Voici ce que l'abbé Arminjon a écrit sur l'Évangélisation des Nations.......Tiré du livre:Fin du monde présent et Mystere de la vie future(1ere conférence):
II
Le premier des événements précurseurs de la fin des temps est celui que nous indique le Sauveur, en saint Matthieu, ch. xxive, quand il nous dit : « Et cet Évangile du royaume de Dieu sera prêché dans l’univers, donné en témoignage à toutes les nations, et alors seulement arrivera la fin ». – Le second de ces faits sera l’apparition de l’homme de péché, l’Antéchrist[13].
Le troisième, la conversion du peuple juif, qui adorera le Seigneur Jésus et le reconnaîtra pour le Messie promis[14]. « Jusque là, dit saint Paul, que personne ne s’abuse comme si nous étions à la veille du jour du Seigneur[15]. »
Il est manifeste que les deux derniers événements, indiqués par saint Paul comme devant signaler l’approche de la suprême désolation, ne sont pas accomplis. – L’Antéchrist n’a pas encore paru, ainsi que nous l’établirons dans le prochain discours. – Les juifs, en tant que nation, n’ont pas encore rejeté l’épais bandeau qui les empêche de saluer comme Dieu celui qu’ils ont crucifié. – Reste à étudier si, à l’heure présente, l’Évangile a été prêché sur toute la terre et offert en témoignage à l’universalité des nations.
Sur ce point les Pères et les Docteurs sont partagés. Les uns disent que les paroles de Jésus‑Christ doivent être interprétées moralement, qu’il faut les entendre dans le sens d’une prédication partielle et sommaire, qu’il suffit, pour leur vérification, que des missionnaires aient éclairé un certain nombre d’intelligences isolées dans les diverses parties de la terre habitable, et que dans chaque désert, sur chaque côte lointaine, la croix ait été arborée au moins une fois. – D’autres, en plus grand nombre, tels que saint Jérôme, Bède, veulent que les paroles du Fils de Dieu soient entendues dans le sens le plus strict et le plus littéral.
Cornélius a Lapide, le plus savant des interprètes des Livres saints, émet le sentiment que la fin des temps n’arrivera pas avant que le christianisme ait été, non seulement divulgué, propagé. mais qu’il se soit établi, organisé, et qu’il ait subsisté à l’état d’institution publique chez les hommes de toute race et de toute nationalité : de telle sorte qu’avant que le cours des siècles soit achevé, il n’y aura pas une plage barbare, pas une île perdue dans l’Océan, pas un lieu actuellement inconnu dans les deux hémisphères, où l’Évangile n’ait brillé dans tout son éclat, où l’Église ne se soit manifestée avec sa législation, ses solennités, sa hiérarchie comprenant les évêques et les pasteurs de second ordre, où enfin ne se soit pleinement vérifiée la grande prophétie : « Il n’y aura plus qu’un seul troupeau sous la houlette d’un seul pasteur [16] ».
Nous opinons pour ce dernier sentiment. Il est plus conforme au témoignage des saintes Écritures. Il est plus en accord avec la sagesse et la miséricorde de Dieu, qui ne distingue pas entre civilisés et barbares, entre grecs et entre juifs, mais qui, voulant le salut de tous les hommes, n’exclut aucun d’eux de la lumière et du bienfait de la Rédemption. Enfin, il se concilie mieux avec la conduite de la Providence, qui prend une égale sollicitude de tous les peuples et les appelle successivement à la connaissance de sa loi, au temps fixé par ses immuables décrets.
Or, il suffit de jeter les yeux sur une carte géographique pour reconnaître que la loi évangélique est loin d’avoir été promulguée à tous les peuples, et que d’innombrables multitudes, à l’heure présente, restent encore assises dans les ténèbres, et ne possèdent pas la moindre teinture des vérités révélées.
