Quelle morale chrétienne dans les moeurs actuelles ?

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Cle
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Quelle morale chrétienne dans les moeurs actuelles ?

Message non lu par Cle » jeu. 04 mars 2021, 9:02

Oui, c'est un sujet de réflexion intéressant et une question qui se pose pour moi ....et je ne pense pas être la seule
Comment vivre la morale chrétienne dans la pudeur et la chasteté avec l'évolution culturelle et des moeurs ?
Je propose la discussion pour partager sur ses interrogations

Altior
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Re: Quelle morale chrétienne dans les moeurs actuels ?

Message non lu par Altior » jeu. 04 mars 2021, 18:21

Bonjour, Clé!

Oui, il est vrai: nous vivons un temps d'«évolution» culturelle vers le bas, un temps où les moeurs sont flous. Néanmoins, nous avons toujours tendance à comparer notre époque avec celle de nos parents et nos aïeux, quand le christianisme faisait la loi. Nous croyons que toujours et partout cela fut comme ça. Non, loin de là! Les premiers siècles du christianisme ont été marqués par vivre à contre-courant dans un monde de délabrement moral. Un monde où virtus romana était un souvenir lointain, un monde où orgies, ivrogneries publiques et partouzes sexuelles étaient à l'ordre du jour, un monde où le cursus honorum commençait avec la fonction d'adjoint du maire chargé d'amuser les jeunes. Un monde où il était normal que les maîtres fassent ce qu'ils veulent avec leur esclaves, un monde où les tueries dans le théâtre délectaient le public, un monde où pater familias avait le droit de vie ou de mort sur ses propres enfants. Les lupanars florissaient et l'homosexualité était appelée (et pour cause!) «l'amour grec». Il est suffisant de lire les oeuvres de Platon (et plus spécialement La République) pour se rendre compte que ce n'est pas notre époque celle qui a inventé la débauche morale.

Alors, comment faire pour vivre dans des temps pareils ? Eh bien, en nous inspirant du vécu des premiers saints catholiques (Sainte Julie est la première qui me traverse l'esprit). Nous avons une double chance extraordinaire. Premièrement, d'accumuler des mérites par notre vie. Mener une vie comme Notre Seigneur le veut quand tout le monde fait pareil, c'est bien. Mener la même vie à contre-courant de la plupart c'est encore mieux, car le mérite est toujours en rapport avec la tentation. Deuxièmement, il y a un potentiel d'évangélisation dans cela. Nous avons, pour la première fois après des siècles, la possibilité de faire oeuvre apostolique sans prêcher, simplement en vivant selon la volonté et l'exemple de Notre Seigneur et de ses saints et bienheureux. De plus, à la différence de l'époque des persécutions, pas même besoin de risquer nos vies.

Alors, on travaille sans perdre notre temps et encore moins notre boussole!

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Re: Quelle morale chrétienne dans les moeurs actuels ?

Message non lu par gerardh » ven. 05 mars 2021, 6:42

__

Le christianisme est bien plus qu'une morale : c'est une personne à savoir Jésus Christ.

Quant à nous, "nous faillissons à plusieurs égards, et souvent" (Jacques 3 : 2).

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Re: Quelle morale chrétienne dans les moeurs actuels ?

Message non lu par Cinci » ven. 05 mars 2021, 18:19

... à savoir Jésus-Christ, qui a fondé une Église et à qui il confie les sacrements par lesquels nous pouvons recevoir sa grâce sanctifiante.

Q . 44. Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué l'Église?
R . Jésus-Christ a institué l’Église pour continuer son œuvre sur la terre; c’est-à-dire pour
que dans l’Église et par elle les fruits de la Rédemption accomplie sur la croix fussent
appliqués aux hommes jusqu'à la fin des siècles.

(Catéchisme du cardinal Gaspari, 1932)

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Re: Quelle morale chrétienne dans les moeurs actuels ?

