Le légitimisme ultramontain

« Par moi les rois règnent, et les souverains décrètent la justice ! » (Pr 8.15)
Harfang
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Le légitimisme ultramontain

Message non lu par Harfang » mar. 14 févr. 2012, 19:16

Tentative de définition et histoire du légitimisme au XIXe siècle.
d'après la notice de Hélène BECQUET du Dictionnaire de la contre-révolution de chez Perrin.
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Si le terme « légitimiste » a pu être employé avant 1830 pour parler des ultraroyalistes, il désigne de manière exclusive après cette date les partisans de la branche aînée des Bourbons qui refusent de reconnaître le régime né de la révolution de Juillet.

Le légitimisme est d'abord une fidélité dynastique qui repose sur la croyance en l'indissolubilité des liens entre la France et les rois. Le roi légitime est à la fois incarnation de la France et de son histoire et sauveur du pays, guide providentiel. Héritier d'une longue dynastie de souverains qui ont fait la grandeur de la France, il est le seul, de par son mandat sacré, à pouvoir maintenir le pays dans la prospérité et à y garantir l'ordre social et la place de la religion. Instrument privilégié de la Providence divine, il expie les fautes des Français révoltés contre Dieu en Lui faisait le sacrifice de son existence. Le roi légitime est un nouveau Christ, oint comme lui, dont le retour doit sauver la France de l'ornière révolutionnaire. Les légitimistes vouent par conséquent une fidélité sans faille à la famille royale. A l'époque d'Henri V, de nombreux portraits des princes, surtout ceux du comte de Chambord, circulent et sont gardés comme autant d'images pieuses. L'attachement à la dynastie légitime constitue donc l'essence du légitimisme. A la mort du comte de Chambord, en 1883, c'est la branche des Bourbons d'Espagne qui devient la prétendante légitime au trône de France. Ce qu'on appelle légitimisme après 1883 est logiquement fort différent de ce qui précède. Le terme de légitimité change de sens. Les nouveaux légitimistes sont ceux qui soutiennent la stricte application de la loi de dévolution de la couronne, question qui, jusque-là, n'était pas apparue au premier plan, et se rangent derrière le candidat de la branche des Bourbons d'Espagne.

Une culture politique sentimentale.

La fidélité dynastique préexiste donc à la politique. Le légitimisme ne repose pas d'abord sur un corps de doctrine. Il n'existe ainsi aucun théoricien du légitimisme, malgré le grand nombre de publicistes, journaliste et écrivains de talent,comme Chateaubriand, que compte la mouvance. Maistre et Bonald demeurent les maîtres à penser du mouvement pendant toute la période. En fait, l'unité du légitimiste se fait davantage autour d'une culture politique intrinsèquement contre-révolutionnaire qu'autour d'un programme politique précis. C'est pour cette raison que les légitimistes ne militent...

La culture politique légitimiste est d'abord fondée sur le refus de l'individualisme né de la Révolution. Cela se traduit, sur le plan social, par l'importance accordée à la famille et aux formes associatives regardées comme la base d'une société bien ordonnée. Elle est également le refus du rationalisme des Lumières. Le catholicisme y tient ainsi une place essentielle. L'Église doit panser les plaies nées d'une société égoïste, assurer la cohésion sociale en plus de sauver les âmes. L'imbrication des causes légitimiste et catholique s'accroît au fil du XIXe siècle : le développement du culte du Sacré-Cœur en est une des manifestations éclatantes. Le refus du philosophisme glacé du XVIIIe siècle développe aussi chez les légitimistes le goût du sentiment et des larmes. Être légitimiste, c'est être un homme sensible qui peut s'émouvoir du sort des autres, à commencer par celui de la famille royale. Enfin, le légitimisme est tourné vers le passé. Le Moyen-Âge est un âge d'or dont on s'efforce de retrouver les mœurs chevaleresques. Le goût des ruines évocatrices des temps anciens nourrit la nostalgie et la mélancolie des légitimistes qui se regardent souvent comme des exilés dans leur époque. Cette alliance entre antirationalisme, refus du présent et quête perpétuelle d'un idéal sociopolitique fait de la culture politique légitimiste un romantisme.

Forces et faiblesses du légitimisme.

Les forces du légitimisme sont difficilement mesurables. La mouvance est particulièrement bien implantée dans l'Ouest, des pays de la Loire jusqu'à la Bretagne, dans le Nord, le Massif central, le Languedoc et la Provence. Dans ces régions, le légitimisme n'est pas seulement nobiliaire ou « notabiliaire », mais a de fortes bases populaires, impossibles à chiffrer. Au niveau national, le nombre de députés élus et les tirages de la presse sont les seuls indicateurs dont on dispose. Durant la monarchie de Juillet, les légitimistes tiennent entre 16 et 28 sièges. Pratiquement absents pendant le Second Empire, ils ont près de 200 élus en 1871, avant d'osciller entre 30 et 40 à la fin de la période. La tendance est donc à la stabilité du point de vue de la représentation, le légitimisme ayant été une sorte de « valeur refuge » après la défaite contre la Prusse. On constate un phénomène semblable en ce qui concerne la presse. Bien pourvue en nombre de titres mais connaissant des tirages modestes au début de la monarchie de Juillet (15 000 exemplaires au maximum tous titres confondus à Paris), elle connaît une augmentation après 1850 grâce, entre autres, au ralliement des ultramontains au légitimisme. A Paris, à la fin de l'Empire, elle tire plus que la presse gouvernementale. Le légitimisme est donc une mouvance politique dont le poids est loin d'être négligeable au XIXe siècle.

Ce n'est en effet pas le moindre des paradoxes du mouvement que d'être, par essence, hostile à la politique des partis tout en ayant créé une structure fort proche, dans son organisation, des partis politiques modernes. En dessous du prince, qui est, au moins en principe, la tête du mouvement, se trouve un comité au nombre de membres variable (5 à 12), au titre changeant mais connu le plus souvent sous le nom de « Comité de Paris ». Il est assisté à partir de 1853 d'un Bureau du roi qui est chargé de la correspondance avec Frohsdorf. Le Comité de Paris contrôle des comités locaux, départementaux le plus souvent, voire d'arrondissement, qui forment l'armature de base du parti, organisent les élections et s'occupent de la propagande. En effet, après l'échec du soulèvement de la duchesse de Berry en 1832, les légitimistes abandonnent l'idée de conquérir le pouvoir par la force et investissent le débat politique. Ils entrent de plain-pied dans le jeu parlementaire, n'hésitant pas, sous la monarchie de Juillet, à passer des alliances avec l'opposition de gauche, y compris les républicains (alliances carlo-républicaines), pour faire élire leurs représentants. L'efficacité de ces structures et la fortune politique du légitimisme ont connu cependant de nombreuses vicissitudes dues notamment aux dissensions au sein du mouvement.

