par Christian » mar. 12 mai 2009, 13:00
Bonjour à tous,
Christophe :
serait-il possible d'essayer d'avoir un débat constructif, fondé sur des faits objectifs plutôt que des insinuations, des spéculations idéologiques, des attaques personnelles ?
Je vais essayer
elisseievna a écrit:
Or aujourd'hui, qui en France peut savoir à qui l'Etat a emprunté l'argent qu'il doit ? Personne.
Charles :
Et encore un mensonge : le découpage sectoriel des créanciers ne peut pas être fait sans la liste précise de ces créanciers. La source de ce découpage sectoriel est la Banque de France, qui connaît donc individuellement tous les créanciers auprès desquels la France a emprunté.
Les OAT (Obligations Assimilables du Trésor) et autres emprunts d’Etat sont émis par l’Agence France Trésor. L’identité des premiers souscripteurs est connue, car ils doivent détenir un compte auprès de la Banque de France, mais ils n’agissent que très partiellement pour eux-mêmes. Ils replacent les titres auprès d’établissements financiers français et étrangers, par exemple des banques, qui elles-mêmes les détiennent pour des clients privés et institutionnels.
Nos pouvoirs publics pourraient forcer les établissements de l’hexagone à dévoiler le nom de leurs clients ; ils n’auraient aucune autorité sur les établissements hors de France, sauf enquête pénale recevable dans la juridiction étrangère.
En outre, les OAT sont négociés quotidiennement sur les marchés financiers ; une petite partie au moins des propriétaires change donc chaque jour.
elisseievna
La planche à billet, c'est l'inflation, c'est à dire la spolitation des épargnes, donc des petits épargnants surtout, des plus faibles. L'Allemagne a refusé cela vigoureusement, d'où le systeme européen.
J'attends avec impatience que l'on me démontre que la spoliation des petits épargnants serait plus juste que le financement d'un intérets par un impot sur le revenu justement réparti ...
La cause du probleme français est le déficit, auquel toutes les revendications irresponsables contribuent, voilà tout.
Oui. C’est exactement cela.
Les obligations du Trésor français sont émises sous condition d’un remboursement à échéance, sans amortissement. L’obligation de payer des intérêts oblige au moins à une certaine discipline budgétaire. Quelle tentation ce serait pour nos politiciens d’emprunter sur 10 ou 20 ans, de dépenser allègrement ce bon argent, de ne rien avoir à payer avant la prochaine élection et celle d’après, et de partir à la retraite en laissant les successeurs se dépatouiller avec le remboursement.
Mais ce n’est pas le plus grave. Une petite piqûre de rappel de quelques principes économiques ne fait pas de mal. Allons-y.
Les Dominicains et Jésuites de l’Ecole de Salamanque au 16ème siècle s’interrogeaient sur la hausse spectaculaire des prix que connaissait l’Espagne à l'époque. Ils en avaient conclu que la cause se trouvait dans l’abondance d’or et d’argent, qui provenaient des nouvelles colonies américaines et que le Trésor public transformait en monnaie. Si la quantité de monnaie augmente, dit la théorie, toutes choses égales par ailleurs, la valeur de cette monnaie se déprécie. Il faut plus de monnaie pour acheter les mêmes biens. Autrement dit, les prix augmentent. On appelle ça l’inflation.
La théorie quantitative de la monnaie est l’une des hypothèses les mieux testées de la pensée économique. Que se passe-t-il lorsqu’un Etat emprunte à la Banque centrale ? De la monnaie nouvelle est injectée dans le circuit financier. Que la Banque centrale distribue cet argent dans la rue, ou qu’elle le prête à l’Etat pour que l’Etat le distribue, ne change rien. Comme dit Charles, au bout du compte, il y a toujours des particuliers. Les plus proches du pouvoir, qui captent la manne, vont bénéficier pendant un temps, ceux qui construisent les écoles, les sous-marins et les autoroutes (en admettant, pour faire crédit à Charles, que les hommes de l’Etat consacrent à des investissements les sommes empruntées plutôt qu’à gonfler les revenus d’une clientèle électorale) ; les autres, éloignés du robinet budgétaire, voient les prix grimper à mesure que la nouvelle quantité de monnaie se répand dans l’économie ; ils protestent, obtiennent des augmentations de salaire, qui donnent lieu à une nouvelle émission de monnaie ; ceux qui possèdent une épargne constatent qu’elle n’a plus le même pouvoir d’achat ; chacun anticipe l’inflation en se débarrassant au plus vite d’argent qui se déprécie pour acheter et pousser ainsi à la hausse le prix des biens durables, en s’endettant même, accélérant ainsi le mouvement dont ils souhaitent se protéger.
