Avortement ou abstinence

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James
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Re: Apologie de la pédophilie?

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@Silica

Leur parler doublement de sexe (et donc de contraception si je vous ai bien compris) va susciter chez eux doublement plus d'envies ce qui génèrera doublement plus de passages à l'acte ou de pornographie.
Dans le premier cas, cela entrainera une augmentation des cas de MST et de grossesses non-désirées en vertu de ce que je vous ai expliqué précédemment sur le fait que les contraceptifs ne sont pas à 100% fiables... pour ceux qui ont la présence d'esprit d'en mettre systématiquement (malgré les "leçons" à l'école).
Dans le second, nous aurons une augmentation de la frustration et une vision du sexe dévoyée encore plus ancrée (à moins que vous vouliez censurer les milliers de sites/films/revues spécialisés... dans ce cas, bon courage!). Bien rares sont les adolescents qui peuvent se vanter d'avoir "une vie sociale et amoureuse équilibrée".

Globalement, vous aurez très certainement les effets inverses de ce que vous espérez.

Ce n'est pas tant dans la quantité que dans la qualité qu'une éducation sexuelle à l'amour doit être mise en place.
Le hic c'est que dans ce que vous proposez, il n'y a ni l'un ni l'autre : un discours uniquement basé sur ce qui est légal (respect de la personne, consentement, protection de la santé) ne protège pas des dérives inévitables que nous avons cité et, comme Peccator l'a très bien dit, passe à côté du cœur de ce qu'est une relation.

(Je laisse volontairement bien sûr d'autres questions de côté comme par exemple "qui serait le plus à même d'aborder les questions de sexualité?")
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Ami
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Re: Avortement ou abstinence

Message non lu par Ami »

http://www.embryology.ch/francais/vcns/tubecrete01.html

J'ai pu étudier les stades de carnegie cette année, malheureusement je n'ai pas poursuivi très loin, mais dès le 19 ème jour une plaque neurale est formée. Alors certes l'embryon ressemble encore à un genre de euh??? pâté? :zut: mais il possède déjà son ébauche de système nerveux. Que la personne aie déjà une âme ou pas (selon si vous êtes croyant ou non donc), ça veut dire qu'il y a déjà quelque chose qui permet les sensations, au moins primitives. Au fond qu'importe de savoir si l'embryon est un enfant ou non, c'est un être humain, en le sens qu'il appartient à l'espèce humaine, et un être vivant. On ne souhaiterait pas la mort ou la souffrance au plus petit d'entre eux, même à un ver de terre qui, coupé au bon endroit, repousserait en double. Je ne vois donc pas pourquoi l'embryon/foetus/tétard devrait donc bénéficier d'un jugement différent.

Se laisser voiler le jugement par le fait que la mère ne soit pas capable d'assumer l'enfant est un faux problème, il faut commencer à y penser avant que ce ne soit trop tard et qu'un tel acte soit nécessaire. Ce serait déjà bien si tout les jeunes étaient informés dès le collège des conséquences de leurs actes (je pense à cette période de leur vie puisqu'elle concorde avec le programme scolaire sur la reproduction humaine et animale, c'est en quatrième me semble-t-il qu'on apprend aux ados quels changements sont liés à l'adolescence, comment fonctionnent les cycles féminins, comment se créent les spermatozoïdes... donc la période semble plutôt indiquée pour apprendre aussi à se protéger, à ne pas faire n'importe quoi de son corps). Je me rappelle qu'à cet âge là mon établissement avait fait venir des intervenants qui expliquaient comment fonctionnaient les différents moyens de contraceptions existants et qui nous ont rappelé que le risque zéro n'existait pas, qu'avec pilule + préservatif on était sur à 99% de ne pas avoir de problèmes, mais que dans le cas où on choisirait d'avoir un rapport, on ne devait faire l'impasse sur aucun des deux, car quand bien même la jeune fille prenait la pilule, il serait resté le problème des MST. Et ce genre d'interventions m'a certainement évité beaucoup de problèmes! En fait à cette époque je croyais que tout les établissements recevaient ce type d'interventions, mais en fait il n'en est rien, nous avions été le seul de la ville à faire ça. Ça signifie pas moins de 4 autres collèges traversés par des générations d'ados à qui on a rien expliqué. Car même avec des parents compréhensifs avec qui vous pouvez discuter de ces choses là, vous pouvez poser vos questions mais certaines choses ne viennent pas forcément à l'esprit de demander, et en cela il faut quelqu'un qui ai préparé son intervention au maximum pour pouvoir traiter de toutes les éventualités.

