La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

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Didyme
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Re: La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

Message non lu par Didyme » mer. 31 juil. 2019, 12:29

ChristianK a écrit : --Ils sont temporels mais ils offensent l'infini. Même limité dans le temps, leur intensité-gravité est infinie.


C'est un peu limite comme argument (comme beaucoup d'autres d'ailleurs).
Parce que si l'intensité-gravité de l'offense était infini comme vous dites alors l'offense ne pourrait en aucun cas être surmontée. L'infini ne pouvant en toute logique être dépassé alors la rédemption deviendrait impossible. Et tout homme étant pécheur, personne ne pourrait être sauvé.

Le mal n'a rien d'infini, il n'est que finitude. L'infini n'appartient qu'à Dieu. C'est pourquoi la miséricorde venant de Dieu est infinie quand l'offense venant de la créature est finie.
Si l'offense était infinie, Dieu ne pourrait s'en remettre et serait comme "paralysé", même brisé par le mal. Ce serait placer le mal aux mêmes dimensions (infini) que l'amour.
Dieu peut pardonner, peut oublier l'offense. C'est bien la preuve que l'offense n'a rien d'infini.
L'autre est un semblable.

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Re: La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

Message non lu par Carhaix » mer. 31 juil. 2019, 14:00

Didyme a écrit :
mer. 31 juil. 2019, 12:25
Carolus a écrit :
lun. 29 juil. 2019, 22:08

Merci de mentionner la théorie « de l'enfer vide », cher ChristianK.  :(
Le smiley est très bien choisi, il semblerait que beaucoup seraient effectivement triste à l'idée d'un enfer vide.
Carolus utilise en général ce smiley pour dire qu'on s'éloigne des Écritures.

Ceci étant, la théorie de l'Enfer vide est assez fantaisiste. L'Enfer serait-il un endroit aménagé par Dieu pour y amener ensuite les démons et les Damnés ? Et cet endroit se trouverait finalement vide ? Donc sans démons et sans damnés ? Pourquoi existerait-il alors ? Il faut choisir : soit la damnation n'existe pas, et donc l'Enfer n'existe pas, soit elle existe, et l'Enfer aussi, avec les Démons et les Damnés qui s'y trouvent. Tout autre hypothèse faite pour satisfaire nos émotions mais contraire à la simple logique est à rejeter.

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Re: La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

Message non lu par Carolus » mer. 31 juil. 2019, 14:09

Didyme a écrit :
mer. 31 juil. 2019, 12:25
Didyme :
Carolus a écrit :
lun. 29 juil. 2019, 22:08
Carolus :
Merci de mentionner la théorie « de l'enfer vide », cher ChristianK.  :(
Le smiley est très bien choisi, il semblerait que beaucoup seraient effectivement triste à l'idée d'un enfer vide.
Merci de votre réponse, cher Didyme. :(
CEC 1034 Jésus annonce en termes graves qu’il " enverra ses anges, qui ramasseront tous les fauteurs d’iniquité (...), et les jetteront dans la fournaise ardente " (Mt 13, 41-42), et qu’il prononcera la condamnation : " Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel ! " (Mt 25, 41).
D’après CEC 1034, notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ « prononcera la condamnation : " Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel ! " (Mt 25, 41).

Concernant les maudits, notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ dit ceci : Alors je leur déclarerai : “Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui commettez le mal !” (Mt 7, 23).

Le verbe “déclarerai”, c’est la 1e personne du futur simple.

Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ a choisi ce temps pour parler d'une action certaine à venir. :(

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Re: La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

Message non lu par Cinci » mer. 31 juil. 2019, 14:16

Carhaix,

Être condamné de manière injuste ou pouvoir se considérer victime ? Il me semble que c'est pas mal la même chose. Je veux dire que c'est la même réaction de révolte contre une sanction soi-disant arbitraire. Et pourquoi le Dieu omnipotent pourrait-il retourner un Paul de Tarse et autres grands ennemis en un claquement de doigt or qu'il ne le pourrait pour d'autres ? Pourquoi si ce n'est que Dieu tiendrait à sauver celui-ci plus que celui-là ? Injustice ...

