par Cinci » jeu. 28 nov. 2013, 2:43
extrait déjà cité :
Il était toujours sévère à l’égard de ses confrères: « S’ils s’efforçaient de faire de vrais exorcismes, ceux qui existent pourraient suffire. Un exorcisme peut coûter la vie. En dehors de Dieu, il n’y a rien d’autre ». Le morbide et la spectacularisation, ça ne marche pas avec une mission aussi délicate. Père Matteo soutenait que : « La délivrance est un don de Dieu, Dieu seul peut libérer : quand et comment il veut. Si Satan est puissant, Dieu est tout puissant. Le Seigneur peut libérer aussi sans l’intervention d’intermédiaires humains ».
Vu hier par hasard (complément) :
Le pouvoir des esprits
[...]
Les exorcistes catholiques de l'Île-de-France
reçoivent plus de 2000 personnes par an
Quand le diable s'en mêle
Ses nuits sont peuplées de cauchemars, il sent des aiguilles lui transpercer le dos, entend des chuchotements, voit les lampes s'allumer ou s'éteindre toutes seules : Yvan est persuadé que le Malin a pris possession de son corps. Il s'est donc rendu à l'Accueil Saint-Michel, le service de l'exorcisme de l'Île-de-France. Il espère beaucoup des aspersions d'eau bénite, du crucifix brandi sur sa tête, des invectives en latin ... C'est tout autre chose qui l'attend. Il est reçu par Gervaise, ancienne éducatrice spécialisée, qui depuis cinq ans assiste avec quinze autres bénévoles, deux prêtres exorcistes. Plus de 2000 personnes passent ici chaque année, de tous les âges et de tous les milieux sociaux.
«Viens Esprit Saint»
Économe en mots, Gervaise pose de rares questions. Yvan se lâche très vite. Il sait qu'il n'y aura qu'une rencontre, d'une heure maximum. Cela fait des mois qu'il ressent le besoin de parler. Mais on est vite pris pour un fou, de nos jours, à évoquer le diable ... Gervaise écoute, sans juger. «Des événements enfouis remontent à la surface, révélant le noeud du problème», explique-t-elle. Maltraitance, sentiment de n'avoir jamais été aimé qui voue à l'échec ... Yvan a apprécié. Annette a eu plus de mal. Son problème à elle, c'est la poisse. Elle enchaîne les malheurs : le père de son troisième enfant s'est volatilisé, elle vient de perdre son emploi, son logeur veut la mettre dehors. Elle ne veut pas en démordre : on lui a jeté un sort. Mais la réponse de l'Accueil Saint-Michel l'a déçue. «On ne fait pas de magie ici», a expliqué Gervaise. L'enfer, souvent, c'est soi. «Si vous avez reçu un sort, il y a moyen de s'en détacher en renouant par la prière la relation avec le Christ», lui propose la bénévole.
Quelque 80% des consultants acceptent de voir le prêtre exorciste qui prononcera la prière de délivrance. Aujourd'hui, c'est le père Maxime d'Arbaumont qui officie. «Viens Esprit Saint, lave ce qui est souillé, guéris ce qui est blessé ...» Que ressent-il ? «Une impression de paix et de force. J'ai un message extraordinnaire à délivrer aux consultants : Dieu n'a jamais cessé de vous aimer !» Quand la séance se termine, il prend dans les siennes les mains jointes de son interlocuteur pour une dernière prière personnalisée. Puis il lui demande l'autorisation de l'embrasser : «Et là c'est l'explosion de sourires !» assure le père. Ceux que nous recevons ont des déficits d'amour abyssaux». Entre-temps, il a proposé une confession : «Quatre personne sur cinq ne demandent que ça. Il y a des choses qui leur pèsent, des pans de citadelle tombent, ils se sentent délivrés.»
Trouver une amélioration
L'exorcisme, une séance de psychanalyse gratuite ? Il y a de ça, même si son but est d'inciter les brebis perdus à retrouver le chemin de la foi et de la pratique religieuse. Sauf exception, le père d'Arbaumont ne les reverra pas. «On part du principe que, si les gens ne rappellent pas, c'est qu'ils ont trouvé une amélioration ou un chemin», explique Gervaise. Et ceux qui ont des problèmes psychiatriques, soit 20% des consultants ? «On leur suggère de voir un praticien. Nous devons faire attention de ne pas passer à côté d'une pathologie».
