Les partis politiques et les religions
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Gaudens
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Re: Les partis politiques et les religions
Bonsoir Patate Douce.
Il y a du vrai dans votre analyse de la désaffection pour l'Eglise en Europe occidentale et en France en particulier(quoique justement votre réflexion soit peut-être trop franco-centrée mais c'est une autre question).
Toutefois il me semble qu'il faudrait beaucoup nuancer vos trois points:
Concernant le raidissement anti moderniste de l'Eglise au XIX è siècle, il n'est pas dû à un refus de la science mais plutôt à une réaction contre l'état d'esprit ayant conduit à la Révolution ( française à l'origine ) , qui était tout à fait anti-chrétien. Les déchainements , particulièrement antichrétiens, devenus vite sanguinaires de cette révolution ne sont pas un simple dérapage qui aurait pu être évité. Ce raidissement a été renforcé par la perte des Etats pontificaux en 1871, Rome devenant alors pour cinquante ans une sorte de forteresse assiégée tant géographiquement que mentalement.
Concernant l'affaire Dreyfus, je ne suis pas sûr (vous en savez peut-être davantage) que la hiérarchie catholique soit elle-même montée en ligne pour combattre le dreyfusisme; c'est plutôt un ensemble de milieux (catholiques en grande majorité) foncièrement attachés à l'armée dont ils croyaient l'honneur bafoué et à la défense de l'ordre social jugé menacé par la montée de la gauche à la faveur de cette crise.Jusqu'à l'aveuglement collectif , en effet . Et je ne crois pas que cette affaire ait été la seule raison de la loi de 1905, celle-ci étant la suite de toute une série de mesures anticléricales (contrôle accru puis expulsion de quasi toutes les congrégations,etc...) bien antérieures et qui était dans la logique de l'esprit révolutionnaire du parti radical d'alors et de ses suiveurs.
Vichy: il ne me semble pas que les années d'après 1944 aient marqué un fort regain d'anti-catholicisme.On connaissait les positions pétainistes voire carrément collaborationnistes de certains évêques (Mgr Baudrillart) mais celles en sens contraire des cardinaux Gerlier ou Saliège l'étaient aussi.Et le général de Gaulle faisant chanter le Magnificat à Notre Dame malgré la fusillade pas éteinte le jour de la libération de Paris... Après quoi le MRP (incarnation française de la démocratie chrétienne) était devenu un des trois grands partis de la IVè République.
Cela dit,je vous rejoins pour souhaiter que, bien que ces plaies mal refermées ne demandent qu'à s'infecter à nouveau, l'Eglise (en France particulièrement) sache attirer nos concitoyens vers le haut, bien au dessus de la politique , même si celle-ci sera toujours là ( voir les tentatives actuelles de 'faire la peau" de l'enseignement catholique ...).
Il y a du vrai dans votre analyse de la désaffection pour l'Eglise en Europe occidentale et en France en particulier(quoique justement votre réflexion soit peut-être trop franco-centrée mais c'est une autre question).
Toutefois il me semble qu'il faudrait beaucoup nuancer vos trois points:
Concernant le raidissement anti moderniste de l'Eglise au XIX è siècle, il n'est pas dû à un refus de la science mais plutôt à une réaction contre l'état d'esprit ayant conduit à la Révolution ( française à l'origine ) , qui était tout à fait anti-chrétien. Les déchainements , particulièrement antichrétiens, devenus vite sanguinaires de cette révolution ne sont pas un simple dérapage qui aurait pu être évité. Ce raidissement a été renforcé par la perte des Etats pontificaux en 1871, Rome devenant alors pour cinquante ans une sorte de forteresse assiégée tant géographiquement que mentalement.
Concernant l'affaire Dreyfus, je ne suis pas sûr (vous en savez peut-être davantage) que la hiérarchie catholique soit elle-même montée en ligne pour combattre le dreyfusisme; c'est plutôt un ensemble de milieux (catholiques en grande majorité) foncièrement attachés à l'armée dont ils croyaient l'honneur bafoué et à la défense de l'ordre social jugé menacé par la montée de la gauche à la faveur de cette crise.Jusqu'à l'aveuglement collectif , en effet . Et je ne crois pas que cette affaire ait été la seule raison de la loi de 1905, celle-ci étant la suite de toute une série de mesures anticléricales (contrôle accru puis expulsion de quasi toutes les congrégations,etc...) bien antérieures et qui était dans la logique de l'esprit révolutionnaire du parti radical d'alors et de ses suiveurs.
Vichy: il ne me semble pas que les années d'après 1944 aient marqué un fort regain d'anti-catholicisme.On connaissait les positions pétainistes voire carrément collaborationnistes de certains évêques (Mgr Baudrillart) mais celles en sens contraire des cardinaux Gerlier ou Saliège l'étaient aussi.Et le général de Gaulle faisant chanter le Magnificat à Notre Dame malgré la fusillade pas éteinte le jour de la libération de Paris... Après quoi le MRP (incarnation française de la démocratie chrétienne) était devenu un des trois grands partis de la IVè République.
