par archi » ven. 21 déc. 2012, 20:56
D'une part j'exprimais des doutes sur le miracle proposé par le communiqué pour la béatification. Ne connaissant pas le dossier en détail, les faits étant peut-être miraculeux, avec ou sans l'intercession de l'auteur d'Humanae Vitae, j'ai préféré retirer mon message. D'autre part, je n'étais pas ce jour-là dans l'humeur convenable pour remplacer le message par une réponse plus intelligente...
Ceci dit, ça ne m'empêche pas de me demander quelles "vertus héroïques" de Paul VI sont reconnues, quel culte populaire intense est ainsi reconnu par l'autorité légitime, et quelle crédibilité en gardera le processus de béatification actuel, surtout quand on voit que tous les Papes récents sont rapidement canonisés.
Certains parleront bien sûr d'Humanae Vitae ou du Credo du Peuple de Dieu, et globalement la doctrine exprimée dans es encycliques qui est pleinement orthodoxe. Pourtant, ce Pape a la réputation d'un Hamlet ou d'un Janus, et ses actes ne sont pas en rapport avec sa posture doctrinale. Il me semble tout de même que des faits comme:
- la destruction du rite romain par l'imposition d'un missel complètement nouveau, en seulement quelques mois, et en s'opposant systématiquement aux demandes légitimes ceux qui voulaient conserver la tradition, acte entièrement contraire à l'esprit de l'Eglise. Ainsi que de tous les autres rites.
- rite promulgué dès le départ comme prévu pour être célébré entièrement en vernaculaire (ce qui contredit expressément les canons de la constitution conciliaire sur la liturgie qui demandait la conservation du latin en même temps qu'une place plus large au vernaculaire), avec à la clé la perte du patrimoine musical basé sur le latin
- la perte d'autres traditions tout aussi vénérables (ordres mineurs, supprimés sans bénéfice aucun), la démolition des règles traditionnelles du jeûne...
Toutes ces choses étaient certes largement entamées dès les débuts du Concile, mais loin de s'y opposer, il s'est engagé dans une quantité impressionnante de réformes dont beaucoup sont allées dans le même sens. J'ai également souvent entendu dire - et jamais entendu d'avis contraire - que ses nominations d'évêques allaient systématiquement dans le sens "libéral", quitte par exemple, juste après la sortie d'Humanae Vitae, à nommer des évêques qui y étaient opposés.
Si ça ne suffisait pas, sa politique vis-à-vis des régimes communistes a été d'une extrême ambiguïté, et il a osé déposer le Cardinal hongrois Mindszenty qui n'avait commis d'autre faute que d'être pourchassé par le régime communiste, ce qui en soit est un acte parfaitement inadmissible.
Bref, la béatification de Paul VI me semble être la béatification d'une certaine rupture, pas aussi radicale que celles des ultra-libéraux style Hans Kung, mais tout de même prononcée, indéniable sauf à fermer les yeux, et dont on sent encore les effets... Ca me semble difficile après ça de tenir la ligne d'une "herméneutique de la continuité" concernant le Concile, l'interprétation qui a prévalu est largement celle de Paul VI.
Dans tous les cas, je n'ai pas à juger la personne de ce Pape (d'après certains, victime héroïque de circonstances dramatiques... mais bon ceux qui prétendent cela sont aussi ceux qui pensent que le vrai Paul VI a été remplacé par un sosie!). Mais en ce qui concerne les actes,
- ni les actes de gouvernement qui ont été catastrophiques
- ni la sainteté personnelle connue - une telle sainteté malgré une incapacité à gouverner n'est certes pas exclue, mais si c'est le cas elle était fort discrète, on ne peut pas dire qu'elle ait resplendi aux yeux du grand public (contrairement à un Jean-Paul II)
ne justifient de rendre un culte public, si l'on veut que le culte rendu par l'Eglise aux Saints et aux Bienheureux ait encore un sens.