Le danger de l’inflation est si manifeste et les pays qui l’ont contrôlée réussissent tellement mieux que les autres que les gouvernements dans les années 1970, après le découplage de l’or et du dollar, ont pris des mesures pour s’ôter à eux-mêmes la possibilité de manipuler l’émission de monnaie (comme les joueurs intempérants qui se font interdire dans les casinos). Voilà au moins une initiative dont on peut les féliciter.
Un dernier mot : je suis conscient de l’arnaque que constituent les banques à réserves fractionnaires. Bien des libéraux sont d'accord sur ce point précis avec les partisans du Crédit social, même s’ils imaginent un remède différent. Cependant une donnée reste incontournable. Lorsque l’Etat emprunte à des investisseurs (français ou étrangers), il reçoit une épargne
déjà constituée, et non pas une injection nouvelle de liquidités. Même si l’on argue que les banques qui souscrivent à l’emprunt le font en créant de la monnaie, cette création est limitée par les ratios de capital de chaque établissement,
et ce que la banque prête à l’Etat est autant de monnaie qu’elle ne prête pas ailleurs (alors que l'emprunt à la Banque centrale vient
s'ajouter à la quantité de monnaie déjà mise en circulation par les banques commerciales). Donc l’impact inflationniste d'un emprunt d’Etat auprès d'investisseurs est limité.
La contrepartie, bien sûr, est que les contribuables doivent payer les intérêts. A eux de juger si l’usage que les hommes de l’Etat font de l’emprunt est avisé.
Cordialement
Christian
D'ailleurs ce roi est un grand magicien: il exerce son empire sur l'esprit même de ses sujets; il les fait penser comme il veut.
S'il n'a qu'un million d'écus dans son trésor et qu'il en ait besoin de deux,
il n'a qu'à leur persuader qu'un écu en vaut deux, et ils le croient.
S'il a une guerre difficile à soutenir, et qu'il n'ait point d'argent, il n'a qu'à leur mettre dans la tête qu'un morceau de papier est de l'argent,
et ils en sont aussitôt convaincus.
Montesquieu, Lettres persanes
Bonjour à tous,
[quote]Christophe :
serait-il possible d'essayer d'avoir un débat constructif, fondé sur des faits objectifs plutôt que des insinuations, des spéculations idéologiques, des attaques personnelles ?[/quote]
Je vais essayer :incertain:
[quote][b]elisseievna[/b] a écrit:
Or aujourd'hui, qui en France peut savoir à qui l'Etat a emprunté l'argent qu'il doit ? Personne.
[quote]
[b]Charles :[/b]
Et encore un mensonge : le découpage sectoriel des créanciers ne peut pas être fait sans la liste précise de ces créanciers. La source de ce découpage sectoriel est la Banque de France, qui connaît donc individuellement tous les créanciers auprès desquels la France a emprunté.[/quote][/quote]
Les OAT (Obligations Assimilables du Trésor) et autres emprunts d’Etat sont émis par l’Agence France Trésor. L’identité des premiers souscripteurs est connue, car ils doivent détenir un compte auprès de la Banque de France, mais ils n’agissent que très partiellement pour eux-mêmes. Ils replacent les titres auprès d’établissements financiers français et étrangers, par exemple des banques, qui elles-mêmes les détiennent pour des clients privés et institutionnels.
Nos pouvoirs publics pourraient forcer les établissements de l’hexagone à dévoiler le nom de leurs clients ; ils n’auraient aucune autorité sur les établissements hors de France, sauf enquête pénale recevable dans la juridiction étrangère.
En outre, les OAT sont négociés quotidiennement sur les marchés financiers ; une petite partie au moins des propriétaires change donc chaque jour.
[quote]
elisseievna
La planche à billet, c'est l'inflation, c'est à dire la spolitation des épargnes, donc des petits épargnants surtout, des plus faibles. L'Allemagne a refusé cela vigoureusement, d'où le systeme européen.
J'attends avec impatience que l'on me démontre que la spoliation des petits épargnants serait plus juste que le financement d'un intérets par un impot sur le revenu justement réparti ...
La cause du probleme français est le déficit, auquel toutes les revendications irresponsables contribuent, voilà tout.[/quote]
[b]Oui. C’est exactement cela. [/b]
Les obligations du Trésor français sont émises sous condition d’un remboursement à échéance, sans amortissement. L’obligation de payer des intérêts oblige au moins à une certaine discipline budgétaire. Quelle tentation ce serait pour nos politiciens d’emprunter sur 10 ou 20 ans, de dépenser allègrement ce bon argent, de ne rien avoir à payer avant la prochaine élection et celle d’après, et de partir à la retraite en laissant les successeurs se dépatouiller avec le remboursement.