Selon Mgr Anatrella, évêque et psychiatre, «certains sujets sont tellement aux prises avec leurs conflits psychiques qu'ils ont le sentiment d'être possédés par une force qui les dépasse, qu'ils attribuent par exemple à Satan». Est-ce à eux qu'est destiné le rituel du grand exorcisme qui alimente tant de fantasmes ? Réservé à ceux qui se mettent à parler une langue inconnue, à dévoiler des faits cachés, à déployer une force herculéenne, à blasphémer. Il n'est proposé qu'avec circonspection. «Pour les hystériques, cela peut se terminer avec le Samu», affirme Mgr Anatrella. Et en cas de crise grave de schizophrénie, les hallucinations peuvent être renforcées. D'où l'importance de la formation des officiants. Et là il y a problème, si on en croit Mgr Dubasque, secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France, et depuis 2011, membre du Bureau national des exorcismes.
La dernière session annuelle des exorcistes l'a laissée abasourdi. «Ils ont failli s'étriper ! raconte-t-il. L'un était convaincu qu'un cadre s'était décroché tout seul, quand l'autre, qui avait vérifié l'état de la corde, essayait de lui faire comprendre que les mites étaient passées par là. Certains voient le diable partout et font des exorcismes majeurs à tour de bras.» Environ 10% de la centaine d'exorcistes pratiquant en France seraient ainsi dangereux, leur croyance dans les phénomènes paranormaux ne faisant que renforcer la crédulité de leurs ouailles. Car la croyance dans la magie et les forces occultes est loin de faiblir. Si l'Église ne tient pas de statistiques, les exorcistes sont formels : leur bureau ne désemplit pas. Mais, choisis par l'évêque du diocèse en fonction de leur expérience pastorale et de leur capacité de discernement, ils apprennent leur job sur le tas et exercent souvent dans la solitude. Mgr Dubasque le reconnaît : lorsqu'il était le numéro deux du diocèse d'Aire-et-Dax (Landes), il a, en quatorze ans, passé en tout et pour tout une heure avec l'exorciste de sa juridiction. Il a désormais décidé de prendre le diable par les cornes et d'établir des règles déontologiques : confidentialité, supervision, gratuité ... une charte éthique, comme il en existe dans les professions du soin. L'exorciste n'est-il pas un médecin de l'âme ?
Source : Le Point référence. La psychanalyse après Freud. Les textes fondamentaux, in «Le pouvoir des esprits. Entetien avec Jean-Loup Amselle», numéro spécial, septembre-octobre 2013, p. 86
extrait déjà cité :
[quote]Il était toujours [u]sévère[/u] à l’égard de ses confrères: « S’ils s’efforçaient de faire de vrais exorcismes, ceux qui existent pourraient suffire. Un exorcisme peut coûter la vie. En dehors de Dieu, il n’y a rien d’autre ». Le morbide et la spectacularisation, ça ne marche pas avec une mission aussi délicate. Père Matteo soutenait que : « La délivrance est un don de Dieu, Dieu seul peut libérer : quand et comment il veut. Si Satan est puissant, Dieu est tout puissant. Le Seigneur peut libérer aussi sans l’intervention d’intermédiaires humains ».[/quote]
Vu hier par hasard (complément) :
[color=#004080][size=150]Le pouvoir des esprits[/size]
[...]
Les exorcistes catholiques de l'Île-de-France
reçoivent plus de 2000 personnes par an
[b]Quand le diable s'en mêle[/b]
Ses nuits sont peuplées de cauchemars, il sent des aiguilles lui transpercer le dos, entend des chuchotements, voit les lampes s'allumer ou s'éteindre toutes seules : Yvan est persuadé que le Malin a pris possession de son corps. Il s'est donc rendu à l'Accueil Saint-Michel, le service de l'exorcisme de l'Île-de-France. Il espère beaucoup des aspersions d'eau bénite, du crucifix brandi sur sa tête, des invectives en latin ... C'est tout autre chose qui l'attend. Il est reçu par Gervaise, ancienne éducatrice spécialisée, qui depuis cinq ans assiste avec quinze autres bénévoles, deux prêtres exorcistes. Plus de 2000 personnes passent ici chaque année, de tous les âges et de tous les milieux sociaux.
«Viens Esprit Saint»
Économe en mots, Gervaise pose de rares questions. Yvan se lâche très vite. Il sait qu'il n'y aura qu'une rencontre, d'une heure maximum. Cela fait des mois qu'il ressent le besoin de parler. Mais on est vite pris pour un fou, de nos jours, à évoquer le diable ... Gervaise écoute, sans juger. «Des événements enfouis remontent à la surface, révélant le noeud du problème», explique-t-elle. Maltraitance, sentiment de n'avoir jamais été aimé qui voue à l'échec ... Yvan a apprécié. Annette a eu plus de mal. Son problème à elle, c'est la poisse. Elle enchaîne les malheurs : le père de son troisième enfant s'est volatilisé, elle vient de perdre son emploi, son logeur veut la mettre dehors. Elle ne veut pas en démordre : on lui a jeté un sort. Mais la réponse de l'Accueil Saint-Michel l'a déçue. «On ne fait pas de magie ici», a expliqué Gervaise. L'enfer, souvent, c'est soi. «Si vous avez reçu un sort, il y a moyen de s'en détacher en renouant par la prière la relation avec le Christ», lui propose la bénévole.
