A Guillaume : latin et objectivité.
C'est vrai que ma phrase n'est pas très claire. Mille excuses.
C'est une référence à l'idée que dans beaucoup de cultures, la langue de la prière n'est pas la langue de tous les jours. L'usage d'une langue hiératique pour la prière est quelquechose de tout à fait naturel. C'est un fait anthropologique. C'est la pratique du Christ lui même (aucun des assistants à la scène ne comprend qu'il récite le psaume 21 sur la croix). Ce qui est vrai dans le christianisme est vrai dans le judaïsme avec l'hébreu ancien, mais c'est vrai aussi d'autres religions (on pense à l'Islam, évidemment, mais aussi à l'Hindouisme etc...). C'est également vrai dans les autres confessions chrétiennes. On pense évidemment à l'orthodoxie avec le Grec, mais aussi au protestantisme anglo-saxon, avec les formes anciennes de l'Anglais (Thou, Thee) encore largement employées dans la prière publique.
Il est autorisé aujourd'hui d'utiliser la langue courante pour la liturgie, c'est un fait. Rien ne dit que ce soit toujours mieux. Dans la liturgie, ce ne sont pas nos mots que nous utilisons, mais ceux de l'Eglise, qui s'adresse au Christ, son époux. En effet, utiliser une langue qui n'est pas la sienne et qui a largement été modelée pour l'usage liturgique (la langue des collectes du rite romain n'est pas tout à fait celle de Cicéron...) aide beaucoup à se rendre compte qu'il s'agit dans la liturgie non pas de mettre ses propres mots sur la réalité de la mort et de la résurrection du Seigneur, mais de mettre dans notre coeur les mots même de l'Eglise. C'est une approche exactement perpendicuaire à celle de la prière personnelle.
Mère Marie-Benoît, de l’Abbaye bénédictine d’Argentan, où la liturgie est célébrée avec les livres actuels – conformes à la restauration conciliaires – mais entièrement en latin et grégorien explique ça avec des mots que je trouve justes :
« J’aime prier avec une langue qui ne soit pas celle de tous les jours. C’est un peu comme le calice de l’autel, qui n’est pas un verre ordinaire. Ce langage de notre prière chorale qui est réservé à Dieu, qui est consacré à Lui tout seul, j’avoue que cela m’est très précieux. »
Une autre notion milite en faveur du latin, c'est ... la fête de la Pentecôte ; qui est justement l'inverse exact de l'épisode de la tour de Babel.
La messe en latin et en chant grégorien, pourquoi pas ? Par Denis Crouan a écrit :Un phénomène proche de celui qui s’est déroulé la première Pentecôte peut se produire, toutes proportions gardées, quand une langue telle que le latin (ou tout autre langue ancienne traditionnellement utilisée dans un cadre rituel) est mise au service de la liturgie : chaque fidèle traduit spontanément cette langue en un langage personnel. Certes, cette sorte de traduction n’offre aucune garantie du point de vue grammatical ni du point de vue du sens exact des paroles entendues, mais au fond, peu importe puisqu’il ne s’agit pas tant d’obtenir une transposition exacte du texte que d’obtenir une saisie de la parole liturgique qui, tout en demeurant toujours juste puisqu’elle vient de l’Église, peut varier infiniment selon la grâce reçue, selon les dispositions personnelles, selon les circonstances et les besoins secrets de l’âme. La traduction dont il est question ici a ceci de particulier qu’elle se situe sur le plan mystique, spirituel : là où chaque âme a toutes les bonnes raisons d’être touchée individuellement.
Il ne faut en effet jamais préjuger de la non compréhension par les fidèles de la liturgie. Sinon, un handicapé mental pourrait il avoir une vie chrétienne ? restons certains en tout cas d'une chose : même les plus brillants d'entre nous ne comprennent pas le mystère eucharistique, que la liturgie soit en latin ou en langue courante. Cela nous dépasse bien trop...
Ceci dit, il ne faut évidemment pas tomber dans le systématisme. Si l'Eglise autorise aujourd'hui la liturgie en langue vivante, c'est pour de bonnes raisons. Mais il ne faut pas considérer qu'il s'agit là d'une règle pastorale absolue. Le latin, le concile le rappelle est la langue de la liturgie en occident. "L'usage du latin sera conservé dans les rites latins". Il n'y a donc aucune raison de ne pas le faire.
Le latin n'est pas intéressant "parce que cela s'est toujours fait comme cela et on ne va pas changer". Le latin est intéressant parce que c'est la langue de notre liturgie, aujourd'hui, en France. La langue latine n'a pas toujours et partout été le latin. Mais elle est aujourd'hui la langue liturgique de référence, même si elle n'en a pas l'exclusivité. Par exemple, la plus récente édition typique du missel romain a été promulguée en 2002 par Jean-Paul II, en latin. Nous n'avons toujours pas de version française. Si on veut utiliser la liturgie telle qu'elle nous est donnée...
Autre exemple : avez-vous déjà comparé les textes de l'office divin (liturgie des heures = laudes, vêpres, complies etc...) en Français et en Latin ? Et bien c'est comme le missel : l'adaptation est catastrophique. Et c'est vraiment dommage.