Message non lu par gerardh » ven. 05 mars 2021, 18:52

__

Bonjour Cinci,

Je ne vois pas mentionnée la grâce sanctifiante dans l'extrait du CEC que vous avez cité.

Pouvez-vous d'ailleurs nous rappeler ce qu'est la grâce sanctifiante ?

__

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Re: Quelle morale chrétienne dans les moeurs actuelles ?

Message non lu par Cinci » sam. 06 mars 2021, 15:27

gérardh :
Je ne vois pas mentionnée la grâce sanctifiante dans l'extrait du CEC que vous avez cité. Pouvez-vous d'ailleurs nous rappeler ce qu'est la grâce sanctifiante ?


gérardh,

Pour vous répondre :

La grâce sanctifiante

Ce dont parlait saint Jean dans son évangile, disant qu'à tous ceux qui l'avaient reçu il avait donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu. C'est le fait de trouver désormais "la vie divine en nous" ou "être fait participant de la vie divine". Ce sont des équivalents.


On ne se sauve pas soi-même, on ne devient pas enfant de Dieu par soi-même. Vous serez d'accord. Cette capacité imméritée de devenir participant de la vie divine est le fruit de ce salut que Jésus nous offre et qu'il a mérité pour nous. C'est toujours un cadeau à recevoir et ce dans quoi il s'agit d'entrer pour s'en saisir et pouvoir en vivre. C'est le fait de pouvoir se trouver réellement dans un état d'amitié avec Dieu.


C'est que cette «grâce sanctifiante» non mentionnée dans le catéchisme de façon suffisamment explicite si vous voulez, on la trouve sous la mention «les fruits de la Rédemption accomplie sur la croix» et «appliqués aux hommes».

R . Jésus-Christ a institué l’Église pour continuer son œuvre sur la terre ; c’est-à-dire pour que dans l’Église et par elle les fruits de la Rédemption accomplie sur la croix fussent appliqués aux hommes jusqu'à la fin des siècles.

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Re: Quelle morale chrétienne dans les moeurs actuelles ?

Message non lu par Lentille » dim. 07 mars 2021, 15:07

Bonjour Clé :)

Altior a tout dit je crois ! Il est difficile d'avoir une vie chrétienne convenable dans cette société (surtout dans les villes), mais pas impossible.

Nous devons doublement veiller, à cause du confort du quotidien (qui peut nous faire oublier certains devoirs), et à cause de l'inversion des valeurs qui deviennent peu à peu la norme et tendent à ostraciser le mode de vie Chrétien.

Vincent

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Re: Quelle morale chrétienne dans les moeurs actuelles ?

Message non lu par Cinci » mar. 16 mars 2021, 14:05

Dans la foulée de la question de gérardh ...


http://catho.org/9.php?d=bwq

6e session du concile de Trente : les pères traitaient spécialement de ces questions de la grâce, de la justification, etc.
1542 Ceux qui, après avoir reçu la grâce de la justification, en sont déchus par le péché pourront être de nouveau justifiés lorsque, poussés par Dieu, ils feront en sorte de retrouver la grâce perdue au moyen du sacrement de la pénitence, grâce aux mérites du Christ. Ce mode de justification est le relèvement du pécheur, que les saints Pères ont fort bien appelé "la seconde planche après le naufrage qu'est la perte de la grâce". En effet pour ceux qui tombent dans le péché après le baptême, le Christ Jésus a institué le sacrement de la pénitence, lorsqu'il dit "Recevez le Saint-Esprit, à ceux à qui vous remettrez les péchés, ils seront remis, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez " Jn 20,22-23.
Grâce sanctifiante = «grâce de la justification» dans le langage des pères conciliaires de l'an 1547.


