"Un temps pour changer" : viens, parlons-en

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Xavi
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"Un temps pour changer" : viens, parlons-en

Message non lu par Xavi » sam. 05 déc. 2020, 17:31

Par son nouveau livre, « Un temps pour changer », le pape François nous invite au dialogue.

« Ce que j’entends en ce moment est semblable à ce qu’Isaïe (1, 18) entend Dieu dire à travers lui. « Viens, parlons de tout cela. » » (p. 18)

« Laissons les paroles de Dieu à Isaïe nous parler : « Viens, parlons-en » » (p. 20)

Voici quelques extraits qui ont particulièrement retenu mon attention. Beaucoup d’autres pourront y être ajoutés.

« Certains répondent à la souffrance amenée par une crise par un haussement des épaules. Ils disent « Dieu a fait le monde comme ça, c’est comme ça. » Mais une telle réponse interprète à tort la création de Dieu comme statique, alors qu’il s’agit d’un processus dynamique. Le monde est en continuelle création. Paul dans l’épître aux Romains (8, 22) dit que la Création gémit dès sa naissance. Sans cesse, Dieu veut faire advenir le monde avec nous, ses collaborateurs. Il nous a invités à le rejoindre dès le tout début, en temps de paix comme en temps de crise – à tout moment. Ce n’est pas un cadeau tout emballé qu’on nous aurait remis en disant « Tiens, prends le monde. »
Dans le récit de la Genèse, Dieu ordonne à Adam et Ève d’être féconds. L’humanité à la mission de changer, de construire, de maîtriser la Création, dans le sens positif de créer à partir d’elle et avec elle. Ainsi ce qui est à venir ne dépend pas d’un mécanisme invisible, d’une destinée dans laquelle l’humanité demeure passive, spectatrice. Non : nous sommes acteurs, nous sommes – si je puis m’exprimer ainsi – des co-créateurs. Quand le Seigneur nous a dit d’aller de l’avant et de nous multiplier, de maîtriser la terre, il voulait dire : soyez les créateurs de votre avenir…
» (p. 15-16)

« nous pouvons créer quelque chose de nouveau » (p. 16)

« Aujourd’hui plus que jamais, ce qui est révélé, c’est l’erreur de faire de l’individualisme le principe d’organisation de la société » (p. 19)

« L’essence de Dieu est la miséricorde, qui ne consiste pas seulement à voir et à être ému, mais à répondre par l’action. » (p. 35)

« nous sommes confiants que Dieu nous ouvrira des portes dont nous ignorions l’existence » (p. 37)

« Ce que j’ai vu, c’est la tristesse d’une humanité riche en savoir-faire mais à qui fait défaut la sécurité intérieure de se connaître comme créatures de l’amour de Dieu, une connaissance qui s’exprime dans notre respect simultané de Dieu, des autres et de la Création.
Pour parler de la Création, il te faut de la poésie et de la beauté. Avec la beauté, vient l’harmonie
» (p. 55-56)

« Le péché est un rejet des limites que l’amour exige » (p. 57)

« L’hyperinflation de l’individu va de pair avec la faiblesse de l’État. » (p. 74)

« Sans le « nous » d’un peuple, d’une famille, des institutions, d’une société qui transcende le « je » des intérêts individuels, l’existence se désagrège en un rien de temps et devient violente » (p. 75)

« Là où est l’Esprit, il y a toujours un mouvement versus in unum, « vers l’unité », mais jamais vers l’uniformité. » (p. 100)

« La violence verbale croissante … dans laquelle on trouve la sécurité en discréditant les autres par des récits qui nous font sentir justes et nous donnent des arguments pour faire taire les autres. » (p. 115-116)

« Au lieu de nous laisser piéger dans le labyrinthe de l’accusation et de la contre-accusation…nous devons pratiquer l’art du dialogue… nous avons besoin … d’incorporer d’autres points de vue que le nôtre qui contiennent des éléments de vérité… en évitant tout réductionnisme simplificateur » (p. 117-118) … « jusqu’à ce qu l’on parvienne, sinon à un consensus, du moins à une harmonie qui conserve les fines nuances de ses différences » (p. 123)

« L’Évangile doit être lu et interprété à la lumière de l’histoire du salut et de la Tradition. D’autres outils peuvent aider à accroître notre compréhension en mettant en évidence, en identifiant et en valorisant des richesses jusqu’alors inexplorées de cette source d’eau vive. » (p. 130)

« Parfois marcher ensemble signifie endurer les désaccords, les laissant… pour les transcender plus tard. » (p. 138)

« Que signifie être un « peuple » ? C’est une catégorie de pensée, un concept mythique, non pas au sens d’une fantaisie ou d’une fable, mais comme une histoire particulière… Le concept mythique de peuple s’inspire de nombreuses sources : historiques, linguistiques, culturelles (en particulier dans la musique et la danse), mais surtout une sagesse et une mémoire collectives. Un peuple est maintenu par cette mémoire, qui est précieuse dans l’histoire, les coutumes, les rites (religieux ou non) et autres liens qui transcendent ce qui est purement transactionnel et rationnel. » (p. 145-146)

« En temps de paix et de prospérité, il y a toujours le risque que le peuple se dissolve en une simple masse, sans qu’aucun principe unificateur ne le lie.
Lorsque cela se produit, le centre vit au détriment des périphéries, les gens se divisent en tribus concurrentes… le peuple ne considère plus… son héritage à entretenir, les puissants s’en emparent et en extraient tout ce qu’ils peuvent…
Un peuple ainsi affaibli et divisé devient facilement la proie à de multiples formes de colonisation.
» (p. 146-147)

« Qu’on ne dise pas, dans les années à venir, qu’en réponse à la crise du coronavirus, nous n’avons pas su agir pour restaurer la dignité de nos peuples, retrouver notre mémoire et nous rappeler nos racines. » (p. 149)

« Le terme « peuple » … exploité à des fins politiques sectaires… peut avoir des connotations de totalitarisme… dans la rhétorique d’exclusion du populisme. » (p. 149)

« Un peuple [est] une réalité vivante qui est le fruit d’un principe d’intégration partagé… capable… d’harmoniser la différence tout en préservant le distinctif. » (p. 152)

« les différentes sortes de populisme… déforment le sens du mot « peuple » en le rattachant à des idéologies qui se concentrent sur des ennemis supposés, internes ou externes. » (p. 161)

