Bonjour ti'hamo,
Au sujet :
- du principe de simplicité : j'ai un peu du mal à prendre au sérieux votre réponse. D'habitude vous êtes plus fin analyste. Quand je dis que ce qui est simple a plus de chances d'exister que ce qui est complexe, ça ne veut pas dire du tout que le simple existe et que le complexe n'existe pas. Le principe de simplicité est un principe méthodologique, ce n'est pas une recette magique pour déduire de manière absolument certaine l'état réel du monde. Ensuite, vous semblez affirmer que le fixisme est plus simple que l'évolutionnisme. D'où sortez-vous ça ? Dans le fixisme, il faut imaginer que des êtres complexes apparaissent comme ça de « rien », ou plutôt d'un être pour le moins mystérieux dont on ne sait comment il procède, ni pourquoi, ce qui revient à peu près au même... Dans l'évolutionnisme, on part d'êtres très simples obéissant à des règles très simples et la complexification apparaît progressivement par le jeu de ces règles très simples sur ces êtres très simples. Enfin bon, on ne va pas refaire ici le débat sur l'évolutionnisme sinon ce sujet va éclater encore davantage qu'il ne l'est déjà...
- de ma définition du mal : désolé, je ne vous avais pas compris. Eh bien que vous dire sinon que oui, heureusement, vous (je l'espère !) et moi ne sommes pas concernés (pour nous-mêmes) par ce type de mal que je juge particulièrement scandaleux parce qu'il agresse autrui. Ce qui ne veut pas dire que nous soyons des saints et que nous n'avons pas à travailler à notre perfectionnement. Mais du moment que le mal que nous commettons n'agresse pas autrui, je comprends que Dieu, s'il existe, le permette. Certes, le mal qui nous ronge, vous et moi, peut entraîner un autre type de mal : un mal d'agression. Il reste que si ce mal d'agression devrait être empêché, cela ne remet pas en question l'autorisation des autres types de maux qui ne sont pas des maux d'agression en tant que tels.
- de ma définition du bien : vous avez donné votre accord avec la proposition : « pour que tout homme recherche ce qui est vraiment le mieux pour lui, il faut qu'il sache ce qui est vraiment le mieux pour lui ». Vous avez apporté un bémol, en précisant : « dans l'hypothèse où il y a réellement objectivement une fin précise qui soit mieux pour lui ». Comme la plupart des athées non-phénoménistes, je suis objectiviste, donc je pars du postulat que : « oui, il y a réellement objectivement une fin précise qui soit mieux pour lui », de même qu'il y a réellement objectivement une montage en France qui mesure 4807m (à moins que l'érosion l'ait entretemps rabotée...). Reprenons : puisque nous sommes d'accord que pour que tout homme recherche ce qui est vraiment le mieux pour lui, il faut qu'il sache ce qui est vraiment le mieux pour lui, nous pouvons dire qu'indépendamment de ses valeurs propres, cet homme a tout intérêt de développer sa connaissance, et ses facultés intellectuelles, afin de cerner au mieux ce qui est le mieux pour lui. L'ayant trouvé, il a tout intérêt de développer l'ensemble de son être de manière à acquérir les capacités de l'atteindre. Nous pouvons donc poser que se développer (développer ses capacités mentales, physiques, etc.) est, pour chaque homme, un bien objectif, indépendamment de la fin qu'il trouvera approprié de suivre.
- de l'adultère : OK, je n'avais pas bien compris en effet. Je vais essayer également d'être plus clair. Je pars du principe que l'homme, comme de nombreux primates, a une inclination à la polygamie. Ce principe ne sort pas de nulle part. Les faits attestent que l'être humain est capable d'éprouver de l'attirance sentimentale et sexuelle pour plus d'une personne à la fois. Il me semble que les statistiques sur l'adultère vont dans le sens de ce constat.
Pour le moment, il n'y a pas encore de conclusion morale à tirer de cet état de faits, bien entendu : l'être humain est également porté naturellement à l'agressivité, ça ne fait pourtant pas de l'agressivité quelque chose de moral. Cependant, il faudra tenir compte de ce donné de l'inclination à la polygamie pour tirer des conclusions d'ordre moral.
