par etienne lorant » sam. 03 oct. 2009, 10:11
A votre souhait, et après quelques fouilles, voici:
C'était un dimanche d'août. A 29 ans, j'avais ouvert ma boutique depuis deux ans, après avoir tenté de trouver ma voie au sein de services commerciaux (exportation) de diverses entreprises. Les affaires démarraient bien, mais je n'étais pas heureux. Il y a toujours plus à chercher. Les relations sentimentales de courtes durées, j'en avais assez. Le lundi de cette semaine-là, j'avais déclaré à la femme dont j'étais amoureux et qui s'éloignait: "Maintenant, tout çà m'est bien égal: je ferme la boutique, je rentre chez moi et, quitte à ne rien faire de toute ma vie, je n'arrêterai pas de chercher avant de savoir quelle est la cause de la condition malheureuse de l'homme."
Et aussitôt dit, aussitôt fait. Je suis rentré chez moi sans me rendre compte que j'avais emporté avec moi un petit opuscule, rédigé par un Jésuite, qui s'intitulait "Satan l'Adversaire". J'avais songé reprendre mes notes de philosophie, mais puisque ce petit livret m'était tombé sous la main, c'est par lui que j'ai commencé. A cette époque, il ne restait de mon baptême que la conviction de l'existence de Dieu, mais un Dieu que je réduisais ainsi: "Il y a plus de six milliards d'hommes sur la terre, comment croire que Dieu puisse s'intéresser à chacun ?" A mes propres yeux, j'étais assez lucide pour constater ma parfaite insignifiance et l'impact pratiquement nul de toute mon existence, dans le passé, le présent et l'avenir. Oui, j'avais beaucoup été attiré par "Le journal d'un curé de campagne", de Bernanos, mais n'était-ce pas chez moi un reste de sentimentalisme ?
J'ai feuilleté ce petit ouvrage et j'y avais relevé tout de même la prodigieuse astuce du serpent dans son dialogue avec Eve. Au lieu d'accuser Dieu directement, le démon contourne la conscience d'Eve, et lui pose une simple question « Alors, Dieu vous a dit : ‘Vous ne mangerez le fruit d’aucun arbre du jardin ?" Et Eve, pour avoir voulu corriger la question posée (car en fait, le fruit d'un seul arbre est interdit), se laissera entraîner par la virulence de l'accusation qui suit: " « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »
Lorsque j'ai achevé ma lecture, plusieurs heures avaient passé. Quelque chose m'avait saisi, mais je ne parvenais pas à établir le lien avec d'autres lectures. Les jours ont passé. Le samedi précédant ma conversion, je me souviens qu'il y avait une fête foraine, que je m'étais laissé emporter dans la foule et plus la foule me pressait, plus je me sentais isolé: j'étais un être unique mais totalement impuissant à se rendre heureux lui-même ni rendre heureux qui que ce soit. Ce constat était si pénible ! Un instant, j'ai levé les yeux au ciel, mais quoi: dans la Bible, le ciel n'est que le symbole d'un ailleurs, pourquoi regarder le ciel, quand nous avons les pieds sur le sol ? J'ai traîné mon malaise jusque dans la nuit.
Pour dormir, plutôt que de regagner mon deux-pièces, j'avais demandé refuge pour une nuit dans mon ancienne chambre d'étudiant, dans la maison familiale. Il n'y avait plus que le lit, une table et une chaise... et le crucifix que l'on m'avait offert pour ma communion solennelle, un très lointain souvenir. A mon réveil, pourtant, lorsque j'ai ouvert les yeux, quelque chose m'a paru bizarre: la position du corps de plâtre n'était plus la même. La tête ne devait-elle pas reposer sur une des épaules, dans l'abandon de la mort ?
A ce moment-là, la "connaissance" de ce que j'étais en train de vivre me fut donnée. Ce n'était plus du plâtre, c'était un homme, un homme juste et parfaitement innocent qui me regardait avec une telle intensité d'amour... qu'il m'eût été difficile de ne pas m'écrier: "Non, je ne peux supporter cela ! Je ne veux pas ! Il n'est pas possible que l'amour aille jusque-là !"... Car le Christ était en train de mourir NON PAS parce que j'avais péché, mais parce qu'Il ne supportait pas de me voir entraîné dans le malheur PAR le péché...
