J'avoue être un peu déçu par votre exemple de l'architecte et de la maison. Voici un architecte qui est généreux et qui aime tendrement sa femme, je serais curieux de savoir en quoi ces vertus vont se retrouver dans les maisons qu'il construit. Êtes-vous capable, en voyant un immeuble, de dire si l'architecte qui l'a fait était courageux ou lâche, loyal ou parjure, honnête ou fourbe ?
Rien à voir , ni Dieu ni l'architecte ne communique entièrement leur ressemblance à la chose.
Et l'architecte est moins apte à communiquer sa ressemblance à sa création que Dieu.
Bref, passons. Si nous pouvons admettre sans difficulté que la Création nous dit quelque chose de Dieu, il est inepte de chercher dans cette Création les perfections de Dieu, pour la simple et bonne raison que Dieu seul est parfait. La Nature est à des années-lumière de la perfection de Dieu, car sinon elle serait Dieu.
Seule exception notable : l'Homme. Bien sûr, il n'est pas parfait, mais la Bible nous dit qu'il fut créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Il y a donc effectivement en l'Homme des "qualités" que l'on retrouve chez Dieu, même s'il n'y a pas de commune mesure entre celles de l'Homme et celles de Dieu.
La doctrine de l'analogie que je n'ai pas sorti de mon chapeau mais que St Thomas D'Aquin lui même développe nous permet d'attribuer les perfections contenues dans la nature à Dieu sur un mode suréminent.
Ainsi, entre la bonté du Saint et la Bonté de Dieu , il y a un rapport de ressemblance qui fait tenir cette bonté entre l'équivocité et l'univocité pure.
Il y a un rapport de proportion entre le bien d'une chose et le bien de Dieu.
Cette doctrine étant elle même soutenu par la doctrine de la participation. Comme le blanc participe de la blancheur et le bien du Bien du suprême, l'être crée participe de l'Etre suprême. Toute chose imite Dieu selon son ordre. Je sais c'est étonnant de dire ça mais c'est la métaphysique thomiste.
Dans la vie présente, nous connaissons Dieu de la troisième manière, en tant que ses perfections invisibles nous sont manifestées par les créatures, comme il est dit dans l’épître aux Romains (I, 20). Ainsi donc toute créature est pour nous comme un miroir parce que de l’ordre, de la beauté et de la grandeur que Dieu a fait éclater dans la création nous remontons à la connaissance de la sagesse, de la bonté et de la grandeur éminente de Dieu. C’est de cette connaissance que saint Paul dit : Nous voyons comme dans un miroir. St Thomas dans son commentaire sur Corinthiens I ch 13,12
Nous ne connaissons pas Dieu dans son Essence, mais par la magnificence de sa création et l'action de sa Providence, qui nous présentent, comme en un miroir, le reflet de sa Bonté, de sa Sagesse et de sa Puissance infinies. St Maxime le confesseur, Centuries sur l'amour.
...chaque être particulier, en tant même qu'il est être, participe à la nature de l'être divin, non comme la partie participe du tout, mais comme l'effet participe de sa cause efficiente. Crée puis conservé par une action de même nature que celle qui l'a créee, l'être second ne subsiste, à chaque moment qu'en vertu de l'efficace divine. Si l'on se pénètre de cette vue, une nouvelle suite de conséquences s'offre à l'esprit et le conduisent au coeur de l'univers thomiste dans ce qu'il a de plus littéralement sacré. Etienne Gilson , Introduction à la philosophie chrétienne p155