Du côté du père Sesboüé :

Les bases pour un développement du rapport entre grâce et justification étaient posées dans le judaïsme héllenistique. Le livre de la Sagesse avait ainsi synthétisé ce mariage : «La Sagesse est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache de l'activité de Dieu, et une image de sa bonté [...] Demeurant en elle-même, elle renouvelle l'univers, et, au long des âges, elle passe dans les âmes saintes, pour former des amis de Dieu et des prophètes» (Sg 7,26) Tout est grâce, disait Philon, dans l'optique anthropologique d'un homme qui ne peut être que plein d'action de grâce ou livré à l'impiété. «La grâce de Dieu précède toutes choses, y compris la volonté. L'élection existait avant la création. (Enoch 81,5); «Comme l'éclaire devance le tonnerre, ainsi la grâce précède l'homme réservé" (Siracide 32,10) ; «Dieu se moque des moqueurs, et il donne sa grâce aux humbles» (Proverbes 3,34; Sg 6,6).

De la littérature sapientelle, la perspective christologique de Paul retient deux aspects de la grâce : la Sagesse (Pr 8,22) est le Christ ; la justice est don de l'élection divine. L'histoire de son côté, manifeste le drame entre grâce (charis) et péché (hamartia).

Pour conclure sur ces passages de Paul, disntinguons deux blocs : le premier comporte 1 et 2 Th, 1 et 2 Co, Ga, Ph, Rm ; le deuxième, Col et Eph. Dans le premier bloc «grâce» se trouve au début et à la fin des lettres, exprimant un salut uni à la paix, selon la coutume hebraïque de souhaiter la paix. Peut-être l'assonance entre les mots grecs de charis et de chairé (salut) contribua-t-elle à unifier la formule paulinienne, devenue facilement formule de bénédiction dans les assemblées :«La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu et la communion de l'Esprit Saint soient toujours avec vous» (2 Co 13,14).

Paul conçoit sa mission apostolique comme «une grâce qui m'a été donnée par Dieu» (1 Co 3,10 ; Ga 1,15) et qui implique l'idée de générosité (la collecte pour la communauté de Jérusalem, 1 Co 16,3 ; 2 Co 8,1), d'amour désintéressé (Ph 2,6-11), de gratitude à Dieu par l'intermédiaire de Jésus-Christ (Rm 7,24). La grâce (charis) est souvent associée au remerciement, à l'eucharistie (1 Co 1,4; 2 Co 4,15).

Le mystère rédempteur de Dieu est destiné au cosmos dans son entier. Le chrétien remercie Dieu, parce qu'il l'a rendu capable de rendre grâce, et parce que la grâce dans le Christ est le coeur du cosmos. Le don de la grâce qui vient de Dieu à l'homme, la théologie l'appellera la grâce crée (gratia creata), effet de la grâce incrée (gratia increata) ou de Dieu Trinité. C'est elle [la grâce reçue] qui influe sur la conduite du croyant, qui la fait fructifier, selon la justification reçue (Rm 6, 1-23; 2 Co 6,1).

An 426 du Seigneur

«... Augustin répond d'une manière presque catéchétique, prouvant la foi chrétienne par les Écritures, tant sur la nécessité de la grâce de Dieu que sur l'existence du libre arbitre.
Je pense avoir assez discuté contre ceux qui attaquent avec violence la grâce de Dieu, grâce qui ne supprime pas la volonté humaine, mais qui la change de mal en bien, et l'aide quand elle est devenue bonne (cum bona fuerit adiuvatur)
Chacun de ces deux éléments est vrai (utrumque verum est) souligne l'évêque d'Hippone, c'est à dire que «nous disons le vrai aussi bien en confessant la nécessité de la grâce que l'existence du libre arbitre». Dans cette relation, grâce et libre arbitre sont l'équivalent de Dieu et de l'homme, et plus précisément, du Christ Sauveur et de l'homme.


An 427 du Seigneur

Le traité Sur la correction de la grâce (Augustin)

L'évêque d'Hippone, suivant la méthode des questions, élabore les fondements de la doctrine chrétienne de la grâce, que l'on peut synthétiser ainsi :

- L'homme atteint et réalise les possibilités de sa liberté par la grâce et non vice-versa : «Ce n'est pas par la liberté que la volonté humaine obtient la grâce, mais c'est plutôt par la grâce qu'il obtient la liberté , et en outre, de la grâce le don d'une stabilité délectable et d'une force invincible.»

