Reines ouvrières

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pierrot2
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Reines ouvrières

Message non lu par pierrot2 » jeu. 08 avr. 2021, 23:01

Ou formation-déformation?

Fausse intuition ?

Les spécialisations en tout genre seraient-elles autant d occasions de cloisonner, de se donner des œillères, tandis que pour d autres, il s agit de diviser pour mieux régner..

bref se spécialiser est-il synonyme de renoncer au développement personnel de l individu dans la plénitude humaine, tout en se convaincant, comme dans une secte, peut-être, que l on est précisément en train de se développer?

Alors qu en réalité, on se sous-développe, telle l abeille ouvrière lamda, qui travaille pour la ruche, pendant que la reine-mère travaille à sa manière à l avenir de la ruche, c'est à dire à la reproduction.
L'homme, qui semble imiter le fonctionnement de la ruche, est-il vraiment fait pour ne se développer que comme un pion-ouvrier?
Ou que comme une reine, ce qui est tout aussi réducteur?

Ou bien le plan voulu par Dieu permet-il d espérer pour les hommes d aspirer à servir la ruche comme des reines ouvrières?

Qu en pensez-vous, svp ?

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Riou
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Re: Reines ouvrières

Message non lu par Riou » ven. 09 avr. 2021, 0:02

Bonjour,
Je ne sais pas s'il faut imaginer un Dieu qui planifierait l'organisation sociale et laborieuse de la société à la manière d'un gestionnaire qui s'interroge sur la division du travail.
Il semblerait seulement que le Christ n'a pas semblé choqué par la division du travail, et que la variété de ses paraboles s'adressent à des gens de milieux sociaux divers, avec des fonctions sociales différentes. La vie paysanne ne manque pas de paraboles pour elle (si le grain ne meurt, la vigne, etc.). Le banquier, et toutes les professions liées à ce type de fonction, auront leur compte (si je puis dire) avec les paraboles impliquant des créanciers et des débiteurs, des affaires de gestion matérielles, etc. Le patron pourrait se reconnaître dans l'emploi des ouvriers de la onzième heure, de même que les domestiques ont quelque chose en commun avec la parabole sur l'esclave et le maître de maison. Il y aurait même les spécialistes en "événementiel" qui pourraient se trouver des atomes crochus avec les noces de Cana et ce qui s'y passe.
Ce qu'on nomme les intellectuels et toutes les professions entretenant un lien spécifique avec l'usage de la raison auront à s'appuyer sur la fameuse phrase "Je suis la Vérité...".
J'en oublie sans doute beaucoup, car le texte est riche.

Bref, il semblerait que le chrétien occupe bien une fonction spécifique dans la société, mais qu'il ne doit pas s'y réduire comme un rouage mécanique et sans vie, et que malgré toutes les diversités propre à la division du travail, le Christ a suggéré une unité de corps à travers cette multiplicité d'activité. Que tous les chrétiens se sentent dans une unité de sens donné à leur métier malgré la grande diversité des fonctions liée à la division du travail , voilà peut-être un des enseignements des paraboles.

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Re: Reines ouvrières

Message non lu par pierrot2 » ven. 09 avr. 2021, 4:27

A se demander si le véritable "péché" impardonnable des princes et rois, qui leur valent la peine de mort, n'est pas caché..

Louis XVI ne serait-il pas mort davantage parce qu'il faisait de la serrurerie que parce qu'on manquait de pain?

Marie-Antoinette ne serait elle pas morte davantage parce qu'elle entendait se faire bergère, que pour un scandale de bijoux?

Toute cette révolution amorcée par roi et reine aurait bien pu indisposer profondément des esprits "lumineux" qui ne voient que par l'esprit de caste, tout en s'en défendant..

Louis XVI et Marie-Antoinette étaient peut-être" plus révolutionnaires que les révolutionnaires.

