Re: La théologie d'Arnaud Dumouch est-elle fiable ?
Publié : mer. 22 janv. 2014, 3:55
[Que l'on m'autorise ici une parenthèse sur le purgatoire : je n'y tiens plus]
Dans le texte de Luc, le Christ échange avec un auditoire juif dans des termes que celui-ci pourrait comprendre. Les références sont Abraham, Moïse, la Loi, le séjour des morts (les enfers) et le «sein d'Abraham». Le Christ en tant que Sauveur n'apparaît pas là-dedans. C'est Jésus qui parle à des juifs de son temps afin de les interpeller dans un cadre coutumier de pensée qui est le leur. Le récit est ainsi fait. Il ne s'agit pas de l'économie de la Nouvelle Alliance.
DONC
Le pauvre Lazare se retrouve dans le sein d'Abraham, le «mauvais riche» dans une grande angoisse (comme en attente du Jugement dernier) au séjour des morts. Et alors rien ni personne ne peut parvenir à calmer l'angoisse terrible du mauvais riche, ni Abraham ni Moïse, ni les prophètes ni la Loi ... personne ne pourrait le sortir de cette fosse. Personne ? Là, le lecteur chrétien, à la fois sagace et complice du clin d'oeil de Luc comme on devine bien , il comprend que le Christ pourrait faire ce qui était proprement impossible jusque là. C'est selon la parole de l'Évangile : «Aux hommes c'est impossible, à Dieu tout est possible».
Le sein d'Abraham n'est pas le ciel des «bienheureux jouissant de la vision béatifique». Non, ce n'est pas le ciel de la foi chrétienne. Et la fosse, le séjour des morts ou les enfers, mais ce n'est pas non plus «l'enfer des damnés de la foi chrétienne». Il ne s'agit pas de la géhenne dans laquelle se trouve le diable, le faux prophète, etc.
Il ferait aucun sens que le père Abraham appelle «mon enfant», dans la parabole de Luc, ce mauvais riche, mais quand il aurait fallu comprendre, en parallèle, que ce dernier serait un suppôt de Satan, un damné définitivement jugé et en état d'hostilité définitive avec Dieu.
Tout ce que le texte du «chrétien Luc qui écrit à des chrétiens» nous montrerait : c'est bien que l'Ancienne Alliance est insuffisante à elle seule, et que si la Loi de Moïse serait surtout bonne à faire mourir (cf. Paul) et à garantir des places de ''choix'' au séjour des morts, le salut se trouve bien au-delà, comme dans la vie avec le Christ, qui est seul à pouvoir faire vivre en plénitude (revivre; chercher ce qui était perdu).
[...]
Le «mauvais riche» est en prison, au séjour des morts, en pénitence, mais non pas dans un état d'impénitence. La parabole ne se prononce en rien sur l'état ultime du mauvais riche. La situation reste ouverte et à cause du Jugement à venir, à cause du Christ. Un suspens, une tension demeure. Entendons par «la situation reste ouverte» : c'est comme chez saint Paul à propos de ses coreligionnaires juifs.
Enfin, le «mauvais riche» de la parabole n'est pas dans la situation d'un chrétien en purgatoire. Il est plutôt comme dans la situation de «ceux qui sont morts au temps de Noé, alors que Dieu patientait ... etc.» ; voir le topo qui est celui de Pierre dans sa lettre et où il évoque la libération de ceux-là, à partir du moment où Jésus sera lui-même descendu dans la mort, dans les régions inférieures («ceux qui habitaient le pays de l'ombre ont vu une grande lumière»). Le mauvais riche de la parabole se retrouve dans une situation comparable à celle des autres (païens; ceux qui seraient sans espérance, etc), ceux qui seront morts au temps de Noé et avant que Jésus ait jamais parut dans le monde, avant qu'il fut mort et qu'il ressuscitât.
Le texte capital :
Matthieu cite le prophète Isaïe
Mon idée à moi :
La parapole de Luc ne tranche pas sur la destination finale du «mauvais riche». Ce dernier est au séjour des morts. Et Jésus est le seul qui pourrait nous extraire celui-là de sa fosse inconfortable.
Après, je pense que le pape Benoit XVI évoquait bien la catégorie hébraïque du séjour des morts, en lien avec cette parabole. Il veut dire que la théologie catholique aura développé le dogme du purgatoire plus tard (qui concernera les élus comme on le sait), à partir de la réflexion théologique juive pré-existante.
A l'époque de Jésus en Galilée, ou à celle de Luc : il n'est pas question de purgatoire, non pas comme si nous devions nous trouver en face d'un théologien, pérorant à la Sorbonne, en l'an 1153. Il faut faire attention.
Dans le texte de Luc, le Christ échange avec un auditoire juif dans des termes que celui-ci pourrait comprendre. Les références sont Abraham, Moïse, la Loi, le séjour des morts (les enfers) et le «sein d'Abraham». Le Christ en tant que Sauveur n'apparaît pas là-dedans. C'est Jésus qui parle à des juifs de son temps afin de les interpeller dans un cadre coutumier de pensée qui est le leur. Le récit est ainsi fait. Il ne s'agit pas de l'économie de la Nouvelle Alliance.
DONC
Le pauvre Lazare se retrouve dans le sein d'Abraham, le «mauvais riche» dans une grande angoisse (comme en attente du Jugement dernier) au séjour des morts. Et alors rien ni personne ne peut parvenir à calmer l'angoisse terrible du mauvais riche, ni Abraham ni Moïse, ni les prophètes ni la Loi ... personne ne pourrait le sortir de cette fosse. Personne ? Là, le lecteur chrétien, à la fois sagace et complice du clin d'oeil de Luc comme on devine bien , il comprend que le Christ pourrait faire ce qui était proprement impossible jusque là. C'est selon la parole de l'Évangile : «Aux hommes c'est impossible, à Dieu tout est possible».