« La dignité de nos peuples exige des couloirs sûrs pour les migrants et les réfugiés afin qu’ils puissent se déplacer sans crainte des zones mortelles vers des zones plus sûres. Il est inacceptable de décourager l’immigration en laissant des centaines de migrants mourir lors de traversées maritimes périlleuses ou de périples dans le désert. » (p. 170)

« Nous devons accueillir, promouvoir, protéger et intégrer ceux qui viennent à la recherche d’une vie meilleure pour eux-mêmes et leurs familles. Bien entendu, les gouvernements doivent évaluer avec prudence les capacités d’accueil et d’intégration. » (p. 171)

« La vie humaine n’est jamais un fardeau. Elle exige que nous lui fassions de la place … qu’il s’agisse d’un enfant à naître dans le ventre de sa mère ou d’un migrant à notre frontière… Avec l’avortement comme avec la fermeture des frontières, nous refusons » (p. 172)

« Les populismes… reflètent la douleur de la perte des racines et de l’appartenance à une communauté… dénigrent « l’autre » afin de défendre une identité nationale ou de groupe » (p. 175)

« La tâche de l’Église n’est pas d’organiser chaque action du peuple… C’est tout le contraire de ce que pensent les élites de toutes sortes : « Tout pour le peuple, mais rien avec le peuple », qu’elles supposent être sans visages et ignorant.
Ce n’est pas vrai. Le peuple sait ce qu’il veut et ce dont il a besoin.
» (p. 182)

« Jésus remet en question la mentalité qui, dans le pire des cas, conduit à l’utilisation de termes racistes, qui dénigre ceux qui n’appartiennent pas à un groupe particulier, qui dépeint les migrants comme une menace et construit des murs pour dominer et exclure. » (p. 184)

Pour ouvrir ici le dialogue auquel le Pape nous invite, il me semble utile d’aborder l’un des désaccords les plus difficiles qu’il observe lorsqu’il dénonce le « populisme ». Comment aller à la rencontre de ceux qui sont qualifiés de « populistes » ? Comment comprendre les murs, les frontières, la menace de l’immigration que le Pape dénonce ?

Il n’oublie pas de nous rappeler la nécessaire évaluation des capacités d’accueil qui incombent aux gouvernements.

Rien ne justifie jamais la haine ou le dénigrement de « l’autre », mais il n’y a pas de maison sans murs, ni de gouvernement sans frontières territoriales pour son action et son autorité.

Même le Vatican n’ouvre pas ses bâtiments en libre accès aux nombreux migrants sans logement à Rome. Nous avons tous une demeure, comme propriétaire, locataire ou occupant, avec ses limites à respecter. La responsabilité de la gestion d’un pays ou d’une famille implique aussi de veiller à préserver l’intimité et la sécurité dans des limites.

Le devoir de charité à l’égard des migrants exclut la haine ou le dénigrement, mais pose la difficile question de la limite de la propriété privée et de sa gestion. Elle est toujours relative et soumise à l’intérêt supérieur du bien général, mais, c’est bien difficile d’en préciser la portée concrète.

La propriété privée ne concerne-t-elle que les individus ou faut-il aussi l’appliquer aux territoires des états ? L’accueil du voyageur et du réfugié sont un incontestable devoir. Mais, qu’en est-il du migrant qui décide, depuis un pays lointain, de venir s’installer dans le pays d’un autre sans son accord ?

Suffit-il de désirer un bien d’autrui qui est ou paraît meilleur que le sien ?

Déterminer la capacité d’accueil, n’est-ce pas aussi, nécessairement, mettre des murs, des frontières, des limites ? Il est légitime de le rappeler sans s'enfermer dans les mots.

Lorsque le Pape François nous parle de charité, sachons l’écouter et l’entendre, sans le caricaturer en oubliant trop vite toutes les nuances de l’enseignement de l’Église.

Carolus
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Re: "Un temps pour changer" : viens, parlons-en

Message non lu par Carolus » dim. 06 déc. 2020, 22:06

Xavi a écrit :
sam. 05 déc. 2020, 17:31
Xavi :

Par son nouveau livre, « Un temps pour changer », le pape François nous invite au dialogue.
Merci pour les citations suivantes du nouveau livre de notre pape François, cher Xavi. :)
Xavi a écrit :
sam. 05 déc. 2020, 17:31
Xavi :

« Ce que j’entends en ce moment est semblable à ce qu’Isaïe (1, 18) entend Dieu dire à travers lui. « Viens, parlons de tout cela. » » (p. 18)

« Laissons les paroles de Dieu à Isaïe nous parler : « Viens, parlons-en » » (p. 20)

[PAPE FRANÇOIS, Un temps pour changer : Viens, parlons, osons, rêver...]
Notre pape François nous invite à laisser « les paroles de Dieu à Isaïe nous parler ».

Considérons donc « les paroles de Dieu à Isaïe » (Is 1, 18-20) :
18 Venez, et discutons – dit le Seigneur. Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront aussi blancs que neige. S’ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront comme de la laine.

19 Si vous consentez à m’obéir, les bonnes choses du pays, vous les mangerez ;

20 mais si vous refusez, si vous vous obstinez, c’est l’épée qui vous mangera. – Oui, la bouche du Seigneur a parlé.
« Laissons les paroles de Dieu à Isaïe nous parler : » Si vous consentez à m’obéir, les bonnes choses du pays, vous les mangerez (Is 1, 19).

Consentons donc à obéir à Dieu. 🙏

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Re: "Un temps pour changer" : viens, parlons-en

Message non lu par Gaudens » lun. 07 déc. 2020, 17:19

Merci Xavi , de nous donner quelques extraits sans doute significatifs,d'après votre propre lecture Je doute d'avoir la patience de lire un si long texte.Déjà la taille de la dernière encyclique me rebute.
Cela dit,je reste perplexe devant certaines assertions du texte, surtout mise en regard les unes avec les autres:


« Nous devons accueillir, promouvoir, protéger et intégrer ceux qui viennent à la recherche d’une vie meilleure pour eux-mêmes et leurs familles. Bien entendu, les gouvernements doivent évaluer avec prudence les capacités d’accueil et d’intégration. » (p. 171).

Des mots gagneraient à être définis:qu'est-ce qu' "intégrer",d'abord indiqué comme un devoir puis,plus prudemment comme une question:peut-on intégrer des masses , des populations entières ,venant de civilisations aux valeurs et conceptions totalement différentes? Les "couloirs de migration sûrs" ne devraient -ils pas être conçus et établis à, l'intérieur des mêmes zones civilisationnelles pour éviter les catastrophes prévisibles?

