Bonjour Cinci et à tous,
Cinci a écrit : ↑jeu. 04 juin 2020, 19:56
Vous observerez que le texte de Dignitatis Humanae évoque comme un droit fondamental le droit des musulmans d'organiser la société française selon les règles de la charia. Dignitatis dit qu'une communauté musulmane en France peut se chercher des chefs religieux en Arabie saoudite. La communauté pourrait prier dans les rues, lancer l'appel du muezzin, se ballader en kami, etc.
Vous observerez au passage que de tels cas sont des cas théoriques qui peuvent se produire et que
ce n’est pas par une doctrine que nous l’empêcherons ! S’ils sont gênants c’est aussi quand et parce que d’une certaine façon notre doctrine ne les prévoit pas :
comment les vivre alors ?
Personnellement je ne l’ai jamais compris comme cela ce texte parce que à mes yeux la menace n’est pas tant celle-là (qui n’est pas encore une réalité), que de voir le droit des catholiques quand ils sont en minorité, bafoué par un gouvernement qui serait entre les mains d’une autre religion ou d’une laïcité. Ils ne pourraient alors se défendre en utilisant une théologie propre qui ne serait légitimement pas reconnue par la conscience des autres, mais ils le pourront en utilisant une philosophie dont la règle protectrice se présente comme étant universelle.
La situation serait la même, vous me direz, ce n’est que l’urgence qui a changé, mais elle est prise comme perpétuelle.
Or l’encyclique ne va pas jusque là précisément (la fin de votre extrait) parce que le concept de laïcité ou d’impartialité exige que
la religion dominante ne fasse pas preuve de favoritisme au détriment des autres religions (cela, c’était notre doctrine et ce sera probablement celle d’autres religions et elle est ouf jugée aujourd’hui abusive d’un point de vu seulement basique et philosophique, universel).
Cela devient largement préférable à la prédominance d’une religion et donc d’une doctrine qui ne serait pas la nôtre !
Dès lors que le catholicisme n’est pas majoritaire, je ne vois pas où serait la différence entre l’ancienne et la nouvelle conception de l’Eglise, je trouve même que l’ancienne est à ce sujet très peu prolixe, car elle ne doit pas se contredire avec la justice et comment donc en traitait-elle la situation,
j’aimerais bien le savoir !
En fait il y a une différence et la nouvelle
nous est alors plus favorable (sauf que ce n’est pas nous qui avons la force brute pour nous défendre, sinon celle des médias et de la raison).
L’ancienne semblait ne considérer que la situation de notre supériorité numérique ou de pouvoir, ce qui suppose un maintien de sa prédominance par la force, donc elle était en contradiction avec l’interdiction de s’en servir (ne serait-ce que passivement) pour convertir les autres.
La nouvelle ne porte aucune contradiction en elle-même ni avec le sens de la justice ! Car prendre prétexte de celle que l’on doit rendre à Dieu pour opprimer d’autres personnes qui n’ont pas notre croyance, ce n’est pas juste.
Le christianisme n’a jamais été la religion des puissants, des riches, etc. mais plutôt des opprimés, (ce qui est logique pour une autre raison que la bonté de Dieu ou que les béatitudes, vu que l’on ne doit pas rechercher en premier les biens spirituels) donc lui donner une doctrine qui suppose d’en avoir les places, c’est en soi contradictoire - à moins que toutes les autres places soient prises !
Si donc il y a un choix à opérer entre l’ancienne et la nouvelle doctrine en ce qu’elles s’opposeraient, le choix juste pour un chrétien me paraît évident et il va dans le sens d’un progrès : ouf !
Ce qui pose la question de : « la tradition peut-elle s’être trompée provisoirement » ? Car y donner le non pour réponse devient le seul argument des partisans de l’ancienne, ce qui est faible !
Or n’est-ce pas le cas quand une hérésie sévit et avant qu’elle soit condamnée ? Il peut y avoir aussi une autre raison, et je vais pour cela l’aborder autrement, mais auparavant, il faut bien voir que cette nouvelle doctrine est aussi cohérente avec l’œcuménisme et que celui-ci respecte mieux l’instruction de se réconcilier avec son frère avant d’aller présenter son offrande, et elle démontrera aussi le contraire de ceci :
Cinci a écrit : ↑jeu. 04 juin 2020, 19:56
Ce n'est pas vrai que les catholiques seraient unis par un lien de charité avec les schismatiques ou les hérétiques.