Un ou plusieurs rois ?

La plus cruciale sans doute, parce qu'elle touche au fondements mêmes du mouvement, est celle qui naît de la querelle autour des abdications de Rambouillet. En effet, le 2 août 1830, Charles X et le Dauphin, le duc d'Angoulême, abdiquent successivement en faveur du duc de Bordeaux qui devient alors Henri V. Acceptées par la grande majorité des légitimistes qui reprochent à Charles X à la fois les ordonnances de 1830 et son incapacité à gérer la crise qui a suivi, les abdications ne sont cependant confirmées que du bout des lèvres, à la fin de l'année 1830, par le vieux roi, qui continue, dans son exil, à agir en tout point comme s'il était le seul souverain légitime.

Les dissensions, latentes, n'éclatent qu'en 1833. Au mois de septembre de cette année, le duc de Bordeaux fête ses treize ans, âge de la majorité royale. Un certain nombre de légitimistes souhaitent donner un éclat particulier à l'événement ; en premier lieu se manifeste le fort dynamique courant Jeune France, né autour des revues L'Echo de la Jeune France et La Mode et de leurs rédacteurs respectifs, Alfred Nettement et Edouard Walsh. Ceux-ci organisent un voyage à Prague pour rendre hommage à celui qu'ils regardent comme leur souverain. Or, Charles X entend ne rien faire pour cet événement, considérant implicitement que le jeune prince n'est pas roi. Sur la demande de la cour de Prague, un grand nombre de Français sont refoulés à la frontière et ceux qui parviennent à destination entrevoient un jeune prince auquel ils ne peuvent donner aucun qualificatif royal. La rupture est impossible à dissimuler et toutes les démarches faites par le Comité de Paris auprès de Charles X n'y changeront rien. La majorité des légitimistes, dont la frange la plus jeune et la plus active regarde les abdications de Rambouillet comme valables, s'affirme « henriquinquistes », du nom d'« Henri V ». Le reste du mouvement considère que les abdications de Rambouillet sont nulles et que le seul roi légitime demeure Charles X : ce sont les « carlistes », soutenus par la cour de Prague. A la mort de Charles X en 1836, les carlistes reportent leur fidélité sur le fils du défunt, Louis « XIX ». Le fossé entre les deux tendance ne se résorbe qu'à la mort de ce dernier en 1844. Les causes de cette scission sont moins juridiques que politiques. C'est a posteriori que les carlistes rappelle que, en vertu du principe d'indisponibilité de la couronne, le roi de France ne peut abdiquer. En réalité, Charles X a préféré conserver le titre royal, ne voulant à aucun prix que la duchesse de Berry puisse revenir aux affaires sous couvert de la royauté de son fils.

Royauté autoritaire ou parlementaire ?

Cette scission recouvre, en outre, des divergences de vues plus profondes. Les henriquinquistes sont le plus souvent gallicans, soutiennent la voie parlementaire et veulent un modernisation de l'image monarchique. Les carlistes sont en revanche ultramontains et enclins à un pouvoir autoritaire. La question successorale n'est donc pas la seule à diviser les légitimistes. Ils ne partagent pas non plus la même vision de la politique et de la monarchie. La tendance traditionaliste soutient un régime monarchie absolu, une politique abstentionniste et ne répugne pas à l'insurrection. C'est également dans ses rangs que se recrutent les carlistes. La tendance parlementaire prône un règlement politique de la question de la légitimité. Elle est elle-même partagée entre ceux qui réclament l'union des oppositions contre le gouvernement de Louis-Philippe et ceux qui préfèrent une union avec les conservateurs (tendance « toryste »). Enfin, La Gazette de France, aux forts accents démocratiques, proclame de son côté la souveraineté nationale, prône le suffrage universel et l'appel au peuple.

La fin de la monarchie de Juillet représente une rupture dans l'histoire du légitimiste. Tout d'abord, depuis 1844, il n'y a plus qu'un seul roi, incontesté, Henri V. Or, ce nouveau roi, contrairement à ses prédécesseurs, prend fermement en main la direction de son parti. En 1850, la circulaire de Wiesbaden réaffirme son intention d'être le seul à diriger les royalistes de France et condamne tous ceux qui avaient pu prendre des initiatives sans l'aval de Frohsdorf. Par ailleurs, la tactique politique légitimiste change. A partir de 1846, l'alliance avec le Parti catholique est privilégiée et, après 1848, la mise en place du Parti de l'Ordre marque la victoire de la tendance toryste. Le légitimisme tend donc à se confondre, pendant la Deuxième République, avec le reste des forces conservatrices, à l'exception du courant de La Gazette de France, qui, soutenu essentiellement par les légitimistes du Sud-Est, forme le courant qui sera appelé la « Montagne blanche » en raison de sa radicalité.

L'avènement du Second Empire a des effets contrastés sur le mouvement. Une partie des légitimistes se rallient au régime, tandis que le comte de Chambord donne à ses troupes des consignes d'abstention stricte. Nombre de légitimistes trouvent alors un exutoire en s'engageant dans la défense du catholicisme. Les causes légitimiste et ultramontaine deviennent quasi indissociables : c'est le temps de l'« inséparatisme ». Cela se traduit par l'implication des légitimistes dans le catholicisme social ainsi que par leur soutient financier et militaire à la cause pontificale à partir de 1859. Néanmoins, une tendance libérale, parlementaire, souvent fusionniste, autrement dit favorable à un accord entre le comte de Chambord et la branche d'Orléans, subsiste. Cette tendance donne naissance, en 1861, à l'« Union libérale » autour de Thiers et de Berryer, entreprise regardée avec méfiance par Frohsdorf.
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Apogée et effondrement.