Quelque 80% des consultants acceptent de voir le prêtre exorciste qui prononcera la prière de délivrance. Aujourd'hui, c'est le père Maxime d'Arbaumont qui officie. «Viens Esprit Saint, lave ce qui est souillé, guéris ce qui est blessé ...» Que ressent-il ? «Une impression de paix et de force. J'ai un message extraordinnaire à délivrer aux consultants : Dieu n'a jamais cessé de vous aimer !» Quand la séance se termine, il prend dans les siennes les mains jointes de son interlocuteur pour une dernière prière personnalisée. Puis il lui demande l'autorisation de l'embrasser : «Et là c'est l'explosion de sourires !» assure le père. Ceux que nous recevons ont des déficits d'amour abyssaux». Entre-temps, il a proposé une confession : «Quatre personne sur cinq ne demandent que ça. Il y a des choses qui leur pèsent, des pans de citadelle tombent, ils se sentent délivrés.»
Trouver une amélioration
L'exorcisme, une séance de psychanalyse gratuite ? Il y a de ça, même si son but est d'inciter les brebis perdus à retrouver le chemin de la foi et de la pratique religieuse. Sauf exception, le père d'Arbaumont ne les reverra pas. «On part du principe que, si les gens ne rappellent pas, c'est qu'ils ont trouvé une amélioration ou un chemin», explique Gervaise. Et ceux qui ont des problèmes psychiatriques, soit 20% des consultants ? «On leur suggère de voir un praticien. Nous devons faire attention de ne pas passer à côté d'une pathologie».
Selon Mgr Anatrella, évêque et psychiatre, «certains sujets sont tellement aux prises avec leurs conflits psychiques qu'ils ont le sentiment d'être possédés par une force qui les dépasse, qu'ils attribuent par exemple à Satan». Est-ce à eux qu'est destiné le rituel du grand exorcisme qui alimente tant de fantasmes ? Réservé à ceux qui se mettent à parler une langue inconnue, à dévoiler des faits cachés, à déployer une force herculéenne, à blasphémer. Il n'est proposé qu'avec circonspection. «Pour les hystériques, cela peut se terminer avec le Samu», affirme Mgr Anatrella. Et en cas de crise grave de schizophrénie, les hallucinations peuvent être renforcées. D'où l'importance de la formation des officiants. Et là il y a problème, si on en croit Mgr Dubasque, secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France, et depuis 2011, membre du Bureau national des exorcismes.
La dernière session annuelle des exorcistes l'a laissée abasourdi. «Ils ont failli s'étriper ! raconte-t-il. L'un était convaincu qu'un cadre s'était décroché tout seul, quand l'autre, qui avait vérifié l'état de la corde, essayait de lui faire comprendre que les mites étaient passées par là. Certains voient le diable partout et font des exorcismes majeurs à tour de bras.» Environ 10% de la centaine d'exorcistes pratiquant en France seraient ainsi dangereux, leur croyance dans les phénomènes paranormaux ne faisant que renforcer la crédulité de leurs ouailles. Car la croyance dans la magie et les forces occultes est loin de faiblir. Si l'Église ne tient pas de statistiques, les exorcistes sont formels : leur bureau ne désemplit pas. Mais, choisis par l'évêque du diocèse en fonction de leur expérience pastorale et de leur capacité de discernement, ils apprennent leur job sur le tas et exercent souvent dans la solitude. Mgr Dubasque le reconnaît : lorsqu'il était le numéro deux du diocèse d'Aire-et-Dax (Landes), il a, en quatorze ans, passé en tout et pour tout une heure avec l'exorciste de sa juridiction. Il a désormais décidé de prendre le diable par les cornes et d'établir des règles déontologiques : confidentialité, supervision, gratuité ... une charte éthique, comme il en existe dans les professions du soin. L'exorciste n'est-il pas un médecin de l'âme ?
Source : [u]Le Point référence. La psychanalyse après Freud. Les textes fondamentaux[/u], [i]in[/i] «Le pouvoir des esprits. Entetien avec Jean-Loup Amselle», numéro spécial, septembre-octobre 2013, p. 86[/color]