Cela dit,je vous rejoins pour souhaiter que, bien que ces plaies mal refermées ne demandent qu'à s'infecter à nouveau, l'Eglise (en France particulièrement) sache attirer nos concitoyens vers le haut, bien au dessus de la politique , même si celle-ci sera toujours là ( voir les tentatives actuelles de 'faire la peau" de l'enseignement catholique ...).
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patatedouce
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Re: Les partis politiques et les religions
Bonsoir Gaudens,
Merci pour ces nuances historiques, mais je crains que votre lecture ne minimise l'impact réel de ces crises sur la conscience collective et la crédibilité de l'Église. Pour moi, ces événements ne sont pas que des réactions de défense, mais une triple faillite qui explique le déclin actuel.
D'abord, la crise moderniste n'était pas seulement politique. C’était une véritable guerre contre l'intelligence. En refusant l'exégèse (la lecture critique et scientifique de la Bible) au profit d'un littéralisme rigide, l'Église a forcé les croyants à choisir entre leur foi et leur raison. Quand on condamne la science biblique pour protéger le dogme, on perd sa légitimité intellectuelle.
Sur l'Affaire Dreyfus, au-delà de l'armée, c'est l'image d'une "France chrétienne" excluante qui s'est imposée. Cette crise a acté une rupture majeure : elle a prouvé, malgré l'opposition acharnée des milieux catholiques, que l'on pouvait être un grand serviteur de l'État et un haut fonctionnaire sans être catholique. En s'arc-boutant contre un officier juif au nom de l'ordre, l'institution a perdu son monopole sur l'identité nationale et s'est mise à dos la conscience républicaine. D'ailleurs, n'oublions pas qu'une partie de l'opinion a fini par voir dans ce cléricalisme antimoderniste l'une des causes de la faiblesse française lors de la défaite de 1871.
Enfin, concernant Vichy, le terme est peut-être fort, mais l'Église a profité de l'effondrement de l'État pour tenter de "revenir par la fenêtre" après avoir été sortie par la porte en 1905. En acceptant de retrouver des privilèges (subventions, influence scolaire) sous l'égide d'un régime de collaboration, elle a commis une erreur morale fatale. Les figures héroïques comme Saliège ou les couvents qui ont caché des juifs... n'ont malheureusement pas effacé, dans la mémoire populaire, l'image d'une hiérarchie trop prompte à pactiser avec le pouvoir pour restaurer un ordre social réactionnaire.
Au final, ces trois crises ont provoqué une dévalorisation profonde de la fonction sacerdotale. Pourquoi des jeunes épris de justice et de vérité se seraient-ils tournés vers le séminaire après de tels aveuglements ? La crise des vocations ne vient pas de la "gauche" des années 70, elle est le fruit de ce siècle où le prêtre a cessé d'être un guide crédible pour devenir le représentant d'une institution perçue comme hostile au progrès, à la vérité historique et à la justice élémentaire.
C’est pour cela que je dis qu’en voulant être une "citadelle", l'Église a fini par devenir une maison vide. Ce n'est pas en cherchant des coupables à l'extérieur qu'on avancera, mais en regardant ces plaies en face.
Je reste centré sur la France qui est le sujet
Merci pour ces nuances historiques, mais je crains que votre lecture ne minimise l'impact réel de ces crises sur la conscience collective et la crédibilité de l'Église. Pour moi, ces événements ne sont pas que des réactions de défense, mais une triple faillite qui explique le déclin actuel.
D'abord, la crise moderniste n'était pas seulement politique. C’était une véritable guerre contre l'intelligence. En refusant l'exégèse (la lecture critique et scientifique de la Bible) au profit d'un littéralisme rigide, l'Église a forcé les croyants à choisir entre leur foi et leur raison. Quand on condamne la science biblique pour protéger le dogme, on perd sa légitimité intellectuelle.
Sur l'Affaire Dreyfus, au-delà de l'armée, c'est l'image d'une "France chrétienne" excluante qui s'est imposée. Cette crise a acté une rupture majeure : elle a prouvé, malgré l'opposition acharnée des milieux catholiques, que l'on pouvait être un grand serviteur de l'État et un haut fonctionnaire sans être catholique. En s'arc-boutant contre un officier juif au nom de l'ordre, l'institution a perdu son monopole sur l'identité nationale et s'est mise à dos la conscience républicaine. D'ailleurs, n'oublions pas qu'une partie de l'opinion a fini par voir dans ce cléricalisme antimoderniste l'une des causes de la faiblesse française lors de la défaite de 1871.
Enfin, concernant Vichy, le terme est peut-être fort, mais l'Église a profité de l'effondrement de l'État pour tenter de "revenir par la fenêtre" après avoir été sortie par la porte en 1905. En acceptant de retrouver des privilèges (subventions, influence scolaire) sous l'égide d'un régime de collaboration, elle a commis une erreur morale fatale. Les figures héroïques comme Saliège ou les couvents qui ont caché des juifs... n'ont malheureusement pas effacé, dans la mémoire populaire, l'image d'une hiérarchie trop prompte à pactiser avec le pouvoir pour restaurer un ordre social réactionnaire.