A la suite de la défaite et de la chute de l'Empire, le légitimisme réapparait en force. Les élections de février 1871 sont un immense succès pour le parti, qui envoie à l'Assemblée nationale près de 200 députés sur 720. Cependant, le légitimisme se divise à nouveau, autour, cette fois, de la question du drapeau blanc. Le 5 juillet 1871, un manifeste d'Henri V, signé depuis Chambord, paraît dans le journal L'Union. Le prétendant y affirme clairement son intention de garder le drapeau blanc en cas de restauration. Les légitimistes se scindent alors entre modérés qui cherchent à obtenir des concessions envers les autres royalistes, et ceux qui vont être désignés par le vocable critique de «chevau-légers», soit une soixantaine de députés qui suivent à la lettre les consignes du prince. Cette division et l'inexpérience politique de la plupart de ces hommes, maintenus pendant près de vingt ans à l'écart des Chambres, sont, au moins autant que le refus du comte de Chambord de se séparer du drapeau blanc, responsables de l'échec final du légitimisme.

Au fil des élections partielles, les forces légitimistes s'érodent. Les Orléans hésitent à jouer franchement la carte du comte de Chambord alors que l'appui de leurs voix est indispensables à sa restauration. Néanmoins, pendant deux ans et malgré l'élection de Mac-Mahon à la présidence de la République, cette restauration apparaît toujours comme imminente. On essaie de faire fléchir le comte de Chambord sur la question du drapeau. Mais, en réponse à une séries de déclarations qui travestissent ses intentions réelles, ce dernier exprime une nouvelle fois sa position, dans une lettre au député Chesnelong datée du 27 octobre 1873. IL y expose son attachement au principe monarchique pur de tout compromis révolutionnaire et au drapeau blanc qui symbolise ce principe. A partir de ce moment-là, les dés sont jetés : la restauration ne se fera pas par la voie légale. Les élections législatives de 1876 sont catastrophiques pour le mouvement : les légitimistes ne sont guère plus d'une trentaine à être élus. Ils reviennent alors à l'idée d'un coup d'État, perpétré éventuellement avec l'aide de Mac-Mahon. Aucun des projets échafaudés jusque dans l'entourage directe du prétendant ne verra le jour. C'est un parti déjà à l'agonie qui reçoit, le 24 août 1883, le coup fatal avec la mort du comte de Chambord à Frohsdorf. La disparition sans postérité d’Henri V fut et demeure une tragédie. En effet, avec lui disparaît non seulement la branche aînée des Bourbon, mais aussi, et surtout, une certaine conception du royalisme : qu’on le veuille ou non, le comte de Chambord aura été le dernier des princes réellement désiré de ses sujets. Le royalisme sera différent après sa mort : plus polémique, plus militant, plus intellectuel, et moins enraciné ; bref, après lui, l’attachement quasi-charnel de presque tout un peuple pour son prince n’existera plus. Ayant dorénavant à choisir entre une branche cadette illégitime et régicide, et une branche aînée légitime mais étrangère, les royalistes seront divisés par des doctrines, et le royalisme se rapprochera plus d’un parti comme les autres au lieu de rester un principe qui les transcende. En conséquence, aujourd’hui, de nombreux royalistes restent désemparés, et ne semblent pas oser imaginer un royalisme moderne comme une réelle force politique, et faute de mieux restent attachés au souvenir de ce prince à la vie aussi exemplaire que semée d’épreuves, aussi héroïque que tragique.

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Mes principes légitimistes :

:arrow: La France en tant que civilisation ne naît pas en 1789, mais lors du baptême de Clovis, roi des Francs qui prend en héritage une partie de la défunte romanité tout en étendant son autorité sur un territoire comparable à la France, bien que l'unification finale soit le fait des Capétiens après maints combats.


:arrow: Le royaume de France gouverné par le roi fils aîné de l'Église ne peut demeurer lui-même que si la religion catholique est la religion de l'État, comme cela était le cas dans l'Empire romain avant sa chute et telle qu'elle l'a été de Clovis à Louis XVI, et jusqu'à la Restauration (1814, 1815-1830) sous Louis XVIII et Charles X.


:arrow: Les règles de succession à la tête de la royauté française sont régies par la loi salique et les lois fondamentales, perfectionnées sous les Capétiens pour corriger les défauts dommageables des Mérovingiens et Carolingiens de ce point de vue. La révolution française n'a aucune vertu pour abroger les lois fondamentales ; le roi de France légitime est donc Louis Alphonse de Bourbon, duc d'Anjou, dit Louis XX.


:arrow: Comme le savait Louis XIV, le roi de France est le premier serviteur de la France et donc de sa tradition, en vertu de quoi il n'a pas le droit de changer cette tradition comme cela s'est fait dans les monarchies européennes actuelles. C'est pourquoi Louis XVI est mort sur l'échafaud : pour n'avoir pas voulu d'une monarchie parlementaire. Le sacre du roi l'engage de plus envers Dieu, selon l'expression bien connue de "monarchie de droit divin".


:arrow: La monarchie française repose sur l'alliance du trône et de l'autel (dont les pouvoirs sont distingués mais non séparés), la défense de l'indépendance nationale contre les dangers de l'intérieur comme de l'extérieur, un pouvoir suprême indépendant et sans liens (signification de la "monarchie absolue"). La monarchie française est donc incompatible avec l'européisme et avec la démocratie intégrale.


:arrow: La monarchie française, en vertu de la nécessaire indépendance du pouvoir du roi, ne peut s'accommoder d'une assemblée nationale qui se veut un concurrent en terme de pouvoir et un héritage du jacobinisme centralisateur. Seuls des parlements de province aux compétences limitées et une démocratie locale sont envisageables dans une monarchie traditionnelle.

On lira avec profit, pour l'Institut de la Maison de Bourbon, son vade mecum et, pour l'Union des Cercles Légitimistes de France, son Manifeste légitimiste.