Maintenant, autre fait, il est bien évident, dans notre société, que l'adultère est réprouvé. On peut se demander pourquoi, donc essayer de le justifier. J'ai moi-même apporté des arguments en ce sens à Sammy sur un autre fil :
http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 210#p92210 et
http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 422#p92422 .
Ce sont de bons arguments, mais ils ne répondent pas à toutes les questions. Pour le premier, il faut par exemple remarquer que le simple fait d'entretenir une liaison amoureuse avec un tiers, même sans « passage à l'acte », est souvent déjà réprouvé. Pour le second argument :
--- il est valable pour des relations sexuelles complètes (comprendre : allant jusqu'à l'orgasme), pas pour des relations amoureuses plus platoniques ;
--- il ne concerne pas forcément tous les individus : je sais que certaines personnes parviennent aisément à contrôler les « réactions émotionnelles instinctives utiles à la vocation procréative du sexe » ;
--- les dites « réactions émotionnelles instinctives utiles à la vocation procréative du sexe » s'installent progressivement : ce n'est pas, en règle générale, quelques relations sexuelles sporadiques qui peuvent tout chambouler (comme pour l'alcool, c'est la consommation fréquente et importante qui créé le vice, pas quelques verres de temps en temps

).
Il reste que le fait est que l'adultère est réprouvé par la société, qu'on le veuille ou non, et c'est également un donné dont il faut tenir compte pour agir dans la société. Pour prendre une image qui ne vous plaira certainement pas, mais tant pis : le marché de la vie conjugale, c'est comme le marché du travail, il est impitoyable, mais on n'a pas le choix que d'essayer de s'y adapter bon gré mal gré ou de s'en exclure, car ce n'est pas nous, misérables particuliers que nous sommes, qui pourrons changer grand-chose à notre niveau. Si on signe librement un contrat de travail, il est bon, sur le plan des principes, de s'y soumettre, même si le contrat paraît à bien des égards injuste. On l'a accepté en connaissance de cause, parce qu'on estimait que ses avantages compensaient ses inconvénients. De même, si on signe librement un contrat de sexualité exclusive (bon, en général il est tacite, mais il y a bien une sorte de contrat quand même), il est bon, sur le plan des principes, de s'y soumettre, même si on ne voit pas l'intérêt de l'exclusivité sexuelle. On l'a accepté en connaissance de cause, parce qu'on estimait que ses avantages compensaient ses inconvénients. Mais on peut humainement comprendre qu'un contrat qui va contre notre nature profonde et dont l'irrespect ne causerait aucun préjudice réel puisse souvent se trouver non-respecté...
Maintenant, je vais tâcher de répondre plus spécifiquement aux observations de votre message dont voici l'adresse :
http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 074#p96074
Je n'avais pas compris les expressions que vous avez employé et je vous remercie de vos précisions. J'aimerais toutefois que vous me disiez si, pour vous, ces expressions peuvent qualifier avec pertinence la situation suivante : quelqu'un considère que l'exigence de l'exclusivité amoureuse et sexuelle au sein du couple n'a pas de raisons profondes, par ailleurs, il est bien conscient que sa nature peut le porter à éprouver des attirances pour plus d'une personne à la fois, cependant, il est également bien conscient que la société et 99% des personnes avec qui il pourrait entretenir une relation réprouveraient sévèrement qu'il donne corps à ces attirances. Souhaitant rencontrer l'amour, fonder un foyer, ne pas finir célibataire et esseulé, il décide, après réflexion, de concéder à s'engager à l'exclusivité et à s'y tenir, car après avoir pesé le pour et le contre, il estime que le jeu en vaut bien la chandelle. Il confie à sa compagne tout le cheminement de sa pensée, histoire d'être au plus clair et honnête avec elle.
Enfin, concernant mes exemples, je vous accorde qu'ils étaient un peu extrêmes. Ils n'étaient là que pour montrer :
1) qu'il ne suffit pas qu'un comportement soit contractuellement convenu pour qu'il soit moralement légitime ;
2) qu'il peut même être bon de concéder au moindre mal qui consiste à ne pas honorer un contrat.
Bien entendu, mes arguments peuvent sembler totalement hors-sujet si on estime que l'immoralité de l'adultère ne tient pas seulement à une question de respect de contrats au sein d'une société réprouvant l'adultère.
Bien à vous.