par Fée Violine » ven. 02 oct. 2009, 13:20
Des extraits d'un autre livre de Christiane Singer :
N'oublie pas les chevaux écumants du passé,
éd Albin Michel, 2005.
Il s'agit de la transmission, de la gratitude, du rapport au passé, de l'essentiel.
"Ah cessez d'être pauvres et retournez à vos trésors ! "(Rabbi Nahman)
le Manifesto del futurismo de Marinetti, 1909 :
"Nous détruirons les musées, les bibliothèques, les académies ... ces cimetières... Nous n'avons pas besoin du passé... Nous sommes jeunes et forts... La guerre représente la forme la plus intense de la vie".
(...)
Sans connaissance, sans vision et sans fertilité imaginaire, toute société sombre tôt ou tard dans le non-sens et l'agression.
Il existe à ce jeu macabre un puissant contre-poison.
A portée de la main, à tout instant : c'est la gratitude.
Elle seule suspend notre course avide.
Elle seule donne accès à une abondance sans rivage.
A force de traiter les oeuvres d'art comme de la matière et non comme des visions hissées jusqu'à la visibilité, on perd la trace de l'essentiel : le lieu où la vision a germé, a surgi, s'est déployée. C'est à ce lieu qu'il faut s'attarder. C'est celui de notre humanité co-créatrice, la grande pépinière de l'aujourd'hui. (...) Il faut répéter sans se lasser que ce qui existe sur terre n'est qu'une ombre du possible. (...) Ce qu'il y a de toute urgence à transmettre est invisible.
...la seule maladie vraiment mortelle : le désintérêt, l'incuriosité.
L'erreur la plus courante en éducation consiste à partir du plus bas, du plus réduit, du plus pragmatique ; elle est souvent irréparable. (...)
Est-il surprenant que devant tout ce qui n'est que fonctionnel et flaire le système, l'enfant se rétracte ?
Il n'est qu'une manière de débuter dans le savoir et sa saveur : c'est d'être ébloui ! Tout ce qui ne commence pas par un éblouissement n'a pas d'avenir.
Il n'y a que le meilleur qui soit défendable. Cette lèpre de notre époque, ce souci de tout rabaisser pour être soi-disant à la portée de chacun, est une machination criminelle. (...) En nivelant, en faisant une fausse démocratie de la médiocrité, il n'y a que des perdants.
"Je hais les miroirs et la fornication car ils multiplient le nombre des hommes " (un hérésiarque du 14ème siècle, cité par Borgès).
C'est de cette horreur de la chair que s'originent le rejet de l'autre, le sectarisme et la xénophobie : le nouveau venu, l'étranger, est celui qui dérange le privilège du premier venu, qui fait du bruit, partage l'air à respirer, y répand une odeur inconnue. Car, étrangement, ce n'est pas tant sa propre naissance qui dérange le dénigreur de la vie, c'est bel et bien celle de l'autre.
Si la tour de Babel est une sanction divine contre la volonté de puissance des hommes, elle est aussi une bénédiction. Une humanité hétéroclite et bigarrée est la meilleure garantie contre son unification féroce. De la pax romana à la pax americana, l'abomination d'un ordre unique a fait son temps.
Toute rencontre véritable modifie quelque chose en moi. S'il n'y a pas un changement, aussi ténu soit-il en apparence, un glissement délicat, il n'y a pas eu rencontre.
"Je suis un Brésilien de pure race, c'est-à-dire un mélange de Portugais, de Noir, d'Indien, d'Italien, peut-être aussi d'Allemand et de Juif" (Jorge Amado).
Une conviction m'est acquise : toute forme de rejet de l'autre, de racisme et de xénophobie a toujours la même origine : une crasse ignorance et une atrophie de la fonction d'imagination. La curiosité intellectuelle, sensuelle et vivante est le seul puissant anticorps.
"La seule valeur absolue, le contenu même de toute foi est le fait de donner priorité à l'autre sur moi-même" (Emmanuel Lévinas).