Voir aussi, beaucoup plus modestement, mon blog catholico-légitimiste : http://vidi-aquam.blogspot.com/

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Les principes théocratiques auxquels j'adhère :
« Dans la société chrétienne, dont la foi cimente l’unité, l’ordre laïque n’a d’autre fonction que l’exécution des commandements formulés par l’ordre sacerdotal. De cet ordre le pape est le maître absolu, il est le seul titulaire légitime de l’Empire, puisqu’il est le vicaire du Christ, l’empereur suprême. » (Grégoire VII, Dictatus papae, 1075).
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I. La théocratie pontificale

Le Pape est dépositaire de tous les pouvoirs sur la terre, le pouvoir politique n’étant pas indépendant et autonome vis-à-vis du pouvoir spirituel, ce qui est le strict contraire de la pensée libérale et laïque. Le Pape, le « Pontife romain », garant du dogme et de la Tradition, est l’arbitre ultime, celui qui, au-dessus des Rois, des Princes et Empereurs chrétiens, détient l’autorité suprême et veille au respect du droit en œuvrant pour la paix universelle. Le pape est, de par le Christ dont il est le représentant sur cette terre, le seul et unique à détenir un pouvoir universel, incomparablement supérieur à celui des souverains, qu’il couronne, mais qu’il peut également déposer ou excommunier si nécessaire. Saint Grégoire VII dira : « Dans la société chrétienne, dont la foi cimente l’unité, l’ordre laïque n’a d’autre fonction que l’exécution des commandements formulés par l’ordre sacerdotal. De cet ordre le pape est le maître absolu, il est le seul titulaire légitime de l’Empire, puisqu’il est le vicaire du Christ, l’empereur suprême. » (Dictatus papae, 1075). Le Pape est l’héritier, par Constantin Ier (272-337) qui donna au pape Sylvestre le pouvoir impérial sur l’Occident, du cadre civilisateur de l’Empire romain et par là même, représente le Pontifex maximus, il est « l’Empereur suprême », faisant que tous les détenteurs d’un pouvoir temporel qui ne sont à la tête que de charges laïques au sein de la chrétienté, et en premiers les empereurs du Saint Empire qui, comme les Rois de France, péchèrent par orgueil, lui doivent soumission et obéissance car c’est le Pape qui détient les clés de l’Empire. En 1139, Innocent II convoqua le deuxième concile de Latran, faisant valoir le caractère légitime de la domination du sacerdoce sur le pouvoir temporel et de sa revendication de la couronne impériale de Constantin et de la possession, pleine et entière des deux glaives, à savoir l’autorité spirituelle et l’autorité temporelle, le concile proclamant infailliblement dans ses actes : « ROME EST A LA TÊTE DU MONDE ». (IIe Concile de Latran, 1139).


Ainsi une chose est claire, il ne saurait y avoir, alors que l’ensemble des structures anciennes se sont effondrées, d’action possible qu’exclusivement religieuse, ceci impliquant que toutes les autres préoccupations (de niveau national, régional, social, économique, humain, moral, culturel, etc.), qui ne concernent pas directement le rayonnement de l’Eglise et le triomphe de la Croix, aussi légitimes soient-elles – et même nécessaires selon les circonstances si elles relèvent d’impératifs vitaux immédiats – ne présentent en réalité aujourd’hui que des objectifs périphériques et subordonnés par rapport au combat essentiel puisque, de par l’absolue suprématie du spirituel sur le temporel, le seul élément sacré véritable dont tout dépend du point de vue de l’avenir de la chrétienté, et qu’il faut défendre avec ferveur en concourant à en établir au plus vite le règne en une sorte de sainte croisade ou de « Reconquista» à l’échelle du continent, est la Papauté instituée de droit divin.

Il est incontestable que, s’agissant du gouvernement temporel, le pouvoir ecclésiastique est le modèle le plus parfait qui fut jamais donné aux hommes, et qui, d’autre part, considérable avantage, bénéficie du point de vue surnaturel du dépôt de la Révélation confié par le Christ lui-même à l’apôtre Pierre, l’Évêque de Rome, « L’Origine de l’unité sacerdotale » selon saint Cyprien, « Patriarche universel », pour saint Léon, « Souverain Prêtre » d’après le concile de Chalcédoine, ce qui lui confère non en tant qu’homme mais en tant que « Vicaire de Jésus-Christ » comme dit saint Jérome, l’infaillibilité en matière théologique.

J'adhère donc entièrement aux vues de Grégoire VII exprimées en 1075 dans ses Dictatus papae, qui s’appuie sur les thèses de l’augustinisme politique telles que développées par Méliton de Sardes (IIe siècle) Eusèbe de Césarée (v. 265–339), et les partisans médiévaux de la théocratie pontificale dont, en particulier, Gilles de Rome (1247-1316), connu sous son nom latin d’Ægidius Colonna, désigné par l’Eglise comme doctor fundatissimus et theologorum princeps, auteur du De ecclesiastica potestate.
« Celui qui nie que le glaive temporel soit en la puissance de Pierre méconnaît la parole du Seigneur, disant : « Remets ton épée au fourreau ». Donc l’un et l’autre glaives sont dans la puissance de l’Eglise, le spirituel et le temporel, mais celui-ci doit être tiré pour l’Eglise, celui-là par l’Eglise, l’un par la main du prêtre, l’autre par la main des rois et des soldats, mais du consentement et au gré du prêtre. Cependant, il faut que le glaive soit subordonné au glaive, l’autorité temporelle à la puissance spirituelle, car l’Apôtre dit : « Il n’y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu… En conséquence nous disons, déclarons et définissons que d’être soumis au Pontife romain est pour toute créature humaine de nécessité de salut. » (Boniface VIII, bulle Unam Sanctam, 1302).
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Cette puissance du Pontife est symbolisée par la Tiare qui, en tant que Vicaire du Christ et successeur de Pierre confère au Pape :

1) Le Pouvoir de Juridiction en vertu du pouvoir des clefs ;

2) Le Pouvoir de lier et délier sur la terre et au ciel ;

3) Le Pouvoir de Magistère en vertu de l’infaillibilité pontificale ;

Ce triple pouvoir est exprimé par les trois titres, qui ont une dimension directement politique faisant du Pontife : Père des rois, Régent du monde, Vicaire du Christ.



II. Le combat pour l’Ordre catholique

a) Les bienfaits de l’Inquisition

Les lois du Ciel trouvent inévitablement une nécessaire transposition dans les formes temporelles qui, normalement, travaillent à incarner les bienheureux et universels principes régulateurs, faute de quoi il s’en suit toujours un trouble et une désorganisation spirituelle et sociale que nul ne peut plus contrôler et qui conduit les peuples et les nations à la ruine pure et simple. On est donc obligé de regarder de cette manière la fonction régulatrice confiée à la Sainte Inquisition, établie légalement par la bulle Ille humani generis de Grégoire IX, le 25 avril 1233, institution qui avait pour mission de prévenir, dans une période profondément troublée, le développement des germes de la division et de la confusion qui menaçaient intérieurement la chrétienté, ainsi que de la protéger du Judaïsme et du Mahométisme.