Le sein d'Abraham n'est pas le ciel des «bienheureux jouissant de la vision béatifique». Non, ce n'est pas le ciel de la foi chrétienne. Et la fosse, le séjour des morts ou les enfers, mais ce n'est pas non plus «l'enfer des damnés de la foi chrétienne». Il ne s'agit pas de la géhenne dans laquelle se trouve le diable, le faux prophète, etc.
Il ferait aucun sens que le père Abraham appelle «mon enfant», dans la parabole de Luc, ce mauvais riche, mais quand il aurait fallu comprendre, en parallèle, que ce dernier serait un suppôt de Satan, un damné définitivement jugé et en état d'hostilité définitive avec Dieu.
Tout ce que le texte du «chrétien Luc qui écrit à des chrétiens» nous montrerait : c'est bien que l'Ancienne Alliance est insuffisante à elle seule, et que si la Loi de Moïse serait surtout bonne à faire mourir (cf. Paul) et à garantir des places de ''choix'' au séjour des morts, le salut se trouve bien au-delà, comme dans la vie avec le Christ, qui est seul à pouvoir faire vivre en plénitude (revivre; chercher ce qui était perdu).
[...]
Le «mauvais riche» est en prison, au séjour des morts, en pénitence, mais non pas dans un état d'impénitence. La parabole ne se prononce en rien sur l'état ultime du mauvais riche. La situation reste ouverte et à cause du Jugement à venir, à cause du Christ. Un suspens, une tension demeure. Entendons par «la situation reste ouverte» : c'est comme chez saint Paul à propos de ses coreligionnaires juifs.
Enfin, le «mauvais riche» de la parabole n'est pas dans la situation d'un chrétien en purgatoire. Il est plutôt comme dans la situation de «ceux qui sont morts au temps de Noé, alors que Dieu patientait ... etc.» ; voir le topo qui est celui de Pierre dans sa lettre et où il évoque la libération de ceux-là, à partir du moment où Jésus sera lui-même descendu dans la mort, dans les régions inférieures («ceux qui habitaient le pays de l'ombre ont vu une grande lumière»). Le mauvais riche de la parabole se retrouve dans une situation comparable à celle des autres (païens; ceux qui seraient sans espérance, etc), ceux qui seront morts au temps de Noé et avant que Jésus ait jamais parut dans le monde, avant qu'il fut mort et qu'il ressuscitât.
Le texte capital :
- «Pays de Zabulon et pays de Nephtali,
chemin de la mer, pays au-delà du Jourdain,
Galilée des nations,
le peuple qui était assis dans les ténèbres
a vu une grande lumière.
et pour ceux qui étaient assis dans le sombre
pays de la mort
une lumière s'est levée»
- Matthieu 4, 14
Matthieu cite le prophète Isaïe
- «... je vais enserrer le témoignage, sceller l'enseignement parmi mes disciples; je compterai sur Yavhé qui cache sa Face à la maison de Jacob, je l'attendrai.
Voici que moi et les enfants que m'a donnés Yavhé, nous servons de signes et de présages en Israël, de par Yavhé des armées qui demeure sur le mont Sion.
Et si l'on vous dit : «Consultons les nécromans et les devins qui pépient et murmurent; un peuple ne doit-il pas consulter ses dieux, pour les vivants consulter les morts, pour en recevoir enseignement et témoignage ?» Sûrement, c'est ainsi que l'on parlera, car il n'y a pas pour lui d'aurore.
Il passera dans le pays, accablé, affamé, et dans sa faim il deviendra furieux, maudira son roi et son Dieu. Il se tournera en haut, puis vers la terre il regardera, et voici qu'il y aura détresses et ténèbres, angoissante nuit. Mais l'obscurité sera chassée, car il n'y aura pas de nuit là où il y avait de l'angoisse. Dans le passé, il a avili le pays de Zabulon et le pays de Nephtali, mais dans l'avenir il glorifiera la route de la mer, l'Au-delà du Jourdain, le distict des nations.
Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière; sur ceux qui habitaient au pays de l'obscurité une lumière a brillé. Tu as augmenté l'allégresse, multiplié la joie; on est joyeux devant toi comme de la joie de la moisson, comme lorsqu'on jubile au partage du butin. Car le joug qui pesait sur lui et la barre sur son épaule, le gourdin de son geôlier, tu les as écrasés comme au jour de Madiân; car toute chaussure portée dans la mêlée et tout manteau souillé de sang deviendront la proie des flammes, la pâture du feu. Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné. L'empire repose sur son épaule et on lui donne pour nom «Conseiller merveilleux, Dieu-héros, Père-à-jamais, Prince de la paix» [...]»
- Isaïe 8, 16
Mon idée à moi :
La parapole de Luc ne tranche pas sur la destination finale du «mauvais riche». Ce dernier est au séjour des morts. Et Jésus est le seul qui pourrait nous extraire celui-là de sa fosse inconfortable.
Après, je pense que le pape Benoit XVI évoquait bien la catégorie hébraïque du séjour des morts, en lien avec cette parabole. Il veut dire que la théologie catholique aura développé le dogme du purgatoire plus tard (qui concernera les élus comme on le sait), à partir de la réflexion théologique juive pré-existante.
A l'époque de Jésus en Galilée, ou à celle de Luc : il n'est pas question de purgatoire, non pas comme si nous devions nous trouver en face d'un théologien, pérorant à la Sorbonne, en l'an 1153. Il faut faire attention.