Ainsi, le centre de l’Asie, les montagnes du Tibet ont jusqu’ici défié les tentatives de nos plus intrépides missionnaires. Le Nil nous cache encore ses sources comme au temps de l’empire romain. Personne n’a pu jusqu’ici nous renseigner d’une manière exacte sur les usages, l’état religieux et social des populations de l’Afrique équatoriale, malgré les grands lacs et les hauts plateaux récemment découverts où naguère on ne soupçonnait que des sables et des déserts. L’Angleterre et d’autres nations ont fondé des stations coloniales sur les côtes de l’Océanie, mais l’intérieur de ces vastes continents reste à explorer. Il est évident que l’Évangile n’a pas encore été offert en témoignage à toutes les nations ! Peut‑on même dire qu’à l’heure présente il ait été prêché avec assez d’éclat, et de manière à rendre inexcusables ceux qui auront refusé de lui obéir sur la plus grande partie de la terre, dans toutes les provinces de l’Inde, de la Chine, dans la plupart des archipels ? – Que serait‑ce que vingt, que cent, que mille prêtres, si l’on veut, pour évangéliser un pays comme la France, y implanter la connaissance de nos divins mystères, y entretenir le feu de la charité ? Or la Chine seule, vu son immense population, est bien loin de la comparaison que nous venons d’établir. Parmi les trois cent quarante millions d’habitants que compte ce vaste empire, le plus grand nombre, ou n’a jamais entendu parler de notre religion, ou n’en a qu’une idée vague et incomplète : ils vivent et meurent sans avoir jamais rencontré un prêtre. L’Afrique, si l’on en excepte les provinces du nord, ne compte que cinq ou six résidences de missionnaires sur des côtes de plus de deux mille lieues d’étendue[17]. A chaque page des annales de la Propagation de la foi, on retrouve ces douloureux accents qui s’échappent du cœur des apôtres : « Priez donc le maître de la moisson qu’il envoie des ouvriers pour recueillir ces immenses récoltes[18]. »
Or, il est écrit qu’à la fin des temps l’Évangile aura été donné en témoignage à toutes les nations.
« Tous les peuples, s’écrie David, tous les peuples jusqu’aux extrémités de la terre, se ressouviendront du Seigneur et retourneront à lui, car c’est au Seigneur qu’appartient l’empire, et il gouvernera les nations[19]. »
Plus loin David dit encore : « Sa domination s’étendra depuis une mer jusqu’à l’autre et depuis le fleuve jusqu’aux extrémités de la terre ; les habitants de l’Éthiopie se prosterneront devant lui : les rois d’Arabie et de Saba lui apporteront leurs dons[20]. »
Le Seigneur s’adresse ensuite à l’Église par Isaïe : « Étends l’enceinte de tes pavillons, développe les voiles de tes tentes, n’épargne rien, allonge tes cordages, affermis tes pieux. Car tu pénétreras à droite et à gauche, ta postérité héritera des nations et tu rempliras les villes de la terre[21]. »
Ces textes sont formels, précis, et de leur témoignage il ressort clairement qu’il adviendra une époque où toutes les hérésies, tous les schismes seront détruits, et où la religion véritable sera unanimement connue et pratiquée dans tous les lieux que le soleil éclaire.
Assurément, cette unité ne se réalisera pas sans peine ; l’humanité ne parviendra pas à cet âge d’or par des voies semées de roses : toutes les assises de l’Église sont cimentées avec le sang des martyrs mêlé à la sueur des apôtres.
Il faut donc s’attendre à des luttes et à des résistances acharnées. Il y aura du sang répandu ; l’esprit de ténèbres amoncellera de nouveau ses séductions et ses ruses ; on peut prévoir pour l’Église des persécutions plus terribles que celles qu’elle a jusqu’ici soutenues. – Mais, d’autre part, il faut apprendre à scruter les pensées de Dieu et à lire dans les décrets de sa puissance. – Toutes les admirables inventions des temps modernes ont leur fin providentielle. Dieu, de nos jours, aurait‑il entrouvert à l’homme les secrets et les trésors cachés de la création, lui aurait‑il mis entre les mains tous ces merveilleux instruments tels que la vapeur, le magnétisme, l’électricité, dans l’unique but de fournir un nouvel aliment à son orgueil, d’être les dociles esclaves de son égoïsme et de sa cupidité ? Ce n’était pas la pensée qu’il exprimait par la voix du prophète, quand il disait : « Je vais donner des ailes à ma parole, atteler le feu à mes chars, saisir mes apôtres comme dans un tourbillon, et les transporter en un clin d’œil au milieu des nations barbares. »
Ainsi les temps sont proches où Jésus‑Christ va obtenir un triomphe complet, et où, en toute vérité, il pourra s’appeler le Dieu de la terre : Deus omnis terræ vocabitur[22].
Bien que ce livre aie été écrit en 1881 ,sa these se défend tres bien.