Il m'apparût instantanément qu'un mensonge énorme avait frappé et marqué la raison humaine depuis le commencement de l'humanité. Le diable, dénoncé dans l'ouvrage cité, était tout autre chose qu'un sophiste ! Ici, mon récit devient flou. Il s'est passé longtemps, mais en réalité quelques minutes à peine. Je dois sauter quelques lignes d'écriture, car je ne sais pas quels mots employer... La vision du Christ en croix s'est estompée, j'avais pleuré beaucoup, une partie de moi avait adhéré tout à fait au Christ souffrant, le refusant d'abord, l'acceptant ensuite, mais sa mort était une perte épouvantable.
Un instant plus tard, on eût dit que chaque centimètre carré des murs de ma chambre avaient été recouverts d'un tapis sonore d'où j'entendis comme un chœur céleste proclamer : "Il y a plus de joie dans les Cieux pour un seul qui se repent, que pour cent justes qui n'ont pas besoin de repentir !". Et comme j'achevais d'entendre cette déclaration, aussitôt une joie extraordinaire m'a envahi. J'ai compris par la suite que j'avais vécu aussi la Résurrection. Cette joie m'a apporté, tout en même temps, la révélation des choses cachées (jusque-là) dans les Evangiles (que je n'avais pu percer avec ma raison), et une force qui m'a fait nommer cette joie: "onde d'énergie pure", mais par la suite, j'ai simplement dit: la Joie, avec la majuscule, pour la différencier de toute autre joie.
Evidemment, j'ai demandé de mourir tout de suite. Jamais ma lucidité ne m'a manqué dans l'événement que je rapporte: je savais très bien qu'après ce qui m'était advenu, je continuerais d'être libre de dire oui ou de dire non - que cet événement avait tout changé en moi, mais qu'il serait difficile de témoigner. Mais à la demande de mourir, j'ai perçu comme un fin sourire: avant de mourir, il faudrait tout de même tenter de témoigner un peu... Et c'est ainsi que, dans l'après-midi, j'ai commencé à rechercher un prêtre qui saurait m'entendre, car j'avais cru tout de même que si des hommes se font prêtre, c'était forcément qu'ils avaient vécu la même chose que moi - ou quelque chose de similaire. C'était le début d'un long chemin, qui n'est pas encore fini. J'avoue que je ne suis plus aussi disposé à mourir qu'autrefois, mais j'ajoute qu'un témoignage comme celui-ci est difficile à rédiger ... surtout parce que l'on revit ce que l'on a traversé.
Et ce qui est dit est dit.
----
Et un commentaire du lendemain:
Les mots sont trop courts, insuffisants, pas assez "spirituels"... mais il y a une seconde difficulté: c'est celle d'isoler le moment du temps où la conversion a eu lieu, en le détachant du passé. Car, en tout cas pour moi, l'expérience que j'ai rapportée fut le résultat d'un long temps de recherche (en même temps que d'égarements).
Très lentement, sans jamais insister, à partir du moment où j'ai quitté l'Église, le Seigneur est réellement intervenu "à temps et à contre-temps", afin de m'aider à revenir. Il y a d'abord eu ce livre: "Le journal d'un curé de campagne" de Bernanos, que j'ai lu une fois l'an. Je n'ai jamais su dire clairement pourquoi l'histoire de ce petit prêtre, malhabile, malade et tellement "écorché vif", m'avait frappé à ce point.
Ensuite, il y a eu ce brusque revirement : d'un instant à l'autre, j'ai changé de voie. J'avais résolu de me faire "une petite place au soleil" en étudiant en vue des carrières diplomatiques, mais cette ambition risquait bel et bien de ruiner mon âme, car c'est un milieu - trop proche du pouvoir, qui risque fort de corrompre l'ingénu qui s'y aventure. Un matin, comme j'avais quitté ma chambre d'étudiant universitaire afin d'acquérir un syllabus de mathématiques, je me suis retrouvé sur un banc, et j'ai senti... comme quelqu'un qui pleurait en moi. Ces larmes avaient une signification: elles me disaient qu'il n'y avait pas assez d'amour dans ma vie, qu'il fallait essayer d'aimer ou du moins rechercher la compagnie d'autrui. Ce n'était pas rationnel, mais cela m'a pourtant suffit : j'ai quitté l'université et j'ai cherché à me "déshabituer" de considérer les autres de manière négative.