Au final, ces trois crises ont provoqué une dévalorisation profonde de la fonction sacerdotale. Pourquoi des jeunes épris de justice et de vérité se seraient-ils tournés vers le séminaire après de tels aveuglements ? La crise des vocations ne vient pas de la "gauche" des années 70, elle est le fruit de ce siècle où le prêtre a cessé d'être un guide crédible pour devenir le représentant d'une institution perçue comme hostile au progrès, à la vérité historique et à la justice élémentaire.
C’est pour cela que je dis qu’en voulant être une "citadelle", l'Église a fini par devenir une maison vide. Ce n'est pas en cherchant des coupables à l'extérieur qu'on avancera, mais en regardant ces plaies en face.
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patatedouce
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Re: Les partis politiques et les religions
Toujours par le même moyen : le don de soi. Les bonnes soeurs qui soignent les malades, ou éduquent les enfants defavorisés en sont le parfait exemple...Utilisateur_999 a écrit : ↑mar. 03 févr. 2026, 20:11J'approuve totalement tout ce que vous dites là.patatedouce a écrit : ↑mar. 03 févr. 2026, 15:58 Ce n'est pas en cherchant des coupables à gauche que l'on reconstruira, mais en revenant à une cohérence évangélique qui dépasse ces clivages.
Et les exemples que vous venez de donner pèsent pour beaucoup dans la balance de nos jours malheureusement..
Je me demande juste, comment (dans notre monde où triomphe l'argent au détriment des valeurs) l'Eglise peut-elle se placer au dessus de ces clivages et se faire entendre..
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Re: Les partis politiques et les religions
J'ai toujours pensé que la politique et la religion ne faisaient pas bon ménage.
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Gaudens
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Re: Les partis politiques et les religions
Bonjour Patate Douce,
Vos éclaircissements ne me convainquent pas vraiment.
Pour ce qui concerne le « refus de la science » de votre message antérieur, visiblement c’est la « science biblique », c a d l’exégèse biblique que vous aviez en tête. En fait l’effet citadelle , manifesté par le Syllabus de 1864 ne la mentionnait pas mais je vous accorde qu’à partir de ce moment le Pontificat de Pie IX a fermé vraisemblablement la porte.Celle-ci a été timidement rouverte par l’encyclique de Léon XIII en 1883 Providentissimus Deus, prolongée par la création en 1909 de l’Institut biblique pontifical , en attendant la bienvenue encyclique Divino Afflante Spiritu de Pie XII en 1953. Accepter béatement les débuts de l’exégèse historico-critique qui fit tant de dégâts dans les années 1960/70 n’aurait pas été une bonne attitude non plus… et l’Eglise me parait être correctemennt retombée sur ses pieds depuis lors ( encore une fois , grâce à l’encyclique de Pie XII) Mais la crise moderniste aurait -elle uniquement été provoquée par cette fermeture de l’exégèse pendant quelques décennies ? Je ne le crois pas. De façon générale elle est venue d’un désir de se raccommoder avec les idées propagées par la Révolution et a été envenimée par la proclamation de l’infaillibilité pontificale en 1871. A-elle commencé à assécher les vocations sacerdotales ? Pas sûr, il faudrait lire à ce sujet des auteurs comme Guillaume Cuchet dont l’analyse et les lectures statistiques sont en général bien établies.
L’affaire Dreyfus ; je vous suis encore moins.En quoi a -t-elle persuadé le public qu’il n’y avait pas besoin d’être chrétien (catholique en fait ) pour être un grand serviteur de l’Etat ? Depuis ses débuts la IIIè République (et avant elle, la Monarchie de Juillet avec le protestant Guizot comme indéracinable premier ministre) l’avait habitué à un personnel non catholique et même pour partie anti-catholique.Quant au capitaine Dreyfus, il n’était pas un grand serviteur de l’Etat ni un haut fonctionnaire mais un simple officier qui n’aspirait qu’à faire honnêtement son travail et a été victime d’un système d’autoprotection , sur fonds d’antijudaisme ( d’antisémitisme , dirait-on aujourd’hui) montant L’institution qui a alors perdu l’estime d’une grande partie de l’opinion, c’était bien l’Armée, pas fondamentalement l’Eglise en tant que telle, même si son organe de presse majeur, La Croix, était tout à fait compromis dans le combat antidreyfusard (cela, je vous le concède bien volontiers ; je ne crois pas que les Assomptionnistes de ce journal aient été rappelés par la hiérarchie à l’ordre et à l’objectivité).
Vichy :votre image de « retour par la fenêtre » a du vrai, en effet.Mais encore une fois, je ne crois pas que cela ait déclenché un fort mouvement anticlérical, comme je l’ai écrit pus haut.
Au total, oui, la crise est ancienne et ne se limite pas aux années 1968 ou à l’effet Vatican II (post Vatican II plutôt). Il y a plutôt eu une succession de causes convergentes
Vos éclaircissements ne me convainquent pas vraiment.