A des gens qui étaient plus royalistes que le roi, cela a pu déplaire

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Re: Reines ouvrières

Message non lu par pierrot2 » jeu. 15 avr. 2021, 2:06

Riou a écrit :
ven. 09 avr. 2021, 0:02
Bref, il semblerait que le chrétien occupe bien une fonction spécifique dans la société, mais qu'il ne doit pas s'y réduire comme un rouage mécanique et sans vie, et que malgré toutes les diversités propre à la division du travail, le Christ a suggéré une unité de corps à travers cette multiplicité d'activité. Que tous les chrétiens se sentent dans une unité de sens donné à leur métier malgré la grande diversité des fonctions liée à la division du travail , voilà peut-être un des enseignements des paraboles.
Comme d'habitude, Riou, je vois vos messages dans l'après coup. Merci pour celui-ci. Je suis d'accord avec sa totalité.

Mon propos était peut-être davantage de déplorer qu'au sein d'un même corps de métier, parmi des personnes qui travaillent ensemble, la philosophie du travail que je crois ressentir d'actualité va dans le sens d'une rigoureuse sectorisation. Les tâches sur une chaîne de travail sont bien délimitées. De cette philosophie sectorisante, je crois que s'est développé un esprit sectarisé, où l'individualisme s'enracine toujours plus.

Donc, c'est précisément la dimension médiatrice du christianisme dont vous parlez qui me semble contrariée. Nous sommes habitués dans les grandes lignes à ce que l'esprit laïque bride l'expression religieuse. On dirait que la crispation s'étend aujourd'hui dans les domaines les plus reculés et les plus isolés de l'organisation du travail.

Pensez-vous que Joseph et le jeune Jésus travaillaient à la charpente chacun de leur coté, sans échange sur leur travail, car l'un comme l'autre connaissait le métier et savait ce qu'il avait à faire?

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Re: Reines ouvrières

Message non lu par Riou » jeu. 15 avr. 2021, 7:33

Bonjour,
Je crois que je pourrais être d'accord avec vous.
Je pense que cela vient en grande partie du fait que notre civilisation méprise le travail, malgré ses grands discours sur la "valeur travail" qu'il faudrait "défendre". Disons que notre civilisation n'aime le travail que lorsque celui-ci peut être rentable (une bonne affaire de gros sous, en somme). Sitôt que le travail peut être remplacé par des machines, le choix est vite fait : on élimine les hommes et on met des machines, car c'est un investissement qui finira par rapporter car il supprime le fameux "coût du travail", toujours trop cher selon nos "experts" en économie. Le travail est appréhendé et dominé par des gens dont le seul travail est de brasser de la paperasse en ayant les yeux rivés sur les cours de bourse et la gestion comptable de leurs affaires. Alors pour eux le travail est un "coût" à diminuer, d'autant plus qu'ils sont eux-mêmes pris au piège d'une concurrence infernale avec leurs pairs - les oppresseurs sont eux-mêmes oppressés par la machine qu'ils défendent.
Le problème est que le travail est inféodé à des logiques concurrentielles très dures qui fait de chaque individu un atome devant accumuler des "compétences" de plus en plus spécifiques et "employables" en vue de prendre le dessus sur son prochain. "Faire rendre la bête verticale", voilà la caractéristique de ce que Céline entendait par "capitalisme" dans Nord. Dans cette atmosphère, il est évident que cette société ne peut qu'inciter à un repli sur soi ainsi qu'à une séparation avec autrui. Et cela se constate souvent sur le lieu de travail, comme vous le décrivez. Le comique de l'histoire est que les individus qui prétendent aujourd'hui, en politique, défendre l'"ouverture" contre la "fermeture" ne font en fait que miser sur l'égoïsme des hommes et leur enfermement narcissique dans leur "projet de carrière personnalisé" pour faire tourner la machine.