Lors de mon temps d'armée, j'ai eu un accident de voiture. La crainte du service militaire (obligatoire à cette époque) m'avait poussé à prier de nouveau... et j'ai eu un accident de voiture ! Catastrophe, me suis-je dit d'abord, c'est à cela que çà sert de prier ? Seulement plus tard, j'ai dû reconnaître que, non seulement tout le monde s'était sorti intact de cet accident, mais qu'à cause de mes blessures superficielles, j'avais échappé à l'incorporation dans une caserne dont la réputation était très mauvaise (stupéfiants, affaires de mœurs, sévices envers les nouveaux, etc.) pour me retrouver finalement affecté au bureau d'un Lieutenant-colonel qui fut scout un jour, et qui était une crème d'homme.
Après l'armée, mon séjour en Caroline du Sud m'a donné l'occasion, pour une fois de défendre la miséricorde divine face aux affirmations de mon amie américaine, qui se croyait définitivement condamnée par Dieu à la suite d'un avortement que son compagnon lui avait pratiquement imposé (les étudiants américains paient souvent leurs études avec de petits boulots et ils ont la vie rude). Sans bien comprendre, je me suis retrouvé à citer des paroles de l'Évangile qui remontaient à mon catéchisme, et par lesquelles je l'ai rassurée qu'il existe une issue.
Etc. Jusqu'au jour où je me suis retrouvé au bord d'une frontière que je n'envisageais pas de franchir. Bien qu'ayant entrevu la possibilité d'être aimé de Dieu, l'expérience de la destinée malheureuse de l'homme me rongeait et m'empêchait de voir clair. Et finalement, je fus comme l'aveugle sur le chemin, qui criait, non pour voir de nouveau, mais pour connaître la vérité. Or, la vérité, c'est le Christ. "Quiconque cherche la vérité entend ma voix", dit Jésus.
A votre souhait, et après quelques fouilles, voici:
C'était un dimanche d'août. A 29 ans, j'avais ouvert ma boutique depuis deux ans, après avoir tenté de trouver ma voie au sein de services commerciaux (exportation) de diverses entreprises. Les affaires démarraient bien, mais je n'étais pas heureux. Il y a toujours plus à chercher. Les relations sentimentales de courtes durées, j'en avais assez. Le lundi de cette semaine-là, j'avais déclaré à la femme dont j'étais amoureux et qui s'éloignait: "Maintenant, tout çà m'est bien égal: je ferme la boutique, je rentre chez moi et, quitte à ne rien faire de toute ma vie, je n'arrêterai pas de chercher avant de savoir quelle est la cause de la condition malheureuse de l'homme."
Et aussitôt dit, aussitôt fait. Je suis rentré chez moi sans me rendre compte que j'avais emporté avec moi un petit opuscule, rédigé par un Jésuite, qui s'intitulait "Satan l'Adversaire". J'avais songé reprendre mes notes de philosophie, mais puisque ce petit livret m'était tombé sous la main, c'est par lui que j'ai commencé. A cette époque, il ne restait de mon baptême que la conviction de l'existence de Dieu, mais un Dieu que je réduisais ainsi: "Il y a plus de six milliards d'hommes sur la terre, comment croire que Dieu puisse s'intéresser à chacun ?" A mes propres yeux, j'étais assez lucide pour constater ma parfaite insignifiance et l'impact pratiquement nul de toute mon existence, dans le passé, le présent et l'avenir. Oui, j'avais beaucoup été attiré par "Le journal d'un curé de campagne", de Bernanos, mais n'était-ce pas chez moi un reste de sentimentalisme ?