Joseph de Maistre s’exprime de la sorte sur cette question : « Le Judaïsme avait jeté de si profondes racines en Europe, qu’il menaçait de suffoquer entièrement la plante nationale. (…) Le Mahométisme augmentait prodigieusement le danger ; l’arbre avait été renversé en Espagne, mais les racines vivaient. Il s’agissait de savoir s’il y aurait encore une nation espagnole ; si le Judaïsme et l’Islamisme se partageraient ces riches provinces ; si la superstition, le despotisme et la barbarie remporteraient encore cette épouvantable victoire sur le genre humain. » ( Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole, Première lettre, 1815). Il est donc démontré que l’Inquisition fut créée pour mettre fin au chaos, pour rétablir la paix et la sérénité, c’est pourquoi nous dit-il : « L’Inquisition est, de sa nature, bonne, douce et conservatrice : c’est le caractère universel et ineffaçable de toute institution ecclésiastique, vous le voyez à Rome et vous le verrez partout où l’Eglise commandera. » (Ibid.)

C’est uniquement pour prévenir la propagation du mal qui, assurément, aurait semé les troubles les plus redoutables, que le tribunal de la Sainte Inquisition dut intervenir avec sévérité et fermeté. En se faisant l’ardent avocat de l’Inquisition, Maistre n’ignore pas qu’il va brutalement à l’encontre des idées reçues et de l’esprit anti-religieux de son temps. Mais il croit de son devoir de réaffirmer le vrai, de démontrer, avec la force convaincante d’incontestables arguments, la supériorité et l’évidente sagesse du pouvoir ecclésial sur toute autre forme de pouvoir humain, la tempérance ainsi que la constante union qu’il est seul en mesure de réaliser des vertus de miséricorde et de justice ; « MISERICORDIA ET JUSTICIA » étant d’ailleurs la devise figurant sur les bannières du tribunal de la Sainte Inquisition.

b) Rôle fondamental de la papauté

Par ailleurs, l’attachement à l’institution de la papauté, à « L’Héritier des Apôtres » comme le souligne saint Bernard, relève d’une idée, certes non directement explicite, quoique toutefois fort précise qui transparaît sous chaque ligne du Traité de Joseph de Maistre « Du Pape », que l’on peut résumer de la manière suivante : le Pape est le seul qui possède encore l’autorité nécessaire capable de restaurer, dans une Europe livrée au chaos des égoïsmes nationaux et au venin révolutionnaire, l’unité du Saint Empire. Le traité « Du Pape » consigne cette inattendue mais cohérente dévolution. L’Empereur ayant disparu avec le Saint Empire, ne demeurait que le Sacerdoce Suprême pour se voir dévolu l’archétype éternel du Saint Empire.

Ainsi l’insistance sur l’infaillibilité, source de toute souveraineté légitime, qui fait l’objet d’un important développement dans le livre a été adoptée par le Concile de Vatican I en 1870, et n’a pas d’autre objet que d’asseoir l’incontestable autorité du Pontife romain par dessus toutes les autres formes de souverainetés.

III. Le rétablissement du Saint Empire
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Joseph de Maistre (1753-1821) dira : « Le Souverain Pontife est le chef naturel, le promoteur le plus puissant, le grand Démiurge de la civilisation universelle. » (Du Pape, livre premier, ch. II). Le Pape est donc le seul garant, de par l’évidente supériorité de sa fonction, d’un possible retour sur le continent de l’unité politique et spirituelle. Il incarne l’espoir d’une restauration véritable de l’ordre traditionnel, entre ses mains sacrées repose l’ultime possibilité d’un redressement futur du Saint Empire. Il est, à juste titre, significatif que la phrase de l’épigraphe qui figure sur la page de garde du livre « Du Pape », révèle nettement sans détour : « Trop de chefs vous nuiraient ; qu’un seul homme ait l’Empire… » (Homère, Iliade, II v. 204 sq.)

Il ne faut pas oublier que si la France, par son peuple, est en état de « péché mortel » depuis l’horrible crime du 21 janvier 1793 qui lui fit mettre à mort celui que le Ciel lui avait donné comme Roi, la Royauté est elle-même en position de rébellion vis-à-vis de Dieu depuis le refus par Philippe le Bel de se soumettre aux injonctions de Boniface VIII qui, conscient des lois principielles qui devaient s’imposaient dans toute la chrétienté pour en préserver l’unité, fit publier en 1302 la bulle Unam Sanctam dans laquelle il précisait la fameuse théorie dite des « deux glaives » en déclarant : « Dans l’Eglise il y a deux glaives, le spirituel et le temporel. L’un de ces glaives doit être soumis à l’autre, l’autorité temporelle doit s’incliner devant l’autorité spirituelle. »

La décision de Philippe le Bel aura des conséquences importantes, puisqu’en revendiquant une totale indépendance à l’intérieur de son royaume, et rentrant de ce fait en conflit ouvert avec la Papauté, il sera à l’origine de l’affaiblissement du Saint Siège en Europe et du morcellement de l’empire chrétien, car, à son néfaste exemple, chaque souverain, dans ses Etats, allait exiger désormais une identique indépendance, se réclamant de l’autonomie du pouvoir temporel à l’égard du pouvoir spirituel, attitude dont nous subissons encore directement les effets, et qui a pris, dans les sociétés modernes, une ampleur vertigineuse puisqu’à présent c’est chaque individu qui réclame, rageusement, à titre personnel, une totale indépendance qui n’est en fait que la parfaite continuité de l’originel et lointain esprit « d’insoumission ».

Conclusion

L’avenir ne sera en définitive que ce que Dieu voudra qu’il soit, ou ce qu’Il fera être par l’action de sa Providence. Rien ne sert de s’épuiser dans des formules politiques ou idéologiques qui n’intègrent pas le religieux et le spirituel dans leurs courtes vues, car contre les spectres d’un monde, depuis la Chute, tombé aux mains de l’adversaire, livré aux puissances du négatif et de la mort, il n'y a qu'un Nom par lequel nous puissions être sauvé : celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Vaine est la politique sans Dieu !

