Amour et connaissance

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Amour et connaissance

par Amfortas » ven. 11 févr. 2011, 14:19

Je me permets d’ouvrir ce fil, car j’ai constaté beaucoup d’incompréhension sur l’amour et la connaissance, thème souvent abordé sous l’angle : l’amour versus la connaissance.

L’amour et la connaissance sont tous deux des unions : la connaissance unit le connaissant et le connu, l’amour unit l’aimant et l’aimé.

La meilleure analogie que l’on ait trouvée pour décrire ce type d’union immatériel est celle de la matière et de la forme.

Le connaissant est en puissance de connaître, il est l’analogue de la matière, une tabula rasa en attente d’une impression. Le connu est déjà en acte, il n’a pas à connaître mais à être connu, il est l’analogue de la forme, il va informer (d’où le terme information) le connaissant.

Donc nous voyons que la connaissance est asymétrique, car le connaissant est ordonné au connu, de même que la matière est ordonnée à la forme.

Et c’est bien là la position du réalisme catholique : l’homme doit connaître objectivement l’ordre des choses et être ordonné à cet ordre. Rejet donc du subjectivisme, négateur de la connaissance objective. Pour faire court et simple, lorsque l’on est catholique on ne raconte pas n’importe quoi mais l’on raconte ce qui est.

Venons en maintenant à l’amour : la grosse différence avec la connaissance, où c’était le connaissant qui était ordonné au connu, c’est que là c’est l’aimé qui est ordonné à l’aimant. En effet de même que l’information circulait du connu vers le connaissant, l’amour va de l’aimant à l’aimé. D’où d’ailleurs le titre d’une fameuse chanson « Aimer est plus fort que d’être aimé », et sur le plan théologique le fait que l’amour de Dieu nous précède toujours.

Dans l’ordre de la connaissance nous devons être soumis (n’en déplaise à certains), dans l’ordre de l’amour nous devons soumettre, mais soumettre par l’amour. Voilà pourquoi d’ailleurs en Dieu l’amour est premier, et la raison du fameux commandement : « Aimez votre prochain ».

D’ailleurs on peut voir cette différence sur les tempéraments : le connaissant sera plutôt froid, prudent, scrupuleux, il prendra soin de tout analyser, alors que celui qui déborde d’amour sera chaleureux, emporté, quitte à commettre des maladresses vis-à-vis de ceux à qui il dispense son amour.

Maintenant il s’agit de comprendre comment s’articulent l’amour et la connaissance chez la créature.

Cela se comprend aisément sur l’exemple parental : l’amour parental est ordonné au bien de l’enfant, c’est parce que les parents aiment leur enfant qu’ils font tout pour qu’il réussisse dans la vie et au-delà.

Mais cela ne suffit pas, car la fin, c'est-à-dire le bien de l’enfant, malgré tout l’amour du monde, peut être manquée du fait d’une connaissance insuffisante de celui-ci. Ainsi des parents choisissant pour leur enfant une orientation qu’il juge la meilleure mais sans que leur enfant n’ait la volonté ou la capacité de suivre une telle orientation, avec par la suite un rejet brutal par celui-ci. Il faut donc bien connaître son enfant, pour son bien.


Il faut donc d’abord s’unir à l’objet par mode de connaissance, c'est-à-dire se laisser ordonner à lui pour après s’unir à lui par mode d’amour, c'est-à-dire l’ordonner à notre amour et à l’amour de Dieu pour son bien.

L’amour ne peut donc se passer du discernement de la connaissance. Il faut aimer pour atteindre le bien, mais pour bien aimer il faut d’abord bien connaître.

C’est donc le bien qui donne un sens à l’amour et c’est l’amour qui donne un sens à la connaissance.

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