par Théodore » mer. 02 mars 2016, 19:30
Pour répondre à votre question, allons "ad fontem" !
Saint Thomas d'Aquin,
Summae Theologiae,
Prima Pars :
Le Docteur Angélique a écrit :
Question X : L'éternité de Dieu :
Article 1 : Qu'est-ce que l'éternité ?
Objections :
- 1. Il semble qu’on ne puisse admettre la définition de Boèce : “ L’éternité est la possession toute à la fois et parfaite d’une vie sans terme. ” En effet, “ sans terme ” est une expression négative. Mais la négation n’entre dans la définition que de réalités déficientes, ce qui ne convient pas à l’éternité. On ne doit donc pas introduire “ sans terme ” dans la définition de l’éternité.
- 2. L’éternité signifie une certaine durée. Mais la durée regarde l’être plutôt que la vie. Donc on ne devait pas parler de “ vie ”, mais d’“ être ” dans la définition de l’éternité.
- 3. On appelle “ tout ” ce qui a des parties. Or, cela ne convient pas à l’éternité, puisqu’elle est simple. Il ne convient donc pas de la dire “ toute ”.
- 4. Plusieurs jours ou plusieurs siècles ne peuvent être simultanés. Pourtant on parle de plusieurs jours et de plusieurs siècles dans l’éternité. Ainsi Michée (5, 1) : “ Ses origines remontent aux jours d’éternité ”, et la lettre aux Romains (16, 25) : “ ... Révélation d’un mystère enveloppé de silence aux siècles éternels. ” Donc l’éternité n’est pas “ toute à la fois ”.
- 5. Le “ tout ” et le “ parfait ” sont synonymes. Ajouter “ parfaite ” à “ toute ” était donc superflu.
- 6. La “ possession ” ne concerne pas la durée. Or, l’éternité est une durée. Elle n’est donc pas une possession.
Réponse :
Nous ne pouvons nous élever à la connaissance des choses simples que par le moyen des choses composées ; ainsi nous ne pouvons nous faire une idée de l’éternité qu’à partir du temps. Or, le temps n’est autre chose que “ le nombre du mouvement selon l’ordre de l’avant et de l’après ”. En effet, étant donné que dans tout mouvement il y a une succession, une partie après l’autre, quand nous nombrons l’avant et l’après dans le mouvement, nous percevons le temps, qui n’est rien d’autre que la numération de l’avant et de l’après du mouvement. Mais, en ce qui est sans mouvement, et qui est toujours de la même manière, on ne peut pas distinguer un avant et un après. Donc, comme la raison de temps consiste dans la numération de l’avant et de l’après dans le mouvement, ainsi appréhender l’uniformité en ce qui est complètement étranger au mouvement, c’est saisir la raison d’éternité.
En outre, on dit mesurées par le temps les choses qui ont un commencement et une fin dans le temps, ainsi qu’il est dit dans la Physique d’Aristote. Et la raison en est qu’à tout ce qui se meut on peut assigner un certain commencement et un certain terme. Mais ce qui est absolument immuable n’a pas de succession et ne peut avoir davantage de commencement ni de fin.
Ainsi donc, l’éternité se fait reconnaître à ces deux caractères : Tout d’abord, ce qui est dans l’éternité est sans terme, c’est-à-dire sans commencement et sans fin, “ terme ” se rapportant à l’un et à l’autre. En second lieu, l’éternité elle-même ne comporte pas de succession, existant toute à la fois.
Solutions :
- 1. Nous avons coutume de définir négativement les choses simples, comme on dit du point : c’est ce qui n’a pas de parties. Ce n’est pas que la négation appartienne à l’essence de ces choses ; c’est parce que notre esprit, qui appréhende d’abord le composé, ne vient à la connaissance des choses simples qu’en écartant d’eux la composition.
- 2. Ce qui est vraiment éternel n’est pas seulement étant, il est aussi vivant ; et, le “ vivre ” s’étend d’une certaine manière à l’opération, ce qui n’est pas vrai de l’être. Or, le progrès de la durée semble concerner l’opération plus que l’être ; et c’est pourquoi le temps se définit : le nombre du mouvement.
- 3. L’éternité est dite “toute à la fois ”, non parce qu’elle a des parties, mais parce que rien ne lui manque.
- 4. De même que Dieu, alors qu’il est incorporel, reçoit métaphoriquement dans l’Écriture des noms de réalités corporelles, ainsi l’éternité existant “ toute à la fois ” reçoit des noms qui désignent la succession temporelle.
- 5. Dans le temps, il y a deux choses à considérer : le temps lui-même, qui est successif ; et l’instant, essentiellement imparfait. C’est pourquoi la définition de l’éternité dit qu’elle est “ toute à la fois ” pour exclure le temps, et “ parfaite ” pour exclure l’instant.
- 6. Ce qui est possédé, on le tient fermement et tranquillement. C’est donc pour signifier l’immutabilité et l’indéfectibilité de l’éternité qu’on a choisi le terme “ possession ”.
Pour répondre à votre question, allons "ad fontem" !