En conséquence, notre civilisation manque cruellement d'une spiritualité du travail. Joseph et ses camarades se vivaient sans doute, dans leur travail, comme des intendants de la création qui œuvrent en commun pour contribuer à l'utilité commune tout en satisfaisant leurs besoins nécessaires et individuels, et non comme des atomes fermés sur eux-mêmes et n'aspirant qu'à prendre le dessus sur leur prochain dans une logique concurrentielle qui les dépasse. C'est toute l'organisation du travail qui est modifiée par ce changement de modèle : oui, un travailleur des époques antérieures avait sans doute une compréhension plus globale de son activité que le travailleur moderne qui doit accomplir une tâche simplifiée dans le moins de laps de temps possible - afin d'être rentable, toujours plus. L'informatique isole sans doute beaucoup plus le travailleur désormais : parfois, sur un même lieu de travail, des personnes qui travaillent dans la même grande boîte depuis 8 ans ne se connaissent même pas, car la direction exige que la communication officielle se fasse par courriel, afin de "laisser des traces officielles" et de pouvoir mieux vérifier si tel salarié a bien fait ce que tel autre salarié demandait sur telle ou telle tâche donnée. Résultat : une communication désincarnée, une défiance organisée entre les travailleurs, et des individus qui ne se croisent plus beaucoup, mais chacun essaie de se couvrir en "laissant des traces officielles".
Dans ce cadre, le travailleur se retrouve isolé, ultra-spécialisé, sous pression, avec des injonctions hiérarchiques qui pèsent sur lui. Difficile d'imaginer une ouverture vers autrui dans une telle organisation générale du travail. C'est plutôt l'inverse : l'organisation de l'ignorance de l'autre et de ce qu'il fait, car le jeu des intérêts ne va pas vers la concorde dans le cadre d'une telle organisation.

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Re: Reines ouvrières

Message non lu par PaxetBonum » jeu. 15 avr. 2021, 14:31

pierrot2 a écrit :
jeu. 08 avr. 2021, 23:01

L'homme, qui semble imiter le fonctionnement de la ruche, est-il vraiment fait pour ne se développer que comme un pion-ouvrier?
Ou que comme une reine, ce qui est tout aussi réducteur?
Cher Pierrot2,

Vous êtes bien méprisant avec la société apicole !
Sachez que toute abeille a un parcours professionnel varié : elle est d'abord nourricière, puis nettoyeuse, puis ventileuse, puis butineuse…
L'abeille fait fructifier de multiples compétences au cours de sa vie !

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Re: Reines ouvrières

Message non lu par Altior » jeu. 15 avr. 2021, 16:13

Riou a écrit :
jeu. 15 avr. 2021, 7:33
l'organisation de l'ignorance de l'autre et de ce qu'il fait, car le jeu des intérêts ne va pas vers la concorde dans le cadre d'une telle organisation.
Une fois, un Père du désert syrien reçut une question: Quand adviendra la fin du monde ? Il répondit: Lorsqu'il n'y aura plus de sentiers entre les voisins.

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Re: Reines ouvrières

Message non lu par pierrot2 » jeu. 15 avr. 2021, 17:39

Riou a écrit :
jeu. 15 avr. 2021, 7:33
Je crois que je pourrais être d'accord avec vous.
Ne vous retenez pas! :clown:
Riou a écrit :
jeu. 15 avr. 2021, 7:33
Dans ce cadre, le travailleur se retrouve isolé, ultra-spécialisé, sous pression, avec des injonctions hiérarchiques qui pèsent sur lui. Difficile d'imaginer une ouverture vers autrui dans une telle organisation générale du travail. C'est plutôt l'inverse : l'organisation de l'ignorance de l'autre et de ce qu'il fait, car le jeu des intérêts ne va pas vers la concorde dans le cadre d'une telle organisation.
Nous sommes encore d'accord!

C'est sans doute une des raisons pour lesquelles je ne saurais blâmer les esprits "paranoïaques" qui se retrouvent dans les thèses complotistes. Comment en effet honnêtement reprocher à l'individu auquel "la seule ouverture proposée dirige vers cet enfermement" que vous décrivez, de se retrouver dans des schémas étriqués? Avant de cataloguer celui-là, il ne serait peut-être pas incongru pour le chrétien épargné par ce chemin séduisant de la pensée (la parano), d'envisager l'avenir et d'anticiper ce sur quoi débouche cette
Riou a écrit :
jeu. 15 avr. 2021, 7:33
communication désincarnée
, qui se généralise, dirait-on, et où le culte de la liberté, au lieu de... libérer, asservit..

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Re: Reines ouvrières

Message non lu par pierrot2 » jeu. 15 avr. 2021, 21:08

Bonjour, PaxetBonum,
PaxetBonum a écrit :
jeu. 15 avr. 2021, 14:31
Vous êtes bien méprisant avec la société apicole !
Pardon si j'ai offensé un apiculteur! Je distinguais les grands types d' abeilles femelles, la reine étant cantonnée à un rôle de reproduction (elle commence par éliminer toutes ses rivales), celui de toute la ruche, les autres femelles (ouvrières) non fertiles, reléguées aux tâches que vous décrivez. Cela fait tout de même penser à des "castes", les mâles, quant à eux, étant destinés aussi à la seule reproduction des reines

Ce que je voulais dire, c'est que l'ouvrière ne féconde pas, la reine ne nourrit , ni ne ventile, ni etc..