- Dieu, en créant les anges et les hommes, «a disposé leur vie de manière à montrer d'abord en elle ce que pouvait leur libre arbitre, et ensuite ce que pouvait le bienfait de sa grâce et le jugement de sa justice.»

- Adam a été crée dans la grâce de Dieu, dans une condition trois fois différente de la nôtre qui est héritière de son péché : 1) il pouvait ne pas mourir, 2) il ne connaissait pas la lutte de la chair contre l'esprit, et 3) il pouvait ne pas pécher.

- En péchant avec son libre arbitre, Adam a perdu cette condition primitive, entraînant derrière lui tout le genre humain, raison pour laquelle personne ne naît plus dans la condition originelle d'Adam innocent.

- Quiconque est libéré d'une pareille hérédité le doit seulement à la grâce du Christ.

[...]

On fera une lecture du traité augustinien dans l'esprit d'opposer grâce et liberté, ce qui amènera logiquement à penser que la grâce est irrésistible au regard de la volonté humaine (ce sera la position de Luther, de Calvin et de Jansénius), alors qu'Augustin voulait avant tout exposer leur co-opération (co-agir). C'est ce qu'il fit en montrant la grâce comme une aide (auxilium) du libre arbitre, évitant justement de la présenter comme concurrente à l'égard de la volonté humaine.

Encore :

En positif, le concile [Carthage, l'an 418] définit que la grâce est aussi une aide pour ne pas faire le mal, comprise comme un amour dans l'accomplissement du bien connu. Sans cette aide, qui s'insère dans la volonté. .«pour que nous aimions faire», l'homme ne peut observer les préceptes divins.

Cette définition de la nécessité de la grâce fut aussi reprise par le concile pour repousser toute prétention d'impeccabilité pour les saints de l'Ancien comme du Nouveau Testament. De même, le concile exprima la position originaire d'Augustin sur la validité et la nécessité du rite baptismal «pour la rémission des péchés», en référence à la nécessité de la grâce et à la validité de la prière dans la réception de l'aide de Dieu pour éviter le mal.

Étant admis que la fin dernière de l'homme réside dans la béatitude de la vision de Dieu donnée aux ressuscités et que le péché d'Adam n'a pas changé cette vocation surnaturelle de l'homme, ce dernier apparaît doublement démuni pour atteindre à sa fin. Il a besoin d'une grâce qui guérisse sa nature blessée par le péché, et d'une grâce qui l'élève au-dessus de sa propre nature pour qu'il puisse entrer en communication avec Dieu qui est sa fin. La doctrine de la grâce sanante (de guérison) correspond à l'impuissance de l'homme déchu à faire le bien, diagnostiquée par Augustin. Cette grâce est proprement la grâce de la justification de l'homme pécheur, ou grâce qui rend l'homme agréable à Dieu, ou encore grâce sanctifiante. Sans cette grâce, l'homme est incapable de mener une conduite pleinement morale.

et

Plus optimiste qu'Augustin, Thomas d'Aquin estimera que l'homme déchu a des forces suffisantes pour accomplir des biens particuliers dans l'ordre de sa vie personnelle et sociale : travailler, manger, avoir des amis, servir dans la cité. Cependant, cet homme ne peut pas aimer Dieu par-dessus tout ni résister longtemps aux tentations les plus graves.