Le refus encore une fois tient à une sorte d'incompréhension devant le fait qu'un Dieu juste pourrait se comporter de manière injuste cf. accorder à Paul de Tarse le Juif ennemi du Christ une vision de Jésus ressuscité quand on la refuse à d'autres pharisiens menacés du pire. Tout le discours des objecteurs repose sur le fait que Dieu pourrait faire autrement ou qu'il aurait pu faire autrement depuis le début. Moralité ? Si par impossible je dois aboutir en enfer ce sera la faute de Dieu en définitive. Pour innocenter Dieu la moralité voudrait au contraire que ce soit le paradis pour tous.

On refuse d'envisager réellement le fait qu'il puisse y avoir des êtres humains rendus mauvais, qui se seront rendus tels de par leur propre volonté, contre Dieu et au point que Dieu lui-même serait impuissant face à ça. Au nom de l'omnipotence divine, d'une providence d'un Dieu qui sait ce qu'il fait et d'un Dieu juste dont on dit qu'il est Amour et intéressé à sauver tous les hommes : la damnation éternelle est tenue pour chose impossible. Corollaire : ce seront juste des méchants hommes (des malades, des pervers) qui nous parleront de l'enfer; ou des aveugles, des inconscients incapables de saisir correctement les données du problème. La notion d'enfer éternel pour certains continue de faire scandale.

Et la réponse au scandale c'est soit décrocher de la religion pour ne plus croire à ce Dieu vindicatif des chrétiens (une option très populaire de nos jours) soit chanter la chanson de Polnareff. Je dis que dans tous les cas l'on sous-estime probablement la profondeur du mal, la puissance du vice, la capacité des "puissances des ténèbres" à perdre un homme. La solution la plus déraisonnable serait-elle finalement ce que propose l'Église à croire ? Que le salut puisse être le salut de certains versus la perdition d'autres ? - Scandale ! Anti-démocratique !

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Re: La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

Message non lu par Cinci » mer. 31 juil. 2019, 14:56

Carhaix :

Ceci étant, la théorie de l'Enfer vide est assez fantaisiste. L'Enfer serait-il un endroit aménagé par Dieu pour y amener ensuite les démons et les Damnés ? Et cet endroit se trouverait finalement vide ? Donc sans démons et sans damnés ? Pourquoi existerait-il alors ? Il faut choisir : soit la damnation n'existe pas, et donc l'Enfer n'existe pas, soit elle existe, et l'Enfer aussi, avec les Démons et les Damnés qui s'y trouvent. Tout autre hypothèse faite pour satisfaire nos émotions mais contraire à la simple logique est à rejeter.
Il faut bien un damné pour que l'enfer puisse exister certes. Il n'y a pas d'enfer indépendamment d'un état vécu de damnation. C'est entendu. Ainsi, il est bien absurde d'évoquer un enfer vide. Sauf que ce n'est pas le coeur du problème. Votre interjection d'impatient, ici, qui voudrait faire l'économie de tout (émotion, sentiment) au nom d'une logique tellement simple ne rend pas compte du fait qu'il puisse y avoir tellement d'objecteurs, contestataires et mécréants.

Mon idée à moi c'est que l'enfer reste une chose impensable. Si ce n'était de l'Église qui nous assure que ... bien il n'y aurait pas moyen de se maintenir avec cette conviction face à la critique.

L'enfer éternel est un objet impensable à proprement parler. C'est un peu comme la difficulté aussi qu'il y a à imaginer des hommes sains d'esprit mais qui seraient accrochés délibérément au mal pour le mal, par raison froide, par choix réel, juste pour nuire à Dieu en définitive et quitte pour cela à devoir subir lui-même la perte de tout, juste par envie de rester cohérent avec soi-même et dans une cohérence désireuse de ruiner le Bien, la Vérité, la Justice, etc. Il serait plus facile de croire au criminel rendu tel de par une passion quelconque, par une sorte de déséquilibre, une maladie, une perception erronée des choses. Rien en somme que Dieu ne pourrait guérir.

La raison humaine vacille devant la perspective d'un enfer éternel qui serait une réalité pour des proches, son père, notre frère, des camarades, etc. On conçoit mal la profondeur ou la gravité du péché.