On pourrait croire que c'est un peu dépassé d'expliquer aux gens "comment ça marche", mais il n'en est rien, il reste encore énormément de jeunes gens qui ont des soucis graves simplement parce qu'ils étaient ignorants sur le sujet...
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marie du hellfest a écrit :Je voulais donc dire : qui, ado, prendrait l'abstinence au sérieux et non comme un truc ringard et irréaliste ?
Peut-être ceux et celles qui préfèrent attendre le grand amour ?
Pourquoi ne pas tenir un discours du genre : les moyens contraceptifs sont pas efficaces à 100%, si vous voulez éviter d'avoir des problèmes on vous recommande l'abstinence, mais si vraiment c'est pas possible utilisez quand même des préservatifs (et les préservatifs ça se met dans ce sens, tant qu'on y est) ?
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Re: Avortement ou abstinence

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Ami a écrit :On pourrait croire que c'est un peu dépassé d'expliquer aux gens "comment ça marche", mais il n'en est rien, il reste encore énormément de jeunes gens qui ont des soucis graves simplement parce qu'ils étaient ignorants sur le sujet...
Ouais, enfin, il y en a qui visiblement font tout sauf écouter en cours. Ce que vous préconisez, c'était déjà au programme de bio à la fin des années 80. Je m'en souviens très bien : ça avait été pas mal renforcé à cause du SIDA, face auquel on commençait à essayer d'agir de manière générale.

Dans la mesure où à l'époque, c'était mis en place dans les programmes à cause du SIDA, je ne comprend pas pourquoi ça en aurait été retiré ensuite...

Bon, par contre, chez nous c'est le prof de bio qui s'y collait, pas des intervenants extérieurs. Et j'ai du mal à comprendre pourquoi il faudrait des intervenants extérieurs, d'ailleurs...
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Re: Avortement ou abstinence

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Peccator a écrit :Bon, par contre, chez nous c'est le prof de bio qui s'y collait, pas des intervenants extérieurs. Et j'ai du mal à comprendre pourquoi il faudrait des intervenants extérieurs, d'ailleurs...
Moi j'ai eu les deux : les bases biologiques de la reproduction et les choses genre règles/tampons/pose du préservatif par la prof de bio puis une intervention de deux femmes du planning familial local (où là elles développaient plus les MST, les rapports amoureux, les différents moyens de contraception, les choses à ne pas faire). Je pense que c'est assez idéal : la prof de SVT connaît ses élèves, ce qui a des avantages (confiance, ambiance détendue) et des inconvénients (elle connaît aussi les parents ce qui ne pousse pas à se confier, n'est pas forcément à la page). Les intervenantes du PF ont eu une autre façon, complémentaire, d'aborder les différentes questions et en plus ça avait aussi l'avantage de nous présenter concrètement le planning familial, de nous y faire déjà connaître quelqu'un qui y travaille (donc mois d'hésitation pour y aller si besoin).
Avoir des intervenants extérieurs ça marque le coup, c'est une bonne chose à mon avis !
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Re: Apologie de la pédophilie?

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James a écrit :Le hic c'est que dans ce que vous proposez, il n'y a ni l'un ni l'autre : un discours uniquement basé sur ce qui est légal (respect de la personne, consentement, protection de la santé) ne protège pas des dérives inévitables que nous avons cité et, comme Peccator l'a très bien dit, passe à côté du cœur de ce qu'est une relation.
Lorsque je parle de consentement j'évoque justement tout ce qui est du relationnel : aujourd'hui, énormément de jeunes (voir très jeunes) filles n'ont même pas conscience que leur consentement plein et entier a une quelconque importance, le désir du garçon (qui sait tout mieux qu'elle, enfin à première vue) passe avant tout. Elles ont l'impression qu'être amoureuse justifie qu'on tolère tout de l'être aimé. Donc je ne parlais même pas tellement du viol (dont il faudrait par ailleurs absolument parler et le désigner sans détour pour ce qu'il est, en donnant des exemples de ce qui se passe le plus couramment et effacer cette image "romanesque" qu'on veut bien lui prêter et empêche les gens d'être vigilants aux moments risqués) en tant que crime.
Dire que les deux partenaires doivent être d'accord et que consentir à une chose n'est pas consentir à tout ce qui pourrait arriver ensuite (je rappelle que les fellations forcées par contrainte physique ou psychologique sont des viols) c'est déjà le bout du monde pour pas mal de jeunes malheureusement :s