J'ai feuilleté ce petit ouvrage et j'y avais relevé tout de même la prodigieuse astuce du serpent dans son dialogue avec Eve. Au lieu d'accuser Dieu directement, le démon contourne la conscience d'Eve, et lui pose une simple question « Alors, Dieu vous a dit : ‘Vous ne mangerez le fruit d’aucun arbre du jardin ?" Et Eve, pour avoir voulu corriger la question posée (car en fait, le fruit d'un seul arbre est interdit), se laissera entraîner par la virulence de l'accusation qui suit: " « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »
Lorsque j'ai achevé ma lecture, plusieurs heures avaient passé. Quelque chose m'avait saisi, mais je ne parvenais pas à établir le lien avec d'autres lectures. Les jours ont passé. Le samedi précédant ma conversion, je me souviens qu'il y avait une fête foraine, que je m'étais laissé emporter dans la foule et plus la foule me pressait, plus je me sentais isolé: j'étais un être unique mais totalement impuissant à se rendre heureux lui-même ni rendre heureux qui que ce soit. Ce constat était si pénible ! Un instant, j'ai levé les yeux au ciel, mais quoi: dans la Bible, le ciel n'est que le symbole d'un ailleurs, pourquoi regarder le ciel, quand nous avons les pieds sur le sol ? J'ai traîné mon malaise jusque dans la nuit.
Pour dormir, plutôt que de regagner mon deux-pièces, j'avais demandé refuge pour une nuit dans mon ancienne chambre d'étudiant, dans la maison familiale. Il n'y avait plus que le lit, une table et une chaise... et le crucifix que l'on m'avait offert pour ma communion solennelle, un très lointain souvenir. A mon réveil, pourtant, lorsque j'ai ouvert les yeux, quelque chose m'a paru bizarre: la position du corps de plâtre n'était plus la même. La tête ne devait-elle pas reposer sur une des épaules, dans l'abandon de la mort ?
A ce moment-là, la "connaissance" de ce que j'étais en train de vivre me fut donnée. Ce n'était plus du plâtre, c'était un homme, un homme juste et parfaitement innocent qui me regardait avec une telle intensité d'amour... qu'il m'eût été difficile de ne pas m'écrier: "Non, je ne peux supporter cela ! Je ne veux pas ! Il n'est pas possible que l'amour aille jusque-là !"... Car le Christ était en train de mourir NON PAS parce que j'avais péché, mais parce qu'Il ne supportait pas de me voir entraîné dans le malheur PAR le péché...
Il m'apparût instantanément qu'un mensonge énorme avait frappé et marqué la raison humaine depuis le commencement de l'humanité. Le diable, dénoncé dans l'ouvrage cité, était tout autre chose qu'un sophiste ! Ici, mon récit devient flou. Il s'est passé longtemps, mais en réalité quelques minutes à peine. Je dois sauter quelques lignes d'écriture, car je ne sais pas quels mots employer... La vision du Christ en croix s'est estompée, j'avais pleuré beaucoup, une partie de moi avait adhéré tout à fait au Christ souffrant, le refusant d'abord, l'acceptant ensuite, mais sa mort était une perte épouvantable.
Un instant plus tard, on eût dit que chaque centimètre carré des murs de ma chambre avaient été recouverts d'un tapis sonore d'où j'entendis comme un chœur céleste proclamer : "Il y a plus de joie dans les Cieux pour un seul qui se repent, que pour cent justes qui n'ont pas besoin de repentir !". Et comme j'achevais d'entendre cette déclaration, aussitôt une joie extraordinaire m'a envahi. J'ai compris par la suite que j'avais vécu aussi la Résurrection. Cette joie m'a apporté, tout en même temps, la révélation des choses cachées (jusque-là) dans les Evangiles (que je n'avais pu percer avec ma raison), et une force qui m'a fait nommer cette joie: "onde d'énergie pure", mais par la suite, j'ai simplement dit: la Joie, avec la majuscule, pour la différencier de toute autre joie.
Evidemment, j'ai demandé de mourir tout de suite. Jamais ma lucidité ne m'a manqué dans l'événement que je rapporte: je savais très bien qu'après ce qui m'était advenu, je continuerais d'être libre de dire oui ou de dire non - que cet événement avait tout changé en moi, mais qu'il serait difficile de témoigner. Mais à la demande de mourir, j'ai perçu comme un fin sourire: avant de mourir, il faudrait tout de même tenter de témoigner un peu... Et c'est ainsi que, dans l'après-midi, j'ai commencé à rechercher un prêtre qui saurait m'entendre, car j'avais cru tout de même que si des hommes se font prêtre, c'était forcément qu'ils avaient vécu la même chose que moi - ou quelque chose de similaire. C'était le début d'un long chemin, qui n'est pas encore fini. J'avoue que je ne suis plus aussi disposé à mourir qu'autrefois, mais j'ajoute qu'un témoignage comme celui-ci est difficile à rédiger ... surtout parce que l'on revit ce que l'on a traversé.
