Suliko a écrit :Si aucune institution humaine ne peut selon vous prétendre détenir la vérité, comment justifiez-vous votre affirmation selon laquelle notre religion (notre démarche, pour être plus précise) est une hérésie. Il n'y a hérésie que par rapport à un Vrai immuable et pouvant être connu par les humains.
Pas exactement. L'hérésie est une voie différente de la voie de référence. Originellement ce mot n'a rien de péjoratif mais signe une dérive majeure du courant initial. Associer christianisme et judaïsme est pour moi une hérésie puisque je considère que le Christ est venu apporter la démonstration que la vieille loi ne pouvait venir de Dieu.
Suliko a écrit :Il existe une histoire du Salut et l'Ancien Testament nous révèle les débuts de cette histoire qui s'accomplit pleinement dans le Christ. Le christianisme n'est pas à l'opposé du judaïsme. Le Christ lui-même, ainsi que saint Paul, citent sans cesse l'Ancien Testament, dont ils reconnaissent évidemment la validité. Votre rejet provient sans doute d'un refus d'accepter qu'il puisse y avoir des étapes dans la Révélation divine.
Relisez les textes de Paul jugés à peu près authentique. En effet, celui que Tertullien appelait l'apôtre des hérétiques n'est entré dans le canon qu'au prix de forts remaniements et de nombreuses interpolations. Marcion l'a démontré en son temps et les philologues modernes ont suivi ses choix. Même "Le monde de la Bible" dans son n° spécial reconnaît du bout des lèvres que la plupart des Lettres de Paul sont à considérer avec prudence. Or, Paul dit bien souvent le contraire de ce que vous affirmez et, même si ses phrases sont alambiquées, on ne peut manquer d'y noter comment il invalide la Loi positive (Torah) au profit de la loi d'Amour du Christ. Quand Jésus dit aux Juifs : "Vous avez pour père le diable et vous voulez ce que veut votre père" (Jn VIII 44) c'est pour vous une validation du judaïsme ? Pas pour moi.
Suliko a écrit :Le Christ lui-même ressuscita des morts et se présenta aux apôtres et aux saintes femmes dans son corps glorieux. Or, vous semblez totalement rejeter le corps. Comment justifiez-vous votre position?
Je ne comprends pas la fin de votre phrase. Qui est ce "il" dans l'expression "il l'obligea"?
Je connais des hommes qui ne se disent pas fils de Dieu qui sont capables de vous faire prendre des vessies pour des lanternes. Alors donner l'illusion d'une incarnation ne me paraît pas hors de portée pour un envoyé de Dieu. Par contre, s'enfermer dans la prison maligne qui contraint nos esprits et se mettre ainsi sous la domination du Mal me semble moins cohérent.
Il (le Christ) obligea la loi juive, prétendument issue de Dieu, à prononcer la condamnation à mort de l'envoyé de Dieu. En le condamnant les Juifs n'ont commis aucun acte répréhensible (ils ne sont pas déicides) puisque leur loi le leur imposait :
Deutéronome XIII : 1 S'il s'élève au milieu de toi un prophète, ou un songeur de songes, et qu'il te donne un signe ou un miracle,
2 et que le signe arrive, ou le miracle dont il t'avait parlé lorsqu'il disait : Allons après d'autres dieux, des dieux que tu n'as point connus, et servons-les ;
3 tu n'écouteras pas les paroles de ce prophète, ni ce songeur de songes, car l'Éternel, votre Dieu, vous éprouve, pour savoir si vous aimez l'Éternel, votre Dieu, de tout votre coeur et de toute votre âme.
4 Vous marcherez après l'Éternel, votre Dieu ; et vous le craindrez, et vous garderez ses commandements, et vous écouterez sa voix, et vous le servirez, et vous vous attacherez à lui.
5 Et ce prophète, ou ce songeur de songes sera mis à mort, car il a parlé de révolte contre l'Éternel, votre Dieu, qui vous a fait sortir du pays d'Égypte et vous a rachetés de la maison de servitude, afin de te pousser hors de la voie dans laquelle l'Éternel, ton Dieu, t'a commandé de marcher ; et tu ôteras le mal du milieu de toi.
