'avoir raté leur rendez-vous...
Je suis restée encore quand trois mois plus tard, nous avons été débusqués par une compagnie de téléphone qui le cherchait depuis des semaines pour le paiement d'un compte en souffrance. Un compte pour une ligne qu'il avait dans un pied-a-terre dans une autre ville. Je connaissais ce pied-a-terre, qu'il utilisait pour son travail, mais pas la ligne . Moi, je ne pouvais le joindre que sur son cel, quand il était ouvert...
Et puis il y a eu la découverte de ce fils adolescent dont tout le monde ignorait l'existence a l'exception d'une belle-soeur. J'en passe, les choses ont continué ainsi. Pendant des mois, ce fut la foire aux surprises. La trahison, la détresse, l'abandon, je les ai connus au moment ou j'aurais eu bien besoin d'autre chose. J'ai pleuré de désespoir et d'incrédulité, j'ai fait le deuil de mes dernières illusions et puis je les ai enterrées, en même temps que les mensonges de mon homme, a qui je n'en ai jamais parlé. Peut-on demander des comptes a un homme que la vie vient de massacrer?
Pendant les premieres années qui ont suivi et qui ont été si difficiles pour moi comme pour lui, j'ai toujours agi pour le rassurer dans la certitude que je ne partirais jamais, car je ne voulais pas ajouter a sa souffrance la hantise de l'abandon. Il savait , quand je partais quelques heures pour m'éloigner de ses crises psychotiques que je ne pouvais plus supporter, que je reviendrais pour le prochain repas, et je suis toujours revenue.
Et je suis encore la aujourd'hui, bien que je vive une souffrance avec laquelle je ne sais plus comment composer, car je suis totalement privée de vie sexuelle depuis plus de onze ans. On ne peut prédire exactement quelles seront toutes les séquelles d'un trauma crânien. Et celle-la, je ne l'avais pas vue venir. Ce n'est pas un choix, ce n'aurait jamais pu être un choix car j'ai toujours aimé l'amour et les hommes et je n'aurais pu imaginer vivre comme une religieuse. Je n'accepte toujours pas cette abstinence qui m'a été imposée par un accident qui n'est même pas le mien. Si cela m'importait peu au début, parce que j'avais trop a faire, c'est devenu un tourment qui m'assaille au point que j'ai pensé a prendre un amant d'occasion. Comme dit Ferré, faut bien que le corps exulte. Mais je n'arrive pas a faire ça. Ça me pose un problème de conscience. Je ne peux pas lui faire ça. Etrangement, mon retour a la foi, tout en me procurant une grande joie ne m'est d'aucun secours dans ce problème-la bien au contraire. Je ne saurais expliquer comment ni pourquoi, cela n'a fait qu'attiser ce feu et aggraver les choses. Alors je suis dans une impasse.
Voila. Pouvez-vous me dire, Etienne, que je n'ai pas aimé cet homme que la vie a placé sur mon chemin, que je ne me suis pas livrée entièrement, que je ne l'ai pas aimé pour le pire, pouvez-vous me dire ça, tout simplement parce que j'ai commis le crime impardonnable de me protéger sur le plan de l'autonomie? Oui, de savoir qu'on peut être abandonnée ou qu'on peut partir sans tomber dans l'indigence rend le bonheur plus confortable. Doit-on en être crucifié? Cela ne repose pas uniquement sur la peur comme le dit Philémon mais aussi sur un certain bon sens , et si il y a une composante de peur en cela elle est viscérale et atavique et largement justifiable par la conscience de tout ce que nos mères, grand-mères et soeurs ont pu vivre a ce chapitre.
Se protéger n'empêche pas d'aimer. Se protéger n'exclut pas l'amour. Peut-être trouvez-vous ces choses inconciliables. Les femmes ,elles, ont l'habitude de concilier des choses qui les heurtent et de continuer a aimer.
Je ne peux répondre a Philemon. J'ai travaillé aujourd'hui, je retravaille demain dimanche et je suis crevée.
Bonsoir
[quote="etienne lorant"]Donc, en définitive, c'est "Je t'aime" mais je prends mes précautions. Je t'aime, mais je ne suis pas comme Dieu, qui se livre entièrement. Je t'aime, mais certes pas pour le pire, bien sûr et donc: je ne t'aime pas.[/quote]
Ces quelques petites lignes me sont rentré dedans , ça on peut le dire. Vous aimez parler d'amour Etienne, et bien soit, parlons-en.
J'ai toujours travaillé. Quand mon conjoint a eu son accident, il y a onze ans, j'étais aussi bien nantie que lui financièrement. Nous étions ensemble depuis moins d'un an seulement, et en union libre. Devant l'énormité de ce qui s'annonçait (avez-vous la moindre idée de ce qu'est un traumatisme crânien grave?) , j'avais l'option de prendre mes cliques et mes claques et chercher mon avenir ailleurs. Cette tragédie semblait en effet sonner le glas de notre vie a deux. Les membres de sa famille, y compris ses deux filles, s'attendaient naturellement à ce que je parte et ont été les premiers surpris de me voir rester. Je suis restée parce que je l'aimais et ne pouvais accepter le sort qui l'attendait si je m'en allais.