Pour ce qui concerne le « refus de la science » de votre message antérieur, visiblement c’est la « science biblique », c a d l’exégèse biblique que vous aviez en tête. En fait l’effet citadelle , manifesté par le Syllabus de 1864 ne la mentionnait pas mais je vous accorde qu’à partir de ce moment le Pontificat de Pie IX a fermé vraisemblablement la porte.Celle-ci a été timidement rouverte par l’encyclique de Léon XIII en 1883 Providentissimus Deus, prolongée par la création en 1909 de l’Institut biblique pontifical , en attendant la bienvenue encyclique Divino Afflante Spiritu de Pie XII en 1953. Accepter béatement les débuts de l’exégèse historico-critique qui fit tant de dégâts dans les années 1960/70 n’aurait pas été une bonne attitude non plus… et l’Eglise me parait être correctemennt retombée sur ses pieds depuis lors ( encore une fois , grâce à l’encyclique de Pie XII) Mais la crise moderniste aurait -elle uniquement été provoquée par cette fermeture de l’exégèse pendant quelques décennies ? Je ne le crois pas. De façon générale elle est venue d’un désir de se raccommoder avec les idées propagées par la Révolution et a été envenimée par la proclamation de l’infaillibilité pontificale en 1871. A-elle commencé à assécher les vocations sacerdotales ? Pas sûr, il faudrait lire à ce sujet des auteurs comme Guillaume Cuchet dont l’analyse et les lectures statistiques sont en général bien établies.
L’affaire Dreyfus ; je vous suis encore moins.En quoi a -t-elle persuadé le public qu’il n’y avait pas besoin d’être chrétien (catholique en fait ) pour être un grand serviteur de l’Etat ? Depuis ses débuts la IIIè République (et avant elle, la Monarchie de Juillet avec le protestant Guizot comme indéracinable premier ministre) l’avait habitué à un personnel non catholique et même pour partie anti-catholique.Quant au capitaine Dreyfus, il n’était pas un grand serviteur de l’Etat ni un haut fonctionnaire mais un simple officier qui n’aspirait qu’à faire honnêtement son travail et a été victime d’un système d’autoprotection , sur fonds d’antijudaisme ( d’antisémitisme , dirait-on aujourd’hui) montant L’institution qui a alors perdu l’estime d’une grande partie de l’opinion, c’était bien l’Armée, pas fondamentalement l’Eglise en tant que telle, même si son organe de presse majeur, La Croix, était tout à fait compromis dans le combat antidreyfusard (cela, je vous le concède bien volontiers ; je ne crois pas que les Assomptionnistes de ce journal aient été rappelés par la hiérarchie à l’ordre et à l’objectivité).
Vichy :votre image de « retour par la fenêtre » a du vrai, en effet.Mais encore une fois, je ne crois pas que cela ait déclenché un fort mouvement anticlérical, comme je l’ai écrit pus haut.
Au total, oui, la crise est ancienne et ne se limite pas aux années 1968 ou à l’effet Vatican II (post Vatican II plutôt). Il y a plutôt eu une succession de causes convergentes
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Re: Les partis politiques et les religions
L'encyclique Pascendi (1907) ne condamnait pas la science, mais le modernisme, c'est-à-dire le refus du surnaturel, ce qui est bien normal. Le P. Lagrange, fondateur de l'École biblique de Jérusalem et de la méthode historico-critique, n'était pas moderniste (d'ailleurs il est en cours de béatification), mais l'Église par prudence a attendu un peu avant de valider cette méthode.D'abord, la crise moderniste n'était pas seulement politique. C’était une véritable guerre contre l'intelligence. En refusant l'exégèse (la lecture critique et scientifique de la Bible) au profit d'un littéralisme rigide, l'Église a forcé les croyants à choisir entre leur foi et leur raison. Quand on condamne la science biblique pour protéger le dogme, on perd sa légitimité intellectuelle.
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Re: Droite et gauche
C'est exactement ça. Et pourtant il faut bien voter pour quelqu'unpatatedouce a écrit : ↑mar. 03 févr. 2026, 14:29
Aujourd'hui, moi en tant que chrétien, je ne sais pas pour qui voter.
Le problème, c'est que pour un chrétien cohérent :
- On peut être attiré par la fibre sociale de gauche (aider les pauvres), mais bloqué par ses positions sur l'euthanasie ou l'avortement.
- On peut être attiré par la défense des valeurs de droite (famille, héritage), mais bloqué par une certaine dureté envers les migrants ou les plus précaires.
Je suis une catholique tendance Laudato si'.
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Re: Les partis politiques et les religions
Dans une époque où sévit la loi du plus fort, ou droit international est sans cesse bafoué, comment s'étonner que la religion n'y trouve plus sa place ?
Nous vivons l'ère du chacun pour soi, où est le message du Christ là-dedans ?
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Re: Les partis politiques et les religions
Il me semble que l'Eglise continue à porter un discours de charité et de générosité miséricordieux, mais ces messages arrivent-ils jusqu'aux coeurs des gens ?patatedouce a écrit : ↑mar. 03 févr. 2026, 21:41 Toujours par le même moyen : le don de soi. Les bonnes soeurs qui soignent les malades, ou éduquent les enfants defavorisés en sont le parfait exemple...