Bonjour Fée Violine
Fée Violine a écrit :Oui. C'est ce que l'Eglise enseigne en Afrique, pour éviter le sida.
Vraiment ? Il me semblait avoir entendu à une époque des déclarations de JPII qui avaient fait grand bruit et où il critiquait clairement l'usage du préservatif dans la lutte contre le sida :?:
Dernière modification par Silica le mer. 02 avr. 2014, 22:51, modifié 1 fois.
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Re: Avortement ou abstinence

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Alors qu'on invite le planning familial à vendre sa soupe dans les collèges, pourquoi pas. Mais alors, qu'on invite aussi d'autres sons de cloche à s'exprimer, le CLER par exemple. Ou d'autres, mais en tout cas des gens qui présentent autre chose que les conceptions hédonistes du PF.

Parce que excusez moi, mais le planning familial, si leurs présentations sont du même calibre que ce qu'on peut lire sur leur site web, c'est pas rassurant...
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Re: Avortement ou abstinence

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Peccator a écrit :Parce que excusez moi, mais le planning familial, si leurs présentations sont du même calibre que ce qu'on peut lire sur leur site web, c'est pas rassurant...
Pourquoi ? Ils sont très bien ces gens, heureusement qu'ils sont là... Sinon les ados qui ne peuvent pas parler à leurs parents n'auraient pas vraiment d'endroit consacré où aller.
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Re: Avortement ou abstinence

Message non lu par Ami »

Oui c'est ça, nous aussi, on avait eu le programme de SVT mais les interventions sur la contraception et la prévention des MST était en plus, on a eu aussi le planning familial, et tout ça la même année, donc ça fait qu'on a eu au moins 3 interventions qui ont marqué le coup comme vous dites, et qui étaient "à la place" de faire la classe, on nous a fait aller dans une sale inhabituelle pour que ça nous marque bien, c'est tout bête mais du coup on était plus attentifs puisque c'était spécial. Mais j'ai appris d'autres personnes de ma génération que ça n'avait pas été le cas pour eux :(

Et je suis désolé mais pour votre argument "ils ont qu'à écouter en classe", vous irez le dire aux jeunes filles qui doivent avorter... Je pense que là je vous dit "avez vous regardé les infos?" et vous me répondez "c'est vrai, oui, j'aime le chocolat". Le registre de gravité entre ne pas avoir écouté en classe et mériter de se retrouver enceinte et poussée par ses proches à avorter, est considérable, le lien entre les deux ne devrait même pas être fait. De toutes façons, attentif en classe ou non, tout le monde devrait pouvoir être mis au courant et sensibilisé aux moyens de contraceptions (même si personnellement je suis d'avis aussi que l'abstinence est la meilleure des choses, il faut bien avoir conscience que la proportions d'ados qui sont catholiques et qui tiennent à être abstinent est quasi nulle, au mieux les ados ne se sont même pas encore posé la question, au pire ils savent déjà que de toutes façons ils n'ont pas de croyances particulières sur le sujet et qu'ils se fichent bien de tout ça). Au delà d'une question de foi, il me semble que c'est un problème d'hygiène globale pour ce qui est des maladies, et une question de prendre soin de soi pour ce qui est de l'aspect psychologique de la chose.