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Re: La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

Message non lu par Cinci » mer. 31 juil. 2019, 15:32

Didyme :

Évidement que l'homme est coupable.
Mais un coupable peut bien être la victime préalable d'un mal.

On remarquera souvent que les grands criminels sont des personnes ayant subies dans leur enfance de gros traumatismes. Cela n'empêche pas qu'ils soient coupables de leurs actes mais cela ne saurait se réduire qu'à ça.
Il faudrait avoir un regard très réducteur voir un poil manichéen pour l'ignorer
Tu confirmes ce que je dis. Parce que la victime est par définition un innocent. Une fois que l'on aurait fini de tout dépoussiéré, tout décapé à la racine l'on devrait finir par tomber sur l'innocent résiduel. Tel sur ce "bon naturel" dont un Rousseau pouvait faire état. Parce que le mal viendrait d'ailleurs ... d'un autre, des autres, la société corruptrice, du mauvais exemple donné par un tiers, de la violence exercée contre soi par d'autres. Le point ici c'est que l'enfer éternel est inimaginable pour ce "bon sauvage" et quand même qu'il serait coupable d'un tas de choses, mais attendu qu'en touchant le fond l'on devrait finit par tomber sur un innocent. "Ce n'est pas ma faute car j'ai été crée ainsi, avec tel tempérament, avec une faiblesse que je n'ai pas choisi, Je suis né dans une mauvaise compagnie. Il y a des déterminismes ... "

C'est pourquoi l'enfer dont on parle paraît bien être une monstruosité et dont on ne comprendrait pas que Dieu puisse jamais avoir toléré ça. Le mot c'est scandale.

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Re: La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

Message non lu par James » mer. 31 juil. 2019, 15:57

Bonjour à tous mes chers frères et soeurs!
Carolus a écrit :
lun. 29 juil. 2019, 22:08
Merci de mentionner la théorie « de l'enfer vide », cher ChristianK. :(
Cher Carolus,

La théorie de l'enfer vide n'est jamais très éloignée de celle du dieu vide.
Si on considère que l'enfer est vide, c'est que les personnes ayant connus de lourdes fautes ainsi que les démons n'y ont pas été envoyés. S'ils n'y ont pas été envoyés, c'est que l’Écriture, l’Église et les visions de certains Saints sont mensongères. Si on ne peut pas se fier à cela, c'est toute le Dogme et la Foi qui en découlent qui s'effondrent. Il ne reste que vaguement l'impression d'une forme de vie supérieure dans laquelle on peut coller tout et n'importe quoi, chacun à sa guise, selon son époque, et souvent pas grand chose pour ne pas à avoir à s'encombrer d'un fardeau trop lourd à porter à terme.
Carolus a écrit :
mar. 30 juil. 2019, 19:22
Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ est le juste juge, n’est-ce pas ? :oui:
Tout à fait, cher Carolus!
Didyme a écrit :
mer. 31 juil. 2019, 12:27
Donc c'est Dieu qui condamne et non pas l'homme qui exprime sa liberté en rejetant Dieu et qui se condamne lui-même ?
L'enfer est donc à l'initiative de Dieu ?


Cher Didyme,

L'un n'est pas incompatible avec l'autre, mais n'allez pas croire que Dieu est passif dans cette histoire. Tout est à l'initiative de Dieu, TOUT : notre Salut comme notre damnation. L'homme fait ses choix tout au long de sa vie mais ce qui est bien et mal est dicté par Celui en qui nous croyons. C'est Lui qui jugera les vivants et les morts pour envoyer les uns au châtiment éternel et les autres à la félicité éternelle.

Il n'y a pas de sanction sans un Juge.
Il n'y a pas non-plus de sanction sans une Loi, et il n'y a pas de Loi sans un Législateur.
Ici, le Législateur est le Juge : Dieu.
Didyme a écrit :
mer. 31 juil. 2019, 12:27
Par ailleurs, Dieu condamne certes le péché mais certainement pas ce qui vient de lui dans sa créature...