Saint Thomas d'Aquin, [i]Summae Theologiae[/i], [i]Prima Pars[/i] :
[quote="Le Docteur Angélique"]
[b]Question X : L'éternité de Dieu :
Article 1 : Qu'est-ce que l'éternité ?[/b]
[b]Objections :[/b]
[list][*]1. Il semble qu’on ne puisse admettre la définition de Boèce : “ L’éternité est la possession toute à la fois et parfaite d’une vie sans terme. ” En effet, “ sans terme ” est une expression négative. Mais la négation n’entre dans la définition que de réalités déficientes, ce qui ne convient pas à l’éternité. On ne doit donc pas introduire “ sans terme ” dans la définition de l’éternité.
[*]2. L’éternité signifie une certaine durée. Mais la durée regarde l’être plutôt que la vie. Donc on ne devait pas parler de “ vie ”, mais d’“ être ” dans la définition de l’éternité.
[*]3. On appelle “ tout ” ce qui a des parties. Or, cela ne convient pas à l’éternité, puisqu’elle est simple. Il ne convient donc pas de la dire “ toute ”.
[*]4. Plusieurs jours ou plusieurs siècles ne peuvent être simultanés. Pourtant on parle de plusieurs jours et de plusieurs siècles dans l’éternité. Ainsi Michée (5, 1) : “ Ses origines remontent aux jours d’éternité ”, et la lettre aux Romains (16, 25) : “ ... Révélation d’un mystère enveloppé de silence aux siècles éternels. ” Donc l’éternité n’est pas “ toute à la fois ”.
[*]5. Le “ tout ” et le “ parfait ” sont synonymes. Ajouter “ parfaite ” à “ toute ” était donc superflu.
[*]6. La “ possession ” ne concerne pas la durée. Or, l’éternité est une durée. Elle n’est donc pas une possession.[/list]
[b]Réponse :[/b]
Nous ne pouvons nous élever à la connaissance des choses simples que par le moyen des choses composées ; ainsi nous ne pouvons nous faire une idée de l’éternité qu’à partir du temps. Or, le temps n’est autre chose que “ le nombre du mouvement selon l’ordre de l’avant et de l’après ”. En effet, étant donné que dans tout mouvement il y a une succession, une partie après l’autre, quand nous nombrons l’avant et l’après dans le mouvement, nous percevons le temps, qui n’est rien d’autre que la numération de l’avant et de l’après du mouvement. Mais, en ce qui est sans mouvement, et qui est toujours de la même manière, on ne peut pas distinguer un avant et un après. Donc, comme la raison de temps consiste dans la numération de l’avant et de l’après dans le mouvement, ainsi appréhender l’uniformité en ce qui est complètement étranger au mouvement, c’est saisir la raison d’éternité.
En outre, on dit mesurées par le temps les choses qui ont un commencement et une fin dans le temps, ainsi qu’il est dit dans la Physique d’Aristote. Et la raison en est qu’à tout ce qui se meut on peut assigner un certain commencement et un certain terme. Mais ce qui est absolument immuable n’a pas de succession et ne peut avoir davantage de commencement ni de fin.
Ainsi donc, l’éternité se fait reconnaître à ces deux caractères : Tout d’abord, ce qui est dans l’éternité est sans terme, c’est-à-dire sans commencement et sans fin, “ terme ” se rapportant à l’un et à l’autre. En second lieu, l’éternité elle-même ne comporte pas de succession, existant toute à la fois.
[b]Solutions :[/b]
[list][*]1. Nous avons coutume de définir négativement les choses simples, comme on dit du point : c’est ce qui n’a pas de parties. Ce n’est pas que la négation appartienne à l’essence de ces choses ; c’est parce que notre esprit, qui appréhende d’abord le composé, ne vient à la connaissance des choses simples qu’en écartant d’eux la composition.
[*]2. Ce qui est vraiment éternel n’est pas seulement étant, il est aussi vivant ; et, le “ vivre ” s’étend d’une certaine manière à l’opération, ce qui n’est pas vrai de l’être. Or, le progrès de la durée semble concerner l’opération plus que l’être ; et c’est pourquoi le temps se définit : le nombre du mouvement.
[*]3. L’éternité est dite “toute à la fois ”, non parce qu’elle a des parties, mais parce que rien ne lui manque.
[*]4. De même que Dieu, alors qu’il est incorporel, reçoit métaphoriquement dans l’Écriture des noms de réalités corporelles, ainsi l’éternité existant “ toute à la fois ” reçoit des noms qui désignent la succession temporelle.
[*]5. Dans le temps, il y a deux choses à considérer : le temps lui-même, qui est successif ; et l’instant, essentiellement imparfait. C’est pourquoi la définition de l’éternité dit qu’elle est “ toute à la fois ” pour exclure le temps, et “ parfaite ” pour exclure l’instant.
[*]6. Ce qui est possédé, on le tient fermement et tranquillement. C’est donc pour signifier l’immutabilité et l’indéfectibilité de l’éternité qu’on a choisi le terme “ possession ”.[/list] [/quote]