J'ai l'impression que le pouvoir de l'argent (et donc de la politique finalement) ait individualisé notre monde et nous a endurcit au point que mêmes des messages de paix, de charité ou de paix comme ceux professé par l'Eglise ne trouvent plus d'écho..
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patatedouce
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Re: Les partis politiques et les religions
Concernant la crise moderniste, l'Église s'est en réalité opposée à des vérités scientifiques tangibles. L'émergence de la méthode expérimentale, fondée sur la preuve, a radicalement remis en cause la méthode ecclésiale, fondée sur l'affirmation. Ce divorce intellectuel est d'ailleurs historiquement acté par l'expulsion du clergé de la Sorbonne : l'Université a préféré la rigueur des faits à l'autorité des dogmes.
Dreyfus n'était pas un "simple officier" ; il était un pur produit de l'excellence républicaine. Sa mise à l'écart a commencé dès l'École Supérieure de Guerre en 1892. Le général Bonnefond a reconnu avoir dégradé ses notes au seul motif que "les juifs n'étaient pas désirés" à l'État-Major. C'est la preuve qu'avant même l'Affaire, l'élite militaire — véritable bastion catholique — pratiquait une ségrégation intellectuelle. On préférait saboter le classement d'un officier brillant plutôt que de laisser un non-catholique accéder aux secrets de l'État.
En 1871, la France hésitait encore entre la monarchie et la République. Depuis la Révolution, l'idée persistait que pour être un "bon Français", il fallait être catholique. L'Affaire Dreyfus a fait exploser ce paradigme : ce sont des catholiques, au nom de la défense de l'institution, qui ont fabriqué de fausses preuves pour condamner un innocent. Ce scandale a consacré le principe de laïcité : il a prouvé qu'être Français ne dépendait plus de l'adhésion au catholicisme, mais de l'attachement aux valeurs de Justice et de Vérité.
Au fond, c’est un mouvement logique : il est bien plus facile de recruter des prêtres en leur promettant une domination intellectuelle, politique et morale qu’en leur proposant le déclin. La chute des ordinations s'amorce dès 1950, prouvant que l’attrait pour le sacerdoce s'est brisé en même temps que le prestige social et l’autorité de l’institution.
L’analyse de Guillaume Cuchet porte sur les fidèles (la pratique), alors que la mienne se concentre sur la crise des vocations (le sacerdoce). J’avais lu son livre, mais je l’ai relu attentivement après avoir fait ce constat.
Dreyfus n'était pas un "simple officier" ; il était un pur produit de l'excellence républicaine. Sa mise à l'écart a commencé dès l'École Supérieure de Guerre en 1892. Le général Bonnefond a reconnu avoir dégradé ses notes au seul motif que "les juifs n'étaient pas désirés" à l'État-Major. C'est la preuve qu'avant même l'Affaire, l'élite militaire — véritable bastion catholique — pratiquait une ségrégation intellectuelle. On préférait saboter le classement d'un officier brillant plutôt que de laisser un non-catholique accéder aux secrets de l'État.
En 1871, la France hésitait encore entre la monarchie et la République. Depuis la Révolution, l'idée persistait que pour être un "bon Français", il fallait être catholique. L'Affaire Dreyfus a fait exploser ce paradigme : ce sont des catholiques, au nom de la défense de l'institution, qui ont fabriqué de fausses preuves pour condamner un innocent. Ce scandale a consacré le principe de laïcité : il a prouvé qu'être Français ne dépendait plus de l'adhésion au catholicisme, mais de l'attachement aux valeurs de Justice et de Vérité.
Au fond, c’est un mouvement logique : il est bien plus facile de recruter des prêtres en leur promettant une domination intellectuelle, politique et morale qu’en leur proposant le déclin. La chute des ordinations s'amorce dès 1950, prouvant que l’attrait pour le sacerdoce s'est brisé en même temps que le prestige social et l’autorité de l’institution.
L’analyse de Guillaume Cuchet porte sur les fidèles (la pratique), alors que la mienne se concentre sur la crise des vocations (le sacerdoce). J’avais lu son livre, mais je l’ai relu attentivement après avoir fait ce constat.
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Re: Les partis politiques et les religions
Pourtant au XIXe siècle la bourgeoisie était majoritairement voltairienne, matérialiste et athée (l'argent étant la religion dominante). Mais ils étaient favorables à la religion catholique comme outil pour maintenir les inférieurs (femmes, enfants, pauvres) dans la soumission.En 1871, la France hésitait encore entre la monarchie et la République. Depuis la Révolution, l'idée persistait que pour être un "bon Français", il fallait être catholique. L'Affaire Dreyfus a fait exploser ce paradigme : ce sont des catholiques, au nom de la défense de l'institution, qui ont fabriqué de fausses preuves pour condamner un innocent. Ce scandale a consacré le principe de laïcité : il a prouvé qu'être Français ne dépendait plus de l'adhésion au catholicisme, mais de l'attachement aux valeurs de Justice et de Vérité.
Fin XIXe et début XXe, les gouvernements anticléricaux ont persécuté les catholiques, y compris les officiers. Les congrégations religieuses ont été expulsées de France vers 1880 et de nouveau dans les premières années du XXe.