N'avez-vous pas lu qu'il est écrit qu'à ceux qui n'ont rien, il leur sera enlevé même ce qu'ils ont (parabole des talents)? Dès lors, lorsque le Maître reviendra, si nous n'avons pas fait fructifier suffisamment Ses dons, Celui-ci les reprendra et nous fera connaitre le sort que l'on sait...
Didyme a écrit :
mer. 31 juil. 2019, 12:27
Quel est donc le sens du mot "amour" exprimé par les Pères de l'Eglise ?
Puis-je vous suggérer cette explication toute simple?

https://eglise.catholique.fr/glossaire/amour-de-dieu/

L'Amour chez les Pères est un sentiment d'attachement puissant qui cherche à propager le Bien. Il est indissociable de la Foi et de la pratique religieuse qui en découle. Il implique l'acceptation de la Vérité révélée dont font partie entre autres le Jugement des âmes, le Paradis et l'Enfer.

Le monde considère que l'amour est une réaction chimique dans le cerveau, un leurre mis en place par des siècles d'évolution pour favoriser la reproduction, une attirance physique et/ou mentale entre plusieurs êtres quels qu'ils soient (poly-amour, homosexualité,...),... [liste non-exhaustive]

Le mot "amour" fait partie de tout ce vocabulaire sur lequel la novlangue progressiste a opéré un glissement sémantique et qui induit en erreur jusqu'aux croyants eux-mêmes.

Que le Seigneur vous bénisse tous!

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Re: La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

Message non lu par Carolus » mer. 31 juil. 2019, 19:28

James a écrit :
mer. 31 juil. 2019, 15:57
James :
Bonjour à tous mes chers frères et soeurs!
Bonsoir, cher James. :)
James a écrit :
mer. 31 juil. 2019, 15:57
James :
Carolus a écrit :
lun. 29 juil. 2019, 22:08
Merci de mentionner la théorie « de l'enfer vide », cher ChristianK. :(
Cher Carolus,

La théorie de l'enfer vide n'est jamais très éloignée de celle du dieu vide.
[…]
Vous avez raison. Il n’y a rien à ajouter. 😢

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Re: La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

Message non lu par Carolus » jeu. 01 août 2019, 12:56

Carhaix a écrit :
mer. 31 juil. 2019, 14:00
Carhaix :
Didyme a écrit :
mer. 31 juil. 2019, 12:25
Didyme :
Le smiley est très bien choisi, il semblerait que beaucoup seraient effectivement triste à l'idée d'un enfer vide.
Carolus utilise en général ce smiley pour dire qu'on s'éloigne des Écritures..
Exactement, cher Carhaix. :!:

MERCI !

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Re: La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

Message non lu par Carhaix » jeu. 01 août 2019, 15:40

Cinci a écrit :
mer. 31 juil. 2019, 14:16
Carhaix,

Être condamné de manière injuste ou pouvoir se considérer victime ? Il me semble que c'est pas mal la même chose. Je veux dire que c'est la même réaction de révolte contre une sanction soi-disant arbitraire. Et pourquoi le Dieu omnipotent pourrait-il retourner un Paul de Tarse et autres grands ennemis en un claquement de doigt or qu'il ne le pourrait pour d'autres ? Pourquoi si ce n'est que Dieu tiendrait à sauver celui-ci plus que celui-là ? Injustice ...

Le refus encore une fois tient à une sorte d'incompréhension devant le fait qu'un Dieu juste pourrait se comporter de manière injuste cf. accorder à Paul de Tarse le Juif ennemi du Christ une vision de Jésus ressuscité quand on la refuse à d'autres pharisiens menacés du pire. Tout le discours des objecteurs repose sur le fait que Dieu pourrait faire autrement ou qu'il aurait pu faire autrement depuis le début. Moralité ? Si par impossible je dois aboutir en enfer ce sera la faute de Dieu en définitive. Pour innocenter Dieu la moralité voudrait au contraire que ce soit le paradis pour tous.