Pour cela je vais reprendre l’intervention ci-dessous qui semble avoir obtenu un certain consensus et en extraite deux points qui méritent plus de réflexion :
Fernand Poisson a écrit : ↑jeu. 04 juin 2020, 11:54
- droit de Dieu à ce qu'on lui rende un culte juste, donc catholique ;
- droit que chacun a de connaître la vérité et d'être préservé de l'erreur, ce qui légitime des mesures coercitives envers l'expression publique des fausses religions (à cause de leur propagande).
1> Concernant le culte juste, dans l’ancien testament Dieu avait précisément déterminé en quoi il consistait. Dans le nouveau, pas du tout, ou de façon si sibylline (« en esprit et en vérité ») qu’elle peut se prêter à bien des interprétations. La perpétuation ordonnée de l’eucharistie n’a prescrit aucun rite particulier, ne nécessite que peu (du pain, du vin) et tous peuvent donc être recevables.
En a-t-elle limité le droit aux seuls présents et à ceux à qui ils l’autoriseront - dès lors que d’autres en apprendront la cause et l’origine, en verront la reproduction ?
Tout ce qui s’y ajoute
ne vient pas de Dieu, mais d’une autorité qu’il a confiée à Pierre, et bien que son commandement s’adressait à chacun des apôtres au même titre qu’à lui (ou alors, il y aurait nécessité de
les voir rassemblés pour célébrer, ou décréter).
En tout cas, le culte ne se limite pas non plus aux sacrements…
Un certain nombre de questions semblent avoir été résolues pour différentes raisons,
ce n’est pas que je veuille en contester le résultat, mais est-ce une raison pour les oublier, et que leur réponse n’a pas été Divine en tant que telle ?
Ce qui fait la richesse de la tradition, c’est précisément qu’elle aurait pu être autre, et qu’à ce titre elle est, a été et sera une expression de notre liberté.
Exactement comme ce qui a déterminé la largeur de l’écartement des rails des chemins de fer (qui remonte à celui des roues des chars antiques). C’est à la fois une contrainte et une nécessité liée à notre liberté.
Si les litiges ne peuvent être réglés que par un seul, ce sera Pierre. Toute autre attitude, comme celle faisant l’objet du litige que nous traitons sur ce fil,
relève d’une attitude orthodoxe (poussée au-delà, car celle-ci reconnaît au moins l’autorité des conciles œcuméniques !) et non catholique !
L’adopter en étant catholique est un paradoxe absolu ! Pierre prévaut sur la tradition parce que la tradition a quelque chose de non obligatoire par son contenu, mais d’obligatoire par son contenant et qui relève de notre humanité. La revendiquer autrement est un abus ! Ou expose à d’autres dérives insurmontables, qui détruiront l’unité. Il y a une part d’arbitraire inévitable et elle est supprimée en ce qu’elle peut avoir de nuisible pour l’unité par l’autorité donnée à Pierre et aux conciles.
Car si l’on met de côté les écarts doctrinaux, en quoi l’un (de culte) serait-il meilleur qu’un autre, dès lors que privé de la possibilité (par excommunication) de le partager,
chacun a le droit de s’accorder un recours auprès de Dieu et que cela lui est même presque un devoir s’il est croyant ?
Je suis désolé, mais un vrai disciple du Christ n’a aucunement le droit de priver un chrétien de son culte,
s’il lui interdit de participer au sien pour des raisons doctrinales !
Le devoir premier étant de se réconcilier avant de le rendre conjointement avec son frère, alors si cela n’est pas possible, la moindre des choses est de l’autoriser aussi à prier !
C’est là une question de justice à l’égard de Dieu lui-même, et d’humilité… Sans quoi c’est proclamer double peine, c’est se rendre responsable de la peine légitime de l’autre… qui peut-être bien et même à son insu crie vers le ciel !
Je gage que sans cela nous aurions déjà reçu la grâce d’une réconciliation…
2> Concernant les autres religions, qu’est-ce qu’une fausse religion ? Celles qui existaient avant le christianisme, qui ignoraient le judaïsme, ne sont pas toutes des religions au sens où elles contiendraient alors des superstitions, auraient des dieux, etc.