Bref, ce n'est pas aussi simple que ce que vous dites.
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Re: Les partis politiques et les religions
Je vois, Patate Douce, que Fée Violine va dans le même sens que ce que je vous écrivais.
J'aimerais revenir sur ce que vous avez écrit au sujet de la science. Vous me semblez vous tromper totalement en mettant au même niveau sciences exactes (les "dures") et les sciences humaines , dont l'exégèse biblique (paradoxalement humaine...) en ce qui concerne la méthode expérimentale.Celle-ci n'a rien à faire dans les sciences humaines et en particulier en théologie ou en exégèse ;je ne vois d'ailleurs pas comment elle pourrait s'y appliquer. II n'y a donc aucune "preuve" de la méthode historico-critique telle que certains chercheurs la concevaient dès le XIXè siècle -et pour certains la conçoivent encore- .Pire encore; elle est souvent le développement de présupposés qui sont autant de préjugés.Par exemple, justifier la rédaction de certains évangiles après l'an 70 par le fait que cette même année est celle de la destruction de Jérusalem par les armées de Titus, a pour présupposé que , bien entendu, Jésus n'aurait pu prédire l'évènement car personne ne pourrait le faire. C'est donc un préjugé qui, de plus, attaque frontalement la foi de l'Eglise dans la personne divine de Jésus et je m'étonne qu'un fidèle comme vous puisse ainsi tomber dans le panneau. L'Eglise a donc eu raison de résister jusqu'à ce qu'une exégèse raisonnable (institut biblique pontifical, RP Lagrange) puisse faire intelligemment la part des choses.
Et non, la Sorbonne , aux mains de bourgeois voltairiens souvent franc-maçons n' avait pas attendu telle ou telle querelle exégétique pour mettre les clercs à la porte; c'était un programme de longue date. Il faudrait à ce sujet reprendre les travaux d'un Auguste Cochin, par exemple.
J'aimerais revenir sur ce que vous avez écrit au sujet de la science. Vous me semblez vous tromper totalement en mettant au même niveau sciences exactes (les "dures") et les sciences humaines , dont l'exégèse biblique (paradoxalement humaine...) en ce qui concerne la méthode expérimentale.Celle-ci n'a rien à faire dans les sciences humaines et en particulier en théologie ou en exégèse ;je ne vois d'ailleurs pas comment elle pourrait s'y appliquer. II n'y a donc aucune "preuve" de la méthode historico-critique telle que certains chercheurs la concevaient dès le XIXè siècle -et pour certains la conçoivent encore- .Pire encore; elle est souvent le développement de présupposés qui sont autant de préjugés.Par exemple, justifier la rédaction de certains évangiles après l'an 70 par le fait que cette même année est celle de la destruction de Jérusalem par les armées de Titus, a pour présupposé que , bien entendu, Jésus n'aurait pu prédire l'évènement car personne ne pourrait le faire. C'est donc un préjugé qui, de plus, attaque frontalement la foi de l'Eglise dans la personne divine de Jésus et je m'étonne qu'un fidèle comme vous puisse ainsi tomber dans le panneau. L'Eglise a donc eu raison de résister jusqu'à ce qu'une exégèse raisonnable (institut biblique pontifical, RP Lagrange) puisse faire intelligemment la part des choses.
Et non, la Sorbonne , aux mains de bourgeois voltairiens souvent franc-maçons n' avait pas attendu telle ou telle querelle exégétique pour mettre les clercs à la porte; c'était un programme de longue date. Il faudrait à ce sujet reprendre les travaux d'un Auguste Cochin, par exemple.
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Re: Les partis politiques et les religions
Je souhaiterais apporter deux nuances à mon propos. La question initiale de Veilleur porte sur l'origine de la déchristianisation de la France. J'interprète sa réponse comme l'imputation de ce déclin à la perte d'une domination sociétale consécutive à Vatican II.
Pour ma part, je soutiens que la rupture est bien plus ancienne et se cristallise autour de trois crises majeures : une remise en question intellectuelle (la crise du modernisme), une remise en question politique (l'Affaire Dreyfus) et une remise en question morale (le régime de Vichy).
1) Je vous rejoins sur un point : l’Église ne pouvait sans doute pas empêcher l’émancipation intellectuelle des élites. Toutefois, force est de constater qu'elle s'est braquée. Au lieu de chercher à concilier foi et raison, elle a choisi l'intransigeance absolue, ce qui a irrémédiablement entaché sa crédibilité. La condamnation des Fleurs du Mal de Baudelaire n'est qu'un symptôme parmi d'autres : de la mise à l'Index des grands romans du siècle au refus de la méthode expérimentale, l'institution a fini par transformer la foi en un exil de l'intelligence.
Sur la question intellectuelle, a-t-elle bien fait ou mal fait ? Je ne saurais trancher. Je pense surtout qu'elle a subi ce mouvement de fond plus qu'autre chose. L'émancipation des esprits était une lame de fond historique.
En revanche, là où sa responsabilité est engagée et où elle a manifestement "mal fait", c'est sur ses choix politiques et moraux, notamment lors de l'Affaire Dreyfus et sous Vichy.