« La vie humaine n’est jamais un fardeau. Elle exige que nous lui fassions de la place … qu’il s’agisse d’un enfant à naître dans le ventre de sa mère ou d’un migrant à notre frontière… Avec l’avortement comme avec la fermeture des frontières, nous refusons » (p. 172)


Là , il me semble qu'on est dans de l'amalgame trop rapide et sans nuances:l'avortement est un mal absolu , auquel très peu de nuances peuvent être apportées.L'accueil de l'étranger ,lui, me parait relever de la sphère du discernement entre morale , politique et ...bon sens (cf mon paragraphe précédent).

« les différentes sortes de populisme… déforment le sens du mot « peuple » en le rattachant à des idéologies qui se concentrent sur des ennemis supposés, internes ou externes. » (p. 161).
« Les populismes… reflètent la douleur de la perte des racines et de l’appartenance à une communauté… dénigrent « l’autre » afin de défendre une identité nationale ou de groupe » (p. 175)
.
Nouvelle perplexité de ma part: d'abord parce qu'aucun mouvement ne se définit comme "populiste",adjectif supposé péjoratif et dévalorisant que leur donnent leurs ennemis politiques.Mais dans sa seconde phrase le pape reconnait le ressort profond et légitime de ce que les mondialistes appellent le populisme.Et plus loin (cf ci-dessous) , il reconnait implicitement que finalement les peuples ont bien le droit de ne pas accepter aveuglément la soumission à ce même mondialisme dont un des articles est bien le sans-frontiérisme généralisé.

« La tâche de l’Église n’est pas d’organiser chaque action du peuple… C’est tout le contraire de ce que pensent les élites de toutes sortes : « Tout pour le peuple, mais rien avec le peuple », qu’elles supposent être sans visages et ignorant.
Ce n’est pas vrai. Le peuple sait ce qu’il veut et ce dont il a besoin. » (p. 182)

Par contre, concernant les "peuples",le sens de la phrase ci-dessous m'apparait bien peu compréhensible:
Un peuple [est] une réalité vivante qui est le fruit d’un principe d’intégration partagé… capable… d’harmoniser la différence tout en préservant le distinctif. » (p. 152).

Est-on ,d'une certaine façon, dans le "En même temps" macronien?

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Re: "Un temps pour changer" : viens, parlons-en

Message non lu par Kerygme » mar. 08 déc. 2020, 10:04

Gaudens a écrit :
lun. 07 déc. 2020, 17:19
Merci Xavi , de nous donner quelques extraits sans doute significatifs,d'après votre propre lecture
Bonjour Gaudens,

Pour faire suite à vos interrogations, n'oublions jamais que des extraits nécessitent d'être lus dans le contexte du paragraphe ou même de l'ensemble du chapitre dans lequel ils s'expriment.

On ne peut juger de la qualité d'un livre, de quelque auteur que ce soit, en se contentant d'une fiche de lecture ou d'un annabac.
« N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité. » (1Jean 3,18)

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Re: "Un temps pour changer" : viens, parlons-en

Message non lu par Léon » ven. 11 déc. 2020, 17:31

Merci Xavi, merci pape François,

Une invitation au dialogue est toujours un bienfait parce qu'il fait entrer des personnes en relation de façon positive.
Or l'être humain est fait pour ça, pour les mises en relation, c'est la sève qui le nourrit, le fortifie et le fait grandir.
Notre époque très portée sur la science et la technique, a beaucoup perdu de sa valeur humaine et naturelle, proprement relationnelle, que la Grâce ne supprime pas mais élève.
C'est là que l'on peut voir toute l'importance du témoignage chrétien et de la vie chrétienne, fondés notamment sur l'Evangile, qui travaillent à humaniser véritablement le monde par le dialogue et le partage authentiques.
La vie chrétienne est à proprement parler l’Évangile de la Rencontre, à la suite de Jésus qui montra l'exemple du dialogue et de l'entrée en relation avec le prochain, pour l'aimer en vérité.

Mais sans le Christ, nous ne pouvons rien faire, comme Il l'affirme Lui-même dans l’Évangile.
Cela veut donc bien dire que de la qualité de notre relation au Dieu vivant, dépend la qualité de notre relation au Prochain, et ainsi de suite dépend la qualité d'une société vivante et bien ordonnée.

N'hésitons pas à demander avec insistance au Christ et Seigneur Jésus de nous donner un coeur nouveau et un esprit nouveau comme il l'a promis (Ezechiel 36,26) !
Nous pouvons lui demander un coeur de feu !

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Re: "Un temps pour changer" : viens, parlons-en

Message non lu par ademimo » sam. 12 déc. 2020, 17:51

Xavi a écrit :
sam. 05 déc. 2020, 17:31
Par son nouveau livre, « Un temps pour changer », le pape François nous invite au dialogue.

« Ce que j’entends en ce moment est semblable à ce qu’Isaïe (1, 18) entend Dieu dire à travers lui. « Viens, parlons de tout cela. » » (p. 18)

« Laissons les paroles de Dieu à Isaïe nous parler : « Viens, parlons-en » » (p. 20)

Voici quelques extraits qui ont particulièrement retenu mon attention. Beaucoup d’autres pourront y être ajoutés.

« Certains répondent à la souffrance amenée par une crise par un haussement des épaules. Ils disent « Dieu a fait le monde comme ça, c’est comme ça. » Mais une telle réponse interprète à tort la création de Dieu comme statique, alors qu’il s’agit d’un processus dynamique. Le monde est en continuelle création. Paul dans l’épître aux Romains (8, 22) dit que la Création gémit dès sa naissance. Sans cesse, Dieu veut faire advenir le monde avec nous, ses collaborateurs. Il nous a invités à le rejoindre dès le tout début, en temps de paix comme en temps de crise – à tout moment. Ce n’est pas un cadeau tout emballé qu’on nous aurait remis en disant « Tiens, prends le monde. »
Dans le récit de la Genèse, Dieu ordonne à Adam et Ève d’être féconds. L’humanité à la mission de changer, de construire, de maîtriser la Création, dans le sens positif de créer à partir d’elle et avec elle. Ainsi ce qui est à venir ne dépend pas d’un mécanisme invisible, d’une destinée dans laquelle l’humanité demeure passive, spectatrice. Non : nous sommes acteurs, nous sommes – si je puis m’exprimer ainsi – des co-créateurs. Quand le Seigneur nous a dit d’aller de l’avant et de nous multiplier, de maîtriser la terre, il voulait dire : soyez les créateurs de votre avenir…
» (p. 15-16)

« nous pouvons créer quelque chose de nouveau » (p. 16)