On refuse d'envisager réellement le fait qu'il puisse y avoir des êtres humains rendus mauvais, qui se seront rendus tels de par leur propre volonté, contre Dieu et au point que Dieu lui-même serait impuissant face à ça. Au nom de l'omnipotence divine, d'une providence d'un Dieu qui sait ce qu'il fait et d'un Dieu juste dont on dit qu'il est Amour et intéressé à sauver tous les hommes : la damnation éternelle est tenue pour chose impossible. Corollaire : ce seront juste des méchants hommes (des malades, des pervers) qui nous parleront de l'enfer; ou des aveugles, des inconscients incapables de saisir correctement les données du problème. La notion d'enfer éternel pour certains continue de faire scandale.

Et la réponse au scandale c'est soit décrocher de la religion pour ne plus croire à ce Dieu vindicatif des chrétiens (une option très populaire de nos jours) soit chanter la chanson de Polnareff. Je dis que dans tous les cas l'on sous-estime probablement la profondeur du mal, la puissance du vice, la capacité des "puissances des ténèbres" à perdre un homme. La solution la plus déraisonnable serait-elle finalement ce que propose l'Église à croire ? Que le salut puisse être le salut de certains versus la perdition d'autres ? - Scandale ! Anti-démocratique !
Je ne pensais pas à ce genre d'incohérence. Dieu pourrait très bien avoir choisi Paul car il le savait disposé à se convertir. Paul est fondamentalement honnête et intègre, et s'il persécutait les Chrétiens, c'était seulement par cécité, et qu'il lui manquait seulement l'ultime éclairage de la révélation. Tandis que les pharisiens dénoncés par le Christ sont - comme on peut le supposer en lisant les Evangiles - malhonnêtes et hypocrites, et n'auraient pas été convertis même placés dans la situation de Paul, car le seul but qu'ils recherchent est de se servir eux-mêmes, et non de servir Dieu. Et donc, Dieu n'est pas injuste en ne prenant pas la peine de se révéler directement aux pharisiens, alors qu'il prend cette peine pour Paul. D'ailleurs, trois années de prédications et de miracles n'étaient-elles pas suffisantes ? On pourrait juste se demander où était Paul pendant tout ce temps, et ce qu'il faisait (point obscur du scénario du Nouveau Testament).

Ce à quoi je pensais, et qui est d'ailleurs au centre de l'incompréhension de la plupart de ceux qui se sont détournés du christianisme, et ont basculé dans l'athéisme, c'est la disproportion de la peine de l'Enfer. D'accord, Dieu est offensé par le péché. Mais on sait que l'homme est fortement enclin au péché, et que "le juste pèche sept fois le jour." D'accord, c'est s'éloigner de Dieu que de se vautrer dans le lucre, l'impudicité, l'idolâtrie. Là-dessus, Dieu propose son pardon, sa miséricorde. Certains n'en veulent pas, premièrement parce qu'ils ne croient pas à tout ceci. Le manque de foi est la cause première du refus du pardon. La seconde cause, c'est la vie de souffrance que nous avons sur terre (motif invoqué par le mauvais larron). L'homme se trompe, bien évidemment. Mais l'homme est limité. L'homme n'est pas Dieu.

Mérite-t-il l'Enfer ? Mérite-t-il le Dam éternel ? Mérite-t-il de bouillir dans de grands lacs de flammes éternellement, avec des Démons qui perpétuellement le tourmentent avec de grands instruments pointus ?

Franchement, la question se pose, et elle est inconcevable. C'est typiquement le genre de pensée qui peut aboutir au rejet de Dieu.

Pourquoi Dieu ne dit-il pas à la fin à tous ces braves gens : allez, c'était une blague, venez tous au Paradis, tout est oublié ?

On m'a raconté une histoire tirée d'écrits islamiques (je ne sais pas dans quelle tradition), où un malheureux damné criait tellement fort vers Dieu, implorant sa miséricorde, que Dieu finalement changea d'avis, et le fit venir au Paradis. Cette anecdote est impossible dans le christianisme, et j'en connais la raison. Je connais la raison, je la comprends, mais je ne la conçois pas.

