ti'hamo a écrit :@Philémon
Je vous rejoins sur l'essentiel (travail de la "pâte humaine" au cours de l'Histoire par le message de l'évangile, etc...).
Juste ces remarques :
"Aimez-vous les uns les autres", quoi de plus moderne, à l'époque, quoi de plus révolutionnaire ?
Plus une précision qu'une remarque, de ma part, d'ailleurs : "à l'époque" tout autant que maintenant. L'injonction de l'amour chrétien n'est pas un but qui sera atteint par la société quelque part dans le futur et vers lequel nous avançons lentement mais sûrement ; il n'est pas en avant sur l'axe de l'Histoire, mais plutôt au-dessus : quelque chose qui est moderne, révolutionnaire et exigeant à toutes les époques, qui travaille du dedans chaque époque à sa manière.
L'amour chrétien, ou plus exactement l'amour enseigné par Dieu aux hommes au long de ses alliances successives, se manifeste à plusieurs niveaux : au niveau personnel et spirituel, au niveau social et collectif. Je ne sais pas si cet amour évolue au fil des âges au plan personnel ou spirituel. En revanche, au plan collectif et social, il est évident qu'il y a une évolution (et je ne vois pas ce qui disqualifie la notion de progrès, au seul motif que l'idéologie moderne s'en serait emparée). Avec la Loi de Moïse, il y a déjà un progrès, par rapport à ce qui existait auparavant. Moïse dit aux Hébreux : si vous avez de l'aversion pour votre femme, et que vous la répudiez, donnez-lui un acte de divorce. Autrement dit, il crée un cadre juridique pour donner un statut et une protection légale à la femme répudiée par son époux, et chassée du domicile conjugal. C'était un progrès par rapport à ce qui existait avant, où la femme était chassée sans autre forme de cérémonie, ce qui l'exposait au rejet public, à la honte sociale. Peut-être même était-elle considérée comme adultère, ou comme une prostituée. La femme de cette époque est véritablement une chose, la propriété de son mari, qui pouvait s'en défaire comme il voulait une fois qu'il en avait assez. Moïse ajoute alors un cadre juridique contraignant, il donne un statut à la femme, il la protège socialement au moyen d'une procédure de divorce, lui permettant probablement (j'imagine, je ne suis pas connaisseur, mais j'imagine) de ne pas complètement perdre toute considération sociale. Cette amélioration du sort de la femme contient implicitement une désapprobation du comportement injuste de ces maris qui chassent leurs épouses au motif qu'ils ne les aiment plus. Rappelons que le fondement de la Loi de Moïse est : "Aime Dieu et ton prochain comme toi-même." Toute la Loi se résume à ce commandement, qui est déjà une nouveauté considérable à cette époque, avec des conséquences sociales indéniables, dans le sens où cela conduit à un adoucissement des moeurs et des rapports humains. Jésus dit aux pharisiens, à propos des préceptes mosaïques qui peuvent paraître durs, mais qui sont en réalité des progrès par rapport à ce qui existait auparavant, qu'ils avaient été donnés aux Juifs à cause de leur dureté de coeur. Autrement dit, Moïse ne pouvait pas espérer mieux de leur part, parce que leurs coeurs étaient trop endurcis. Ainsi, à défaut de pouvoir attendre d'eux un véritable amour envers leurs épouses, s'ils devaient se séparer d'elles un jour, qu'au moins ils leur donnent un acte de divorce. Mais Jésus rétablit la vérité : si vous chassez vos épouses, vous êtes adultères ! Il nous donne ainsi la véritable grille de lecture de l'ancienne Loi. Car il arrive que Dieu semble permettre quelque chose qu'en réalité il désapprouve, laissant ainsi la liberté à l'homme de faire le bien de son propre mouvement, sans qu'il le lui prescrive explicitement. Vous voulez vous séparer de votre femme ? D'accord... mais donnez-lui un acte