« Aujourd’hui plus que jamais, ce qui est révélé, c’est l’erreur de faire de l’individualisme le principe d’organisation de la société » (p. 19)

« L’essence de Dieu est la miséricorde, qui ne consiste pas seulement à voir et à être ému, mais à répondre par l’action. » (p. 35)

« nous sommes confiants que Dieu nous ouvrira des portes dont nous ignorions l’existence » (p. 37)

« Ce que j’ai vu, c’est la tristesse d’une humanité riche en savoir-faire mais à qui fait défaut la sécurité intérieure de se connaître comme créatures de l’amour de Dieu, une connaissance qui s’exprime dans notre respect simultané de Dieu, des autres et de la Création.
Pour parler de la Création, il te faut de la poésie et de la beauté. Avec la beauté, vient l’harmonie
» (p. 55-56)

« Le péché est un rejet des limites que l’amour exige » (p. 57)

« L’hyperinflation de l’individu va de pair avec la faiblesse de l’État. » (p. 74)

« Sans le « nous » d’un peuple, d’une famille, des institutions, d’une société qui transcende le « je » des intérêts individuels, l’existence se désagrège en un rien de temps et devient violente » (p. 75)

« Là où est l’Esprit, il y a toujours un mouvement versus in unum, « vers l’unité », mais jamais vers l’uniformité. » (p. 100)

« La violence verbale croissante … dans laquelle on trouve la sécurité en discréditant les autres par des récits qui nous font sentir justes et nous donnent des arguments pour faire taire les autres. » (p. 115-116)

« Au lieu de nous laisser piéger dans le labyrinthe de l’accusation et de la contre-accusation…nous devons pratiquer l’art du dialogue… nous avons besoin … d’incorporer d’autres points de vue que le nôtre qui contiennent des éléments de vérité… en évitant tout réductionnisme simplificateur » (p. 117-118) … « jusqu’à ce qu l’on parvienne, sinon à un consensus, du moins à une harmonie qui conserve les fines nuances de ses différences » (p. 123)

« L’Évangile doit être lu et interprété à la lumière de l’histoire du salut et de la Tradition. D’autres outils peuvent aider à accroître notre compréhension en mettant en évidence, en identifiant et en valorisant des richesses jusqu’alors inexplorées de cette source d’eau vive. » (p. 130)

« Parfois marcher ensemble signifie endurer les désaccords, les laissant… pour les transcender plus tard. » (p. 138)

« Que signifie être un « peuple » ? C’est une catégorie de pensée, un concept mythique, non pas au sens d’une fantaisie ou d’une fable, mais comme une histoire particulière… Le concept mythique de peuple s’inspire de nombreuses sources : historiques, linguistiques, culturelles (en particulier dans la musique et la danse), mais surtout une sagesse et une mémoire collectives. Un peuple est maintenu par cette mémoire, qui est précieuse dans l’histoire, les coutumes, les rites (religieux ou non) et autres liens qui transcendent ce qui est purement transactionnel et rationnel. » (p. 145-146)

« En temps de paix et de prospérité, il y a toujours le risque que le peuple se dissolve en une simple masse, sans qu’aucun principe unificateur ne le lie.
Lorsque cela se produit, le centre vit au détriment des périphéries, les gens se divisent en tribus concurrentes… le peuple ne considère plus… son héritage à entretenir, les puissants s’en emparent et en extraient tout ce qu’ils peuvent…
Un peuple ainsi affaibli et divisé devient facilement la proie à de multiples formes de colonisation.
» (p. 146-147)

« Qu’on ne dise pas, dans les années à venir, qu’en réponse à la crise du coronavirus, nous n’avons pas su agir pour restaurer la dignité de nos peuples, retrouver notre mémoire et nous rappeler nos racines. » (p. 149)

« Le terme « peuple » … exploité à des fins politiques sectaires… peut avoir des connotations de totalitarisme… dans la rhétorique d’exclusion du populisme. » (p. 149)

« Un peuple [est] une réalité vivante qui est le fruit d’un principe d’intégration partagé… capable… d’harmoniser la différence tout en préservant le distinctif. » (p. 152)

« les différentes sortes de populisme… déforment le sens du mot « peuple » en le rattachant à des idéologies qui se concentrent sur des ennemis supposés, internes ou externes. » (p. 161)

« La dignité de nos peuples exige des couloirs sûrs pour les migrants et les réfugiés afin qu’ils puissent se déplacer sans crainte des zones mortelles vers des zones plus sûres. Il est inacceptable de décourager l’immigration en laissant des centaines de migrants mourir lors de traversées maritimes périlleuses ou de périples dans le désert. » (p. 170)

« Nous devons accueillir, promouvoir, protéger et intégrer ceux qui viennent à la recherche d’une vie meilleure pour eux-mêmes et leurs familles. Bien entendu, les gouvernements doivent évaluer avec prudence les capacités d’accueil et d’intégration. » (p. 171)

« La vie humaine n’est jamais un fardeau. Elle exige que nous lui fassions de la place … qu’il s’agisse d’un enfant à naître dans le ventre de sa mère ou d’un migrant à notre frontière… Avec l’avortement comme avec la fermeture des frontières, nous refusons » (p. 172)

« Les populismes… reflètent la douleur de la perte des racines et de l’appartenance à une communauté… dénigrent « l’autre » afin de défendre une identité nationale ou de groupe » (p. 175)

« La tâche de l’Église n’est pas d’organiser chaque action du peuple… C’est tout le contraire de ce que pensent les élites de toutes sortes : « Tout pour le peuple, mais rien avec le peuple », qu’elles supposent être sans visages et ignorant.
Ce n’est pas vrai. Le peuple sait ce qu’il veut et ce dont il a besoin.
» (p. 182)

« Jésus remet en question la mentalité qui, dans le pire des cas, conduit à l’utilisation de termes racistes, qui dénigre ceux qui n’appartiennent pas à un groupe particulier, qui dépeint les migrants comme une menace et construit des murs pour dominer et exclure. » (p. 184)

Pour ouvrir ici le dialogue auquel le Pape nous invite, il me semble utile d’aborder l’un des désaccords les plus difficiles qu’il observe lorsqu’il dénonce le « populisme ». Comment aller à la rencontre de ceux qui sont qualifiés de « populistes » ? Comment comprendre les murs, les frontières, la menace de l’immigration que le Pape dénonce ?

Il n’oublie pas de nous rappeler la nécessaire évaluation des capacités d’accueil qui incombent aux gouvernements.