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Re: Reines ouvrières

Message non lu par pierrot2 » jeu. 15 avr. 2021, 21:33

Riou,

Peut-être devrais-je préciser une autre idée:

Je trouve étonnant que la parano ne soit pas davantage répandue, parmi les chrétiens, notamment, puisqu'ils sont censés croire qu'il y a un ennemi commun à tout le genre humain, et entre les mains duquel toute créature (donc, pécheresse) succombe à la tentation, sans le secours de la Sainte Grâce.

Jésus a dit à Pierre de reculer , "Satan".

Tout humain (même le chrétien , évidement) chute un jour ou l'autre du mauvais coté, ceux qui résistent devant porter et subir (comme Jésus porta et subit la remontrance de Pierre) ceux qui chutent. Donc, je trouve étonnant que ceux qui résistent ne soient pas un tantinet paranos

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Re: Reines ouvrières

Message non lu par PaxetBonum » ven. 16 avr. 2021, 8:30

pierrot2 a écrit :
jeu. 15 avr. 2021, 21:08

Ce que je voulais dire, c'est que l'ouvrière ne féconde pas, la reine ne nourrit , ni ne ventile, ni etc..
Cher Pierrot2,

Est-ce l'idée de hiérarchie qui vous dérange ?
L'idée que chacun a des talents différents à faire fructifier ?
Quel tort fait la reine à sa société en en assurant la cohésion (phéromones) et la pérennité ?
L'ouvrière, la butineuse, le maçon, la gardienne n'accomplissent-elles pas un rôle essentiel pour la vie de tous ?
Ne donnent-elles pas toutes leur vie pour que la ruche vive ?

Je ne cerne pas ce qui vous pose problème ?

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Re: Reines ouvrières

Message non lu par pierrot2 » ven. 16 avr. 2021, 13:14

Bonjour cher PaxetBonum,
PaxetBonum a écrit :
ven. 16 avr. 2021, 8:30
Est-ce l'idée de hiérarchie qui vous dérange ?
Nullement
PaxetBonum a écrit :
ven. 16 avr. 2021, 8:30
L'idée que chacun a des talents différents à faire fructifier ?
Plutôt l'idée que chacun a des dispositions pour des talents variés, car dans la réalité, c'est bien le cas.

Malheureusement, seule une fraction de ces talents (celles en principe dans laquelle il est le plus performant) est exploitée de manière optimale dans le cadre professionnel, les autres talents (ou ce chacun en question est moins performant) sont laissés "en jachère", abandonnés dans des négociations , sous le prétexte qu'ils portent ombrage aux plates-bandes de ceux qui y excellent (et qui y ont leur monopole).

Comme dans le jeu "monopoly", certains finissent par détenir un monopole sur une couleur de rues ou avenues avantageuse (et d'autres, inversement, c'est à dire, désavantageuse), et l'issue du jeu s'en trouve très orientée. Or, à supposer que le joueur A détienne uniquement les moins lucratives de ces rues et avenues, qui dit qu'il n'aurait pas eu autant de dispositions (talents) que le B, qui détient les plus juteuses pour faire fructifier ces dernières dans l'intérêt d'un développement sans empiètement sur les plates bandes du voisin ? Mais je ne souhaite pas me faire le chantre de l'efficacité, plutôt dénoncer que toutes ces "jachères" sont autant de talents non fructifiés
Ainsi le talent de technicien de Pierre est laissé à la fructification de Paul, car celui-ci y excelle, tandis qu'il pourra développer les aptitudes managériales qui sont son point fort, car Paul s'y trouve moins à l'aise. Donc, Pierre fait fructifier son talent de manageur, mais pas son talent de technicien, et Paul l'inverse. Cela fait 1 talents laissés "en jachère" par chacun, au nom de l'efficacité et de la performance, soit 2 en tout..
A supposer que Pierre et Paul aient encore d'autres talents (ex : finances), ils devront peut-être en concéder le monopole à Jacques, ce qui ne diminuera pas la quantité de talents en friche, puisque les leurs (finances)(à Pierre et Paul) le seront (en friche) également