2) Je pense qu'il faut distinguer deux visages de l'institution : l'Église de la foi et l'Église comme acteur politique.
Au sortir de la Révolution, Napoléon assoit son pouvoir sur un double pilier :
- D'un côté, il restaure une société d'ordre (une forme de "remise en ordre" aristocratique et religieuse avec le Concordat).
- De l'autre, il instaure un système de mérite avec la création des Grandes Écoles (Polytechnique, l'ENS), un univers intellectuel et technique totalement indépendant de l'Église (Certes, ce système est né sous la Révolution, mais c'est Napoléon qui l'a véritablement façonné pour en faire l'outil de sélection des élites de la nation.).
Ce sont ces deux éléments qui ont engendré une société bicéphale. Durant presque tout le XIXe siècle, le catholicisme reste religion d'État (ou "religion de la majorité"), mais parallèlement, une nouvelle élite se forme hors de son giron.
Au lendemain de 1871, alors que l'Assemblée nationale est encore majoritairement monarchiste, c'est cette élite du mérite et des Grandes Écoles qui va progressivement prendre l'ascendant. Elle a su profiter de la faillite politique et morale des milieux catholiques pour s'emparer des rênes du pouvoir et imposer un nouveau modèle. Françaises n'est pas de dire que la société française était monolithique — ce serait historiquement faux — mais de souligner que le leadership intellectuel et politique a basculé de l'élite de "l'Ordre" vers l'élite du "Mérite".
Du coup, on a ce phénomène :
Année Ordinations Population France
1850 1 600 36 millions
1950 950 42 millions
1960 595 46 millions
Ce qui est logique car en 1850 le prêtre avait une autorité intellectuelle, politique et moral et en 1950, il est marginalisé.
Après, s’il n’y a pas de prêtre il n’y a pas de fidèle. Alors, je sais que c’est simplifié et qu’il y a d’autres facteurs mais les prêtres sont le moteur de l’évangélisation.
Pour répondre à Fée Violine sur la "persécution républicaine" et l'élite voltairienne : c'est précisément ce que je souligne. L'existence même d'une élite voltairienne au pouvoir est la preuve que l'Église avait déjà perdu son influence intellectuelle bien avant les lois de séparation.
On ne persécute pas une institution qui détient encore l'autorité morale sur le pays ; on ne peut voter 1905 que parce que l'Église est déjà affaiblie de l'intérieur. La "persécution" n'est que la conséquence politique d'une défaite déjà consommée dans le domaine des idées.
PS : Sur la Seconde Guerre mondiale, il serait intéressant de comparer la situation française avec celle d’autres pays. Là où l’Église a agi différemment en s'opposant plus fermement aux régimes totalitaires.
Pour ma part, je soutiens que la rupture est bien plus ancienne et se cristallise autour de trois crises majeures : une remise en question intellectuelle (la crise du modernisme), une remise en question politique (l'Affaire Dreyfus) et une remise en question morale (le régime de Vichy).
1) Je vous rejoins sur un point : l’Église ne pouvait sans doute pas empêcher l’émancipation intellectuelle des élites. Toutefois, force est de constater qu'elle s'est braquée. Au lieu de chercher à concilier foi et raison, elle a choisi l'intransigeance absolue, ce qui a irrémédiablement entaché sa crédibilité. La condamnation des Fleurs du Mal de Baudelaire n'est qu'un symptôme parmi d'autres : de la mise à l'Index des grands romans du siècle au refus de la méthode expérimentale, l'institution a fini par transformer la foi en un exil de l'intelligence.
Sur la question intellectuelle, a-t-elle bien fait ou mal fait ? Je ne saurais trancher. Je pense surtout qu'elle a subi ce mouvement de fond plus qu'autre chose. L'émancipation des esprits était une lame de fond historique.
En revanche, là où sa responsabilité est engagée et où elle a manifestement "mal fait", c'est sur ses choix politiques et moraux, notamment lors de l'Affaire Dreyfus et sous Vichy.
2) Je pense qu'il faut distinguer deux visages de l'institution : l'Église de la foi et l'Église comme acteur politique.
Au sortir de la Révolution, Napoléon assoit son pouvoir sur un double pilier :
- D'un côté, il restaure une société d'ordre (une forme de "remise en ordre" aristocratique et religieuse avec le Concordat).
- De l'autre, il instaure un système de mérite avec la création des Grandes Écoles (Polytechnique, l'ENS), un univers intellectuel et technique totalement indépendant de l'Église (Certes, ce système est né sous la Révolution, mais c'est Napoléon qui l'a véritablement façonné pour en faire l'outil de sélection des élites de la nation.).
Ce sont ces deux éléments qui ont engendré une société bicéphale. Durant presque tout le XIXe siècle, le catholicisme reste religion d'État (ou "religion de la majorité"), mais parallèlement, une nouvelle élite se forme hors de son giron.