Rien ne justifie jamais la haine ou le dénigrement de « l’autre », mais il n’y a pas de maison sans murs, ni de gouvernement sans frontières territoriales pour son action et son autorité.

Même le Vatican n’ouvre pas ses bâtiments en libre accès aux nombreux migrants sans logement à Rome. Nous avons tous une demeure, comme propriétaire, locataire ou occupant, avec ses limites à respecter. La responsabilité de la gestion d’un pays ou d’une famille implique aussi de veiller à préserver l’intimité et la sécurité dans des limites.

Le devoir de charité à l’égard des migrants exclut la haine ou le dénigrement, mais pose la difficile question de la limite de la propriété privée et de sa gestion. Elle est toujours relative et soumise à l’intérêt supérieur du bien général, mais, c’est bien difficile d’en préciser la portée concrète.

La propriété privée ne concerne-t-elle que les individus ou faut-il aussi l’appliquer aux territoires des états ? L’accueil du voyageur et du réfugié sont un incontestable devoir. Mais, qu’en est-il du migrant qui décide, depuis un pays lointain, de venir s’installer dans le pays d’un autre sans son accord ?

Suffit-il de désirer un bien d’autrui qui est ou paraît meilleur que le sien ?

Déterminer la capacité d’accueil, n’est-ce pas aussi, nécessairement, mettre des murs, des frontières, des limites ? Il est légitime de le rappeler sans s'enfermer dans les mots.

Lorsque le Pape François nous parle de charité, sachons l’écouter et l’entendre, sans le caricaturer en oubliant trop vite toutes les nuances de l’enseignement de l’Église.
Ce fatras de maximes sur l'amour me semble extrêmement confus et facile à formuler. Concrètement, que préconise-t-il ? A qui s'adresse-t-il ? Que dit-il aux Arméniens menacés dans leur existence même, par exemple ?
Pratiquez le dialogue bienveillant, tout en restant conscients de vos limites ?
En gros, ça se limite à une disposition mentale ?
Et ensuite ?

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Re: "Un temps pour changer" : viens, parlons-en

Message non lu par Xavi » sam. 12 déc. 2020, 19:09

Bonsoir Adenimo,

Vous pouvez considérer le message initial de ce fil comme un « fatras de maximes » mais il serait erroné d’en déduire que le Pape se limiterait à nous convier à une « disposition mentale ».

Il est évident que les quelques extraits partagés en vrac n’ont pas d’autre portée que d’attirer l’attention sur quelques passages clés que le Pape développe concrètement et sous divers angles. Pour en comprendre correctement le sens et la portée ou entrer dans le dialogue qu’il propose, il n’y a guère d’autre solution que de lire le livre lui-même.

Kerygme a bien situé les limites des extraits proposés :
Kerygme a écrit :
mar. 08 déc. 2020, 10:04
[n'oublions jamais que des extraits nécessitent d'être lus dans le contexte du paragraphe ou même de l'ensemble du chapitre dans lequel ils s'expriment.

On ne peut juger de la qualité d'un livre, de quelque auteur que ce soit, en se contentant d'une fiche de lecture ou d'un annabac.
Le Pape François s’adresse à tous et de manière concrète, mais l’objet de sa méditation n’est pas de prendre position sur des problèmes précis comme celui des Arméniens et du Haut-Karabakh.

Il invite au dialogue sur des questions complexes de notre temps comme celles posées par l’immigration, par exemple.

« Et ensuite ? ».

Peut-être que certains y trouveront un surplus de forces positives pour répondre à notre vocation de continuer harmonieusement la création en communion d’amour avec notre Créateur.

Derrière ce qui attire l’attention des médias, le Pape François fait avancer des réflexions majeures sur notre création et notre vocation. Mais toujours discrètement.

L’encyclique Laudato si’ en avait déjà donné un exemple lorsque le Pape y a développé un très essentiel « Évangile de la création » discrètement glissé dans des propos d’actualité.

Ici encore, sur ce thème, il consolide avec force son enseignement sur la création de l’humanité en rejetant fermement toute conception fixiste de la création et du salut que certains imaginent parfois dans un immobilisme à contempler éternellement qui, en fait, serait mortellement ennuyeux.

Déjà dans l’encyclique Spe Salvi, le pape Benoît XVI avait attiré l’attention sur l’ennui extrême et absolu que certains ressentent par rapport la vie éternelle. Il me semble qu’un tel sentiment peut être ressenti lorsque la vie éternelle est considérée comme faite uniquement de contemplation béate de réalités parfaites absolument immuables. S’il n’y avait strictement rien à faire, ni à développer dans la vie éternelle à cause d’une « perfection », ce serait l’immobilité absolue, l’ennui absolu et, en réalité, cela ressemblerait à la mort.

La vraie « perfection » de Dieu qu’il nous partage c’est de créer, de pouvoir faire du neuf et de pouvoir développer ce qui existe. Même dans l’éternité et même si nous ne pouvons l’imaginer concrètement, notre vocation ce n’est pas l’immobilisme, mais une vie de co-créateurs avec Dieu.

C’est un fondement essentiel pour stimuler et encourager l’action concrète des chrétiens aujourd’hui.

J’ai beaucoup apprécié ce que le Pape François a écrit à ce sujet et que je reproduis ci-dessous en soulignant ce qui me semble l’essentiel :

« Certains ... interprète[nt] à tort la création de Dieu comme statique, alors qu’il s’agit d’un processus dynamique. Le monde est en continuelle création. Paul dans l’épître aux Romains (8, 22) dit que la Création gémit dès sa naissance. Sans cesse, Dieu veut faire advenir le monde avec nous, ses collaborateurs. Il nous a invités à le rejoindre dès le tout début, en temps de paix comme en temps de crise – à tout moment. Ce n’est pas un cadeau tout emballé qu’on nous aurait remis en disant « Tiens, prends le monde. »
Dans le récit de la Genèse, Dieu ordonne à Adam et Ève d’être féconds. L’humanité à la mission de changer, de construire, de maîtriser la Création, dans le sens positif de créer à partir d’elle et avec elle. Ainsi ce qui est à venir ne dépend pas d’un mécanisme invisible, d’une destinée dans laquelle l’humanité demeure passive, spectatrice. Non : nous sommes acteurs, nous sommes – si je puis m’exprimer ainsi – des co-créateurs. Quand le Seigneur nous a dit d’aller de l’avant et de nous multiplier, de maîtriser la terre, il voulait dire : soyez les créateurs de votre avenir…
» (p. 15-16)

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Re: "Un temps pour changer" : viens, parlons-en

Message non lu par Gaudens » sam. 12 déc. 2020, 19:40

Merci Xavi: je préfère de beaucoup ce dernier extrait,clair et cohérent à ceux que vous nous aviez d'abord communiqués: j'y reconnais une vérité spirituelle et humaine incontestable ,qui me parle réellement et personnellement.