Pour les abeilles, c'est un peu différent, et je manque de connaissance pour en parler
PaxetBonum a écrit :
ven. 16 avr. 2021, 8:30
Je ne cerne pas ce qui vous pose problème ?
C'est cette valeur de mon époque, le développement personnel, qui me semble donc affectée par ces nouvelles mentalités du travail que je trouve sectorisantes, et qui mènent, je crois, l'individu à se développer, oui, mais dans un carcan où il enterre délibérément certains de ses talents

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Re: Reines ouvrières

Message non lu par pierrot2 » ven. 30 avr. 2021, 7:43

Bonjour,

l'évangile du jour m'inspire ce matin, à propos de la place que Notre Seigneur prépare à l'intention des disciples.

Selon vous, svp, les noces de l'agneau consistent-elles plutôt en un buffet où chacun se sert, et constitue son assiette? Plutôt un repas homogène entre les convives, avec les mêmes plats pour tous?

ou encore:

Si il y a "la radio", chacun sera-t-il auditeur d'un programme commun, écouté et commenté et échangé ensuite?, ou plutôt chacun aura -t-il un programme individuel et personnalisé?

Sur quelle base se fera l'unité à ces noces? Relation verticale avec Notre Seigneur? Transversale, entre les invités? Les deux?

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Re: Reines ouvrières

Message non lu par cmoi » ven. 30 avr. 2021, 13:23

Sans hésiter pour moi c'est un buffet, mais avec un seul plat principal imposé : l'agneau pascal !
Ainsi et sans surprise, après que chacun a écouté son trip et pris son pied, tout le monde est regroupé pour la grande finale ou le bouquet, et c'est là que s'opère la surprise : tout le monde l'apprécie et en plus, y reste volontairement et cela devient l'émission la plus longue alors qu'on ne pensait qu'y faire un tour pour faire acte de présence communautaire avant de retourner à sa préférence.
Dernière question : les 2, la seconde n'empêchant pas la première et en étant un assaisonnement...

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Re: Reines ouvrières

Message non lu par menochios » ven. 30 avr. 2021, 18:12

Merci pour cette réflexion.
Tout d'abord, en cette année dédiée à St Joseph, protecteur et constructeur, je voudrais rappeler l'existence de l'abeille charpentière. Qui est une abeille solitaire. Car c'est là le plus intrigant dans toute réflexion sur la ruche, l'abeille n'est pas par nature une créature sociale. Il y a eu un moment dans son évolution de millions d'années, où certaines espèces ont trouvé désirable de se réunir en essaims, de gaver certaines d'hormones et d'en priver toutes les autres, enfin de devenir non des abeilles solitaires mais des êtres sociaux.

Fascinant, comment ne pas nouer des parallèles avec les propres choix de notre espèce, qui , quelque part au moment de la révolution néolithique, se réunissent dans les villes, mangent du blé, et voient leur espérance de vie ... diminuer, leur santé se dégrader. Quant à leur capacité à mener une vie conforme à leur volonté n'en parlons pas.

Il y a quelque chose de fascinant à considérer cette même évolution chez l'insecte. Celà nous dépouille de nos affects et de nos raisonnements construits. Car de quoi bénéficie l'insecte social dont ne dispose pas la charpentière ?
De la chaleur du nombre. D'une sécurité accrue en cas de grave menace, puisque d'autres dards viendront à son secours. De mille yeux au lieu de deux pour repérer les sources de nourriture. De l'illusion de sécurité de ses parois de papier. De ne plus avoir le soin des enfants, puisqu'ils sont confiés à des ouvrières spécialisées.
Voilà ce qui est le salaire de la perte de la liberté.

Fascinant. Car si on regarde froidement notre propre organisation sociale, n'y trouve t'on pas la même chose ?
Dans le cas des insectes, c'est un sujet que l'on peut aborder comme dépouillé de tout affect. Sentent elles ces créatures ? Qui irait se préoccuper de leurs sentiments ? Nous pouvons endosser envers elle la pensée froide et dénuée d'affects qui est celle de tous les officiants de l'ingénierie sociale. C'est peut être le moment de se rappeler que Napoléon outre la main dans son veston, avait également choisi comme symbole, hidden in plain sight, l'abeille.