In Xto,
archi.
D'une part j'exprimais des doutes sur le miracle proposé par le communiqué pour la béatification. Ne connaissant pas le dossier en détail, les faits étant peut-être miraculeux, avec ou sans l'intercession de l'auteur d'Humanae Vitae, j'ai préféré retirer mon message. D'autre part, je n'étais pas ce jour-là dans l'humeur convenable pour remplacer le message par une réponse plus intelligente...
Ceci dit, ça ne m'empêche pas de me demander quelles "vertus héroïques" de Paul VI sont reconnues, quel culte populaire intense est ainsi reconnu par l'autorité légitime, et quelle crédibilité en gardera le processus de béatification actuel, surtout quand on voit que tous les Papes récents sont rapidement canonisés.
Certains parleront bien sûr d'Humanae Vitae ou du Credo du Peuple de Dieu, et globalement la doctrine exprimée dans es encycliques qui est pleinement orthodoxe. Pourtant, ce Pape a la réputation d'un Hamlet ou d'un Janus, et ses actes ne sont pas en rapport avec sa posture doctrinale. Il me semble tout de même que des faits comme:
- la destruction du rite romain par l'imposition d'un missel complètement nouveau, en seulement quelques mois, et en s'opposant systématiquement aux demandes légitimes ceux qui voulaient conserver la tradition, acte entièrement contraire à l'esprit de l'Eglise. Ainsi que de tous les autres rites.
- rite promulgué dès le départ comme prévu pour être célébré entièrement en vernaculaire (ce qui contredit expressément les canons de la constitution conciliaire sur la liturgie qui demandait la conservation du latin en même temps qu'une place plus large au vernaculaire), avec à la clé la perte du patrimoine musical basé sur le latin
- la perte d'autres traditions tout aussi vénérables (ordres mineurs, supprimés sans bénéfice aucun), la démolition des règles traditionnelles du jeûne...
Toutes ces choses étaient certes largement entamées dès les débuts du Concile, mais loin de s'y opposer, il s'est engagé dans une quantité impressionnante de réformes dont beaucoup sont allées dans le même sens. J'ai également souvent entendu dire - et jamais entendu d'avis contraire - que ses nominations d'évêques allaient systématiquement dans le sens "libéral", quitte par exemple, juste après la sortie d'Humanae Vitae, à nommer des évêques qui y étaient opposés.
Si ça ne suffisait pas, sa politique vis-à-vis des régimes communistes a été d'une extrême ambiguïté, et il a osé déposer le Cardinal hongrois Mindszenty qui n'avait commis d'autre faute que d'être pourchassé par le régime communiste, ce qui en soit est un acte parfaitement inadmissible.
Bref, la béatification de Paul VI me semble être la béatification d'une certaine rupture, pas aussi radicale que celles des ultra-libéraux style Hans Kung, mais tout de même prononcée, indéniable sauf à fermer les yeux, et dont on sent encore les effets... Ca me semble difficile après ça de tenir la ligne d'une "herméneutique de la continuité" concernant le Concile, l'interprétation qui a prévalu est largement celle de Paul VI.
Dans tous les cas, je n'ai pas à juger la personne de ce Pape (d'après certains, victime héroïque de circonstances dramatiques... mais bon ceux qui prétendent cela sont aussi ceux qui pensent que le vrai Paul VI a été remplacé par un sosie!). Mais en ce qui concerne les actes,
- ni les actes de gouvernement qui ont été catastrophiques
- ni la sainteté personnelle connue - une telle sainteté malgré une incapacité à gouverner n'est certes pas exclue, mais si c'est le cas elle était fort discrète, on ne peut pas dire qu'elle ait resplendi aux yeux du grand public (contrairement à un Jean-Paul II)
ne justifient de rendre un culte public, si l'on veut que le culte rendu par l'Eglise aux Saints et aux Bienheureux ait encore un sens.
In Xto,
archi.