Edit: ça a écrit pendant que j'écrivais, je suppose qu'au sujet du planning familial vous êtes heurté par l'article sur l'IVG sur leur site:
Défense de IVG en Espagne et pour toutes les femmes en Europe: de belles manifestations
C'est le titre de l'article. Il faut comprendre qu'ici la thématique n'est pas "l'IVG c'est bien allez y faites les fous au lit et venez avorter", il n'est rien de tout ça, ça vise à faire en sorte que l'avortement soit légalisé, et qui dit légalisé dit que la procédure est balisée par des lois. Légal ou non, l'avortement a lieu de toutes façons. Ça a toujours existé, et dans le cas où la mère prend la décision d'avorter, il vaut mieux que ce soit fait par des médecins avec des protocoles établis plutôt que chez n'importe quel "docteur" bizarre dans une arrière boutique obscure.
Par ailleurs, durant les préventions qu'ils font aux collégiens, ils ne sont pas fous, ils ne disent rien qui puisse heurter notre sensibilité, par exemple ils vont expliquer comment fonctionne la pilule du lendemain, l'anonymat, etc, mais ils ne détaillent pas les opérations, ça ils le réservent à ceux qui se retrouvent dans la situation où ils veulent avorter, la personne appelle le planing familial ou bien s'y rend et on lui explique les différentes choses. Faut pas tout mélanger!
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Re: Avortement ou abstinence

Message non lu par Peccator »

Ami a écrit :Et je suis désolé mais pour votre argument "ils ont qu'à écouter en classe", vous irez le dire aux jeunes filles qui doivent avorter...
Oh, j'ai dû mal m'exprimer... Je ne voulais certainement pas dire "bien fait pour elles, elles avaient qu'à écouter", mais "je suis sceptique sur l'idée qu'il faut aller leur en parler en classe, puisqu'on voit bien que ça ne suffit pas".

Soit la manière dont on présente les choses en classe est à améliorer, soit il faut trouver d'autres moyens pour faire passer le message (en plus, pas à la place).

Et ne nous baignons pas d'illusions non plus : les ados qui tombent enceintes, il y en aura toujours. Le but est simplement d'arriver à ce qu'il y en ait le moins possible.
Mais une chose est sûre, si on leur fait croire que tant qu'elle utilisent uns capote, elles ne risquent rien, il y aura des accidents.
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Re: Avortement ou abstinence

Message non lu par astre »

Exemple de jeunes femmes contre l'avortement et pour l'abstinence :

Au nom de l’embryon

Le 5 février 2014. Dans FINANCEMENT DE L'AVORTEMENT

Par Céline Zünd, Le Temps, 5 février 2014

Elles sont jeunes, féminines, et militent à contre-courant pour une initiative qui veut limiter l'accès à l'avortement. Rencontre avec quatre femmes qui prônent l'abstinence avant le mariage et le droit de l'embryon à la vie.

Jeunes, éduquées, féminines, mais résolument anti-avortement. Elles prônent l'abstinence avant le mariage, préfèrent la complémentarité entre hommes et femmes à l'égalité des sexes et n'hésitent pas à balayer un demi-siècle de lutte féministe au nom de valeurs chrétiennes.

A l'inverse d'une majorité de jeunes femmes de leur âge, elles voteront dimanche prochain pour l'initiative «Financer l'avortement est une affaire privée», qui réclame que l'interruption volontaire de grossesse (IVG) soit supprimée des soins remboursés par l'assurance maladie de base.

Le texte a peu de chance d'être approuvé, selon les derniers sondages, qui lui accordent 36% d'opinions favorables. Mais il a mis en lumière une minorité réactionnaire qui compte aussi des jeunes femmes dans ses rangs. En France, des femmes de milieux catholiques vêtues de robes blanches se sont rassemblées sous le nom d'Antigones pour s'opposer aux Femen, ces féministes aux seins nus et aux méthodes musclées. A l'heure où, ailleurs en Europe, les conserva­tismes ont le vent en poupe, entre les limitations radicales du droit à l'IVG en Espagne et les manifestations contre le mariage gay en France, quatre d'entre elles ont accepté de témoigner, malgré le tabou qui entoure le sujet.

«C'est une question de conscience. Je ne veux pas cofinancer un acte avec lequel je ne suis pas d'accord», explique d'emblée Laetitia G., 26 ans. Assise à la table de la cuisine, dans la maison familiale au cœur de la campagne vaudoise, vêtue d'une coquette chemise ­blanche à fleurs, deux perles nacrées aux oreilles, la jeune femme énumère les valeurs qui guident sa vie: «Fidélité, respect, dignité.» La solidarité, principe du financement de l'assurance maladie, n'en fait pas partie: «Il vaut mieux investir de l'argent pour aider les jeunes femmes à garder leur enfant», tranche-t-elle.