La grâce de Dieu doit être nécessairement élevante, puisque la vie éternelle dépasse les possibilités de la nature humaine. Il faut donc un don habituel qui après avoir guéri la nature l'élève aussi jusqu'à lui faire accomplir des oeuvres qui méritent la vie éternelle; car cela dépasse le pouvoir de la nature. (Saint Thomas d'Aquin, Somme Théologique, Ia-IIae, q. 109)

PAR CONSÉQUENT

La grâce habituelle (ou habitus de grâce) est un autre nom de la grâce sanctifiante. Comme son nom l'indique, elle signifie l'état stable de l'homme justifié qui vit en communion avec Dieu. Cette grâce est la participation de l'âme à la vie trinitaire et lui permet d'exercer les vertus de foi, d'espérance et de charité. «Quand nous disons que l'homme a la grâce de Dieu, cela signifie qu'une réalité surnaturelle lui est communiquée par Dieu» (Thomas d'Aquin) C'est la présence favorable de Dieu dans l'âme, du don d'amour qu'il fait de lui-même en se communiquant à sa créature.

P.S. : on peut avoir la foi mais ne pas avoir la grâce sanctifiante. Faire gaffe !

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Re: Quelle morale chrétienne dans les moeurs actuelles ?

Message non lu par Simili modo » mar. 16 mars 2021, 17:12

Bonjour à tous,

Pour être tout à fait franc, je n'aurais sans doute pas eu la présence d'esprit de faire référence à l'Essentiel, à savoir la personne de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et pourtant... Il n'y a plus belle et plus vraie réponse, comme l'ont indiqué mes camarades.

Là est la singularité de notre foi qui repose dans le Christ.

Je me souviens d'un ami prêtre qui allait sur les pelouses et dans les jardins à l'issue des résultats du baccalauréat. Un temps où les lycéens, fraîchement devenus bacheliers, célèbrent l'obtention de leur diplôme.

Ce prêtre était très fort car il s'adonnait à un happening sans pour autant verser dans le prosélytisme. Sous une tente un peu à l'écart, il convoitait les regards et suscitait les curiosités. Son discours : transmettre la pastorale de la soif. Son idée était simplement d'expliquer qu'en tant que chrétien, faire la fête c'est autre chose que se torcher la gueule et que la vraie boisson dont on a besoin, c'est le Christ. Libre d'écouter, de sortir, d'échanger un temps. Chrétien ou non !

Le succès était sans nul doute moyen, le ridicule facile. Cela montre à quel point les jeunes – et parfois voire souvent les moins jeunes ! – ont besoin de l'alcool pour se désinhiber.

Je me suis permis de relater cet épisode car c'est à mon sens un discours simple mais dur à mettre en pratique, même du point de vue du croyant. Et pourtant, c'est bien là que se trouve le sens de notre vie, les fûts que l'on doit terminer, ce sont ceux qui nous conduiront au paradis. Et je ne parle pas de voir des anges dans un état d'ébréiété...

Un autre point difficile dans notre société qui me vient à l'esprit : le respect. En tant que croyant d'abord, en tant que chrétien ensuite.

Je cerne parfois des paradoxes : la « spiritualité », la « croyance », tout autre vocable qui s'en approche attire les convoitises. C'est assez prisé, surtout quand c'est alternatif, extraordinaire. Un bouddhiste est une personne respectée. Un yoguiste, pareil. Les philosophies et spiritualités orientales, celles qui sortent de ce qui constitue notre héritage... Intérêt fort. J'oserais même dire que le « croyant » génériquement entendu est plutôt respecté. En tout cas, c'est mon vécu.

C'est ensuite, lorsque le sentiment que le spirituel s'ingère dans le temporel que l'allergie apparaît, que la raillerie et la moquerie triomphent, que le ressentiment se lâche, que l'on placarde l'INRI 2.0 du « rétrograde » quand « conservateur » est pris pour un euphémisme, que l'on sent en notre mode de vie des relents médiévaux ; bref, le respect de la personne part en fumée au nom de ce qu'elle pense. D'un coup, plus de crédibilité.

Et pourtant... Nous avons tout à gagner des désaccords cordiaux. Mais que veut-on... Les opinions dominantes pensent éradiquer les mauvaises, les anciennes. Elles arrivent tout sauf à leur fin : les opinions qu'il faut chasser deviennent silencieuses mais sont toujours très présentes. Et, selon moi, ne font que se renforcer...

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