C'est donc que leur loi est vérolée et c'est normal puisqu'elle ne vient pas de Dieu mais du diable.
Suliko a écrit :Vous semblez penser que si la liberté n'est pas totale, elle n'existe pas du tout. Or, il peut y avoir des degrés de liberté.
Nous avons la Révélation divine et notre raison pour nous permettre d'adhérer à la Vérité. Nous ne comprenons certes pas tout, mais ce que nous possédons est suffisant pour nous permettre d'être fidèles à Dieu, de l'obéir et de l'aimer.
Le mal est un mystère que le Christ n'est pas venu expliquer, mais plutôt porter sur ses épaules et nous permettre ainsi de supporter les souffrances dans un esprit chrétien. Vous, sous prétexte de rejeter un mal que vous ne pouvez expliquer, ôtez à l'homme toute liberté.
Vous ne serez pas surpris que je vois les choses de façon diamétralement opposée à vous. Effectivement une liberté tronquée n'est plus liberté. Le rat de laboratoire est libre de choisir le couloir de droite ou de gauche mais il est prisonnier du labyrinthe du laborantin qui lui impose des choix contraints pour le mener où il veut qu'il aille. Il n'est donc pas libre.
Des révélations divines il y en eut des tas et il y en a encore beaucoup, quant à la raison humaine elle est bien souvent discutable. Donc, soit toutes les religions ont raison, y compris celles qui veulent détruire les autres, et bonjour l'angoisse, soit la vérité est ailleurs.
Le libre arbitre fut inventé pour dédouaner Dieu créateur de ce monde de la faute du Mal au détriment de l'homme qui en fut chargé à sa place.
Moi je crois que le Mal est principiellement étranger au Bien et que Dieu est parfait dans le Bien mais totalement étranger au Mal. Donc, ni Dieu, ni sa créature (consubstantielle à Lui) ne sont responsables du Mal et le Christ n'est venu porter aucun fardeau mais juste démontrer que le Dieu de ce monde est juste un usurpateur incompétent et maladroit.
Suliko a écrit :Le Christ n'a jamais enseigné la métempsychose! Au contraire, il parle de mort et de résurrection des corps.
Si je ne me trompe pas, les cathares les plus parfaits s'abstenaient de donner naissance à une nouvelle vie et vivaient dans l'abstinence. Acceptez-vous sans problème ce rejet du corps? C'est un aspect du catharisme que je trouve problématique, d'autant plus qu'à partir du moment où l'on rejette le mariage et la procréation même dans le cadre du mariage, le risque est de créer une société cathare à deux vitesses, dans laquelles les "purs" vivent dans l'abstinence et les autres dans la débauche (car finalement, quelle différence entre des relations maritales et non maritales? Si les deux sont de toute façon un mal...)
Je parle de transmigration et j'évite métempsycose car souvent connoté comme indifféremment animal et humain et réincarnation car lié à une poursuite de la vie antérieure. Je ne trouve rien d'aussi clair que vous le prétendez dans les évangiles (même si je les utilise avec prudence pour les mêmes raisons que les textes de Paul).
Le terme "parfait" est inquisitorial. Les cathares s'appelaient chrétiens et les croyants non consolés n'avaient d'autres obligations que d'agir en conscience.
Maintenant effectivement le mariage religieux tente maladroitement de valider ce que l'Église dénonce par ailleurs : la fornication. Pour les cathares, seul le bon-chrétien qui par son Consolament est désormais connaisseur du Bien peut réellement pécher. Les autres sont simplement soumis à leur nature mondaine. Quand ces derniers demandent conseil les cathares leur conseillent une voie respectueuse des autres mais sans rien imposer.
Je me souviens d'une anecdote : Un
croyant dit à un
cathare qu'il avait eu recours à une prostitué et se demandait si c'était mal. Le bon-homme lui demanda : As-tu payé le prix qu'elle demandait ? Oui, répondit l'homme. Es-tu satisfait du service rendu pour ce prix ? Oui répondit l'homme. Je ne vois donc rien de mal dit le bon-chrétien.
Un bon-chrétien est pour certains points comparable à un moine. Normalement ils ne pratiquent plus les activités sexuelles et ne se reproduisent pas. Cela vous semble-t-il insupportable ?