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Re: "Un temps pour changer" : viens, parlons-en

Message non lu par ademimo » sam. 12 déc. 2020, 23:15

Xavi a écrit :
sam. 12 déc. 2020, 19:09
Bonsoir Adenimo,

Vous pouvez considérer le message initial de ce fil comme un « fatras de maximes » mais il serait erroné d’en déduire que le Pape se limiterait à nous convier à une « disposition mentale ».

Il est évident que les quelques extraits partagés en vrac n’ont pas d’autre portée que d’attirer l’attention sur quelques passages clés que le Pape développe concrètement et sous divers angles. Pour en comprendre correctement le sens et la portée ou entrer dans le dialogue qu’il propose, il n’y a guère d’autre solution que de lire le livre lui-même.

Kerygme a bien situé les limites des extraits proposés :
Kerygme a écrit :
mar. 08 déc. 2020, 10:04
[n'oublions jamais que des extraits nécessitent d'être lus dans le contexte du paragraphe ou même de l'ensemble du chapitre dans lequel ils s'expriment.

On ne peut juger de la qualité d'un livre, de quelque auteur que ce soit, en se contentant d'une fiche de lecture ou d'un annabac.
Le Pape François s’adresse à tous et de manière concrète, mais l’objet de sa méditation n’est pas de prendre position sur des problèmes précis comme celui des Arméniens et du Haut-Karabakh.

Il invite au dialogue sur des questions complexes de notre temps comme celles posées par l’immigration, par exemple.

« Et ensuite ? ».

Peut-être que certains y trouveront un surplus de forces positives pour répondre à notre vocation de continuer harmonieusement la création en communion d’amour avec notre Créateur.

Derrière ce qui attire l’attention des médias, le Pape François fait avancer des réflexions majeures sur notre création et notre vocation. Mais toujours discrètement.

L’encyclique Laudato si’ en avait déjà donné un exemple lorsque le Pape y a développé un très essentiel « Évangile de la création » discrètement glissé dans des propos d’actualité.

Ici encore, sur ce thème, il consolide avec force son enseignement sur la création de l’humanité en rejetant fermement toute conception fixiste de la création et du salut que certains imaginent parfois dans un immobilisme à contempler éternellement qui, en fait, serait mortellement ennuyeux.

Déjà dans l’encyclique Spe Salvi, le pape Benoît XVI avait attiré l’attention sur l’ennui extrême et absolu que serait une vie éternelle faite uniquement de contemplation béate de réalités parfaites absolument immuables. S’il n’y avait strictement rien à faire, ni à développer dans la vie éternelle à cause d’une « perfection », ce serait l’immobilité absolue, l’ennui absolu et, en réalité, cela ressemblerait à la mort.

La vraie « perfection » de Dieu qu’il nous partage c’est de créer, de pouvoir faire du neuf et de pouvoir développer ce qui existe. Même dans l’éternité et même si nous ne pouvons l’imaginer concrètement, notre vocation ce n’est pas l’immobilisme, mais une vie de co-créateurs avec Dieu.

C’est un fondement essentiel pour stimuler et encourager l’action concrète des chrétiens aujourd’hui.

J’ai beaucoup apprécié ce que le Pape François a écrit à ce sujet et que je reproduis ci-dessous en soulignant ce qui me semble l’essentiel :

« Certains ... interprète[nt] à tort la création de Dieu comme statique, alors qu’il s’agit d’un processus dynamique. Le monde est en continuelle création. Paul dans l’épître aux Romains (8, 22) dit que la Création gémit dès sa naissance. Sans cesse, Dieu veut faire advenir le monde avec nous, ses collaborateurs. Il nous a invités à le rejoindre dès le tout début, en temps de paix comme en temps de crise – à tout moment. Ce n’est pas un cadeau tout emballé qu’on nous aurait remis en disant « Tiens, prends le monde. »
Dans le récit de la Genèse, Dieu ordonne à Adam et Ève d’être féconds. L’humanité à la mission de changer, de construire, de maîtriser la Création, dans le sens positif de créer à partir d’elle et avec elle. Ainsi ce qui est à venir ne dépend pas d’un mécanisme invisible, d’une destinée dans laquelle l’humanité demeure passive, spectatrice. Non : nous sommes acteurs, nous sommes – si je puis m’exprimer ainsi – des co-créateurs. Quand le Seigneur nous a dit d’aller de l’avant et de nous multiplier, de maîtriser la terre, il voulait dire : soyez les créateurs de votre avenir…
» (p. 15-16)
Deux points :

1. En quoi consiste cette co-création dynamique en lien avec le sujet du moment, à savoir les migrations de masse ? Si je résume ce que je crois comprendre, le "Grand Remplacement" serait une sorte de "recréation/cocréation" à laquelle nous serions conviés à participer ? En somme, il s'agirait de consentir à notre disparition pour que soit "recrée" et "cocréée" l'humanité nouvelle ?

Désolé si je suis direct, mais j'aime bien sortir des réflexions vaporeuses pour aller droit aux sujets concrets et aux idées clairement exprimées.

2. Quel rapport avec l'éternité qui doit succéder à notre mort ? Est-ce à dire que l'éternité n'existe pas ? Et qu'au fond, le pape ne croit pas au Royaume de Dieu dans l'au-delà ?

Ces propos sont incroyables. Ils vont beaucoup plus loin que ce que j'imaginais. La vie éternelle au Royaume de Dieu serait d'un ennui mortel ? Ai-je bien lu ? Il a réellement écrit cela ? N'est-ce pas mettre au rebut 2000 ans de théologie ?
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Re: "Un temps pour changer" : viens, parlons-en

Message non lu par Léon » dim. 13 déc. 2020, 8:59

Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour.

Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas.

Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère.

https://www.aelf.org/bible/1Jn/4

" L'Eglise et le Christ, c'est tout un". (sainte Jeanne d'Arc)
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Re: "Un temps pour changer" : viens, parlons-en

Message non lu par Pathos » dim. 13 déc. 2020, 9:17

Ademimo, vos interrogations vous honorent.
Garder foi dans le Christ pas dans ce blibiboulga mondialiste digne d'une copie de collégien.
Mais priez, mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher.