Et ce qui est dit est dit.
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Et un commentaire du lendemain:
Les mots sont trop courts, insuffisants, pas assez "spirituels"... mais il y a une seconde difficulté: c'est celle d'isoler le moment du temps où la conversion a eu lieu, en le détachant du passé. Car, en tout cas pour moi, l'expérience que j'ai rapportée fut le résultat d'un long temps de recherche (en même temps que d'égarements).
Très lentement, sans jamais insister, à partir du moment où j'ai quitté l'Église, le Seigneur est réellement intervenu "à temps et à contre-temps", afin de m'aider à revenir. Il y a d'abord eu ce livre: "Le journal d'un curé de campagne" de Bernanos, que j'ai lu une fois l'an. Je n'ai jamais su dire clairement pourquoi l'histoire de ce petit prêtre, malhabile, malade et tellement "écorché vif", m'avait frappé à ce point.
Ensuite, il y a eu ce brusque revirement : d'un instant à l'autre, j'ai changé de voie. J'avais résolu de me faire "une petite place au soleil" en étudiant en vue des carrières diplomatiques, mais cette ambition risquait bel et bien de ruiner mon âme, car c'est un milieu - trop proche du pouvoir, qui risque fort de corrompre l'ingénu qui s'y aventure. Un matin, comme j'avais quitté ma chambre d'étudiant universitaire afin d'acquérir un syllabus de mathématiques, je me suis retrouvé sur un banc, et j'ai senti... comme quelqu'un qui pleurait en moi. Ces larmes avaient une signification: elles me disaient qu'il n'y avait pas assez d'amour dans ma vie, qu'il fallait essayer d'aimer ou du moins rechercher la compagnie d'autrui. Ce n'était pas rationnel, mais cela m'a pourtant suffit : j'ai quitté l'université et j'ai cherché à me "déshabituer" de considérer les autres de manière négative.
Lors de mon temps d'armée, j'ai eu un accident de voiture. La crainte du service militaire (obligatoire à cette époque) m'avait poussé à prier de nouveau... et j'ai eu un accident de voiture ! Catastrophe, me suis-je dit d'abord, c'est à cela que çà sert de prier ? Seulement plus tard, j'ai dû reconnaître que, non seulement tout le monde s'était sorti intact de cet accident, mais qu'à cause de mes blessures superficielles, j'avais échappé à l'incorporation dans une caserne dont la réputation était très mauvaise (stupéfiants, affaires de mœurs, sévices envers les nouveaux, etc.) pour me retrouver finalement affecté au bureau d'un Lieutenant-colonel qui fut scout un jour, et qui était une crème d'homme.
Après l'armée, mon séjour en Caroline du Sud m'a donné l'occasion, pour une fois de défendre la miséricorde divine face aux affirmations de mon amie américaine, qui se croyait définitivement condamnée par Dieu à la suite d'un avortement que son compagnon lui avait pratiquement imposé (les étudiants américains paient souvent leurs études avec de petits boulots et ils ont la vie rude). Sans bien comprendre, je me suis retrouvé à citer des paroles de l'Évangile qui remontaient à mon catéchisme, et par lesquelles je l'ai rassurée qu'il existe une issue.
Etc. Jusqu'au jour où je me suis retrouvé au bord d'une frontière que je n'envisageais pas de franchir. Bien qu'ayant entrevu la possibilité d'être aimé de Dieu, l'expérience de la destinée malheureuse de l'homme me rongeait et m'empêchait de voir clair. Et finalement, je fus comme l'aveugle sur le chemin, qui criait, non pour voir de nouveau, mais pour connaître la vérité. Or, la vérité, c'est le Christ. "Quiconque cherche la vérité entend ma voix", dit Jésus.