de séparation. Cela doit se comprendre par : Ce que vous faites, mon ami, faites-le, mais je le réprouve. Un peu comme un homme dit à un autre homme : Faites ce que vous voulez, ce qui doit s'entendre par : Si vous voulez faire le mal, allez-y, je ne vous en empêche pas. Et bien souvent, lorsqu'on entend cela, on hésite à faire ce que l'on se proposait de faire, parce qu'on comprend que c'est mal. Mais Dieu ne nous le dira jamais directement, parce qu'il veut que nous faisions le bien de façon libre et responsable, et non pas comme un gamin immature qui attend qu'on lui dise tout ce qu'il doit faire (d'ailleurs à ce titre, on peut considérer les "religions du Livre", telles que l'Islam et le Protestantisme, qui croient qu'il suffit d'appliquer la Loi écrite à la lettre pour être sauvé, comme des religions de l'immaturité et de l'irresponabilité). Ainsi, après Moïse, Jésus réitère le même Commandement d'amour, qui demeure au centre de l'Evangile, mais en lui donnant une dimension humaine et charnelle. On découvre alors que la lapidation et la répudiation ne sont pas des préceptes voulus de Dieu, que la femme est un véritable être humain, qu'elle a droit à l'amour, au respect, qu'elle est elle aussi le "prochain" de l'homme. C'est un progrès ! Non pas que Dieu progresse et évolue. Dieu a toujours voulu la même chose, il reste le même, son Commandement demeure immuable à jamais. Mais c'est l'homme qui progresse dans sa compréhension et son expérience de ce Commandement d'amour. Saint Paul reformule et précise la doctrine de cet amour, qui reste encore à découvrir et à approfondir après lui. Et le fait est que la société chrétienne n'a cessé d'évoluer, au fil du temps, faisant grandir en elle l'amour, qu'il s'agisse de l'amour au plan personnel ou au plan social, voulu par Jésus. Autrement dit, la grille de lecture appliquée par le Christ en personne à la Loi de Moïse, s'applique aussi bien aux épîtres de St Paul. On pourrait aussi bien dire que ce qu'a dit Saint Paul aux premiers chrétiens, il le leur a dit de cette manière parce que leurs coeurs à eux aussi étaient endurcis, et qu'ils ne pouvaient en supporter davantage. La preuve en est que les disciples eux-mêmes répondirent à Jésus, à propos de la répudiation assimilée à un adultère : "Si telle est la condition de l'homme envers la femme, il n'est pas expédient de se marier." A quoi il répondit : "Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là à qui c'est donné..." (St Matthieu 19, 1-12)
Désolé d'avoir été aussi long.
Et pour finir là-dessus, rappelons que l'Eglise a fait encore évoluer la position de la femme en la considérant comme un être majeur et libre, capable de donner ou de ne pas donner son consentement à son union avec un homme, ce qui se retrouve dans l'échange des consentemenents prévu dans le Sacrement de mariage. La parole donnée par la femme a enfin une valeur juridique, ce qui se retrouve, je pense, dans la faculté de contracter et de disposer librement de ses biens, comme on le voit dès le Moyen-Âge (l'exemple le plus spectaculaire étant celui d'Aliénor d'Aquitaine), et qui ne se constate nulle part ailleurs dans le monde qu'en Chrétienté avant le XXe siècle.
cela culminera dans l'amour courtois où l'amant se fait l'esclave de sa bien-aimée.
Je ne pense pas que cette forme de l'amour courtois soit très chrétien. Une relation dans laquelle l'un est esclave de l'autre n'est de toute façon pas franchement chrétienne. C'est d'ailleurs cette vision de l'amour courtois qui débouche au final sur une vision assez malsaine de l'amour humain, dans lequel les plaisirs et l'élan amoureux est réservé aux amants et n'existe pas entre époux, n'est finalement jamais consommé, et dans lequel il n'est jamais question d'enfants.