Après des études de lettres à l'Université de Lausanne, Laetitia G. a décidé de se vouer à la défense de ses principes au sein de la fondation chrétienne Le Grain de Blé, qui propose des activités pour les jeunes. Elle rassemble des ­adolescentes de 12 à 18 ans lors de week-ends dans la nature pour lire la Bible, partager des recettes de cuisine, se faire les ongles et, surtout, parler d'amour et de sexualité. Leurs rencontres se prolongent sur la Toile, sur un blog où elles partagent des conseils au quotidien. Son objectif: conduire les jeunes femmes dans le droit chemin, celui de l'abstinence. «J'aimerais encourager les filles à préserver leur corps pour attendre le bon moment», explique Laetitia G.. Un principe qu'elle observe elle-même, elle qui attend encore de trouver «le bon», tout en rêvant d'une grande famille avec cinq enfants. «Cela sonne comme un conte de fées, mais je crois que toutes les filles qui rêvent du grand amour souhaitent la même chose que moi. Certaines ne veulent juste pas la vie qui va avec.»

«Nous sommes comme des grandes sœurs», explique Deborah, qui accompagne parfois Laetitia dans ses rassemblements de jeunes femmes. La Lausannoise de 25 ans, étudiante en psychomotricité à la Haute Ecole de santé de Genève, résume ainsi leur message: «Etre femme, ni dans la honte, ni dans la séduction, mais dans la dignité. Multiplier les partenaires est une source de stress, entre la peur des MST, celle d'être rejetée ou celle de tomber enceinte.» Deborah prévoit de se marier en automne. D'ici là, le jeune couple qu'elle forme avec son compagnon s'est engagé à l'abstinence.

Les deux jeunes femmes ne se reconnaissent pas dans les luttes féministes qui ont abouti, en Suisse, le 2 juin 2002, à la décriminalisation de l'avortement. «Mai 68 a amené l'émancipation, mais à quel prix? Le féminisme a causé du tort aux relations entre hommes et femmes. Avec l'avortement, les hommes n'ont plus de droits sur leur propre progéniture», affirme Laetitia. «Militer pour sa liberté en sacrifiant le couple et la famille, les enfants qui n'ont pas le droit de naître, c'est égoïste», ­renchérit Deborah. Même si elle admet ne pas bien connaître l'historique des luttes des femmes, elle est convaincue qu'elles ont bouleversé l'ordre naturel des choses: «Les mouvements féministes ont voulu renverser le système et ­prendre le pouvoir. Résultat, elles ont rejeté les pères. Légalement, l'homme n'a pas son mot à dire, et les femmes se retrouvent souvent seules à devoir assumer les conséquences de leurs choix.» L'image que Deborah se fait des candidates à l'avortement est pourtant loin de la figure de femme dominatrice. Vulnérables, en crise, livrées à elles-mêmes, susceptibles de subir la pression de leur entourage... pour elle, les jeunes femmes enceintes sont encouragées à avorter: «Elles ne se donnent plus la liberté d'écouter leur cœur, ni leur instinct.»

Apolitique, Deborah a trouvé dans cette votation une manière d'user de ses droits civiques pour affirmer son désaccord: «L'avortement n'est pas un acquis, contrai­rement à ce que tout le monde ­prétend.» Dans le salon de son appartement, la discussion glisse sur le malaise que la jeune femme perçoit autour d'elle. «L'avortement, c'est la pointe de l'iceberg.» L'iceberg? Un mélange confus entre ­hypersexualisation et perte de repères sociaux dans un monde où l'individu est roi. Un univers brutal, auquel la jeune femme oppose la vie in utero. «Très tôt, l'embryon réagit à la chaleur d'une main posée sur le ventre. Comment peut-on dire que ce n'est qu'un bout de tissu?»

«Avorter, c'est tuer un être, lâche, catégorique, Leila Robert, le regard bleu acier sous ses cheveux en bataille. L'assurance maladie doit exister pour soigner et sauver des vies, pas pour y mettre fin.» A 29 ans, la jeune femme a trois enfants de 6, 4 et 1 an. Elle a quitté Genève pour s'installer avec son mari à Sonvilier, dans le Jura bernois. «Ma dernière grossesse n'était pas prévue. Au début, j'étais mal. Mais j'étais si heureuse à la naissance de ma fille. Le premier trimestre, les femmes sont submergées par leurs émotions, elles n'ont pas conscience que leur corps est fait pour accueillir la vie.»