Le bouddhisme, le confusianisme, le taoïsme, et tant d’autres, ne sont (sauf dans certaines de leurs acceptions) que des philosophies, des sagesses, et que beaucoup de catholiques même ne considèrent pas comme incompatibles avec le christianisme si s’en excluent des formes particulières entâchées d’atteintes au premier commandement.
Sans la Révélation, reconnaître derrière certains phénomènes naturels une force spirituelle agissante, c’est un début de croyance chrétienne ! Et cela peut suffire à produire un culte « en esprit et en vérité », qui tienne compte de ce que l’orant connaît et de son expérience.
S’il appartient au christianisme de rassembler ces expériences et croyances sous sa houlette et de les conduire au Christ, ce n’est pas en les bannissant et sanctionnant qu’il y parviendra !
Il est par trop facile de se dire que vu l’ancienneté du christianisme et ses activités missionnaires, nul ne devrait ignorer le christianisme (le vrai, pas celui où des prêtres violent des enfants, où des populations sont exterminées, où se font des guerres pour des désaccords doctrinaux, des procès où certains jugent de la conscience d’un autre sans en avoir la compréhension, etc. etc. etc.) et que par conséquent et que qui le rejette sait parfaitement ce qu’il rejette !
S’il n’y a ne serait-ce qu’un soupçon de vérité dans l’une, par la prière d’un enfant faite en « esprit et vérité » en ce sein, de quel droit allons-nous la condamner sous le prétexte qu’elle n’est pas « toute » la vérité puisque c’est la seule qu’il ait ?
Je veux bien qu’il ne s’agisse là que de pédagogie, mais il en va d’une certaine pédagogie qu’elle n’est pas respectueuse de l’homme, œuvre de Dieu, et qu’elle ne doit pas être la nôtre.
Celle qui devrait être la nôtre est extrêmement difficile et délicate à mettre en oeuvre, il est plus facile de détruire pour rebâtir en imposant nos règles, que d’utiliser ce que Dieu et la nature qu’il a créée nous donnent et avec quoi il nous demande de composer en en prenant soin.
Je crois que
c’est à cause de cette difficulté que beaucoup refusent le changement induit par Vatican II, qui a bien déterminé ce qu’il ne fallait plus faire, mais pas encore vraiment comment maintenant il fallait faire. Cela prendra du temps, or ce n’est pas en se désespérant et en revenant aux anciennes pratiques (parce qu’elles obtenaient un résultat mais n’en mesuraient pas les dégâts) qu’on y arrivera.
S’il y a contradiction, elle n’est pas sur le fond ni l’objectif, mais sur la forme. On peut le considérer ainsi car l’ancienne n’est qu’un cas particulier de la nouvelle, quand elle ne contient aucun mal en soi (et non extérieur)l, le contraire étant impossible (ce qui peut être vu comme une preuve de la supériorité de la nouvelle). Cette forme a de l’importance car elle relève de l’attitude à avoir au quotidien.
La dernière objection serait celle de Suliko avec les conséquences du péché originel : mais
elle oublie la providence et la grâce ! Il ne nous appartient pas de tenir la place de Dieu !
Le diagnostic est pour moi e plus en plus clair : une hérésie larvée a été vaincue… qui s’est officiellement déclarée après avoir été condamnée et non avant, et c’est sa particularité. Il était bien temps qu’elle le soit ! En revanche
il n’est pas exceptionnel qu’une hérésie ait été soutenue et soit montée si haut (à savoir jusque l'interprétation de textes bénéficiant de l'infaillibilité.
Enfin, à l’égard des autres religions, je n’ai pas poursuivi le raisonnement mais il est évident qu’il aboutirait à du favoritisme à l’égard de certaines, et que c’est au nom de la justice qu’il faut toutes les traiter pareillement d’un point de vu civil , en revanche d’un point de vu pédagogique, non, et cela reste à définir.
Il me semble que la priorité serait de lutter contre celles qui contiennent des superstitions car là c’est contraire à la raison. Ensuite c’est plus délicat, car plus elles sont proches de nous (monothéistes) plus elles sont aussi concurrentes… Donc il n’y a pas de priorité, mais une approche différentiée et adaptée à chacune.