Il n’est aucun combat qui puisse se gagner sans être appuyé par les forces de la Divine Providence, sachant cependant que l’Eglise a été fondée divinement et qu’elle possède à sa tête le successeur de saint Pierre à qui fut donné la triple couronne faisant de lui le Vicaire du Christ en ce monde :
« Nous n’avons qu’un seul devoir à remplir : celui de remercier le Fils de Dieu d’avoir dispensé les hommes du soin de constituer son Église, en établissant lui-même à sa tête cet apôtre immortel qui en est le fondement unique, le Docteur et le Pasteur universel. C’est donc toujours et uniquement à l’institution divine qu’il faut recourir, pour avoir la vraie notion de l’Église et de la forme qui lui a été donnée Il n’est rien de mieux affirmé dans l’Évangile que le dogme de la monarchie de saint Pierre, l’Esprit-Saint ayant voulu que le principe sur lequel repose toute l’Église fût intimé d’une manière irrécusable par la lettre même de l’Écriture. Le fondement est unique, super hanc Petram, parce qu’il n’y a qu’un seul Christ ; il est unique, parce qu’il n’y a qu’une seule Église. Tout doit reposer sur ce fondement, et les apôtres et les disciples; et les évêques et les prêtres et le peuple fidèle, en un mot l’Église tout entière : super hanc Petram sedificabo Eccîesiam weam. L’Église dont la constitution est divine a pu résister et résistera jusqu’à la fin. » (Dom Guéranger, De la monarchie pontificale, 1870).
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Re: Le légitimisme ultramontain

Message non lu par etienne lorant » mar. 14 févr. 2012, 23:53

Moi aussi, j'aimerais avoir ma photo avec le Pape. Mais non seulement je n'ai pas de descendance royale, mais en plus, je ne voudrais pas le déranger car je pense qu'il a beaucoup mieux à faire... :wow:
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Re: Le légitimisme ultramontain

Message non lu par Anonymus » mer. 15 févr. 2012, 1:08

A défaut d'être d'ascendance royale, vous pouvez toujours vous faire élire Président de la République :>

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Re: Le légitimisme ultramontain

Message non lu par Virgile » mer. 15 févr. 2012, 3:01

Bonjour,

merci pour ces informations que je n'ai malheureusement que le temps de survoler maintenant. Vous pouvez cependant compter sur une lecture ultérieure plus attentive de ma part, et sur une réponse aussi.

Amicalement.
Virgile.

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Re: Le légitimisme ultramontain

Message non lu par Suliko » sam. 18 févr. 2012, 0:59

Merci Harfang pour cette contribution.
Je connais très peu le sujet et il est bien dommage qu'à l'école, l'on n'aborde pas la contre-révolution d'une manière générale. De grands penseurs se sont tout de même illustrés dans ce courant de pensée et ils sont relativement peu lus et connus. Je pense notamment à un auteur que je connais très peu, mais dont j'ai lu un livre assez intéressant ("La contre-révolution"): Thomas Molnar. Je ne sais pas si quelqu'un l'a déjà lu (J'avais déjà posé cette question à deux reprises sur ce forum, dont je doute de l'affirmative..) Il a notamment écrit dans la revue "Catholica".
C'est pourquoi elle seule, prédestinée avant les générations et annoncée par les prophètes, la Mère du Créateur de tout l'univers, non seulement n'a participé en rien à la tache originelle, mais elle est toujours demeurée pure comme le ciel et toute belle. (extrait du règlement pour le monastère de Biélokrinitsa (1841)

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Re: Le légitimisme ultramontain

Message non lu par Virgile » sam. 18 févr. 2012, 10:25

Suliko a écrit :Thomas Molnar. Je ne sais pas si quelqu'un l'a déjà lu (J'avais déjà posé cette question à deux reprises sur ce forum, dont je doute de l'affirmative..) Il a notamment écrit dans la revue "Catholica".
Molnar,

un original, inclassable comme on dit. En tout cas, des analyses très intéressantes sur les contradictions des penseurs modernes, mais une vision tout de même bien pessimiste au sujet de l'avenir du la culture européenne. En ce qui me concerne, je ne souscris pas vraiment à sa vision des choses quant à la position actuelle de l'Eglise catholique face à la modernité...

Amicalement.
Virgile.

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Re: Le légitimisme ultramontain

Message non lu par Harfang » sam. 18 févr. 2012, 20:34

La reprise, l'explication et le développement de la pensée contre-révolutionnaire pourrait constituer, à notre époque, un défi et un enjeu vraiment passionnant !

Une démarche de nature authentiquement critique vis-à-vis des travers de la modernité à l’école de ceux que l’on désigne sous le nom de « penseurs contre-révolutionnaires » est en effet une voie atypique qui mérite bien qu'on la remette à l'ordre du jour !

C'est aussi une pensée extrêmement riche, puisque contrairement aux courants d'idées contemporains dont on nous rabat les oreilles, elle se nourrit surtout de philosophie antique, de culture biblique et de 2000 ans de civilisation chrétienne.
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Re: Le légitimisme ultramontain

Message non lu par Virgile » dim. 19 févr. 2012, 9:41

Harfang a écrit :La reprise, l'explication et le développement de la pensée contre-révolutionnaire pourrait constituer, à notre époque, un défi et un enjeu vraiment passionnant !
Une démarche de nature authentiquement critique vis-à-vis des travers de la modernité à l’école de ceux que l’on désigne sous le nom de « penseurs contre-révolutionnaires » est en effet une voie atypique qui mérite bien qu'on la remette à l'ordre du jour !
C'est aussi une pensée extrêmement riche, puisque contrairement aux courants d'idées contemporains dont on nous rabat les oreilles, elle se nourrit surtout de philosophie antique, de culture biblique et de 2000 ans de civilisation chrétienne.
Bonjour,

ce qui est important et prioritaire, c'est la reprise, l'explication et le développement de la doctrine sociale de l'Eglise - parce qu'elle est la seule réponse véritablement efficace aux dévastations de la modernité. Aussi, je ne puis qu'exprimer mon profond désaccord avec ce que vous écrivez.