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Re: "Un temps pour changer" : viens, parlons-en

Message non lu par Altior » dim. 13 déc. 2020, 14:18

Bonjour Ademimo et bonjour aux autres liseurs,
ademimo a écrit :
sam. 12 déc. 2020, 23:15

1. En quoi consiste cette co-création dynamique en lien avec le sujet du moment, à savoir les migrations de masse ? Si je résume ce que je crois comprendre, le "Grand Remplacement" serait une sorte de "recréation/cocréation" à laquelle nous serions conviés à participer ? En somme, il s'agirait de consentir à notre disparition pour que soit "recrée" et "cocréée" l'humanité nouvelle ?
Désolé, je ne vois pas comment vous êtes arrivé à comprendre que le Pape, par les paroles citées, soutient les migrations de masse et le Grand Remplacement. Le débat sur la question «est-ce que la Création a été achevée le sixième jours, ou bien se poursuit-elle dans le temps?» est vielle comme l'Église. À mon avis, la clé de la réponse reste autour de ce que nous comprenons exactement par «Création». Du texte cité, mai je comprends que le Pape dit: «la Création n'est pas quelque chose de figé».

Désolé si je suis direct, mais j'aime bien sortir des réflexions vaporeuses pour aller droit aux sujets concrets et aux idées clairement exprimées.
Ici, je suis d'accord avec vous. Mais vous oubliez que le Pape est jésuite. On raconte qu'un jour un pèlerin s'était un peu égaré dans la grande métropole de Rome. Il voit un religieux vétu en noir et il demande: «Excusez-moi, savez-vous où est la Basilique Saint Pierre ?» «Oui, certainement» répond l'homme de l'Église. «Eh bien, alors pourriez-vous me montrer le chemin le plus court pour y arriver?». «Désolé, mais je ne peux pas. Vous savez, je suis jésuite...».
Qu'est-ce que vous voulez? Nous avons un Pape jésuite. C'est comme ça et les jésuites ont été toujours comme ça. La clarté de l'exposé et le franc parler n'est pas leur point le plus fort. J'espère que le prochain sera dominicain...
2. Quel rapport avec l'éternité qui doit succéder à notre mort ? Est-ce à dire que l'éternité n'existe pas ? Et qu'au fond, le pape ne croit pas au Royaume de Dieu dans l'au-delà ?
Là, franchement, vous n'avez pas bien lu. Vous parlez bien de cette citation d'un préopinant:
Déjà dans l’encyclique Spe Salvi, le pape Benoît XVI avait attiré l’attention sur l’ennui extrême et absolu que serait une vie éternelle faite uniquement de contemplation béate de réalités parfaites absolument immuables. S’il n’y avait strictement rien à faire, ni à développer dans la vie éternelle à cause d’une « perfection », ce serait l’immobilité absolue, l’ennui absolu et, en réalité, cela ressemblerait à la mort.
Moi, ce que je vois dans ces propos c'est un raisonnement de type reductio ad absurdum: si le monde était immuable, dans la vie éternelle nous n'aurions rien à faire. Si dans la vie éternelle nous n'avions rien à faire, alors ça serait l'ennui absolu. Mais dans la vie éternelle on ne s'ennuie pas, car ça serait incompatible avec le bonheur absolu. Donc, le monde n'est pas immuable. QED.

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Re: "Un temps pour changer" : viens, parlons-en

Message non lu par ademimo » dim. 13 déc. 2020, 15:30

Bonjour Altior,
J'attends d'avoir quelques éclaircissements. Que signifie, concrètement, dans le monde actuel, une recréation qui ne serait pas figée, mais appelée à changer ? Quelle en est l'application ? En rapport avec les sujets de société évoqués par le pape dans les pages 170-180 ?

Quant à croire que l'éternité du Royaume de Dieu qui se passerait uniquement à adorer Dieu au milieu des louanges, serait d'un ennui mortel, je suis désolé de vous dire que cette idée est complètement contraire à ce que l'Église a toujours enseigné. D'abord, ce serait projeter les conditions de notre vie terrestre (avec notre besoin permanent de distraction) sur la vie éternelle, ce qui est totalement absurde. Les anges s'ennuient-ils ? Les élus, revêtus de leur corps de Gloire, débarrassés de la condition du péché qui les rendait esclaves, peuvent enfin se livrer à une sainte liturgie éternelle, qui est le but ultime de tous ceux qui cherchent Dieu, qu'ils peuvent enfin contempler librement et pleinement. Autrement, quel serait le but de la vie éternelle ? Retrouver les mêmes conditions de vie que sur Terre, et reprendre le cours de nos petites affaires ? Pourquoi les grands contemplatifs s'abîment dans des heures d'adoration, si c'est d'un ennui mortel ? Que font les moines dans leurs cellules ? À quoi sont appelés les fidèles lors des saluts au très saint Sacrement ? Quel est le but de ces exercices, s'ils sont d'un ennui mortel ?

On nage dans l'hérésie la plus totale. On n'a plus qu'à jeter au panier saint Thomas d'Aquin, sainte Thérèse d'Avila, sainte Thérèse de Lisieux, Charles de Foucauld, saint Jean de la Croix, et tant d'autres.

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Re: "Un temps pour changer" : viens, parlons-en

Message non lu par Xavi » lun. 14 déc. 2020, 13:52

Bonjour Ademimo,
ademimo a écrit :
sam. 12 déc. 2020, 23:15
En quoi consiste cette co-création dynamique en lien avec le sujet du moment, à savoir les migrations de masse ? Si je résume ce que je crois comprendre, le "Grand Remplacement" serait une sorte de "recréation/cocréation" à laquelle nous serions conviés à participer ? En somme, il s'agirait de consentir à notre disparition pour que soit "recrée" et "cocréée" l'humanité nouvelle ?
ademimo a écrit :
dim. 13 déc. 2020, 15:30
Que signifie, concrètement, dans le monde actuel, une recréation qui ne serait pas figée, mais appelée à changer ? Quelle en est l'application ? En rapport avec les sujets de société évoqués par le pape dans les pages 170-180 ?
La co-création ne concerne pas seulement l’un ou l’autre sujet particulier, comme celui que vous évoquez, mais toute action des humains. Nous sommes créés libres dans un monde que nous pouvons transformer et dans lequel nous pouvons faire du neuf.

En ce qui concerne le « Grand Remplacement » ou « les migrations de masse », c’est, en effet, un sujet du moment pour lequel notre liberté d’humain trouve à s’exercer, mais rien, dans le livre du Pape François, ne me semble suggérer « de consentir à notre disparition ». Le principe fondamental de la foi est beaucoup plus simple et autre : tu aimeras ton prochain comme toi-même. Nous sommes, dès l’origine, invités dans une communion où, comme dans la Trinité divine, le « je » vit avec « l’autre » et non à une fusion où le « je » serait anéanti, absorbé par une divinité ou un autre quelconque.

