Ora pro nobis a écrit : Salutations
Un catholique qui ferait une expérience malheureuse au sein de l'Église serait-il le critère de sainteté ou de la véracité de l'Église?
Non, bien entendu, et la question n'est pas là.
Ora pro nobis a écrit : Coeurderoy dit avoir été sédévac, s'être enfermé dans une tour d'ivoire. Je le crois volontiers, mais cela n'est pas le fait de la possibilité d'une vacance du Siège apostolique, mais de la conception qu'il en a eu dans sa vie spirituelle.
Je sais que dans ce milieu comme dans tout autre milieu il y des gens qui abusent des autres, et cela est dommage et navrant, et une âme peut en sortir profondémment blessée.
Cela ne devrait pas se produire, mais les intérêts souvent étant la base des actions, alors pour certains les âmes ne deviennent que des pions sur un grand échiquier... cela est condamnable.
Une âme est un trésor devant Dieu, elle vient de son amour infinie..
Je suis sédévac, personne ici ne me connait et pourtant beaucoup , comme vous Virgile, avez déjà une idée très nette de ce que je suis ou ne suis pas, est-ce que cela n'enlève pas un peu d"impartilalité?
Non, cela n’enlève en rien ce que vous appelez "l'impartialité". Vous n'avez pas compris le sens de mon message. Je n'ai pas une idée très nette de ce que vous êtes ou n'êtes pas en tant que personne. En revanche, j'ai une idée très nette du contenu de vos messages parce que je les ai lus.
Ora pro nobis a écrit : La "théologie sédévac"... se trouve dans les sentences des Saints Pères et Docteurs de l'Église.
Il suffirait de l'étudier tout simplement.
Tout simplement !
Mais, la question, encore une fois, n'est pas là.
Coeuderoy vous a donné un exemple personnel tiré de son expérience familiale. Bien entendu, cet exemple ne "prouve" rien, il ne fait qu'indiquer un certain nombre de choses qui lui, Coeurderoy, a constaté.
Tout de même, lorsqu'il a parlé des "fruits pourris" du sédévacantisme, il a utilisé une expression parfaitement appropriée. Le cas de figure qu'il a présenté ensuite ne faisait qu'en donner un exemple. Mais cela ne prouve rien, bien entendu, j'en conviens. Il en conviendrait aussi.
Les anecdotes ne prouvent jamais rien.
Ce qui prouve quelque chose, en revanche, c'est le fait qu'il y ait en premier lieu des sédévacantistes, qui savent lire le latin du De Romano Pontifice. En deuxième lieu des sédéprivatistes experts à définir et à distinguer ce qui relève du matériel et ce qui relève du formel, et adeptes de la mirifique thèse de Cassiciacum. Vous avez donc tous ces gens qui ont sans doute lu et parfois compris le Père Guérard des Lauriers - mais sont-ils encore nombreux ? Il y a eu un Mgr Laborie ; des abbés Rivera et Zamora ; l'abbé Boni ; et puis un Mgr Dolan qui écrit des réponses aux réfutations des réponses de réfutations de telle interprétation d'un minuscule point de détail d'une réfutation de réfutation ; un Mgr Sanborn Gonzalez qui doit certainement faire pareil, je n'ai pas le temps de tout lire ; et Mgr Kelly, et puis, mais la liste n'est pas exhaustive, vous avez encore l'admirable abbé Zins – vous connaissez n’est-ce pas ? – qui nous annonce l'antéchrist selon les Pères de l'Église revus et corrigés à l'aide de la dialectique la plus admirablement huilée... et, j'oubliais, il faut le citer tout de même, le très célèbre mais pas unique "pape" Grégoire XVII, alias Abbé Dominguez, qui porte tiare et pantoufle pontificale quelque part aux Amériques. Bref, tout un monde chatoyant d’hétéroclites pensées dont la diversité est à proprement parler assez peu étonnante.
Ce qui prouve quelque chose, c'est que l’un des "fruits pourris" du sédévacantisme, puisqu'il faut y venir, c'est très précisément le fait que l'on y devient un "électron libre", pour reprendre l'expression très juste de Coeurderoy.
Le contenu de la foi catholique est très bien exprimée par la belle prière du Credo, que nous récitons de façon souvent presque automatique le dimanche à la messe (où chez nous à la maison...), sans faire l'effort de vraiment comprendre ce que signifient exactement les paroles que nous prononçons.
Lorsque je donne une "leçon de catéchisme" à mes enfants, à la maison, il est encore assez simple d’expliquer "credo in Deum Patrem omnipotentem, Creatorem caeli et terrae" en disant que cela signifie "je crois que Dieu le Père se révèle dans Sa création".
Avec "credo in Iesum Christum, qui sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis; inde venturus est iudicare vivos et mortuos", je peux toujours m'en tirer avec un "je crois que le Fils se révèle dans la Rédemption de l'humanité".
Quand vient le "credo in Spiritum Sanctum", tout le monde voit bien, n'est-ce pas, que ce que nous disons revient à dire que "je crois que le Saint-Esprit se révèle dans le mystère de l’Eglise".
Mais que vienne le "credo in sanctam Ecclesiam catholicam", et les choses se corsent un peu. Essayez donc d'expliquer cela à des petits enfants ! Je m'en tire, même c'est un peu plus difficile à saisir, en disant "je crois que le Saint-Esprit se révèle dans le mystère de l’Eglise".
Et puis, nous voilà à lire ensemble ce "credo in sanctorum communionem" qui est vraiment bien mystérieux...
Credo in sanctorum communionem.
Je crois à la communion des saints.
Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ?
Si je crois à la communion des saints, je crois alors aussi que l'Eglise est un corps composé de membres tous différents. Et je crois que le plus nécessaire et le plus admirable de tous ses membres, c'est le Coeur du Christ, qui est aussi le Coeur de l’Eglise. C'est du Thérèse de Lisieux, que vous semblez bien connaître...
Je crois que le Coeur du Christ, est un Coeur qui embrasse tous les temps et tous les lieux, et qu'il contient aussi toutes les vocations à la sainteté. La mienne, la vôtre aussi, et celles de tous les saints du passé, du présent et de l'avenir. C'est là de notre foi qu'il est question. C'est ce que veut dire ce "je crois à la communion des saints".
Credo in sanctorum communionem.
Je crois donc que c'est le Saint-Esprit qui réalise la communion des hommes dans le Christ.
C'est ce que m'explique saint Paul, en Rom. 5 :
- 5 - Or, l'espérance ne trompe point, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné.
Je crois aussi que c'est la charité de l'Esprit qui fait l'unité des trois Personnes divines avec celle des membres du Corps du Christ.
Encore saint Paul, Rom. 15 :
- 30 - Je vous exhorte, mes frères, par Notre-Seigneur Jésus-Christ et par la charité du Saint-Esprit, à combattre avec moi, en adressant pour moi des prières à Dieu, - 31 - afin que j'échappe aux incrédules qui sont en Judée, et que l'offrande que je porte à Jérusalem soit agréable aux saints, - 32 - en sorte que j'arrive chez vous dans la joie, si c'est la volonté de Dieu, et que je goûte quelque repos au milieu de vous.
Je crois également que c'est la charité de l’Esprit qui établit la communion des saints.
Toujours Saint Paul, en 1 Cor. 12 :
- 13 -Tous, en effet, nous avons été baptisés dans un seul esprit pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit.
Et aussi I Jean 1 :
- 3 - ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous, et que notre communion soit avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ.
Et encore I Cor. 12 :
- 12 - Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps, ainsi en est-il du Christ.
Je crois que dans la société que constitue l'Eglise ce qui appartient à la communion, en propre, c'est la béatitude de Dieu, sa vie même. Et comme je crois que l'Eglise, qui est le Corps du Christ, a pour loi essentielle la solidarité de ses membres et de ses fonctions, je crois aussi que tout y est fait pour le corps tout entier.
Je crois que dans l'Eglise tout est donné et reçu pour l’Eglise.
Je crois que chaque grâce reçue et donnée est fraternelle.
Mais à une seule condition.
A cette seule condition de faire partie de ce corps comme un membre vivant et non pas comme un membre mort.
C'est le sens de Gal. 2 :
- 20 - et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi.
Or vivre, si l'on s'affirme catholique, c'est vivre pour le Christ et dans le Christ, afin que Dieu soit tout en tous. Et il n'y a qu'une seule manière de vivre pour le Christ et dans le Christ, c'est de vivre dans l'obéissance à son Eglise.
Obéir au Christ et obéir à l’Eglise sont une seule et même chose.
Saint Paul 1 Cor. 15 :
- 28 - Et lorsque tout lui aura été soumis, alors le Fils lui-même fera hommage à celui qui lui aura soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous.
Les communautés qui refusent l'obéissance à l'Eglise du Christ finissent toutes par se dissoudre en ces constellations d'individus, autant de petites planètes, ou encore d'"électrons libres", ceux dont parle Coeurderoy, repliés sur eux-mêmes, fermés aux autres, incapables de s'unir pour bâtir la Cité de Dieu, incapables d'aspirer aux dons supérieurs, incapables de voir la voie excellente entre toutes qu'il faut prendre. C'est ce qu'on appelle ne pas avoir l'humilité de la soumission.
C'est pour cette raison que vous avez le Père Guérard des Lauriers, et puis Mgr Dolan, et puis aussi Mgr Kelly, et puis l'abbé Zins, et puis un autre, et lui, et machin, et truc, et "je suis pas d’accord", et "coucou me voilà", et encore un autre et un autre qui surgiront à la première occasion de discorde.
Saint Paul, I Cor. 12 :
- 31 - Aspirez aux dons supérieurs. Aussi bien je vais vous montrer une voie excellente entre toutes.
Les "fruits pourris" du sédévacantisme, ce sont justement cette incapicité à aspirer aux dons supérieurs, et cette incapacité à marcher sur la voie excellente entre toutes. Cette inaptitude spirituelle, intellectuelle et pratique à suivre l'exemple des saints comme des saints. C'est ne rien comprendre au "je" du credo, qui n'est pas n'importe quel "je".
"Je" crois que le Saint-Esprit se révèle dans le mystère de l'Eglise, et ce "je" qui est le mien aspire à une communion qui est celle des saints.
Et être sédévacantiste, ce n'est pas seulement cela.
C'est aussi désespérer de la communion de saints.
C'est encore désespérer de sa propre vocation.
C'est dire avec ses lèvres "credo in communionem sanctorum" en disant avec son coeur le contraire.
C'est être finalement incapable de dire ce "je crois" que l'Eglise nous demande de dire – et non pas "nous croyons", vous l'aurez remarqué. Il y avait une raison. Et une bonne.
Et c'est bien pire en latin, puisque le pronom personnel n'y est pas d’usage, et que le l'Eglise nous demande alors de dire "credo"...
Nul besoin d'étudier la théologie et de lire Saint Robert Bellarmin dans le texte pour comprendre tout cela.
Tout simplement !
Amicalement.
Virgile.