Des extraits d'un autre livre de Christiane Singer :
[i]N'oublie pas les chevaux écumants du passé[/i],
éd Albin Michel, 2005.
Il s'agit de la transmission, de la gratitude, du rapport au passé, de l'essentiel.
"Ah cessez d'être pauvres et retournez à vos trésors ! "(Rabbi Nahman)
le Manifesto del futurismo de Marinetti, 1909 :
"Nous détruirons les musées, les bibliothèques, les académies ... ces cimetières... Nous n'avons pas besoin du passé... Nous sommes jeunes et forts... La guerre représente la forme la plus intense de la vie".
(...)
Sans connaissance, sans vision et sans fertilité imaginaire, toute société sombre tôt ou tard dans le non-sens et l'agression.
Il existe à ce jeu macabre un puissant contre-poison.
A portée de la main, à tout instant : c'est la gratitude.
Elle seule suspend notre course avide.
Elle seule donne accès à une abondance sans rivage.
A force de traiter les oeuvres d'art comme de la matière et non comme des visions hissées jusqu'à la visibilité, on perd la trace de l'essentiel : le lieu où la vision a germé, a surgi, s'est déployée. C'est à ce lieu qu'il faut s'attarder. C'est celui de notre humanité co-créatrice, la grande pépinière de l'aujourd'hui. (...) Il faut répéter sans se lasser que ce qui existe sur terre n'est qu'une ombre du possible. (...) Ce qu'il y a de toute urgence à transmettre est invisible.
...la seule maladie vraiment mortelle : le désintérêt, l'incuriosité.
L'erreur la plus courante en éducation consiste à partir du plus bas, du plus réduit, du plus pragmatique ; elle est souvent irréparable. (...)
Est-il surprenant que devant tout ce qui n'est que fonctionnel et flaire le système, l'enfant se rétracte ?
Il n'est qu'une manière de débuter dans le savoir et sa saveur : c'est d'être ébloui ! Tout ce qui ne commence pas par un éblouissement n'a pas d'avenir.
Il n'y a que le meilleur qui soit défendable. Cette lèpre de notre époque, ce souci de tout rabaisser pour être soi-disant à la portée de chacun, est une machination criminelle. (...) En nivelant, en faisant une fausse démocratie de la médiocrité, il n'y a que des perdants.
"Je hais les miroirs et la fornication car ils multiplient le nombre des hommes " (un hérésiarque du 14ème siècle, cité par Borgès).
C'est de cette horreur de la chair que s'originent le rejet de l'autre, le sectarisme et la xénophobie : le nouveau venu, l'étranger, est celui qui dérange le privilège du premier venu, qui fait du bruit, partage l'air à respirer, y répand une odeur inconnue. Car, étrangement, ce n'est pas tant sa propre naissance qui dérange le dénigreur de la vie, c'est bel et bien celle de l'autre.
Si la tour de Babel est une sanction divine contre la volonté de puissance des hommes, elle est aussi une bénédiction. Une humanité hétéroclite et bigarrée est la meilleure garantie contre son unification féroce. De la pax romana à la pax americana, l'abomination d'un ordre unique a fait son temps.
Toute rencontre véritable modifie quelque chose en moi. S'il n'y a pas un changement, aussi ténu soit-il en apparence, un glissement délicat, il n'y a pas eu rencontre.
"Je suis un Brésilien de pure race, c'est-à-dire un mélange de Portugais, de Noir, d'Indien, d'Italien, peut-être aussi d'Allemand et de Juif" (Jorge Amado).
Une conviction m'est acquise : toute forme de rejet de l'autre, de racisme et de xénophobie a toujours la même origine : une crasse ignorance et une atrophie de la fonction d'imagination. La curiosité intellectuelle, sensuelle et vivante est le seul puissant anticorps.
"La seule valeur absolue, le contenu même de toute foi est le fait de donner priorité à l'autre sur moi-même" (Emmanuel Lévinas).