Je suis restée encore quand , quelques temps plus tard, un de ses confrères de travail m'a fait parvenir ses bagages (l'accident a eu lieu sur un chantier très loin de chez moi lors d'un contrat de travail). Dans sa trousse d'hygiène, parmi le dentifrice , la lotion après-rasage et tout le reste, il y avait un assortiment de condoms, alors que nous n'en utilisions jamais. Dans son attaché-case, la note affectueuse d'une 'chérie', tellement désolée d'avoir raté leur rendez-vous...
Je suis restée encore quand trois mois plus tard, nous avons été débusqués par une compagnie de téléphone qui le cherchait depuis des semaines pour le paiement d'un compte en souffrance. Un compte pour une ligne qu'il avait dans un pied-a-terre dans une autre ville. Je connaissais ce pied-a-terre, qu'il utilisait pour son travail, mais pas la ligne . Moi, je ne pouvais le joindre que sur son cel, quand il était ouvert...
Et puis il y a eu la découverte de ce fils adolescent dont tout le monde ignorait l'existence a l'exception d'une belle-soeur. J'en passe, les choses ont continué ainsi. Pendant des mois, ce fut la foire aux surprises. La trahison, la détresse, l'abandon, je les ai connus au moment ou j'aurais eu bien besoin d'autre chose. J'ai pleuré de désespoir et d'incrédulité, j'ai fait le deuil de mes dernières illusions et puis je les ai enterrées, en même temps que les mensonges de mon homme, a qui je n'en ai jamais parlé. Peut-on demander des comptes a un homme que la vie vient de massacrer?
Pendant les premieres années qui ont suivi et qui ont été si difficiles pour moi comme pour lui, j'ai toujours agi pour le rassurer dans la certitude que je ne partirais jamais, car je ne voulais pas ajouter a sa souffrance la hantise de l'abandon. Il savait , quand je partais quelques heures pour m'éloigner de ses crises psychotiques que je ne pouvais plus supporter, que je reviendrais pour le prochain repas, et je suis toujours revenue.
Et je suis encore la aujourd'hui, bien que je vive une souffrance avec laquelle je ne sais plus comment composer, car je suis totalement privée de vie sexuelle depuis plus de onze ans. On ne peut prédire exactement quelles seront toutes les séquelles d'un trauma crânien. Et celle-la, je ne l'avais pas vue venir. Ce n'est pas un choix, ce n'aurait jamais pu être un choix car j'ai toujours aimé l'amour et les hommes et je n'aurais pu imaginer vivre comme une religieuse. Je n'accepte toujours pas cette abstinence qui m'a été imposée par un accident qui n'est même pas le mien. Si cela m'importait peu au début, parce que j'avais trop a faire, c'est devenu un tourment qui m'assaille au point que j'ai pensé a prendre un amant d'occasion. Comme dit Ferré, faut bien que le corps exulte. Mais je n'arrive pas a faire ça. Ça me pose un problème de conscience. Je ne peux pas lui faire ça. Etrangement, mon retour a la foi, tout en me procurant une grande joie ne m'est d'aucun secours dans ce problème-la bien au contraire. Je ne saurais expliquer comment ni pourquoi, cela n'a fait qu'attiser ce feu et aggraver les choses. Alors je suis dans une impasse.
Voila. Pouvez-vous me dire, Etienne, que je n'ai pas aimé cet homme que la vie a placé sur mon chemin, que je ne me suis pas livrée entièrement, que je ne l'ai pas aimé pour le pire, pouvez-vous me dire ça, tout simplement parce que j'ai commis le crime impardonnable de me protéger sur le plan de l'autonomie? Oui, de savoir qu'on peut être abandonnée ou qu'on peut partir sans tomber dans l'indigence rend le bonheur plus confortable. Doit-on en être crucifié? Cela ne repose pas uniquement sur la peur comme le dit Philémon mais aussi sur un certain bon sens , et si il y a une composante de peur en cela elle est viscérale et atavique et largement justifiable par la conscience de tout ce que nos mères, grand-mères et soeurs ont pu vivre a ce chapitre.
Se protéger n'empêche pas d'aimer. Se protéger n'exclut pas l'amour. Peut-être trouvez-vous ces choses inconciliables. Les femmes ,elles, ont l'habitude de concilier des choses qui les heurtent et de continuer a aimer.
Je ne peux répondre a Philemon. J'ai travaillé aujourd'hui, je retravaille demain dimanche et je suis crevée.
Bonsoir