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Re: La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

Message non lu par Carhaix » jeu. 01 août 2019, 15:59

Cinci a écrit :
mer. 31 juil. 2019, 14:56
Carhaix :

Ceci étant, la théorie de l'Enfer vide est assez fantaisiste. L'Enfer serait-il un endroit aménagé par Dieu pour y amener ensuite les démons et les Damnés ? Et cet endroit se trouverait finalement vide ? Donc sans démons et sans damnés ? Pourquoi existerait-il alors ? Il faut choisir : soit la damnation n'existe pas, et donc l'Enfer n'existe pas, soit elle existe, et l'Enfer aussi, avec les Démons et les Damnés qui s'y trouvent. Tout autre hypothèse faite pour satisfaire nos émotions mais contraire à la simple logique est à rejeter.
Il faut bien un damné pour que l'enfer puisse exister certes. Il n'y a pas d'enfer indépendamment d'un état vécu de damnation. C'est entendu. Ainsi, il est bien absurde d'évoquer un enfer vide. Sauf que ce n'est pas le coeur du problème. Votre interjection d'impatient, ici, qui voudrait faire l'économie de tout (émotion, sentiment) au nom d'une logique tellement simple ne rend pas compte du fait qu'il puisse y avoir tellement d'objecteurs, contestataires et mécréants.

Mon idée à moi c'est que l'enfer reste une chose impensable. Si ce n'était de l'Église qui nous assure que ... bien il n'y aurait pas moyen de se maintenir avec cette conviction face à la critique.

L'enfer éternel est un objet impensable à proprement parler. C'est un peu comme la difficulté aussi qu'il y a à imaginer des hommes sains d'esprit mais qui seraient accrochés délibérément au mal pour le mal, par raison froide, par choix réel, juste pour nuire à Dieu en définitive et quitte pour cela à devoir subir lui-même la perte de tout, juste par envie de rester cohérent avec soi-même et dans une cohérence désireuse de ruiner le Bien, la Vérité, la Justice, etc. Il serait plus facile de croire au criminel rendu tel de par une passion quelconque, par une sorte de déséquilibre, une maladie, une perception erronée des choses. Rien en somme que Dieu ne pourrait guérir.

La raison humaine vacille devant la perspective d'un enfer éternel qui serait une réalité pour des proches, son père, notre frère, des camarades, etc. On conçoit mal la profondeur ou la gravité du péché.
Je vous rejoins pour dire que l'Enfer est impensable.

Quant au rejet de Dieu, je ne crois pas qu'il soit motivé par le choix délibéré du Mal, qui en soi est absurde. La clef est dans Job. Et je vous le dis : Job me déroute. Job dit à Dieu : quel mal t'ai-je fait ? Tu es injuste de me persécuter alors que je ne t'ai rien fait. Et que fait Dieu ? Il donne raison à Job. Voilà qui est rassurant. Mais ensuite, l'Eglise nous dit : attention, Job, c'est une figure du Christ. Car le Christ est exempt de tout péché, comme Job. Mais vous, misérables humains, vous êtes couverts de péchés. Donc, vous méritez ce qui vous arrive. Vous ne pouvez donc pas dire à Dieu : je ne t'ai rien fait. Tout le mal que vous avez fait s'est concrétisé dans toutes les blessures infligées au Christ lors de sa Passion. Vous n'êtes pas comme Job. Ne prenez pas pour vous la cause de Job. Bien, à ce moment-là, je regarde ma vie, et effectivement, j'en conviens : j'ai fait beaucoup de mal (et je continue d'en faire). C'est évident, je ne suis pas comme Job, pur de tout mal. Donc, ce qui m'arrive, je le mérite. Et je baisse la tête. Mais certains disent : comment ? Baisser la tête ? Mais je suis programmé pour faire tout ce mal. Qui m'a mis sur terre ? Dieu. Qui donc est le grand responsable de toute cette misère ? Dieu. Et il faut que je baisse la tête ? C'est un peu fort.

Voilà où est le vrai rejet. Il est dans l'incompréhension, le ressentiment, le malentendu entre Dieu et l'homme, et une réaction de fierté face à un débiteur auquel on estimerait ne rien devoir.

Encore une fois : même si l'homme se trompe, mérite-t-il l'Enfer éternel ?

Tout ceci me dépasse.