Pourquoi donc ce regroupement en ruches ? La réponse darwinnienne classique est que celà donne à leurs gênes la meilleure chance de se répandre. Mais quels gênes ? Nous sommes donc dans du darwinisme social, qui se dépouille de toute volonté. A la limite de la notion de memes. On pourrait presque voir les ruches comme les entités qui se propagent et se perpétuent, et les abeilles comme un organe de cette transmission. C'est une vision qui fait disparaitre la volonté des abeilles.

C'est une des branches possibles des théories transhumanistes : l'évolution data-centrique. C'est à dire la disparition du sujet conscient. Remplacé par un sujet n'existant plus que par sa capacité à communiquer sur les réseaux sociaux. Ou plutôt, à réagir à des stimulus transmis par ces mêmes réseaux. C'est l'option 'Robot de chair', et elle n'est pas si éloignée que celà. Quand nous nous contentons de nous inscrire dans un mouvement d'indignation ou de soutien suite à la consultation d'un fil twitter, et que nous produisons un peu de contenu autour des informations reçues par ce fil, nous avons déjà un pas dans ce fonctionnement dystopique. Et celà peut aller assez loin. L'expérience Pokemon Go a bien montré que des comportements humains complexes pouvaient être induits par de tels stimuli. Les chiens que Pavlov nourrissaient par sifflement à la gamelle ne pouvaient pas se douter que certains de leurs ancêtres seraient entraînés à aller se nourrir sous des chars, mine au dos. Et on peut bien se moquer de ces fourmis parasitées par la douve du mouton qui vont attendre en haut d'un brin d'herbe quand, après avoir téléchargé un nouveau module sur ce qui aparait de plus en plus comme une excroissance de notre cerveau, nous nous retrouvons à attendre sous la pluie qu'apparaisse quelque créature fantasmatique qui n'esxiste que dans notre cerveau, et qui n'aura aucune influence sur notre vie réelle.

Il faut garder à l'esprit que notre perception de la vie des abeilles est tributaire de notre propre perception de la vie sociale. Si on appelle 'reine' la grosse pondeuse gorgée d'hormones, c'est que les premières études entomologiques s'étaient faites dans une époque formée par la monarchie. Tant et si bien qu'une partie des débats de l'époque portaient sur la manière subtile et inobservée dont la reine commandait à ses ouvrières. Il a fallu longtemps avant de s'apercevoir qu'en fait, elle ne commandait rien du tout.

En fait, et pour en revenir à l'abeille charpentière, le paradoxe est que pour apprécier pleinement la protection de la ruche, il faut être une abeille charpentière. C'est à dire une abeille libre, ayant appris à vire sans la ruche et capable de s'en passer. Quand on a grandi sans l'eau courante, une douche chaude est une bénédiction. Mais ce n'est pas une condition de survie. Pour nous qui sommes des abeilles de l'intérieur de la ruche, notre formation devrait plutôt nous pousser à apprendre la liberté.

Je pense là au voyage à Las Vegas des amish, au Grand Tour de la noblesse anglaise, au Tour de France des compagnons. Toutes formes de déplacement qui permettent de sortir d'une société trop bien organisée. Voir le monde nu. Apprendre à le rebâtir. Car les conditions de la liberté sont d'abord des capacités d'action matérielle.

C'est pour moi, le principal pilier de ma foi catholique. Dieu s'incarne en l'homme. Et l'homme a besoin de l'Eglise pour s'élever. Mais cette Eglise, où est elle ? Symbolisme encore, de la ruche, comme Cité de Dieu.

Pour conclure sur cette notion de buffet, et le ramener à la ruche. Pour moi, ce serait un repas péniblement gagné dans la jungle du monde. Chassé comme on peut, cuit comme on peut. Et qui trouverait enfin place dans un prodigieux festin nourrissant l'humanité entière. L'abeille se décarcasse au péril de sa vie pour un peu de pollen âcre, et elle reçoit du miel, qui n'est jamais que son propre pollen transcendé.

"Alors, le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux."
Où Dieu m'a mis, je tiens.

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