Vous envisageriez une reprise à partir de quoi au juste? Le légitimisme n'est ni une idéologie ni un parti politique - il manque cruellement d'une détermination à partir de laquelle envisager une action. Tout au plus est-il une attitude spirituelle, à la limite un style de vie, une certaine conception de l'ordre social et du rapport de cet ordre à Dieu. Mais si l'on est vraiment respectueux des formes multiples de la réalité, si l'on accepte le fait que jamais la raison humaine ne peut posséder intégralement la réalité, et si l'on refuse à la fois les utopies modernes et l'emprise totalitaire de la technique sur le monde, que pourrait-on faire au juste avec un style de vie, une attitude spirituelle ou une certaine conception de l'ordre social et son rapport à Dieu?

Ce que nous avons perdu, ce n'est pas un régime politique mais bien plutôt l'être de l'homme - ce qu'il était par essence, et avec cela toutes les structures et les significations qui lui permettait de vivre librement et dignement : ce qui veut dire que chacun a désormais le droit de faire, de penser, de dire et d'écrire n’importe quoi, et surtout de produire n'importe quoi - avec la caution de la loi et l'approbation tacite de la masse informe des individus. A présent, nos modernes eux-mêmes en sont à nous expliquer doctement et de façon plus ou moins obscure que nous sommes en route vers l’effondrement de l'univers imaginaire, virtuel, auquel a abouti la civilisation occidentale... et qu'ils auront pourtant été les premiers à bâtir!!!

Il est bien entendu possible de résister, de tenir quotidiennement, de refuser l’isolement, et de reconstituer un tissu social véritablement humain. La voie de cette résistance c'est celle que propose l'Eglise: elle passe par la sortie de toutes les idéologies et de tous les modes de vie qui ne conduisent qu'au désordre. Elle propose un type d'action en relation avec le bien commun de l'humanité - là où le légitimisme ne pourra jamais proposer qu'un type de pensée en vue d'un ordre social déterminé.

Un type de pensée qui, par ailleurs, s'il faut l'écrire, je tiens pour bien meilleur et plus digne de respect que la plupart de ceux que j'ai été amené à examiner jusqu'à présent. Mais pour lequel cependant, je ne suis aucunement disposé à sacrifier une seule minute de mon temps : surtout dans les circonstances actuelles.

Amicalement.
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Re: Le légitimisme ultramontain

Message non lu par Harfang » dim. 19 févr. 2012, 17:07

Je n'ai pas dit que la reprise du légitimisme était une priorité, ni même une nécessité immédiate, seulement qu'elle pouvait constituer un enjeu parallèle intéressant à notre époque... ce qui n'est pas la même chose.

Comme il n'y a pas de politique pure, séparée de la morale et de la religion, mais exclusivement religieuse, je ne conteste pas vos propos : la doctrine sociale de l'Église est un trésor à distribuer incontinent et sans restriction ; mais n'est-ce pas là, si on élargit la notion, une attitude contre-révolutionnaire ; n'est-ce pas prendre le strict contre-pied de notre siècle ?

Pour reprendre ce que j'ai déjà dit quelque part, je pense en outre qu'à l'heure actuelle « la cause contre-révolutionnaire » se confond entièrement avec l'intérêt de la religion, et qu'il est dès lors compréhensible de ne pas voir le dernier carré de légitimistes s'échauffer comme n'importe quel parti politique : un contre-révolutionnaire est avant tout un chrétien ; tout son travail consiste à grandir dans l'amitié de Dieu et y faire progresser son prochain par un généreux apostolat. Qu'on ne nous reproche pas notre relative inactivité temporelle : la lutte, pour l'heure, se situe à un autre plan.

Il est bien entendu possible de résister, de tenir quotidiennement, de refuser l’isolement, et de reconstituer un tissu social véritablement humain. La voie de cette résistance c'est celle que propose l'Eglise: elle passe par la sortie de toutes les idéologies et de tous les modes de vie qui ne conduisent qu'au désordre. Elle propose un type d'action en relation avec le bien commun de l'humanité - là où le légitimisme ne pourra jamais proposer qu'un type de pensée en vue d'un ordre social déterminé.
Mais une fois « l'humus social » renouvelé, il faudra bien penser à faire passer la doctrine sociale de l'Église dans les institutions, dans l'État, et c'est là que le légitimisme intervient : il défend l'idée selon laquelle seule une monarchie est à même de défendre et d'assumer cette doctrine inaudible pour les "modernes" ; c'est d'ailleurs ce régime qu'a voulu Notre-Seigneur Jésus-Christ pour son Épouse : qu'est-ce que l'Église sinon un monarchie de droit divin ? N'est-il pas opportun de s'inspirer de la monarchie romaine pour régir la cité temporelle ?
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Re: Le légitimisme ultramontain

Message non lu par Virgile » lun. 20 févr. 2012, 3:45

Harfang a écrit :mais n'est-ce pas là, si on élargit la notion, une attitude contre-révolutionnaire ; n'est-ce pas prendre le strict contre-pied de notre siècle ?
Bonjour,

non, c'est tout simplement une attitude "révolutionnaire" - mais une Révolution sans idéologie, sans massacres, sans destruction, sans invasions, sans asservissement et surtout sans l'illusion irrationnelle de "mythes fondateurs" au nom desquels on nie l'être de l'homme et la réalité de Dieu.
Qu'on ne nous reproche pas notre relative inactivité temporelle : la lutte, pour l'heure, se situe à un autre plan.
Justement, ce n'est pas exactement l'inactivité temporelle que je reproche au légitisme - mais le fait de ne pas être un cadre possible d'action. En ce sens, il ressort de l'attitude, du style - par ailleurs tout à fait honorable. Vous le remarquez vous-même, au fond - le seul cadre d'action possible est celui que propose la doctrine sociale de l'Eglise. Or l'Eglise ne dit jamais quelle est sa préférence quand au régime politique - mais bien plutôt quels sont les critères qui font que tel ou tel choix politique ne peut, en conscience, recevoir l'assentiment d'un chrétien.