Ho si, c'était un amour complètement chrétien, et directement issu du christianisme, à tel point que les chansons courtoises mêlaient des poèmes profanes adressées à des dames, à des poèmes religieux adressées sur le même modèle à la Vierge Marie, ce qui finira par culminer dans le magnifique poème de Dante, la Divine Comédie, où la dame terrestre étant morte, le poète décide de la retrouver au Ciel, au terme d'un périple le faisant passer par les trois états de la vie : l'enfer du péché, la purification au Mont-Purgatoire, et enfin l'apothéose dans le Paradis. La mystique renfermée dans l'amour courtois est extrêmement riche, et tire les sentiments humains vers un amour spirituel. Cet amour distant que vous jugez malsain, est lui-même suggéré dans la parole du Christ qui termine ma citation commencée plus haut : "...Il y a, en effet, des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère, il y a des eunuques qui le sont devenus par l'action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du Royaume des Cieux. Qui peut comprendre, qu'il comprenne !" (fin de St Matthieu 19, 1-12) Si les maris pratiquaient un peu d'amour courtois à l'égard de leurs épouses, il y aurait beaucoup plus d'amour et de respect dans les couples, ce qui n'empêcherait nullement de faire des enfants, et de leur transmettre cette même façon d'aimer.
Il lui dit tout de même "va et ne pèche plus". Donc, reconnaît son péché.
Il le lui dit à la fin, après que le péché des juges iniques a été démasqué, et l'accusée innocentée par le Juge véritable. Lorsqu'un juge innocente un prévenu, c'est qu'il n'y a pas eu de crime pénalement reconnu. L'accusé s'en retourne libre et blanchi. Il n'y a donc jamais eu de faute, au plan légal. Si Jésus lui dit de ne plus pécher, c'est pour lui rappeler que tout être humain est pécheur. Il n'y a donc pas de référence explicite à un supposé péché qui n'a plus aucune existence légale.
Je ne sais pas pourquoi vous dites là "supposé" péché : Jésus lui dit bien "va et ne pèche plus", et l'adultère est bien considéré comme péché. Mais pas "légal", effectivement : là, le péché est désigné de façon beaucoup plus profonde, et finalement plus vraie : l'acte mauvais en soi, quel que soit le cadre légal et même hors du cadre légal, et qui coupe de l'amour de Dieu.
À moins que vous n'essayiez de nous dire que l'adultère n'est pas vraiment un péché ?
Vous n'avez pas compris. Jésus ne valide pas l'accusation d'adultère, et donc de péché, porté contre la femme par ses accusateurs. Il n'y a donc ni péché ni adultère à reprocher à cette femme. Ce que Dieu n'a pas reconnu n'a aucune existence. Le péché évoqué dans l'envoi, "va et ne pèche plus", ne fait donc pas référence à l'acte qu'elle est supposée avoir commis (d'après les accusations des pharisiens), mais plutôt, à mon avis, à sa condition de pécheresse. Elle a péché comme tout le monde, et elle a péché comme ses juges. Elle n'est pas plus coupables qu'eux. Et à travers elle, c'est à nous tous que Jésus dit : "va et ne pèche plus, toi qui est si prompt à regarder le péché chez autrui, toi qui est si souvent infidèle et adultère envers ton Dieu." Le péché en lui-même est une infidélité à Dieu, et à son Alliance, d'où la lamentation fréquente de Jésus concernant "cette génération adultère", dont nous faisons tous partie. Mais Jésus ne nous condamne pas à travers le regard inquisiteur de chacun. Ce n'est pas aux pécheurs de juger les pécheurs.
Et pour resituer cette portion du débat, nous étions partis de l'exemple donné par Griffon de cette femme qui revenait à la maison après avoir embouti la voiture, et qui devait essuyer les reproches que son mari lui adressait "vertement". Je faisais observer que Jésus ne s'était pas montré aussi dur envers la femme adultère, dont la culpabilité était pourtant beaucoup plus lourde, du point de vue des hommes, mais que Jésus ne reconnut pourtant pas. Je ne crois pas m'être trompé en disant ça. Donc à plus forte raison, ce mari n'a absolument rien qui évoque le Christ accueillant son épouse l'Eglise, mais plutôt le plus stupide et le plus méchant des pharisiens.