La jeune femme, enseignante dans une école primaire, partage l'argumentaire classique des anti-IVG. Elle est convaincue que l'interruption de grossesse provoque des désastres sur celles qui le subissent: dépression, déni, souffrance. Elle se renseigne sur Internet, où elle lit des témoignages de médecins ayant pratiqué des avortements avant d'arrêter «par acquit de conscience». Elle qui a traversé une période précaire après la naissance de son premier enfant, à 22 ans, alors qu'elle était encore étudiante, réfute tout devoir de solidarité: «Si une femme veut vraiment avorter, elle trouvera l'argent.» Dans les ­années 1960, raconte-t-elle, alors que l'IVG était encore interdit, sa grand-mère avait tenté de mettre fin à une grossesse en avalant un breuvage abortif. L'opération avait échoué. «Si elle avait pu avorter, ma mère ne serait pas née et moi non plus.»

«Je ne suis pas contre l'IVG, je suis pour les femmes et les enfants», affirme de son côté Laure Damiano, 24 ans, dans un café de Vevey. Avec environ sept interventions pour 1000 femmes de 15 à 44 ans, la Suisse affiche l'un des taux d'avortement les plus bas d'Europe. Peu importe, Laure Damiano est convaincue que les femmes sont encouragées à avorter par le corps médical et elle a fait de la lutte anti-IVG son cheval de bataille. Elle suit une formation pour accompagner des jeunes femmes confrontées à une grossesse non désirée, auprès d'une organisation d'obédience chrétienne évangélique. «Les femmes croient qu'elles ont une cacahuète dans le ventre. Je leur explique que l'embryon a un cœur qui bat au 21e jour.» Une façon de culpabiliser celles qui opteraient pour l'avortement? «Ce n'est que la réalité, rétorque la jeune femme. Il faut humaniser l'embryon, ramener les femmes à leur cœur.»

source: http://www.letemps.ch
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Re: Avortement ou abstinence

Message non lu par James »

@Peccator

Quant à moi, je pense que la situation ne changera sensiblement pas avec les discours de Silica et Marie.
Tout simplement parce que c'est ce qu'on entend partout depuis le début des années 90.
Tout a déjà été fait : des cours de biologie, des discussions parent/enfant, des associations, des groupes de paroles, des infirmières en milieu scolaire, les médias qui rabâchent la chose, des séries télé pour ados, des chansons, des concerts, des discours de politiques, des distributeurs de préservatifs devant les pharmacies et dans les bars/boites...
Très franchement, que peut-on faire de plus?

De plus, vous l'avez très bien dit : tout le monde n'écoute pas les leçons.
Déjà parce que ça n'est pas dans le caractère de tous de suivre ce qu'on leur dit (il y en a même qui s'en font une spécialité).
Il y a ceux et celles qui ne sont pas scolaires du tout (malgré tous les efforts que les enseignants peuvent déployer).
Et il y a ceux qui s'en moquent éperdument.

On en voit très bien le résultat aujourd'hui : une société focalisée sur le sexe qui n'a pas fait disparaitre ni réduire les cas de MSTs et de grossesses non-désirées.
Personnellement, je pense qu'on a probablement atteint un point de saturation avec tout ce type de discours qui fait que ça en devient contre-productif.


@Astre

Merci pour ces témoignages rafraichissants.
Des femmes comme elles, on aimerait en voir plus souvent :)
Petite remarque au passage, je suis toujours sidéré d'entendre que certains pensent Mai 68 comme d'une libération alors qu'en réalité, cela a juste amené à ce que le couple soit soumis aux règles du monde de la consommation... :s
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Re: Avortement ou abstinence

Message non lu par Peccator »

James : je crois que vous oubliez une grande partie de ce qui s'est passé en mai 68, ou que vous n'avez aucune idée de comment était la société avant... Ce n'est pas pour rien si ça a fini par exploser ainsi : pour qu'il y ait explosion, il faut qu'il y ait de la pression.
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Re: Avortement ou abstinence

Message non lu par James »