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Re: La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

Message non lu par Cinci » jeu. 01 août 2019, 17:16

Carhaix :
Franchement, la question se pose, et elle est inconcevable. C'est typiquement le genre de pensée qui peut aboutir au rejet de Dieu.
Oui. L'enfer éternel est difficilement pensable. C'est bien pourquoi autant de gens ne parviennent pas à accepter la réalité de ce que l'Église leur propose à ce sujet. Il y a là quelque chose d'inhumain.

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Re: La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

Message non lu par PaxetBonum » jeu. 01 août 2019, 20:51

Jounal d'un curé de campagne de Bernanos :

"L’enfer,madame, c’est de ne plus aimer. Ne plus aimer, cela sonne à vos
oreilles ainsi qu’une expression familière. Ne plus aimer signifie
pour un homme vivant aimer moins, ou aimer ailleurs. Et si
cette faculté qui nous paraît inséparable de notre être, notre être
même – comprendre est encore une façon d’aimer – pouvait
disparaître, pourtant ? Ne plus aimer, ne plus comprendre, vivre
quand même, ô prodige ! L’erreur commune à tous est
d’attribuer à ces créatures abandonnées quelque chose encore
de nous, de notre perpétuelle mobilité alors qu’elles sont hors
du temps, hors du mouvement, fixées pour toujours. Hélas ! si
Dieu nous menait par la main vers une de ces choses douloureuses,
eût-elle été jadis l’ami le plus cher, quel langage lui parlerions-
nous ? Certes, qu’un homme vivant, notre semblable, le
dernier de tous, vil entre les vils, soit jeté tel quel dans ces limbes
ardentes, je voudrais partager son sort, j’irais le disputer à
son bourreau. Partager son sort !… Le malheur, l’inconcevable
malheur de ces pierres embrasées qui furent des hommes, c’est
qu’elles n’ont plus rien à partager. »

"Hé bien, je me disais : « S’il existait quelque part, en ce
monde ou dans l’autre, un lieu où Dieu ne soit pas – dussé-je y
souffrir mille morts, à chaque seconde, éternellement – j’y emporterais
mon… » (elle n’osa pas prononcer le nom du petit
mort) et je dirais à Dieu : « Satisfais-toi ! écrase-nous ! »
Pax et Bonum !
"Deus meus et Omnia"
"Prêchez l'Évangile en tout temps et utilisez des mots quand cela est nécessaire"

St François d'Assise

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Re: La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

Message non lu par cmoi » ven. 02 août 2019, 10:17

Pardonnez-moi, mais je ne pense pas qu'il faille prendre les choses de cette façon-là.
Dogme ou pas, vérité de foi ou pas, les paroles du Christ à son propos dans l'Evangile sont sans ambiguïté.
Dès lors, nous n'avons plus si tant est qu'il faille y réfléchir, qu'à essayer de réaliser ce qui en certains qui semblent tout faire pour y gagner une timbale (vous avez bien de la chance si vous n'en avez pas connu!) pourrait faire que la grâce reste inefficace et non agissante sur eux lors même qu'ils pourraient soudain en souhaiter le résultat.
Et à en tirer les conséquences pour éviter que cela nous arrive...

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Didyme
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Re: La doctrine de l'enfer éternel est-elle supportable aujourd'hui ?

Message non lu par Didyme » ven. 02 août 2019, 10:28

Carhaix a écrit : Carolus utilise en général ce smiley pour dire qu'on s'éloigne des Écritures.

Ceci étant, la théorie de l'Enfer vide est assez fantaisiste. L'Enfer serait-il un endroit aménagé par Dieu pour y amener ensuite les démons et les Damnés ? Et cet endroit se trouverait finalement vide ? Donc sans démons et sans damnés ? Pourquoi existerait-il alors ? Il faut choisir : soit la damnation n'existe pas, et donc l'Enfer n'existe pas, soit elle existe, et l'Enfer aussi, avec les Démons et les Damnés qui s'y trouvent. Tout autre hypothèse faite pour satisfaire nos émotions mais contraire à la simple logique est à rejeter.


J'avoue ne pas croire en un enfer vide.
L'enfer est plein des péchés.
L'autre est un semblable.

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