Mais ce n’est pas le plus grave. Une petite piqûre de rappel de quelques principes économiques ne fait pas de mal. Allons-y.
Les Dominicains et Jésuites de l’Ecole de Salamanque au 16ème siècle s’interrogeaient sur la hausse spectaculaire des prix que connaissait l’Espagne à l'époque. Ils en avaient conclu que la cause se trouvait dans l’abondance d’or et d’argent, qui provenaient des nouvelles colonies américaines et que le Trésor public transformait en monnaie. Si la quantité de monnaie augmente, dit la théorie, toutes choses égales par ailleurs, la valeur de cette monnaie se déprécie. Il faut plus de monnaie pour acheter les mêmes biens. Autrement dit, les prix augmentent. On appelle ça l’inflation.
La théorie quantitative de la monnaie est l’une des hypothèses les mieux testées de la pensée économique. Que se passe-t-il lorsqu’un Etat emprunte à la Banque centrale ? De la monnaie nouvelle est injectée dans le circuit financier. Que la Banque centrale distribue cet argent dans la rue, ou qu’elle le prête à l’Etat pour que l’Etat le distribue, ne change rien. Comme dit Charles, au bout du compte, il y a toujours des particuliers. Les plus proches du pouvoir, qui captent la manne, vont bénéficier pendant un temps, ceux qui construisent les écoles, les sous-marins et les autoroutes (en admettant, pour faire crédit à Charles, que les hommes de l’Etat consacrent à des investissements les sommes empruntées plutôt qu’à gonfler les revenus d’une clientèle électorale) ; les autres, éloignés du robinet budgétaire, voient les prix grimper à mesure que la nouvelle quantité de monnaie se répand dans l’économie ; ils protestent, obtiennent des augmentations de salaire, qui donnent lieu à une nouvelle émission de monnaie ; ceux qui possèdent une épargne constatent qu’elle n’a plus le même pouvoir d’achat ; chacun anticipe l’inflation en se débarrassant au plus vite d’argent qui se déprécie pour acheter et pousser ainsi à la hausse le prix des biens durables, en s’endettant même, accélérant ainsi le mouvement dont ils souhaitent se protéger.
Le danger de l’inflation est si manifeste et les pays qui l’ont contrôlée réussissent tellement mieux que les autres que les gouvernements dans les années 1970, après le découplage de l’or et du dollar, ont pris des mesures pour s’ôter à eux-mêmes la possibilité de manipuler l’émission de monnaie (comme les joueurs intempérants qui se font interdire dans les casinos). Voilà au moins une initiative dont on peut les féliciter.
Un dernier mot : je suis conscient de l’arnaque que constituent les banques à réserves fractionnaires. Bien des libéraux sont d'accord sur ce point précis avec les partisans du Crédit social, même s’ils imaginent un remède différent. Cependant une donnée reste incontournable. Lorsque l’Etat emprunte à des investisseurs (français ou étrangers), il reçoit une épargne [i]déjà constituée[/i], et non pas une injection nouvelle de liquidités. Même si l’on argue que les banques qui souscrivent à l’emprunt le font en créant de la monnaie, cette création est limitée par les ratios de capital de chaque établissement, [i]et ce que la banque prête à l’Etat est autant de monnaie qu’elle ne prête pas ailleurs[/i] (alors que l'emprunt à la Banque centrale vient [i]s'ajouter[/i] à la quantité de monnaie déjà mise en circulation par les banques commerciales). Donc l’impact inflationniste d'un emprunt d’Etat auprès d'investisseurs est limité.
La contrepartie, bien sûr, est que les contribuables doivent payer les intérêts. A eux de juger si l’usage que les hommes de l’Etat font de l’emprunt est avisé.
Cordialement
Christian
[centrer][color=#BF0000][b]D'ailleurs ce roi est un grand magicien: il exerce son empire sur l'esprit même de ses sujets; il les fait penser comme il veut.
S'il n'a qu'un million d'écus dans son trésor et qu'il en ait besoin de deux,
il n'a qu'à leur persuader qu'un écu en vaut deux, et ils le croient.
S'il a une guerre difficile à soutenir, et qu'il n'ait point d'argent, il n'a qu'à leur mettre dans la tête qu'un morceau de papier est de l'argent,
et ils en sont aussitôt convaincus.[/color][/b]
[size=85]Montesquieu, [i]Lettres persanes[/i][/size][/centrer]