Dieu n’a pas créé l’humain pour la mort, pour qu’il disparaisse au profit d’un autre ou dans une fusion quelconque. Ce qui nous est promis, au-delà de la mort physique, c’est la vie éternelle. Le « je » de chaque humain créé n’est pas destiné à la mort, à la dissolution ou à l’immobilisme, mais à une communion de vie.

Donc, pour votre sujet concret, le Pape ne propose pas ce que vous imaginez. Il vous laisse libre d’y réfléchir et d’y répondre selon votre choix, mais il vous propose des pistes à considérer dans votre réflexion et vos engagements.

Si je devais résumer sa pensée, je dirais : « N’oubliez jamais l’amour ! ».

Cela vaut, bien certainement, pour chacun des migrants, quel qu’il soit. Cela doit être rappelé sans cesse et la situation de beaucoup d’entre eux dans les pays les plus développés est insupportable.

Mais, ne croyez pas pouvoir en déduire tout de suite une condamnation de telle ou telle politique dans tel ou tel pays. Des choix libres mais difficiles restent à faire. Les solutions ne sont pas prédéterminées.

ademimo a écrit :
sam. 12 déc. 2020, 23:15
Quel rapport avec l'éternité qui doit succéder à notre mort ? Est-ce à dire que l'éternité n'existe pas ? Et qu'au fond, le pape ne croit pas au Royaume de Dieu dans l'au-delà ?

Ces propos sont incroyables. Ils vont beaucoup plus loin que ce que j'imaginais. La vie éternelle au Royaume de Dieu serait d'un ennui mortel ? Ai-je bien lu ? Il a réellement écrit cela ? N'est-ce pas mettre au rebut 2000 ans de théologie ?

Je n'ai plus aucun complexe à avoir perdu la foi dans l'Eglise catholique, en lisant de tels propos venant d'un pape. Que reste-t-il du christianisme avec un magistère pareil ?
Franchement, Ademimo, où lisez-vous vos allégations « incroyables » d’une éternité qui « n’existe pas », d’un pape qui « ne croit pas au Royaume de Dieu dans l’au-delà », d’une vie éternelle « d’un ennui mortel », d’une mise « au rebut » de 2000 ans de théologie ?

De telles allégations sont dénuées de tout fondement.

C’est bien parce que, comme chacun des disciples du Christ depuis 2.000 ans, le Pape François croit à la vie éternelle comme à une vie d’amour dans laquelle nous vivrons réellement, que nous sommes créés pour agir et non pour un immobilisme quelconque d’un ennui mortel. Cela commence aujourd’hui et ici, concrètement.

ademimo a écrit :
dim. 13 déc. 2020, 15:30
Quant à croire que l'éternité du Royaume de Dieu qui se passerait uniquement à adorer Dieu au milieu des louanges, serait d'un ennui mortel, je suis désolé de vous dire que cette idée est complètement contraire à ce que l'Église a toujours enseigné…
On nage dans l'hérésie la plus totale. On n'a plus qu'à jeter au panier saint Thomas d'Aquin, sainte Thérèse d'Avila, sainte Thérèse de Lisieux, Charles de Foucauld, saint Jean de la Croix, et tant d'autres.
Où trouvez-vous le mot « uniquement » (que je souligne en gras et italiques) dans l’enseignement de l’Église, où trouvez-vous l’affirmation que la vie éternelle ne consisterait que, exclusivement et dans l’immobilisme, à « adorer Dieu au milieu de louanges » ?

Certes, vous avez raison de refuser de « projeter les conditions de notre vie terrestre (avec notre besoin permanent de distraction) sur la vie éternelle, ce qui est totalement absurde ». C’est exact, mais cela n’implique en rien de limiter ou de figer la vie éternelle.

De même, vous aussi raison de penser que, dans le Ciel, « Les élus, revêtus de leur corps de Gloire, débarrassés de la condition du péché qui les rendait esclaves, peuvent enfin se livrer à une sainte liturgie éternelle, qui est le but ultime de tous ceux qui cherchent Dieu, qu'ils peuvent enfin contempler librement et pleinement. ». Oui, c’est vrai, mais, ici encore, cela n’implique en rien de limiter ou de figer la vie éternelle.

Vous vous demandez « Les anges s’ennuient-ils ? », mais leurs multiples interventions dont attestent les Écritures montrent qu’ils sont bien actifs et non figés.

Vous savez bien toute la richesse de l’adoration et de la contemplation et vous évoquez avec justesse l’exemple des grands contemplatifs qui « s'abîment dans des heures d'adoration », « les moines dans leurs cellules » et « les fidèles lors des saluts au très saint Sacrement ». La joie de la communion avec Dieu est infinie et est au cœur de la vie éternelle. Serait-ce pour autant figé ?

Notre espérance est bien plus riche et les Papes ne cessent de nous le rappeler avec tout ce que cela implique pour la vie concrète qui n’est pas faite exclusivement de contemplation mais aussi d’action, d’amour en actes.

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Re: "Un temps pour changer" : viens, parlons-en

Message non lu par ademimo » lun. 14 déc. 2020, 20:53

Lorsqu'on aborde ce sujet dit "de société" - car il concerne la société toute entière - on est souvent tenté, dans une lecture chrétienne, d'y mêler le rapport personnel au prochain, autrement dit ce fameux "je" sur lequel vous insistez. Or, un phénomène de société ne regarde pas le "je" mais le "nous". Il me semble que l'on brouille volontairement les cartes en interférant l'enseignement du Christ sur l'amour du prochain, qui est un rapport personnel d'homme à homme dans des questions qui entraînent des conséquences pour la collectivité toute entière. Si par amour du prochain, on crée des conditions qui vont bouleverser l'ensemble d'une collectivité, a-t-on servi réellement l'amour du prochain ?

Le même problème intervient dans tous les autres sujets politiques, en définitive, comme le respect de la loi, l'exercice de la justice, la propriété privée, la défense du territoire, le paiement de l'impôt, bref, toutes ces choses régaliennes. Est-ce que le juge aime son prochain en le condamnant, par exemple ?

Qui peut bien se servir des apparences des préceptes évangéliques et les détourner au profit d'une autre cause ?

Je laisse tomber le second point pour le moment. Ça me dépasse. Pas le temps d'aller chercher des références pour appuyer des choses qui me paraissent évidentes.

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