Au lendemain de 1871, alors que l'Assemblée nationale est encore majoritairement monarchiste, c'est cette élite du mérite et des Grandes Écoles qui va progressivement prendre l'ascendant. Elle a su profiter de la faillite politique et morale des milieux catholiques pour s'emparer des rênes du pouvoir et imposer un nouveau modèle. Françaises n'est pas de dire que la société française était monolithique — ce serait historiquement faux — mais de souligner que le leadership intellectuel et politique a basculé de l'élite de "l'Ordre" vers l'élite du "Mérite".
Du coup, on a ce phénomène :
Année Ordinations Population France
1850 1 600 36 millions
1950 950 42 millions
1960 595 46 millions
Ce qui est logique car en 1850 le prêtre avait une autorité intellectuelle, politique et moral et en 1950, il est marginalisé.
Après, s’il n’y a pas de prêtre il n’y a pas de fidèle. Alors, je sais que c’est simplifié et qu’il y a d’autres facteurs mais les prêtres sont le moteur de l’évangélisation.
Pour répondre à Fée Violine sur la "persécution républicaine" et l'élite voltairienne : c'est précisément ce que je souligne. L'existence même d'une élite voltairienne au pouvoir est la preuve que l'Église avait déjà perdu son influence intellectuelle bien avant les lois de séparation.
On ne persécute pas une institution qui détient encore l'autorité morale sur le pays ; on ne peut voter 1905 que parce que l'Église est déjà affaiblie de l'intérieur. La "persécution" n'est que la conséquence politique d'une défaite déjà consommée dans le domaine des idées.
PS : Sur la Seconde Guerre mondiale, il serait intéressant de comparer la situation française avec celle d’autres pays. Là où l’Église a agi différemment en s'opposant plus fermement aux régimes totalitaires.
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Gaudens
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- Conviction : chrétien catholique , perplexe lui aussi
Re: Les partis politiques et les religions
Bonsoir Patate Douce,
Je souscris volontiers à vos analyses ci-dessus concernant la montée d'élites détachées de l'influence intellectuelle de l'Eglise mais il faut noter qu'une partie du personnel politique était d'autant plus hostile à l'Eglise qu'elle avait été formée par elle ; voir Emile Combes, élève au Grand séminaire d'Albi qu'il quitta pour rejoindre la Franc Maçonnerie et sans doute bien d'autres ...
A propos des séminaires, je pense que l'aspect sociologique a joué ( et qui rejoint votre réflexion sur la perte de prestige, au moins en termes relatifs):à partir de l'après-guerre en gros, la voie du petit puis du grand séminaire n'était plus pour beaucoup de milieux, surtout ruraux, la seule voie de l'ascension sociale comme ce le fut depuis des siècles.
Au total, il y avait là bien plus qu'une sanction à des fautes intellectuelles ou politiques de la hiérarchie catholiques, même si elles ont pu jouer.Au reste la fin du XIXè siècle avait vu une remontée des intellectuels catholiques français : voyez les Frédéric Ozanam, Auguste Cochin que je citais plus haut, Henri Ghéon, Péguy,Ernest Psichari et bien d'autres.
Pour la comparaison avec d'autres pays européens,je ne sais trop. En ce qui concerne les Pays-Bas, l'attitude collective courageuse des évêques contre la persécution des juifs, outre qu'elle fut critiquée pour avoir suscité des poursuites contre les catholiques sans freiner( et même peut-être en l'accélérant) les déportations des Juifs , permit-elle de diminuer la baisse de la pratique et des ordinations, ce serait à voir mais la débandade hollandaise de l'après V II fut au moins aussi forte qu'en France, sinon pire.
Je souscris volontiers à vos analyses ci-dessus concernant la montée d'élites détachées de l'influence intellectuelle de l'Eglise mais il faut noter qu'une partie du personnel politique était d'autant plus hostile à l'Eglise qu'elle avait été formée par elle ; voir Emile Combes, élève au Grand séminaire d'Albi qu'il quitta pour rejoindre la Franc Maçonnerie et sans doute bien d'autres ...
A propos des séminaires, je pense que l'aspect sociologique a joué ( et qui rejoint votre réflexion sur la perte de prestige, au moins en termes relatifs):à partir de l'après-guerre en gros, la voie du petit puis du grand séminaire n'était plus pour beaucoup de milieux, surtout ruraux, la seule voie de l'ascension sociale comme ce le fut depuis des siècles.
Au total, il y avait là bien plus qu'une sanction à des fautes intellectuelles ou politiques de la hiérarchie catholiques, même si elles ont pu jouer.Au reste la fin du XIXè siècle avait vu une remontée des intellectuels catholiques français : voyez les Frédéric Ozanam, Auguste Cochin que je citais plus haut, Henri Ghéon, Péguy,Ernest Psichari et bien d'autres.
Pour la comparaison avec d'autres pays européens,je ne sais trop. En ce qui concerne les Pays-Bas, l'attitude collective courageuse des évêques contre la persécution des juifs, outre qu'elle fut critiquée pour avoir suscité des poursuites contre les catholiques sans freiner( et même peut-être en l'accélérant) les déportations des Juifs , permit-elle de diminuer la baisse de la pratique et des ordinations, ce serait à voir mais la débandade hollandaise de l'après V II fut au moins aussi forte qu'en France, sinon pire.
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