Je parle de Mai 68 d'un point de vue sexuel (c'est le cadre de la discussion, d'où l'utilisation du terme "libération") et ce n'est certainement pas sur ce plan que la pression qui a conduit à cet événement s'est énormément accumulée.
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Re: Avortement ou abstinence

Message non lu par Kerniou »

Sans cautionner les positions extrémistes de certaines féministes, il faut se rendre compte du statut de la femme tel qu'il était, même sur le plan de vie sexuelle.
Il y a toujours eu des naissances hors mariage ... dont la charge et l'opprobre sociale revenaient exclusivement à la jeune mère qui devait assurer seule l'éducation de l'enfant en faisant face à la réprobation générale y compris celle de sa famille. Le viol était très difficile à faire reconnaître en justice, et socialement, on pensait que la victime avait bien cherché ce qui lui était arrivé.
De toute façon, disait-on: "si elles s'étaient défendues, elle ne seraient plus là pour porter plainte!"
Vu ce qui lui était arrivé, bon nombre d'hommes considéraient qu'ils avaient droit aux "faveurs" accordée à d'autres. Les pauvres filles-mères étaient harcelées de toutes parts. Leur réputation étant définitivement ternie, elles ne trouvaient pas de travail "correct" et travaillaient souvent comme serveuses dans les cafés où l'on attendait d'elles "qu'elles ne fassent pas la fière". Elles essuyaient rebuffades et reproches.
Dans les années 60, j'ai connu des jeunes femmes enceintes partir à Paris et ne jamais revenir dans leur famille qui les avait bannies. Les quelques effrontées qui se risquaient à revenir étaient réexpédiées à Paris au train suivant !
Mon père nous avait prévenues mes soeurs et moi que nous nous ne le ferions pas "grand-père avant d'être beau-père" selon l'expression consacrée. Enceintes sans être mariées, nous ne mettrions plus les pieds à la maison. Quand les mariages de réparation de faisaient, c'était en semaine, à la messe de 7 heures et sans fête, bien entendu et avec les belles-mères qui pleurent de honte. Je n'exagère pas. Alors, dans ce contexte, que certaines aient avorté, au risque de leur vie peut tout à fait se comprendre.
Pendant des décennies, pour ne pas dire des siècles, les hommes "semaient à tous vents" et se préoccupaient peu des conséquences. ce n'était pas leur affaire. " Aux filles de protéger leur vertu".
L'interdit des relations sexuelles hors mariage s'appliquait aux filles. Les pères étaient plutôt fiers des conquêtes féminines de leurs fils: "aux filles de ne pas céder... "de se faire respecter".
Ce qui veut dire que désir était l'apanage exclusif des hommes qui avaient besoin de se satisfaire. Les filles n'éprouvaient ni plaisir ni désir, elle étaient sensées préserver leur vertu.
Pendant longtemps, certains mariages n'ont été que des viols bénis. En 68, j'ai entendu des mères de famille raconter leur nuit de noce et leur vie sexuelle. Pas étonnant que certaines soient devenues des féministes extrémistes.
Ce qui se passe maintenant, c'est que grâce aux changements de mentalités survenus après 68, les hommes, d'une manière générale n'ont plus la même façon de penser et certaines femmes qui ont entendu les récits de leurs mères et grand-mères malheureuses, se montrent vindicatives à l'égard de tous les hommes.
Il ne s'agit pas de lutte de pouvoir mais d'entente à trouver.
Dois-je rappeler, par ailleurs, que jusqu'au début des années 70, la femme passait de la tutelle de son père à celle de son mari. Une femme mariée devait fournir l'autorisation de son mari pour entreprendre des études et percevoir une bourse, travailler et ouvrir un compte en banque !
J'espère que ce n'est pas là le rôle traditionnel de la femme tant regretté par certains !
Pour avoir vécu mai 68 quand je faisais mes études, Je n'ai pas connu les excès dont on parle tant. Sans doute s'agit-il de faits montés en exergue et resservis à l'infini. Je me souviens de discussions parfois réellement passionnantes sur l'évolution de la société. Je suis contente d'avoir fait mes études à ce moment-là de l'histoire.
A cette époque, chacun pensait qu'il avait et pouvait jouer son rôle dans la société. Ce qui est loin d'être le cas maintenant.
Mai 68 n'a pas été qu'un défouloir sexuel négatif.
" Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu , car Dieu est Amour " I Jean 4,7.
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