par prodigal » mar. 20 oct. 2020, 17:33
Cher mpijery,
j'ai l'impression que la question que vous posez est la question théologique la plus importante depuis deux cents ans (au moins). Et donc vous aurez du mal à trouver un ouvrage de théologie qui n'en parle pas!
Mais vous demandez précisément ce qu'en dit l'Eglise d'aujourd'hui, et je me joins à vous, car cela ne me paraît pas si clair.
Il me semble néanmoins qu'Altior d'une part vous donne la clef en nommant les quatre sens de l'Ecriture (littéral, allégorique, moral, analogique) d'autre part a raison si on accepte cependant de nuancer un tout petit peu.
L'Eglise enseigne, il me semble, qu'il faut en effet tenir la Bible pour vraie dans les quatre sens, donc aussi dans le sens littéral, c'est ce que dit Altior. J'ajouterai que si elle le fait, c'est au nom de la Tradition. La mission de l'Eglise est de transmettre le message, pas de le corriger.
Néanmoins, il apparaît évident que certains passages de l'Ecriture excluent d'eux-mêmes le sens littéral, ou, dit autrement, qu'ils se présentent d'eux-mêmes comme symboliques. En ce cas, bien entendu, il faut les lire tels qu'ils sont écrits, c'est-à-dire comme symboliques.
Je me permets de renvoyer à un magnifique texte de saint Augustin récemment posté ô combien pertinemment par notre ami Héraclius.
Il arrive assez souvent en effet que, sur la terre, le ciel, les éléments de ce monde, sur le mouvement et la révolution des astres, ou encore sur leur grandeur et leur distance, sur les éclipses du soleil et de la lune, sur le cycle des années et des saisons, sur la nature des animaux, des plantes, des pierres et autres choses semblables, un homme même non chrétien ait des connaissances telles qu’il les tienne pour indubitablement établies par la raison et l’expérience. Or, il est extrêmement choquant et dommageable – et c’est une attitude dont il faut se garder à tout prix – qu’il entende un chrétien tenir sur de tels sujets des propos délirants en ayant l’air de s’appuyer sur les Ecritures. En le voyant se tromper (…), l’incroyant pourra difficilement se retenir de rire. Ce qui est fâcheux, (…) c’est que, aux yeux des gens qui ne partagent pas notre foi, nos écrivains passent pour avoir professé de telles opinions et (…) soient considérés comme des ignares dont il faut critiquer et réfuter les dires. Car lorsque, en des matières qui leur sont parfaitement connues, des incroyants surprennent un chrétien en flagrant délit d’erreur et le voient tenir des propos inconsistants en se réclamant de nos saints Livres, comment pourront-il croire ce que disent ces Livres de la résurrection des morts, de l’espérance de la vie éternelle et du royaume des cieux, s’ils pensent que ces écrits renferment nombre d’erreurs sur des choses qu’on peut dès maintenant connaître par expérience ou prouver par des raisons indubitables ?
- Saint Augustin, De la Genèse au sens littéral, I, 20, 37
Cher mpijery,
j'ai l'impression que la question que vous posez est la question théologique la plus importante depuis deux cents ans (au moins). Et donc vous aurez du mal à trouver un ouvrage de théologie qui n'en parle pas!
Mais vous demandez précisément ce qu'en dit l'Eglise d'aujourd'hui, et je me joins à vous, car cela ne me paraît pas si clair.
Il me semble néanmoins qu'Altior d'une part vous donne la clef en nommant les quatre sens de l'Ecriture (littéral, allégorique, moral, analogique) d'autre part a raison si on accepte cependant de nuancer un tout petit peu.
L'Eglise enseigne, il me semble, qu'il faut en effet tenir la Bible pour vraie dans les quatre sens, donc aussi dans le sens littéral, c'est ce que dit Altior. J'ajouterai que si elle le fait, c'est au nom de la Tradition. La mission de l'Eglise est de transmettre le message, pas de le corriger.
Néanmoins, il apparaît évident que certains passages de l'Ecriture excluent d'eux-mêmes le sens littéral, ou, dit autrement, qu'ils se présentent d'eux-mêmes comme symboliques. En ce cas, bien entendu, il faut les lire tels qu'ils sont écrits, c'est-à-dire comme symboliques.
Je me permets de renvoyer à un magnifique texte de saint Augustin récemment posté ô combien pertinemment par notre ami Héraclius.
[quote]Il arrive assez souvent en effet que, sur la terre, le ciel, les éléments de ce monde, sur le mouvement et la révolution des astres, ou encore sur leur grandeur et leur distance, sur les éclipses du soleil et de la lune, sur le cycle des années et des saisons, sur la nature des animaux, des plantes, des pierres et autres choses semblables, un homme même non chrétien ait des connaissances telles qu’il les tienne pour indubitablement établies par la raison et l’expérience. Or, il est extrêmement choquant et dommageable – et c’est une attitude dont il faut se garder à tout prix – qu’il entende un chrétien tenir sur de tels sujets des propos délirants en ayant l’air de s’appuyer sur les Ecritures. En le voyant se tromper (…), l’incroyant pourra difficilement se retenir de rire. Ce qui est fâcheux, (…) c’est que, aux yeux des gens qui ne partagent pas notre foi, nos écrivains passent pour avoir professé de telles opinions et (…) soient considérés comme des ignares dont il faut critiquer et réfuter les dires. Car lorsque, en des matières qui leur sont parfaitement connues, des incroyants surprennent un chrétien en flagrant délit d’erreur et le voient tenir des propos inconsistants en se réclamant de nos saints Livres, comment pourront-il croire ce que disent ces Livres de la résurrection des morts, de l’espérance de la vie éternelle et du royaume des cieux, s’ils pensent que ces écrits renferment nombre d’erreurs sur des choses qu’on peut dès maintenant connaître par expérience ou prouver par des raisons indubitables ?
- Saint Augustin, De la Genèse au sens littéral, I, 20, 37[/quote]