Le légitimisme n'étant ni une idéologie, ni un parti politique - il vous faudrait mettre en lumière de façon précise les points de concordance et les points de divergence entre le régime politique que vous proposez de remettre en place, et la doctrine sociale de l'Eglise. Ce que vous ne faites pas, malheureusement : dans ces conditions la question de l'assentiment en conscience à ce que propose le légitimisme ne peut que rester en suspens. A cela correspond le fait d'idéaliser les propositions, de les rendre "incontournables", et de les réduire - inéluctablement, parce qu'il n'est plus possible alors de faire autrement à un "système d'idées", quant ce n'est pas à un sentimentalisme niais et stérile - c'est bien ce qui attire les moqueries d'un certain nombre d'intervenants sur ce forum. Elles ne sont peut être pas intelligentes, mais elles sont méritées.
Mais une fois « l'humus social » renouvelé, il faudra bien penser à faire passer la doctrine sociale de l'Église dans les institutions, dans l'État, et c'est là que le légitimisme intervient : il défend l'idée selon laquelle seule une monarchie est à même de défendre et d'assumer cette doctrine inaudible pour les "modernes" ; c'est d'ailleurs ce régime qu'a voulu Notre-Seigneur Jésus-Christ pour son Épouse : qu'est-ce que l'Église sinon un monarchie de droit divin ? N'est-il pas opportun de s'inspirer de la monarchie romaine pour régir la cité temporelle ?
Autrement dit "restaurer" dans les institutions et dans l'Etat la doctrine sociale de l'Eglise? Mais c'est très exactement se situer dans la problématique de la modernité. Encore une fois, la doctrine sociale n'est pas une idéologie, mais l'exposé doctrinal d'un certaine conception de l'homme, de la société, etc. en vue d'un Bien commun qui est celui de l'Eglise et celui de l'humanité. Il s'agit d'instaurer des choses nouvelles, parce qu'elles sont aussi anciennes - et non pas de "restaurer". Vous devriez pourtant le savoir : à quoi conduisent les "restaurations"... et je n'ai pas le temps de développer ce point aujourd'hui - mais le légitimisme possède une caractéristique tout de même étonnante : son rapport très curieux au temps. Il faudra en parler à nouveau.

D'autre part, qu'un régime politique doivent s'inspirer dans la forme de ses institutions de la monarchie romaine pose tout de même d'énorme difficulté. Non pas que ce langage soit totalement incompréhensible ou entièrement faux, du moins pour moi et certainement pour d'autres - mais il faudrait tout de même tenir compte de ce que l'Eglise affirme aujourd'hui sur cette question - et surtout examiner de façon plus approfondie en quoi consiste exactement la "monarchie romaine". Il faudrait reprendre votre présentation sur cette question...

Sur le thème de la communauté et de l'élection : à savoir la façon dont s'articule le rapport entre la constitution d'une réalité socio-culturelle telle que la nation française et son élection par Dieu aux fins de répondre dans l'histoire d'une vocation propre et d'accomplir une mission particulière, il faudrait également examiner la légitimité du légitimisme à être le seul courant de pensée à en permettre la réalisation. Plus simplement dit, examiner en quoi l'expression "France, fille aînée de l'Eglise" ne se réduit pas au douloureux paradoxe que nous avons à constater chaque jour de notre vie, et reste vraie malgré deux siècles ou peu s'en faut de République et un long séjour au coeur de la modernité. C'est important.

Amicalement.
Virgile.

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Re: Le légitimisme ultramontain

Message non lu par Harfang » mar. 21 févr. 2012, 20:19

non, c'est tout simplement une attitude "révolutionnaire" - mais une Révolution sans idéologie, sans massacres, sans destruction, sans invasions, sans asservissement et surtout sans l'illusion irrationnelle de "mythes fondateurs" au nom desquels on nie l'être de l'homme et la réalité de Dieu.
Pour Joseph de Maistre, la contre-révolution n'est pas une révolution contraire, mais le contraire de la révolution ; en fait elle partage exactement les mêmes caractéristiques que le mouvement « révolutionnaire » de la Doctrine sociale de l'Église que vous décrivez. Simple question de terminologie ?

Toujours selon le même auteur, la Révolution étant satanique dans son essence, la contre-révolution sera divine (d'essence religieuse) ou il n'y en aura point. Est-ce pour cette raison que la contre-révolution est nulle depuis 200 ans ?
Or l'Eglise ne dit jamais quelle est sa préférence quand au régime politique - mais bien plutôt quels sont les critères qui font que tel ou tel choix politique ne peut, en conscience, recevoir l'assentiment d'un chrétien.
Eh bien c'est là qu'intervient justement le légitimisme : il défend une forme précise (relativement) de gouvernement là où la Doctrine sociale de l'Église ne statut pas, ce qui m'autorise à dire que les deux doctrines peuvent s'articuler à merveille, l'une étant le prolongement de l'autre et son application concrète dans les institutions. Mais vous avez pleinement raison, il faudrait exposer les points de concordance entre la Doctrine sociale de l'Église et la monarchie traditionnelle ; cela représente un travail considérable si l'on veut traiter de manière exhaustive la question et je ne crois pas avoir, hélas, l'érudition nécessaire pour mener à bien une pareille entreprise, même synthétisée à l'extrême... Il y a toutefois sur ce thème le célèbre ouvrage posthume de Bossuet : La Politique tirée des propres paroles de l'Écriture sainte où le célèbre orateur se fait le chantre du droit divin.
Autrement dit "restaurer" dans les institutions et dans l'Etat la doctrine sociale de l'Eglise? Mais c'est très exactement se situer dans la problématique de la modernité.
Parfaitement, et c'est pour cette raison que je ne me résous pas à déclarer le légitimisme complètement désuet.

Selon Paul Valéry, « La véritable tradition, ce n'est pas de refaire ce que les autres ont fait, mais de retrouver l'esprit qui a fait ces choses et qui en ferait d'autres, dans d'autres temps. » C'est exactement l'état d'esprit légitimiste en politique : il ne s'agit pas d'exporter tel quel un modèle politique historiquement circonstancié, mais d'envisager une "restauration" institutionnelle à partir de la redécouverte de cette tradition en politique dont le roi est l'élément tangible et inamovible. Le terme de "Restauration" ne désigne pas tant une rétrogradation qu'une reconstruction raisonnée de ce qui fut détruit par des barbares philosophe : c'est-à-dire Dieu dans l'État et dans les cœurs.
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Re: Le légitimisme ultramontain

Message non lu par Dragon du Roy » ven. 29 nov. 2013, 2:03

Une vidéo sur Youtube pour découvrir le légitimisme aujourd'hui :

https://www.youtube.com/watch?v=IGR_jTUe16U
Boniface VIII "Le glaive spirituel et le glaive temporel sont au pouvoir de l'Eglise. le premier est manié par l'Eglise, le second pour l'Eglise ; le premier par les prêtres, le second par les rois et les chevaliers."

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